Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2407810
mercredi 19 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2407810 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | GENESIS AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée les 1er juin 2024, la société Totem France et la société Orange, représentées par Me Gentilhomme, avocat, demandent au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté, en date du 15 janvier 2024, par lequel le maire de la commune de Meudon-la-Forêt a fait opposition à la déclaration préalable de travaux référencée N° DP 92048 23 0216 déposée le 22 novembre 2023 en vue de la construction d'une installation de radiotéléphonie de trois mètres de hauteur et des armoires techniques sur la toiture terrasse de l'immeuble situé 6 rue du Commandant A B ;
2°) d'enjoindre à la commune de Meudon-la-Forêt de lui délivrer une décision de non-opposition à déclaration préalable autorisant la construction d'une installation de radiotéléphonie de trois mètres de hauteur et des armoires techniques sur la toiture terrasse de l'immeuble mentionné ci-dessus, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Meudon-la-Forêt la somme de 5 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Totem France et la société Orange soutiennent que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il existe un intérêt public à ce que le territoire national soit couvert par le réseau de téléphonie mobile de tous les opérateurs, et que le territoire de la commune de Meudon-la-Forêt-la-Forêt concerné par le projet n'est pas couvert par le réseau de la société Orange en fréquence 5G ;
- il existe des moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée qui :
- n'est pas suffisamment motivée ;
- méconnaît les dispositions de l'article UC 10-2 du règlement du plan local d'urbanisme.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 juin 2024, la commune de Meudon-la-Forêt, représentée par Me Cassin, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société Totem France et de la société Orange au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune de Meudon-la-Forêt fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- aucun des moyens invoqués par les sociétés requérantes n'est de nature à faire naitre un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué ;
- à titre subsidiaire, elle demande au Tribunal de procéder à une substitution de motifs l'arrêté de son maire pouvant être pris sur le fondement des dispositions des articles UC
11-4-6 et UC 11-4-7 du règlement du plan local d'urbanisme.
Par un mémoire enregistré le 14 juin 2024, la société Totem France et la société Orange, représentées par Me Gentilhomme, concluent aux mêmes fins que précédemment.
La société Totem France et la société Orange :
- abandonnent le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté contesté ;
- font valoir que la décision ne saurait être fondée sur les articles UC 11-4-6 et UC
11-4-7 du règlement du plan local d'urbanisme.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2404067, enregistrée le 14 mars 2024, par laquelle la société Totem France et la société Orange demandent l'annulation de l'arrêté contesté.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Kelfani, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référés.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 14 juin 2024 à
15 heures 30.
Ont été entendus lors de l'audience publique, tenue en présence de M. Grospierre, greffier :
- le rapport de M. Kelfani, juge des référés ;
- les observations de Me Gentilhomme ;
- et celles de Me Menesplier, avocate, substituant, Me Cassin.
Considérant ce qui suit :
1. La société Totem France, mandatée par la société Orange, a déposé le 22 novembre 2023, auprès des services de la commune de Meudon-la-Forêt un dossier de déclaration préalable de travaux, référencé N° DP 92048 23 0216, afin de réaliser un relais de radiotéléphonie en fréquence 5 G, consistant en l'installation de deux antennes-panneaux de trois mètres soutenus par un mât porteur sur la toiture du bâtiment situé 6 rue du Commandant A B. Par un arrêté en date du 15 janvier 2024, le maire de la commune de
Meudon-la-Forêt a fait opposition à cette déclaration préalable. Les sociétés Totem France et Orange demandent au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice
administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
4. Il résulte de l'instruction que les sociétés requérantes établissent, par la production de cartes de couverture du réseau de téléphonie mobile de la société Orange suffisamment probantes, que la partie du territoire de la commune de Meudon-la-Forêt-la-Forêt sur laquelle la station relais en cause doit être implantée n'est pas couverte en totalité par le réseau 5G de téléphonie mobile propre à cet opérateur. Eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile, ainsi qu'aux intérêts propres des sociétés Totem France et Orange, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie. A cet égard, est sans incidence sur l'urgence de la demande la circonstance que la société Orange ou d'autres opérateurs disposeraient de sites, où ils auraient déployé des équipements 5G, à proximité du terrain d'assiette du projet envisagé et que la requête en référé a été enregistrée plus de quatre mois et demi après l'intervention de l'arrêté contesté.
5. Les dispositions de l'article UC 10-2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Meudon-la-Forêt, relatives à la hauteur des constructions, renvoient à celles de l'article UC 10-1 du même règlement, qui excluent expressément pour la détermination de la hauteur des constructions les " cheminées () les édicules d'une hauteur inférieure à 1,80 m, les installations technique sen toiture, les pylônes, mâts et antennes ". Dès lors, le moyen invoqué par les sociétés requérantes tiré de ce que le maire de la commune de Meudon-la-Forêt a inexactement appliqué l'article UC 10-2 du règlement du plan local d'urbanisme est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
6. La commune de Meudon-la-Forêt demande, à titre subsidiaire, que soit substitué au motif initial de la décision dont la suspension est demandée, ceux tirés de la méconnaissance de l'article UC 11-4-6 du règlement du plan local d'urbanisme, qui interdit l'implantation en toiture-terrasse des " édicules et locaux techniques d'une hauteur supérieure à 1,80 m " et l'article UC 11-4-7 du même règlement, qui prévoit que l'installation des antennes (TV, radio et de téléphonie) " doit être de préférence réalisée en toiture de manière à garantir, sinon la non visibilité depuis le domaine public, du moins la meilleure intégration possible aux volumes en toiture ". Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet méconnaîtrait les dispositions de ces articles. Par suite, en l'état de l'instruction, la commune de Meudon-la-Forêt n'est pas fondée à demander que les motifs qu'elle invoque soient substitués, ou même seulement l'un d'entre eux, à celui qui fonde la décision attaquée.
7. Il résulte de ce qui précède que les sociétés requérantes sont fondées à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du maire de Meudon-la-Forêt en date du 15 janvier 2024.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
8. Lorsque le juge suspend l'exécution d'un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.
9. Compte tenu des motif énoncés ci-dessus, la suspension de l'exécution de l'arrêté du maire de la commune de Meudon-la-Forêt en date du 15 janvier 2024 implique nécessairement la délivrance d'une décision provisoire de non-opposition à déclaration préalable. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Meudon-la-Forêt de délivrer aux sociétés requérantes, dans un délai de trente jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une décision provisoire de non-opposition à la déclaration préalable de travaux déposée le 22 novembre 2023, jusqu'à ce que le Tribunal statue sur la requête au fond. Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions des sociétés requérantes aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
11. La commune de Meudon-la-Forêt étant la partie perdante, dans la présente instance, les conclusions qu'elle présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté, en date du 15 janvier 2024, par lequel le maire de la commune de Meudon-la-Forêt a fait opposition à la déclaration préalable de travaux référencée N° DP 92048 23 0216 déposée le 22 novembre 2023 par la société Totem France en vue de la construction d'une installation de radiotéléphonie de trois mètres de hauteur et des armoires techniques sur la toiture terrasse de l'immeuble sis 6 rue du Commandant A B, est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité.
Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Meudon-la-Forêt de prendre, à titre provisoire, une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée par la société Totem France, dans le délai de trente jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête des sociétés Totem France et Orange est rejeté.
Article 4 : Les conclusions de la commune de Meudon-la-Forêt présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Totem France, à la société Orange et à la commune de Meudon-la-Forêt. Copie en sera adressée, pour information au préfet des Hauts-de-Seine.
Fait, à Cergy-Pontoise, le 19 juin 2024.
Le juge des référés,
Signé
K. Kelfani
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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