Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2407886

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2407886
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 3 et 14 juin 2024, M. A C B, représenté par Me Ouled, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite du préfet du

Val-d'Oise a refusé de lui délivrer une carte de résident ;

2°) d'enjoindre le préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de deux jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée, dès lors qu'il s'agit d'une décision portant refus de renouvellement de titre de séjour et qu'il est maintenu dans une situation d'extrême précarité ;

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- elle est entachée d'une méconnaissance de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2408314, enregistrée le 3 juin 2024, par laquelle M. C B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Thobaty, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 18 juin 2024 à

10 heures 00.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de

Mme Soulier, greffière d'audience :

- le rapport de M. Thobaty, juge des référés ;

- les observations de Me Ouled représentant M. C B, qui conclut aux mêmes fins et soutient en outre qu'une autorisation de travail est nécessaire pour ses études en BTS gestion des PME.

Le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette d'urgence sera, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme dans le cas d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas parmi lesquels figurent les demandes de changement de fondement de titre de séjour, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

3. M. A C B, ressortissant irakien né le 20 février 2004 à Bagdad, est bénéficiaire de la protection internationale depuis 2008. Le 13 juin 2022, il a déposé une demande d'asile et a obtenu une attestation de demandeur d'asile en procédure accélérée. Il a déposé une demande de carte de résident sur le téléservice de l'administration numérique pour les étrangers en France le 6 décembre 2023. Eu égard à la protection internationale dont a bénéficié l'intéressé, l'urgence est établie

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

4. Aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration: " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 232-4 dudit code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier, M. C B a sollicité le 28 mai 2024 la communication des motifs de la décision implicite de rejet née sur sa demande. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que le préfet a méconnu l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration en ne communiquant pas les motifs de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour, est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

6. En revanche, en l'état de l'instruction, subsiste un doute quant à la cause pour laquelle M. C B a bénéficié de la protection internationale en tant que mineur. S'il a bénéficié en son nom propre de la qualité de réfugié, il continue à bénéficier de la protection internationale à sa majorité et doit se voir délivrer une carte de résident. En revanche, s'il a bénéficié d'une protection en vertu du principe d'unité de famille d'un réfugié ou de l'article L. 531-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour les enfants mineurs d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire, cette protection cesse en principe à sa majorité et il doit obtenir la reconnaissance de la qualité de réfugié en son nom propre ou un titre de séjour sur un autre fondement. Eu égard à l'incertitude quant à la nature de la protection dont il a bénéficié en tant que mineur, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les autres moyens de la requête ne sont pas, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de délivrer à M. C B une carte de résident, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision attaquée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. () ". Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ". Le code de justice administrative dispose à son article L. 511-1 que : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ".

9. Aux termes de l'article article 424-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile A " Après avoir déposé sa demande de carte de résident, et dans l'attente de la délivrance de cette carte, l'étranger mentionné à l'article L. 424-1 a le droit d'exercer la profession de son choix dans les conditions prévues à l'article L. 414-10. ".

10. Le juge des référés ne peut, sans excéder sa compétence, ni décider l'annulation d'une décision administrative ni prononcer une injonction qui, ayant des effets identiques à la mesure d'exécution que devrait prendre l'administration à la suite d'une annulation pour excès de pouvoir, n'aurait pas le caractère d'une mesure provisoire.

11. L'injonction de délivrer à la personne requérante un titre de séjour aurait les mêmes effets que la mesure d'exécution que le préfet serait tenu de prendre en cas d'annulation pour excès de pouvoir du refus illégal de lui accorder un titre de séjour. Il n'appartient, dès lors, pas au juge des référés de prononcer une telle injonction.

12. Eu égard à ses motifs et au caractère provisoire des mesures ordonnées par le juge des référés, la présente ordonnance implique nécessairement la délivrance à Le juge des référés ne peut, sans excéder sa compétence, ni décider l'annulation d'une décision administrative ni prononcer une injonction qui, ayant des effets identiques à la mesure d'exécution que devrait prendre l'administration à la suite d'une annulation pour excès de pouvoir, n'aurait pas le caractère d'une mesure provisoire.

13. L'injonction de délivrer à la personne requérante un titre de séjour aurait les mêmes effets que la mesure d'exécution que le préfet serait tenu de prendre en cas d'annulation pour excès de pouvoir du refus illégal de lui accorder un titre de séjour. Il n'appartient, dès lors, pas au juge des référés de prononcer une telle injonction.

14. Si le préfet du Val-d'Oise a délivré à l'intéressé en cours d'instance une attestation de prolongation d'instruction valant autorisation provisoire de séjour, celle-ci ne l'autorise pas à travailler. Eu égard à ses motifs et au caractère provisoire des mesures ordonnées par le juge des référés, la présente ordonnance implique nécessairement la délivrance à M. C B d'une attestation de prolongation d'instruction valant autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler valable jusqu'à ce qu'il soit statué au fond. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de délivrer à M. C B une attestation de prolongation d'instruction valant autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler valable jusqu'à ce qu'il soit statué au fond dans le délai d'un mois à compter de la mise à disposition de cette ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

15. Il résulte des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

16. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante, une somme de 400 euros à verser à M. C B en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de délivrer à M. C B une carte de résident est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision attaquée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à M. C B une attestation de prolongation d'instruction valant autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler valable jusqu'à ce qu'il soit statué au fond, dans le délai d'un mois à compter de la mise à disposition de cette ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 400 euros à M. C B au titre des frais liés à l'instance en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C B, au préfet du

Val-d'Oise et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Cergy, le 19 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé

G. Thobaty

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.