Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2407898

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2407898
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 3 juin 2024, Mme A B épouse C, représentée par Me Goulay, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision en date du 22 décembre 2023 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a autorisé le concours de la force publique pour procéder à son expulsion et à celle de sa fille, à compter du 8 juillet 2024 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros hors taxe (1 200 euros TTC) à son conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est présumée remplie, dès lors qu'elle est placée avec sa fille dans une situation de précarité matérielle alors que M. D dispose de plusieurs propriétés en Île-de-France qui ne sont pas ses résidences principales, en outre, elle n'a aucune solution de relogement et se retrouvera sans domicile fixe avec sa fille, alors qu'elle a été retenue comme prioritaire au titre du SYPLO et en situation de handicap ;

- il existe plusieurs moyens de nature à faire naitre un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnait les dispositions de l'article R. 153-1 du code de procédure civile et d'exécution, en ce que le courrier du 22 décembre 2023 du préfet des Hauts-de-Seine ne permet pas de déterminer si les dispositions légales ont été respectées et si les diligences préalables à toute saisine du préfet ont bien été effectuées ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- la requête n°2408320 enregistrée le 3 juin 2024 par laquelle Mme B épouse C demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure civile et d'exécution ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B épouse C a conclu, avec son ex-époux, un contrat de bail avec M. D, le 15 février 2016. Par une ordonnance de référé, rendue le 19 mai 2020, le tribunal de proximité d'Asnières-sur-Seine a prononcé l'acquisition de la clause résolutoire du contrat de bail. L'intéressée n'a pas continué à régler le loyer et les échéanciers et c'est ainsi qu'un commandement de quitter les lieux lui a été délivré, le 21 janvier 2021, pour un départ effectif au 21 mars 2021. Mme B épouse C s'est maintenue avec sa fille dans le logement. Par une décision en date du 22 décembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a autorisé le concours de la force publique en vue de l'expulsion de Mme B épouse C et de sa fille, à compter du 8 juillet 2024. Par la présente requête, Mme B épouse C demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de son article L. 522-3 : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, aux termes du premier alinéa de son article R. 522-1 : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Pour justifier de l'urgence de sa situation, Mme B épouse C soutient que son bailleur est propriétaire de plusieurs propriétés en Île-de-France, de sorte que l'urgence qu'elle se maintienne avec sa fille dans les locaux est supérieure à l'intérêt de ce dernier. En outre, elle soutient également qu'elle se trouve dans une situation de précarité matérielle en ce qu'aucune proposition de relogement ne lui a été faite, la privant ainsi que sa fille de domicile fixe. Toutefois, et pour regrettable que soit cette situation, il ressort des pièces du dossier que Mme B épouse C a été informée de la décision contestée dès le mois de décembre 2023, soit environ cinq mois avant l'introduction de sa requête en référé. Qu'en outre, un commandement de quitter les lieux lui a été délivré par acte d'huissier, le 21 janvier 2021, et que son expulsion a été prononcée par une décision du tribunal judiciaire de Nanterre il y a plus de quatre ans. Ainsi, Mme B épouse C a contribué elle-même, par son comportement, à la situation d'urgence dont elle se prévaut. Dans ces conditions, la condition d'urgence exigée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire application des dispositions, rappelées au point 2, de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, et de rejeter, en toutes ses conclusions, la requête de Mme B épouse C, y compris les conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du même code et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et les entiers dépens, sans qu'il y ait lieu d'admettre Mme B épouse C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B épouse C n'est pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme B épouse C est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B épouse C et à

Me Goulay.

Copie en sera transmise au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 27 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé

M. Poyet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.