Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2407969
lundi 17 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2407969 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 juin 2024 au greffe du tribunal administratif de Paris,
M. B A, représenté par Me Mbaye, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 mai 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'il est susceptible d'avoir sur sa situation personnelle dès lors qu'il peut prétendre à une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024, le préfet des
Hauts-de-Seine, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Fabas, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique ;
- le rapport de Mme Fabas, conseillère,
- les observations de Me Mbaye, représentant M. A, qui fait valoir que la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise à l'encontre de son client le 20 novembre 2021 tandis que la décision portant assignation à résidence a été prise le 28 mai 2023 même si elle ne lui a été notifiée que le 3 juin 2024. Or, les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur version en vigueur à la date de l'arrêté portant assignation à résidence ne permettaient d'assigner à résidence un étranger que pour assurer l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français prise moins d'un an auparavant. Dès lors, l'obligation de quitter le territoire français ayant été prise plus d'un an auparavant, le préfet ne pouvait, sans méconnaître les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, assigner à résidence son client sur le fondement de l'obligation de quitter le territoire français du 20 novembre 2021 ;
- les observations de M. A, qui fait valoir qu'il voit régulièrement sa fille par le biais des visites médiatisées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant marocain né le 1er janvier 1998 est entré en France le 4 juin 2021 muni d'un visa valable du 28 mai 2021 au 28 mai 2022. Par un arrêté du 20 novembre 2021, le préfet de police lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et a ordonné son placement en centre de rétention administrative. Par un arrêté du 28 mai 2023, M. A a été assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de 45 jours. Par sa requête, il demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué :
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur version en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé. () ".
3. Ainsi que le fait valoir le requérant dans ses observations présentées à la barre par l'intermédiaire de son conseil, la décision portant assignation à résidence qui a été prise à son encontre le 28 mai 2023 et notifiée le 3 juin 2024 est fondée sur les dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or, ces dispositions, dans leur version en vigueur à la date de l'arrêté attaqué, ne permettaient pas au préfet des Hauts-de-Seine d'assigner à résidence un étranger sur le fondement d'une décision portant obligation de quitter le territoire français prise plus d'un an auparavant. L'obligation de quitter le territoire français sur laquelle le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé pour assigner M. A à résidence ayant été prise le 20 novembre 2021, soit plus d'un an auparavant, le préfet a entaché son arrêté du 28 mai 2023 d'une erreur de droit.
4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 mai 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence.
Sur les frais du litige :
5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 28 mai 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a assigné M. A à résidence est annulé.
Article 2 : Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 17 juin 2024.
La magistrate désignée,
signé
L. Fabas
La greffière,
signé
M. C
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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