Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408066

vendredi 21 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2408066
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine demande au juge des référés, saisi en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de Mme B A du centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile dénommé HUDA CASP " Jardins du Monde " d'Antony, situé 3, rue de la Renaissance à Antony (92120) ;

2°) de l'autoriser à recourir à la force publique pour procéder à l'évacuation des lieux.

Il soutient que :

- le juge administratif est compétent pour statuer sur sa requête ;

- les conditions d'urgence et d'utilité sont remplies, dès lors que le refus de Mme A de quitter le lieu d'hébergement fait obstacle à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile ; qu'en outre, son maintien au centre d'accueil compromet le fonctionnement normal de l'organisme et qu'enfin, une mise en demeure de quitter les lieux lui a été adressée et n'a pas été exécutée ;

- la mesure demandée ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que

Mme A a été définitivement déboutée de sa demande d'asile.

La requête a été communiquée à Mme A qui n'a pas présenté d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 21 juin 2024 à

9 heures 30.

A été entendu au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Grospierre, greffier d'audience, le rapport de M. Poyet, juge des référés, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet des Hauts-de-Seine demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de Mme B A du centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile dénommé HUDA CASP " Jardins du Monde " Antony, situé 3, rue de la Renaissance à Antony (92120)

2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Sont des lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile : / 1° Les centres d'accueil pour demandeurs d'asile définis à l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles ; / 2° Toute structure bénéficiant de financements du ministère chargé de l'asile pour l'accueil de demandeurs d'asile et soumise à déclaration, au sens de l'article L. 322-1 du même code. ". Aux termes de l'article L. 552-2 du même code : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen. ". Enfin, l'article L. 552-15 du code mentionné ci-dessus précise que : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 552-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La personne hébergée peut solliciter son maintien dans le lieu d'hébergement au-delà de la date de décision de sortie du lieu d'hébergement prise par l'office français de l'immigration et de l'intégration en application des articles L. 551-11 ou L. 551-13 dans les conditions suivantes : / 1° Lorsqu'elle s'est vue reconnaître la qualité de réfugié ou accorder la protection subsidiaire, elle peut demander à être maintenue dans le lieu d'hébergement jusqu'à ce qu'une solution d'hébergement ou de logement soit trouvée, dans la limite de trois mois à compter de la date de fin de prise en charge ; durant cette période, elle prépare les modalités de sa sortie avec le gestionnaire () pour lui faciliter l'accès () à une offre d'hébergement ou de logement stable ; cette période peut être prolongée pour une période maximale de trois mois supplémentaires avec l'accord de l'office () ". Selon l'article R. 552-15 du même code : " Pour l'application du premier alinéa de l'article L. 552-15, si une personne se maintient dans le lieu d'hébergement après la date mentionnée à l'article R. 552-12 ou, le cas échéant, après l'expiration du délai prévu à l'article R. 552-13, le préfet du département dans lequel se situe ce lieu d'hébergement ou le gestionnaire du lieu d'hébergement met en demeure cette personne de quitter les lieux dans les cas suivants : () 2° La personne bénéficie d'un titre de séjour en France et a refusé une ou plusieurs offres de logement ou d'hébergement qui lui ont été faites en vue de libérer l'hébergement () Si la mise en demeure est infructueuse, le préfet ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut, après une décision de rejet définitive et dans les conditions prévues à l'article L. 552-15, saisir le président du tribunal administratif afin d'enjoindre à cet occupant de quitter les lieux. ".

4. Enfin, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".

5. Lorsque le juge des référés est saisi par l'administration, sur le fondement des dispositions précitées, d'une demande d'expulsion d'un centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et si la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

6. Il résulte de l'instruction que Mme A, ressortissante sénégalaise née le 10 août 1986, a, en qualité de demandeur d'asile, bénéficié d'un hébergement au sein du centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile dénommé HUDA CASP " Jardins du Monde " Antony, situé 3, rue de la Renaissance à Antony (92120). L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile par une décision du 27 avril 2021, notifiée le 21 mai 2021. Ce rejet a été confirmé par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 17 novembre 2022, notifiée le 21 novembre 2022. Suite à l'obtention de la protection internationale de son enfant mineur C, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a autorisé Mme A à se maintenir à l'HUDA CASP " Jardins du Monde " d'Antony, situé 3, rue de la Renaissance à Antony (92120), jusqu'au 30 juin 2023. En date du 27 novembre 2023, Mme A s'est vue délivrer par la sous-préfecture d'Antony un titre de séjour pour parent d'enfant réfugié, d'une durée de validité de dix ans. En date du 26 avril 2024, cette dernière a refusé une proposition du Service Intégré d'Accueil et d'Orientation (SIAO) pour un appartement de type T4, adapté à sa composition familiale et à sa situation sociale, dans un Centre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale (CHRS) géré par l'association Aurore - Le Relais à Châtillon (92320) dans les Hauts-de-Seine. Mme A n'a pas donné suite à la demande du directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge, l'ayant informée qu'elle devait quitter l'hébergement dont elle bénéficiait, et s'est maintenu dans l'hébergement. Le préfet des Hauts-de-Seine a, par un courrier en date du 2 mai 2024, mis en demeure l'intéressée de quitter les lieux dans un délai de quinze jours à compter de la notification du courrier. Le pli envoyé par lettre recommandée avec accusé de réception, présenté le 5 mai 2024, a été retourné à son expéditeur avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Cette demande est donc restée sans suite. Mme A continue de se maintenir dans le centre d'hébergement et ne fait valoir aucune circonstance particulière de nature à faire obstacle à son expulsion. Il résulte de l'instruction que la libération des lieux occupés présente, eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile et au nombre de places disponibles dans les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile dans le département des Hauts-de-Seine, un caractère d'urgence et d'utilité.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à Mme A de quitter, dans un délai qu'il convient de fixer à quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'elle occupe irrégulièrement au centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile dénommé HUDA CASP " Jardins du Monde " Antony, situé 3, rue de la Renaissance à Antony (92120). À défaut pour Mme A d'avoir quitté les lieux dans le délai ainsi prescrit, le préfet des Hauts-de-Seine est autorisé à procéder à l'évacuation forcée des lieux.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à Mme A, dans le délai de quinze à compter de la notification de la présente ordonnance, de libérer les lieux qu'il occupe au centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile dénommé HUDA CASP " Jardins du Monde " Antony, situé 3, rue de la Renaissance à Antony (92120).

Article 2 : Le préfet des Hauts-de-Seine est autorisé à procéder, à l'issue de ce délai, avec le concours de la force publique, à l'expulsion de Mme A.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Mme B A.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait, à Cergy, le 21 juin 2024.

Le juge des référés,

signé

M. Poyet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2408066