Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408091
lundi 17 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2408091 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et des mémoires, enregistrés les 6, 7 juin et 10 juin 2024 sous le n°2408091, M. C A, représenté par Me Bera, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 avril 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire l'autorisant à travailler dès notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cinquante euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un vice de procédure faute de saisine préalable de la commission du titre de séjour ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'il est susceptible d'avoir sur sa situation personnelle ;
- il est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il n'a été condamné qu'à deux reprises et non trois comme cela est indiqué à tort ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre sur laquelle elle est fondée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que seule la formation collégiale du tribunal est compétente pour statuer sur la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour et qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
II. Par une requête et des mémoire enregistrés les 6, 7 et 10 juin 2024 sous le n°2408092, M. C A, représenté par Me Bera, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 mai 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire l'autorisant à travailler dès notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cinquante euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un vice de procédure faute de saisine préalable de la commission du titre de séjour ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'il est susceptible d'avoir sur sa situation personnelle ;
- il est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il n'a été condamné qu'à deux reprises et non trois comme cela est indiqué à tort ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre sur laquelle elle est fondée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Fabas, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fabas ;
- les observations de Me Bera, représentant M. A, qui fait valoir que la préfecture n'a pas répondu, dans son mémoire en défense, au moyen tiré de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour et que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour sur laquelle elle est fondée ;
- M. A qui fait valoir qu'il ne connaît que la France où il a effectué toute sa scolarité et qu'il a désormais des perspectives sur le plan professionnel.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Des notes en délibéré ont été enregistrées pour M. A le 12 juin 2024 et n'ont pas été communiquées.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant angolais né le 27 avril 2001, serait entré sur le territoire français en 2001, selon ses déclarations. Le 3 février 2023, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 30 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté cette demande, a obligé M. A à quitter sans délai le territoire français en fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un arrêté du 16 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine. Par les requêtes susvisées, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, M. A demande au tribunal d'annuler ces arrêtés.
Sur l'étendue du litige :
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 614-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est notifiée avec une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 ou une décision de placement en rétention prise en application de l'article L. 741-1, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de ces mesures ". Aux termes de l'article L. 614-9 du même code : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction, (), statue au plus tard quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours. / Dans le cas où la décision d'assignation à résidence ou de placement en rétention intervient en cours d'instance, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin statue dans un délai de cent quarante-quatre heures à compter de la notification de cette décision par l'autorité administrative au tribunal ". Aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative au sein de la section III " dispositions applicables en cas de placement en rétention ou d'assignation à résidence " : " Lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence après avoir introduit un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire ou après avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle en vue de l'introduction d'un tel recours, la procédure se poursuit selon les règles prévues par la présente section. Les actes de procédure précédemment accomplis demeurent valables. () Toutefois, lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire () ".
3. Il résulte des dispositions précitées des articles L. 614-8 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative qu'il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français, dont il pourrait être saisi. Toutefois, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'un refus de séjour. Ainsi, il n'y a lieu de statuer que sur les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation des décisions du 30 avril 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, les conclusions dirigées contre la décision du même jour par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui renouveler son titre de séjour, ainsi que les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être réservées jusqu'en fin d'instance pour être jugées devant une formation collégiale du tribunal administratif de Cergy-Pontoise.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'exception d'illégalité :
4. Aux termes des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ".
5. Ainsi qu'il l'a été dit, par sa demande du 3 février 2023, M. A a sollicité le renouvellement du titre de séjour qui lui avait été délivré sur le fondement de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or, avant de refuser à M. A le renouvellement de son titre de séjour par l'arrêté attaqué du 30 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine aurait dû, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, saisir, pour avis, la commission du titre de séjour, ce qu'il ne conteste pas ne pas avoir fait. Dès lors, la décision portant refus de séjour a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, la saisine de la commission du titre de séjour constituant une garantie pour l'étranger. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour sur laquelle elle est fondée et à en demander, pour ce motif, l'annulation.
6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 30 avril 2024 du préfet des Hauts-de-Seine en tant qu'il lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français en fixant son pays de destination et en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
7. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. "
8. En application des dispositions précitées, M. A est également fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 mai 2024, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence pris sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. D'une part, l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français implique nécessairement, en application des dispositions précitées de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'étranger soit muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation de M. A dans un délai d'un mois et, dans l'attente, de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour.
10. D'autre part, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer un titre de séjour à M. A suivent le sort des conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour et doivent donc, ainsi qu'il l'a été dit, être renvoyées à une formation collégiale.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation du refus de renouvellement de son titre de séjour, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour et celles formulées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont réservées jusqu'en fin d'instance pour être jugées devant une formation collégiale du tribunal administratif de Cergy-Pontoise.
Article 2 : L'arrêté du 30 avril 2024 du préfet des Hauts-de-Seine est annulé en tant qu'il fait obligation à M. A de quitter sans le territoire français, fixe son pays de destination et prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Article 3 : Il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance en application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'arrêté du 16 mai 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a assigné M. A à résidence est annulé.
Article 4 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 17 juin 2024.
La magistrate désignée,
signé
L. Fabas
La greffière,
signé
M. B
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos2408091 - 240809
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