Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408312
lundi 1 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2408312 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 10 juin et le 26 juin 2024, Mme A, représentée par Me Scalbert, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a décidé de son transfert aux autorités italiennes responsables de sa demande d'asile ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'admettre au titre de l'asile dans le délai de quinze jours courant à compter de la notification de la décision à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui remettre, dans l'attente, un récépissé de demandeur d'asile en procédure normale ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros à verser à Me Scalbert, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, ou à elle-même en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle.
Mme A soutient que :
- l'arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé et procède d'un examen insuffisant de sa situation personnelle ;
- il n'est pas établi que les brochures d'information lui aient été remises en méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 ;
- il n'est pas davantage établi qu'un entretien, d'une durée suffisante, ait été mené, ni qu'il ait été réalisé par une personne qualifiée, en l'absence de délivrance d'un compte-rendu d'entretien en méconnaissance de l'article 5 du règlement précité ;
- la régularité de la procédure de détermination de l'Etat responsable n'est pas démontrée ;
- le système d'accueil des demandeurs d'asile en Italie présente des défaillances systémiques, telles qu'envisagées par le point 2 de l'article 3 du règlement 604/2013 du 26 juin 2013, qui auraient justifié que le préfet ne prenne pas à son encontre l'arrêté de transfert en litige ;
- en s'abstenant de faire application de l'article 17 du règlement 604/2013 du 26 juin 2013 au regard de sa situation de vulnérabilité particulière liée à son état de grossesse, le préfet du Val-d'Oise a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et communique les pièces constitutives du dossier de la requérante.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n°603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridictionnelle ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Charlery conformément à l'article L. 572-5 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux des décisions de transfert.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 juin 2024 :
- le rapport de Mme Charlery, magistrate désignée ;
- les observations de Me Scalbert, représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que son état de vulnérabilité du fait de sa grossesse aurait dû faire obstacle au transfert dès lors que le préfet en était informé ;
- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante camerounaise née le 2 mai 1991, a introduit une demande d'asile en France le 13 mars 2024. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation du fichier " Eurodac " a révélé que l'intéressée était en possession d'un visa périmé depuis moins de six mois délivré par les autorités italiennes au moment de sa demande d'asile en France. Ces autorités, saisies le 14 mars 2024 d'une demande de prise en charge en application de l'article 12-4 du règlement (UE) n°604-2013 susvisé, n'y ont apporté aucune réponse. De leur silence est né un accord implicite dont elles ont été informées par un message du 16 mai 2024, en application de l'article 10 du règlement (CE) n°1560/2013 également susvisé. Par un arrêté en date du 27 mai 2024, le préfet du Val-d'Oise a décidé de transférer Mme A aux autorités italiennes. La requérante demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C D, responsable GUDA cheffe de la section asile de la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficiait d'une délégation du préfet de ce département à l'effet de signer toute décision de transfert d'un demandeur d'asile fondée sur l'application du règlement Dublin III, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration et de son adjointe, en vertu d'un arrêté n°23-071 du 22 décembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d'Oise. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté du 26 avril 2024 doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative". Il résulte de ces dispositions que, s'agissant d'un étranger ayant, dans les conditions posées par le règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013, présenté une demande d'asile dans un autre Etat membre et devant, en conséquence, faire l'objet d'une reprise en charge par cet Etat, doit être regardée comme suffisamment motivée la décision de transfert à fin de reprise en charge qui, après avoir visé le règlement, relève que le demandeur a antérieurement présenté une demande dans l'Etat en cause, une telle motivation faisant apparaître qu'il est fait application du b), c) ou d) du paragraphe 1 de l'article 18 ou du paragraphe 5 de l'article 20 dudit règlement.
6. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise les textes applicables, notamment le règlement (UE) n°604/2013 relatif aux mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile. Il précise en outre que les données du fichier " Eurodac " ont révélé que l'intéressée était en possession au moment du dépôt de sa demande d'asile en France d'un visa périmé depuis moins de six mois délivré par les autorités italiennes, lesquelles, saisies le 14 mars 2024 d'une demande de prise en charge de la requérante sur le fondement de l'article 12-4 du règlement (UE) n°604/2013, l'ont implicitement acceptée, ce dont elles ont été informées par un message le 15 mai suivant en application de l'article 10 du règlement CE n°1560/2003 du 2 septembre 2003. Par ailleurs, l'arrêté mentionne, d'une part, que l'intéressée ne relève d'aucune des clauses dérogatoires prévues par les articles 3-2 et 17 du règlement (UE) n°604/2013 et, d'autre part, que la mesure de transfert ne contrevient pas à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, Mme A ne pouvant se prévaloir d'une vie privée et familiale en France stable et n'établissant pas être dans l'impossibilité de retourner en Italie. Ainsi, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Si la requérante soutient que l'absence de mention de son état de grossesse, pourtant signalé à travers la fiche de vulnérabilité établie le 13 mars 2024 par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, révèle une insuffisance de motivation, elle n'établit pas que ce document aurait été porté à la connaissance du préfet du Val-d'Oise. En tout état de cause, et compte tenu du caractère très récent de la grossesse à la date d'édiction de la décision en litige, établi à 7 semaines, cet élément n'apparaît pas déterminant pour apprécier la situation personnelle et familiale de l'intéressée au moment de l'édiction de l'arrêté de transfert en litige. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un Etat membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tous hypothèse, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.
8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que les brochures dites " A " et " B ", intitulées " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de ma demande ' " et " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", qui comprennent l'ensemble des informations devant être communiquées en vertu des dispositions précitées, ont été remises à Mme A le 13 mars 2024, en français, langue comprise par l'intéressée comme en atteste sa signature apposée sur la première page de chacune des brochures. Il ressort, en outre, des pièces du dossier que ces brochures lui ont été communiquées dès l'enregistrement de sa demande de protection internationale en France, soit en temps utile avant l'intervention de la décision de transfert litigieuse. Enfin, les mentions portées sur ces documents, revêtus de l'indication de la date de remise et de la signature du requérant, attestent de leur communication intégrale, Mme A ayant par ailleurs certifié avoir reçu l'information sur les règlements communautaires au cours de l'entretien qui lui a été accordé le même jour en préfecture. Si Mme A soutient néanmoins que l'absence de mention du nombre de pages des brochures d'information ne permet pas de s'assurer que l'intégralité des informations nécessaires lui ont été communiquées, elle n'établit pas que les brochures, alors même qu'elle y a apposé sa signature et a reconnu que l'information sur les règlements communautaires lui avait été remise, ne comportaient pas l'intégralité de leurs pages, les exemplaires prétendument tronqués n'ayant pas été produits. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013 doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () /4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ".
10. Le préfet du Val-d'Oise verse à la procédure le compte-rendu de l'entretien dont a bénéficié Mme A dont il ressort que ledit entretien individuel a été réalisé à la préfecture du Val-d'Oise, le 13 mars 2024 et a été réalisé, en français, langue qu'elle a déclarée comprendre. Le résumé de cet entretien, sur lequel est apposée la signature de Mme A, mentionne qu'il a été mené par un agent de la préfecture, qui a revêtu le document de ses initiales. De plus, alors que ni les dispositions précitées, ni aucun autre texte ou principe n'imposent la mention sur le compte-rendu de l'entretien individuel de l'identité de l'agent de la préfecture ayant mené cet entretien et que figurent sur ce document les initiales de l'agent concerné, la requérante n'apporte aucun élément susceptible de faire douter de la qualification dudit agent et aucune pièce versée au dossier ne permet d'établir que cet entretien n'aurait pas été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national au sens des dispositions précitées ou qu'il n'aurait pas eu lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité et pendant une durée suffisante. Mme A ne fait ainsi état devant le tribunal d'aucun élément laissant supposer qu'elle n'aurait pas été mise à même de présenter l'ensemble des informations qu'elle estimait pertinentes et que l'intégralité des éléments d'information communiqués lors de cet entretien n'aurait pas été mentionné dans le résumé qui en a été fait et que celui-ci ne se serait pas déroulé dans les conditions prévues par les dispositions précitées de l'article 5 du règlement n° 604-2013 du 26 juin 2013. Enfin, à supposer même, comme l'indique Mme A à l'audience, que l'information quant à son état de grossesse, qu'elle aurait communiquée lors de cet entretien, n'ait pas été retranscrite dans le compte-rendu de celui-ci, cette circonstance est sans incidence dès lors que, comme il a été dit au point 6 du présent jugement, une telle information n'était pas susceptible d'avoir une incidence sur le sens de la décision à la date de son édiction, compte tenu du caractère très récent de cette grossesse. Par suite, Mme A ne peut soutenir qu'elle a été privée d'une garantie. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne peut qu'être écarté.
11. En cinquième lieu, Mme A, qui n'identifie pas précisément la procédure dont elle fait valoir qu'elle aurait été méconnue, en citant tout autant une procédure de prise en charge qu'une procédure de reprise en charge et n'identifie pas les dispositions quant aux modalités et aux délais de la saisine de l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile et au recueil de son acceptation qui auraient été méconnues, ne met pas le juge en mesure d'apprécier la réalité et le bien-fondé du moyen qu'elle invoque quant à l'irrégularité de cette procédure. Faute de précision, ce moyen ne peut donc qu'être écarté.
12. En sixième lieu, aux termes du paragraphe 2. de l'article 3 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. () ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains et dégradants ".
13. Mme A fait valoir que le système d'accueil des demandeurs d'asile en Italie présente des défaillances systémiques du fait de la crise migratoire que connaitrait cet Etat, révélée par les alertes de l'OSAR, ressortant également du programme politique en matière de gestion des demandes d'asile de Giorgia Meloni, première ministre italienne, et de l'envoi par les autorités italiennes aux autres Etats membres, d'une circulaire du 5 décembre 2022 sollicitant la suspension des transferts de demandeurs d'asile en raison de l'impossibilité pour les structures d'accueil de ce pays de les accueillir. Elle en déduit que, faute d'accord express de ce pays à son transfert, elle ne peut être assurée qu'elle pourrait bénéficier d'un accueil en Italie lui garantissant une prise en charge matérielle satisfaisante, d'autant plus qu'elle est enceinte et se trouverait isolée dans ce pays. Toutefois, la suspension des transferts évoquée par la circulaire qu'elle invoque ne présente qu'un caractère temporaire et son actualité, à la date de l'arrêté attaqué, n'est pas démontrée. Par ailleurs, la requérante n'apporte aucun élément susceptible de laisser penser que sa demande ne pourrait être traitée par les autorités italiennes dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, alors que l'Italie est un Etat membre de l'Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Enfin, si elle cite des jugements et arrêts qui constatent les difficultés qu'a connu l'Italie dans l'accueil des demandeurs d'asile, de telles décisions qui se rattachent aux années 2022 et 2023 et concernent d'autres situations que la sienne ne sauraient dès lors être transposées sans réserve à sa situation particulière. Il s'ensuit qu'en décidant de prononcer le transfert de la requérante vers l'Italie, et en s'abstenant de faire usage de la clause discrétionnaire pour désigner la France comme l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile, le préfet du Val-d'Oise n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation, au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
14. En septième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 susvisé : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. ". Et aux termes de l'article 8 de la de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : "1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
15. Mme A fait valoir que le préfet du Val-d'Oise aurait dû, sauf à entacher sa décision d'erreur manifeste d'appréciation, faire application de la clause discrétionnaire mise en œuvre par les dispositions précitées pour déroger aux critères de détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile dès lors qu'elle est enceinte et présente de ce fait une vulnérabilité particulière. Toutefois, d'une part, la seule situation de grossesse ne saurait caractériser une vulnérabilité particulière en l'absence de risques démontrés pour la santé de la mère ou de l'enfant. Au demeurant, et alors qu'elle indique faire l'objet d'un suivi de grossesse au centre médical Aragon, Mme A ne justifie pas de ce qu'elle ne pourrait bénéficier d'une prise en charge d'une qualité équivalente par les autorités italiennes. D'autre part, la circonstance que les autorités italiennes n'aient pas exprimé un accord explicite quant à la prise en charge de l'intéressée ne saurait créer aucune présomption quant à une défaillance de l'accueil que Mme A pourrait recevoir en Italie. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qui entacherait la décision en litige ne peut qu'être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme A doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et de celles relatives aux frais de procédure.
D E C I D E :
Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle
Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A, à Me Scalbert et au préfet du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.
La magistrate désignée,
signé
C. Charlery La greffière,
signé
M. B
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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