Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408395
mercredi 26 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2408395 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 juin 2024, M. B, représenté par Me Zouba, demande au tribunal :
1°)d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de le recevoir en rendez-vous dans un délai de 8 jours à compter de la notification de l'ordonnance afin qu'il puisse déposer une demande de renouvellement de son titre de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
2°)d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de le convoquer afin que sa demande de titre de séjour puisse être déposée et enregistrée auprès des services préfectoraux, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°)de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la mesure sollicitée est nécessaire à la protection de ses droits, qu'il se trouve dans l'impossibilité de poursuivre ses études, que les délais écoulés depuis sa première demande de rendez-vous sont anormalement longs et que cette situation le place dans l'anxiété et la précarité ;
- la mesure sollicitée est utile dès lors qu'elle lui permettra d'obtenir un titre de séjour, qu'il vit en France avec son frère et sa mère depuis 9 ans, qu'il a déjà été titulaire d'un titre de séjour " étudiant " jusqu'en janvier 2023, que sa demande lui permettra de se soustraire à l'insécurité juridique de sa situation et d'éviter en cas d'interpellation que sa situation fasse l'objet d'un examen moins approfondi que celui auquel une demande de titre de séjour donne lieu de la part du préfet ;
- la mesure sollicitée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.
La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine le 13 juin 2024.
Le président du tribunal a désigné M. Baude, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
1. M. B, ressortissant camerounais, né le 21 février 2002 à Yaoundé, est entré en France en 2015 selon ses déclarations. Par la présente requête, il demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un rendez-vous en préfecture en vue de déposer sa demande d'admission au séjour.
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".
3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.
4. Pour justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai de la mesure d'injonction qu'il demande, M. B soutient sans être contredit qu'il a demandé la délivrance d'un titre de séjour le 23 mai 2023 et qu'aucun rendez-vous ne lui a été fixé depuis pour lui permettre de déposer sa demande auprès des services préfectoraux et de la faire enregistrée par le préfet. Ainsi, et alors même qu'il ne précise pas la nature et l'objet des études qu'il dit vouloir entreprendre sous le couvert d'un titre de séjour, la condition d'urgence à laquelle les dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative subordonnent le prononcé de la mesure sollicitée par M. B doit être regardée comme remplie.
5. Il résulte de l'instruction que M. B soutient être entré en France en 2015 alors qu'il était mineur, qu'il est titulaire du baccalauréat et d'un DUT obtenus en France en 2020 et 2021, qu'il a résidé en France sous couvert d'un titre de séjour jusqu'en janvier 2023, que des membres de sa famille y résident. Par suite sa demande de titre de séjour est susceptible de justifier la délivrance d'un titre de séjour sous réserve de l'appréciation du préfet sur sa situation et sur la valeur des pièces justificatives de sa demande. La mesure qu'il sollicite présente ainsi un caractère utile au sens de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire droit à la requête de M. B et d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de le recevoir dans un délai de trente jours à compter de la notification de l'ordonnance en préfecture afin d'y déposer sa demande de titre de séjour et d'enregistrer celle-ci. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
7. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 800 euros qu'il versera à M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de recevoir en préfecture M. A B, dans un délai de trente jours à compter de la notification de l'ordonnance, afin que sa demande de titre de séjour puisse être déposée et enregistrée.
Article 2 : L'Etat versera une somme de 800 euros à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Fait à Cergy, le 26 juin 2024.
Le juge des référés,
signé
F.-E. Baude
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 24083952
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