Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408403
jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2408403 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 juin 2024, Mme A B, représentée par
Me Kissangoula, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite, par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour à la suite de son recours gracieux du 30 décembre 2023 ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à lui verser au titre des frais irrépétibles.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est présumée s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour ; la décision attaquée a des incidences graves sur sa situation personnelle, en ce qu'elle se voit privée de tout droit au séjour alors qu'elle vit régulièrement en France depuis 12 ans, qu'il est porté atteinte à son droit au respect de la vie privée et familiale, à sa liberté d'aller et venir, à son droit au logement et à ses droits sociaux et que cette décision a de graves conséquences sur son activité économique ;
- il existe plusieurs moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des recommandations de la circulaire n° NORINTK1229185C du 28 novembre 2012 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la décision de la défenseure des droits en date du 4 mars 2022 ;
- elle a été prise en violation des dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été prise en violation des dispositions des articles L. 414-10 à L. 414-15, R. 414-6,
L. 421-1 à L. 421-35, R. 421-1 à D. 421-6, L. 430-1 à L. 436-10, R. 430-1 à R. 436-3, L. 431-1 à L. 431-5, R. 431-1 à R. 431-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations des articles 3, 5, 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2408434, enregistrée le 12 juin 2024, par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal, a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, née le 27 août 1982 à Douala au Cameroun, est entrée sur le territoire français le 16 novembre 2014 selon ses déclarations. Elle a été mise en possession d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable jusqu'au 3 octobre 2018. L'intéressée a sollicité du préfet de Seine-Saint-Denis, le 18 juin 2019, le renouvellement de son titre de séjour. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite, par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour à la suite de son recours gracieux du 30 décembre 2023.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, " quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". L'article L. 522-3 du même code précise que " lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre ; qu'il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue ;
4. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision attaquée, Mme B soutient que cette décision a de graves incidences sur sa situation personnelle, notamment en ce qu'elle porte atteinte à son droit au respect de la vie privée et familiale, à sa liberté d'aller et venir, à son droit au logement et à ses droits sociaux. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 9 mars 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler le titre de séjour de Mme B et lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours. Cet arrêté, notifié avec les voies et délais de recours, indiquait à la requérante qu'elle disposait d'un délai de 30 jours pour former un recours devant la juridiction administrative et d'un délai de deux mois pour former un recours gracieux ou un recours hiérarchique, non suspensif. Or,
Mme B a formé un recours gracieux auprès du préfet des Hauts-de-Seine par courrier du
30 décembre 2023, soit bien après l'expiration du délai de recours. Par suite, l'absence de réponse du préfet des Hauts-de-Seine à ce recours gracieux n'a pas fait naître de décision implicite de refus de renouvellement de son titre de séjour. Au surplus, le délai écoulé entre la connaissance acquise de l'arrêté du 9 avril 2021 par la requérante et l'action en référé ne permet pas de caractériser l'urgence exigée à l'article l. 521-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de faire application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête en toutes ses conclusions.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B est manifestement irrecevable et doit être rejetée dans son ensemble, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.
Copie en sera transmise au préfet des Hauts-de-Seine.
Fait à Cergy, le 27 juin 2024.
Le juge des référés,
Signé
M. Poyet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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