Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408404
lundi 1 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2408404 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 juin 2024, Mme C, représentée par Me Dookhy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a décidé de son transfert aux autorités italiennes responsables de sa demande d'asile ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui remettre un récépissé de demandeur d'asile ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 700 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé et résulte d'un examen insuffisant de sa situation personnelle ;
- sa vie est réellement menacée au Sri-Lanka ;
- l'arrêté méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que l'ensemble de sa famille a obtenu l'asile en France et non en Italie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et communique les pièces constitutives du dossier de la requérante.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n°603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Charlery conformément à l'article L. 572-5 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux des décisions de transfert.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Charlery, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique du 27 juin 2024, les parties ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante sri-lankaise née le 30 janvier 1998, a introduit une demande d'asile en France le 3 mai 2024. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation du fichier " Eurodac " a révélé que les empreintes de l'intéressée avaient été relevées par les autorités italiennes le 23 octobre 2023 préalablement au dépôt de sa demande d'asile en France. Ces autorités, saisies le 7 mai 2024 d'une demande de prise en charge en application de l'article 13-1 du règlement (UE) 604/2013 du 26 juin 2013, l'ont acceptée explicitement le 10 mai 2024. Par un arrêté en date du 30 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a décidé de transférer Mme C aux autorités italiennes. La requérante demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative ". Il résulte de ces dispositions que, s'agissant d'un étranger ayant, dans les conditions posées par le règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013, présenté une demande d'asile dans un autre Etat membre et devant, en conséquence, faire l'objet d'une reprise en charge par cet Etat, doit être regardée comme suffisamment motivée la décision de transfert à fin de reprise en charge qui, après avoir visé le règlement, relève que le demandeur a antérieurement présenté une demande dans l'Etat en cause, une telle motivation faisant apparaître qu'il est fait application du b), c) ou d) du paragraphe 1 de l'article 18 ou du paragraphe 5 de l'article 20 dudit règlement.
3. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise les textes applicables, notamment le règlement (UE) n°604/2013 relatif aux mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile. Il précise en outre que les données du fichier " Eurodac " ont révélé que les empreintes de l'intéressée avaient été relevées par les autorités italiennes le 23 octobre 2023 préalablement au dépôt de sa demande d'asile en France et que ces autorités, saisies le 7 mai 2024 d'une demande de prise en charge en application de l'article 13-1 du règlement (UE) 604/2013 du 26 juin 2013, l'ont acceptée explicitement le 10 mai 2024. Par ailleurs, l'arrêté mentionne, d'une part, que l'intéressée ne relève d'aucune des clauses dérogatoires prévues par les articles 3-2 et 17 du règlement (UE) n°604/2013 et, d'autre part, que la mesure de transfert ne contrevient pas à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, Mme C ayant déclaré être célibataire et sans enfants et n'établissant pas être dans l'impossibilité de retourner en Italie. Ainsi, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, énoncées avec une précision suffisante. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté doit être écarté.
4. En deuxième lieu, Mme C fait valoir que la décision qu'elle conteste procède d'un défaut d'examen de sa situation, dès lors que son passage en Italie n'était qu'une étape et que peu d'éléments de sa situation personnelle ont été appréciés. Néanmoins, d'une part, la requérante n'indique pas ceux des éléments particuliers de sa situation personnelle ou familiale qui auraient été omis, dès lors qu'elle ne conteste pas les mentions de l'arrêté en litige selon lesquelles elle s'est déclarée célibataire et sans enfant, éléments qui ressortent également de ses déclarations reproduites par le compte-rendu de l'entretien individuel dont elle a bénéficié le 3 mai 2024, versé à la procédure par le préfet des Hauts-de-Seine. D'autre part, la circonstance que le préfet n'aurait pas pris en compte son absence d'intention de s'établir en Italie, qui n'était pour elle qu'un passage vers la France, est sans incidence sur la complétude de l'examen auquel cette autorité a procédé en ce qu'elle ne saurait constituer le fondement juridique d'une décision de transfert qui est fondée sur l'application des critères de détermination de l'Etat responsable de l'examen d'une demande d'asile définis par les règlements Dublin. D'une manière générale, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des mentions de l'arrêté attaqué, eu égard notamment aux éléments de motivation mentionnés ci-dessus, que le préfet des Hauts-de-Seine aurait insuffisamment examiné la situation personnelle de Mme C. Il suit de là que le moyen tiré d'un tel défaut d'examen ne peut qu'être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : "1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Mme C fait valoir que l'ensemble de sa famille a obtenu l'asile en France et non en Italie. Toutefois, cette seule circonstance, à la supposer établie en l'absence de production d'une quelconque pièce susceptible d'en justifier de la matérialité, n'est pas de nature à démontrer de ce que la requérante aurait installé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Au demeurant, il ressort des mentions non contestées de la décision en litige que les empreintes de Mme C ayant été relevées en Italie le 23 octobre 2023, cette dernière est nécessairement arrivée en France postérieurement à cette date, soit depuis moins de sept mois à la date d'édiction de la décision qu'elle conteste, qu'elle a déposé une demande d'asile dans ce pays très récemment le 3 mai 2024 et s'est déclarée célibataire et sans enfant. Par suite, la requérante, qui n'a pas fixé en France de manière ancienne, stable et durable le centre de ses intérêts personnels et familiaux, ne peut soutenir que la décision en litige aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains et dégradants ".
8. Mme C se borne à affirmer que sa vie est menacée au Sri-Lanka qu'elle a été contrainte de quitter, sur les conseils de ses amis, après avoir été menacée, sans assortir ses allégations d'aucune précision ni d'aucune pièce. En outre, elle n'apporte aucun élément susceptible de laisser penser que l'Italie, qui a accepté explicitement la demande de prise en charge adressée par les autorités françaises, ainsi qu'il ressort des mentions de l'arrêté en litige, n'évalueront pas de manière approfondie les risques auxquels elle serait exposée en cas de retour dans son pays d'origine et n'examineraient pas sa demande dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, alors que l'Italie est un Etat membre de l'Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées ne peut qu'être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et de celles relatives aux frais de procédure.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.
La magistrate désignée,
signé
C. Charlery La greffière,
signé
M. A
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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