Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408475

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2408475
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. C, ressortissant turc, qui contestait l'arrêté du préfet du Val-d'Oise ordonnant son transfert aux autorités croates, responsables de l'examen de sa demande d'asile en application du règlement (UE) n°604/2013. Le requérant invoquait la présence de son oncle en France pour demander l'application de la clause discrétionnaire de l'article 17 du règlement. Le juge a estimé que cette circonstance ne justifiait pas une dérogation aux règles de transfert, M. C ne démontrant pas une vie privée et familiale stable et durable en France au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La décision de transfert a donc été validée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 juin 2024, M. C doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 31 mai 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a décidé de son transfert aux autorités croates responsables de sa demande d'asile.

Il soutient qu'il ne souhaite pas être transféré en Croatie où il n'a aucune famille alors que son oncle réside en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et communique les pièces constitutives du dossier du requérant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n°603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Charlery conformément à l'article L. 572-5 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux des décisions de transfert.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Charlery, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique du 27 juin 2024, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant turc né le 5 janvier 2006, a introduit une demande d'asile en France le 16 avril 2024. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation du fichier " Eurodac " a révélé que l'intéressé avait sollicité l'asile auprès des autorités croates préalablement au dépôt de sa demande d'asile en France. Ces autorités, saisies le 16 avril 2024, n'y ont apporté aucune réponse. De leur silence est né, le 2 mai 2024, un accord implicite, en application des articles 22 et 25 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013, dont elles ont été informées par un message en date du 23 mai 2024, conformément à l'article 10 du règlement (CE) n°1560/2013 du 2 septembre 2003. Par un arrêté en date du 31 mai 2024, le préfet du Val-d'Oise a décidé de transférer M. C aux autorités croates. Le requérant demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 susvisé : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : "1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. En faisant valoir qu'il est isolé en Croatie alors que son oncle réside en France, M. C doit être regardé comme invoquant le moyen tiré de ce que le préfet du Val-d'Oise aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de faire usage de la clause discrétionnaire prévue par les dispositions précitées pour désigner la France comme l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile, Etat dans lequel réside un membre de sa famille. Toutefois, d'une part, une telle circonstance est insusceptible de justifier que le préfet dérogeât aux règles de transfert, dès lors que le règlement du 26 juin 2013, qui a pour objet de garantir aux ressortissants étrangers un examen circonstancié de leur demande d'asile, ne leur permet toutefois pas de choisir, parmi les États membres, celui qui sera responsable de cet examen, au regard d'éléments relatifs à leur parcours personnel. D'autre part, il ressort des mentions non contestées de l'arrêté en litige que M. C ne peut se prévaloir d'avoir fixé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux de manière stable et durable. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées ne peut qu'être écarté.

4. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.

La magistrate désignée,

signé

C. Charlery La greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.