Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408689

mardi 25 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2408689
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 juin 2024, Mme B A, représentée par Me Fotso Pouokam, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 3 mai 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi - création d'entreprise " dans le délai de deux mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est présumée dès lors qu'il s'agit d'un refus de renouvellement de titre de séjour ; qu'en outre, la décision attaquée la prive de toute possibilité de travailler pour subvenir à ses besoins, qu'elle se retrouve sans revenu du fait de la fin de son dernier contrat le

2 mars 2024 et exposée à un risque imminent de précarité qui serait préjudiciable pour son état de santé, en ce que les recruteurs exigent la production d'un titre de séjour pour poursuivre le processus de recrutement ;

- il existe un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- elle est entachée d'une erreur de droit et a été prise en violation des dispositions de l'article L.422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du point 26 de l'annexe 10 du même code.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n° 2407718 du 10 juin 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;

- la requête n° 2407713, enregistrée le 30 mai 2024, par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal, a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante camerounaise née

le 21 septembre 1997, est entrée sur le territoire français le 27 août 2019, munie d'un visa long séjour portant la mention " étudiant " valable du 26 août 2019 au 26 août 2020. Elle a été mise en possession de plusieurs titres de séjour dont le dernier en date était valable jusqu'au

30 avril 2024. Le 1er avril 2024, elle a sollicité du préfet des Hauts-de-Seine la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi - création d'entreprise ". Par un arrêté du 3 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L.521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du préfet des Hauts-de-Seine du 3 mai 2024 de rejet de sa demande de titre de séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". L'article L. 522-3 du même code précise que : " lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette d'urgence sera, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme dans le cas d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas parmi lesquels figurent les demandes de changement de fondement de titre de séjour, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Pour justifier de l'urgence de sa situation, Mme A fait valoir que s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour la condition d'urgence est présumée remplie, qu'en outre, la décision attaquée la prive de toute possibilité de travailler pour subvenir à ses besoins et se retrouve ainsi sans revenu et exposée à un risque imminent de précarité qui serait préjudiciable pour son état de santé. Toutefois, il ressort des pièces versées que l'intéressée ayant obtenu son diplôme de master II " Audit et Finance d'entreprise ", le 14 décembre 2023, au titre de l'année universitaire 2022-2023, et ayant été titulaire d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " valable du 1er mai 2023 au 30 avril 2024, sa demande de renouvellement de titre de séjour, présentée le 1er avril 2024, dans laquelle elle sollicite une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi - création d'entreprise ", est une demande de changement de statut et non une demande de renouvellement, ne pouvant ainsi se prévaloir d'une présomption d'urgence. Par ailleurs, si Mme A soutient que son dernier contrat a pris fin le 2 mars 2024, soit deux mois avant l'arrêté contesté, elle ne justifie d'aucune circonstance particulière de nature à caractériser l'urgence de sa situation. Par suite, la condition d'urgence, au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut être regardée comme remplie.

5. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de

Mme A, en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative, selon la procédure prévue par les dispositions précitées de l'article L. 522-3 du même code.

O R D O N N E :

Article 1 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.

Copie en sera transmise au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 25 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé

M. Poyet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.