Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408876

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2408876
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme C, épouse B, qui demandait qu’il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous pour obtenir un titre de séjour ou un récépissé. Le juge a estimé que le silence gardé par l’administration pendant plus de quatre mois sur sa demande de renouvellement de titre de séjour, déposée le 20 février 2023, avait fait naître une décision implicite de rejet en application des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers. La mesure sollicitée aurait eu pour effet de faire obstacle à l’exécution de cette décision administrative, ce que prohibe l’article L. 521-3 du code de justice administrative. La requête a donc été rejetée comme manifestement mal fondée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juin 2024, Mme C, épouse B, représentée par le cabinet Munier-Apaire, demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous afin qu'elle soit mise en possession d'une nouvelle carte de séjour valable pour elle-même et sa fille mineure ou, subsidiairement d'un récépissé de demande l'autorisant à travailler, et ce dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle était en possession d'une carte de séjour temporaire qui a expiré le 10 mars 2023, que la demande de renouvellement de titre qu'elle a déposée le 20 février 2023 est restée sans réponse depuis 16 mois, que le récépissé de demande de renouvellement qui lui a été remis est arrivé à échéance le 27 septembre 2023 et que, depuis, compte tenu de l'inaction des services de la préfecture, elle se trouve avec sa fille mineure en situation de précarité, dans l'impossibilité de justifier de la régularité de leur séjour en France et d'obtenir un rendez-vous auprès de la préfecture ;

- la mesure demandée est utile, dès lors qu'il lui est impossible d'obtenir un rendez-vous en préfecture pour obtenir un document administratif, en l'occurrence un récépissé de demande, lui permettant de vivre et de travailler régulièrement sur le territoire français ;

- la mesure ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Louvel, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, épouse B, ressortissante Kirghize, née le 31 janvier 1980, fait valoir qu'elle ne parvient pas à obtenir de réponse à la demande de renouvellement de titre de séjour qu'elle a déposée le 20 février 2023 auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine. Par la présente requête, Mme C, épouse B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous afin qu'elle puisse se voir délivrer un titre de séjour ou à défaut un récépissé de demande de titre l'autorisant à travailler.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. En vertu des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour en France des étrangers, le silence gardé par l'administration pendant plus de quatre mois sur une demande de titre de séjour vaut décision implicite de rejet de cette demande.

4. Il ressort des termes mêmes de la requête que Mme C, épouse B a déposé, le 20 février 2023, auprès des services du préfet des Hauts-de-Seine une demande tendant au renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur laquelle il n'a pas encore été statué. Eu égard aux dispositions des articles R. 431-1 et R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet des Hauts-de-Seine, alors même qu'il a délivré à l'intéressée un récépissé l'autorisant à travailler, doit être regardé comme ayant implicitement rejeté la demande présentée par Mme C, épouse B à l'expiration d'un délai de quatre mois suivant sa présentation. Il suit de là que la mesure demandée par la requérante, tendant à ce que le préfet des Hauts-de-Seine la convoque afin de lui délivrer une nouvelle carte de séjour ou, subsidiairement un récépissé de demande de titre l'autorisant à travailler, aurait pour effet, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, à l'encontre de laquelle l'intéressée dispose par ailleurs de la possibilité d'exercer un recours pour excès de pouvoir.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C, épouse B doit être rejetée en toutes ses conclusions en application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme C, épouse B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, épouse B.

Fait, à Cergy, le 1er juillet 2024.

Le juge des référés,

signé

T. Louvel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.