Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409140
mercredi 26 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2409140 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 juin 2024, Mme B, représentée par Me de Seze, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous en vue du dépôt d'une demande de titre de séjour dans le délai d'une semaine courant à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37-2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Mme B soutient que :
Sur l'urgence :
- l'urgence est caractérisée dès lors qu'il s'est écoulé une durée anormalement longue de plus de dix-huit mois depuis le dépôt de sa demande de titre de séjour ;
- la détention d'un titre de séjour est nécessaire à sa pré-inscription dans la filière des Instituts de Formation en Soins Infirmiers qui a vocation à pourvoir le métier d'infirmier qui est un métier en tension ;
Sur l'utilité de la mesure :
- il n'existe aucune autre procédure de dépôt de demande de titre de séjour que la voie dématérialisée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Charlery, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante turque née le 5 janvier 2004, est entrée en France en juin 2019 à l'âge de quinze ans, accompagnée de sa mère et de ses frères, afin de rejoindre son père, titulaire d'une carte de résident valable du 3 août 2020 au 2 août 2030. Le 15 novembre 2022, elle a renseigné un formulaire de demande d'admission exceptionnelle au séjour adressé le 22 novembre suivant par courriel à l'adresse " pref-rdv-aes@hauts-de-seine.gouv.fr ", puis, suite à une information de l'association qui l'assiste quant à la saturation de cette boite mèl, elle a procédé à un nouveau dépôt le 20 octobre 2023 sur la plateforme " démarches-simplifiées.fr ". Depuis cette date, Mme B n'a reçu aucune date de rendez-vous pour déposer son dossier, malgré ses différentes relances. Par la présente requête, l'intéressée demande à la juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour.
S'agissant des conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". Aux termes de l'article L. 521-3 du même code : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Et, en vertu de l'article L. 522-3 de ce code, le juge des référés peut rejeter une requête par une ordonnance motivée, sans instruction contradictoire ni audience publique, lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y étudier, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que, si l'étranger établit qu'il n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
4. En l'espèce, pour justifier de l'urgence de sa situation, Mme B soutient que l'impossibilité d'obtenir un rendez-vous est susceptible de la priver d'une inscription au sein de la filière des Instituts de Formation en Soins Infirmiers (IFSI), alors qu'elle a d'ores et déjà accepté, le 30 mai 2024, la proposition d'affectation à l'établissement rattaché à l'hôpital Antoine-Béclère à compter de la rentrée de septembre, lequel solliciterait, avant le 7 juillet 2024, un document attestant de la régularité de son séjour en France. Elle se prévaut également de la durée anormalement longue qui s'est écoulée depuis le dépôt de sa demande initiale de titre de séjour, le 22 novembre 2022. Toutefois, la requérante ne justifie par aucune pièce autre qu'un courriel qu'elle a elle-même rédigé, la contrainte de justification de la régularisation de son séjour que lui imposerait avant le 7 juillet 2024 l'Institut de Formation en Soins Infirmiers de l'hôpital Antoine-Béclère. Et ce d'autant plus qu'alors qu'elle indiquait dans un courriel du 6 mai 2024 transmis à l'adresse " pref-admission-exceptionnelle-au séjour ", craindre de ne pas être admise à l'IFSI de l'hôpital Antoine Béclère, elle y a finalement été acceptée. En outre, elle invoquait à travers ce même courriel, au titre de l'urgence à ce qu'elle puisse obtenir un rendez-vous, l'impossibilité d'effectuer des remplacements au sein de l'EHPAD dans lequel elle avait effectué son stage, qu'elle ne justifie au demeurant pas davantage dans la présente instance. De sorte que la situation de l'intéressée ne révèle pas l'existence d'une situation d'urgence particulière nécessitant la délivrance d'un rendez-vous à bref délai et impliquant que sa demande de titre de séjour, qui a le caractère d'une première demande et non d'un renouvellement, soit examinée prioritairement par rapport à celle d'autres ressortissants étrangers se trouvant dans la même situation.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le caractère utile de la mesure demandée, qu'il convient de rejeter les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 code de justice administrative précité, sur le fondement de l'article L. 522-3 du même code. Il y a lieu également de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions relatives aux frais de procédure.
O R D O N N E
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à Me de Sèze.
Fait à Cergy, le 26 juin 2024.
La juge des référés,
signé
C. Charlery
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2409140
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