Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409167

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409167
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantVAHEDIAN MINA

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension présentée par M. A, ressortissant bangladais reconnu réfugié, qui contestait les décisions implicites de refus de délivrance d'un titre de séjour et de renouvellement de son récépissé. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas établie, car la situation de précarité invoquée par le requérant résultait de son propre comportement et non des décisions contestées. En conséquence, la requête a été rejetée sans qu'il soit nécessaire d'examiner les moyens soulevés, en application de l'article L. 522-3 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juin 2024, M. B A, représenté par Me Vahedian, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution des décisions implicites prises par le préfet du Val-d'Oise, en date du 12 juin 2024 portant refus de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " réfugié " et en date du 13 juillet 2024 portant refus de renouvellement d'un récépissé de demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " réfugié " dans un délai de deux jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail dans les mêmes conditions ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, et dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, de lui verser la somme directement.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il se trouve placé dans une situation de précarité alors qu'il ne justifie ni du droit au séjour ni du droit au travail, en outre son contrat de travail a été suspendu le 13 juin 2024 ;

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :

S'agissant de la décision de refus de délivrance de titre de séjour portant la mention " réfugié " :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2409180, enregistrée le 24 juin 2024, par laquelle M. A demande l'annulation des décisions attaquées.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant bangladais né le 21 septembre 1992, a obtenu le statut de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, le 10 mars 2023. Il a ensuite déposé une demande de délivrance de titre de séjour auprès de la préfecture du Val-d'Oise, le

13 mars 2024, pour laquelle aucun récépissé ne lui a été délivré. Il a seulement été mis en possession d'une attestation de dépôt arrivant à expiration, le 12 juin 2024. L'administration ayant gardé le silence pendant quatre mois, une décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour est née le 13 juillet 2024. En outre, une décision implicite de rejet de renouvellement de son attestation de dépôt est née le 12 juin 2024. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de ces deux décisions implicites.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Enfin, aux termes de l'article R. 432-2 de celui-ci : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ".

4. Il résulte de l'instruction que M. A demande la suspension des décisions implicites en date des 12 juin 2024 et 13 juillet 2024 par lesquelles le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " réfugié ". Toutefois, M. A a déposé une demande de titre de séjour, le 13 mars 2024, et une demande de renouvellement de son attestation de prolongation d'instruction, le 12 juin 2024, par suite, le délai de quatre mois n'étant pas expiré, les décisions implicites de rejet de ses deux demandes ne sont pas encore nées. Il s'ensuit que la requête de M. A est dirigée contre deux décisions inexistantes.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire application des dispositions, rappelées au point 2, de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, et de rejeter, en toutes ses conclusions, la requête de M. A, y compris les conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du même code et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sans qu'il y ait lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Vahedian.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Cergy, le 5 juillet 2024.

Le juge des référés,

Signé

M. Poyet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.