Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409178

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409178
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a examiné le recours en excès de pouvoir de M. C, ressortissant tunisien, contre un arrêté du préfet du Val-d'Oise du 15 juin 2024 l'assignant à résidence pour 45 jours renouvelables, avec obligation de présentation quotidienne au commissariat, en vue de l'exécution d'un arrêté d'expulsion. Le tribunal a jugé que cette assignation, fondée sur le 6° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'est pas soumise à la procédure contentieuse dérogatoire prévue à l'article L. 614-9 du même code, contrairement à ce que laissait entendre la désignation du juge. La solution retenue est que la requête doit être jugée selon la procédure de droit commun, et non selon le contentieux de l'éloignement accéléré.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 24 et le 26 juin 2024, M. C, représenté par Me Weinberg, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 juin 2024, notifié le 22 juin 2024, par lequel le préfet du Val-d'Oise a prononcé son assignation à résidence dans le département du Val-d'Oise pendant une durée de 45 jours renouvelable deux fois, et lui a fait obligation de se présenter tous les jours, y compris les dimanche et jours fériés, au commissariat de police d'Argenteuil ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision l'assignant à résidence :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée et procède d'un défaut d'examen de sa situation, dès lors notamment qu'il est né en France où il a toute sa famille ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation, présente un caractère disproportionné et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 20 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Charlery, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article

L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 juin 2024 :

- le rapport de Mme Charlery, magistrate désignée ;

- les observations de Me Milly substituant Me Weinberg, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir en outre le moyen nouveau tiré de ce que l'assignation à résidence serait illégale pour être fondée sur un arrêté d'expulsion lui-même illégal, contre lequel un recours en excès de pouvoir a été déposé la veille ;

- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien né le 1er mai 1982, a fait l'objet d'une mesure d'expulsion prise par le préfet du Val-d'Oise le 2 mai 2024. Par un arrêté du 15 juin 2024, pris sur le fondement de cet arrêté, le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois. M. C sollicite l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : () 6° L'étranger fait l'objet d'une décision d'expulsion ; () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " La décision d'assignation à résidence prise en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-1 peut être contestée devant le président du tribunal administratif dans le délai de quarante-huit heures suivant sa notification. Elle peut être contestée dans le même recours que la décision d'éloignement qu'elle accompagne. Le délai de quarante-huit heures prévu au premier alinéa est également applicable à la contestation de la décision d'assignation à résidence notifiée postérieurement à la décision d'éloignement, alors même que la légalité de cette dernière a été confirmée par le juge administratif ou ne peut plus être contestée. Les dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 sont applicables au jugement de la décision d'assignation à résidence contestée en application du présent article. ". Enfin, aux termes des dispositions de l'article L. 614-9 dudit code : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction, ou les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative, statue au plus tard quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours. ".

3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la procédure dérogatoire prévue par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas applicable au jugement des conclusions dirigées contre la décision d'assignation à résidence, lorsque cette décision est prise en vue de l'exécution d'un arrêté d'expulsion.

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment des termes de l'arrêté attaqué, confirmées par les écritures du requérant ainsi que celles du préfet du Val-d'Oise, que la mesure d'assignation à résidence prise par ce préfet, par arrêté du 15 juin 2024, a été établie en vue de l'exécution de l'arrêté d'expulsion édicté le 2 mai 2024 et notifié au requérant le 6 mai 2024. Par suite, la décision d'assignation à résidence contestée ayant été prise sur le fondement du 6° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas soumise à la procédure contentieuse dérogatoire définie par l'article L. 732-8 combiné à l'article L. 614-9 du même code. Par suite, il y a lieu de renvoyer en formation collégiale du tribunal administratif les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C.

D E C I D E :

Article 1er : La requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 15 juin 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a prononcé l'assignation à résidence de M. C pour une durée de 45 jours renouvelable deux fois est renvoyée devant une formation collégiale du tribunal administratif de Cergy-Pontoise pour qu'il y soit statué.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Weinberg et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.

La magistrate désignée,

signé

C. Charlery La greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.