Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409405

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409405
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B. Le juge a constaté que la requête, présentée simultanément sur les fondements des articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative, était irrecevable en raison de la confusion des procédures. Il a également relevé que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté préfectoral ne relevaient pas de la compétence du juge des référés, qui ne peut prononcer que des mesures provisoires. La demande a donc été rejetée comme manifestement mal fondée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 juin 2024, M. A B, représenté par Me Mantsanga, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions des articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 26 juin 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) de réaffirmer son droit de vivre une vie privée et familiale normale ;

3°) d'enjoindre au préfet de traiter sa demande de titre de séjour ;

4°) d'enjoindre l'exécution immédiate de la décision d'annulation à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros par application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence se justifie par le fait que l'arrêté en litige le contraint à quitter le territoire français sans délai et fait obstacle à ce qu'il retourne en France pendant un délai d'un an en méconnaissance de son droit à mener une vie privée et familiale normale ;

- l'arrêté méconnait son droit de mener une vie privée et familiale normale en contravention avec le préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, de l'article 7 du code civil, de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est détenteur d'une attestation de demande d'asile valable jusqu'au 1er décembre 2024 ;

- il n'a jamais obtenu de réponse à sa demande de titre de séjour.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Constitution, notamment son préambule ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal, a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ". Aux termes de l'article L. 521-1 du même code : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". L'article L. 521-2 du même code dispose quant à lui : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

2. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 522-3 du code de justice administrative : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. Il résulte des dispositions du titre II du livre V du code de justice administrative, et notamment des articles L. 521-1, L. 521-2, L. 521-3, L. 523-1 et R. 522-5, que les demandes formées devant le juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 sont présentées, instruites, jugées et, le cas échéant, susceptibles de recours selon des règles distinctes de celles applicables aux demandes présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 et de l'article L. 521-3. Par suite, elles ne peuvent être présentées simultanément dans une même requête.

4. La requête de M. B est présentée sur le fondement des dispositions des articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative qui sont tous deux visés en en-tête de sa requête et cités littéralement dans ses développements dédiés à l'urgence sans qu'il soit possible, au vu de ces seuls éléments, de déterminer si le juge des référés est saisi à titre principal sur le fondement de l'un ou de l'autre de ces articles.

5. Il résulte toutefois de l'instruction que M. B, qui ne se prévaut notamment d'aucune urgence particulière appelant l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures, a également présenté, concomitamment, une requête au fond n°2409424 par laquelle il demande l'annulation des décisions du 26 juin 2024 du préfet des Hauts-de-Seine l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays d'éloignement et lui interdisant de revenir sur ce même territoire pour une durée d'un an. Sa requête peut donc être regardée comme présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Toutefois, il résulte des dispositions rappelées au point 1, que le juge des référés ne peut prononcer que des mesures présentant un caractère provisoire et qu'il ne lui appartient pas de prononcer l'annulation de décisions administratives. Les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent donc être rejetées comme irrecevables.

6. Enfin et au surplus, à supposer que M. B ait entendu demander la suspension des décisions en litige et non pas leur annulation, eu égard au caractère suspensif du recours au fond prévu au premier alinéa de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il a présenté, de telles conclusions seraient également irrecevables.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B, dans toutes ses conclusions y compris celles tendant au versement d'une somme au titre des frais de procès, doit être rejetée selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 2 juillet 2024.

La juge des référés,

signé

H. Lepetit-Collin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.