Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409417

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409417
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A, réfugiée soudanaise, qui contestait la clôture de sa demande de titre de voyage pour réfugié. Le juge a estimé que la demande d'annulation de la décision ministérielle était irrecevable, car elle ne présentait pas un caractère provisoire. Il a également jugé que la condition d'urgence n'était pas remplie, faute pour la requérante de justifier d'un motif impérieux pour son voyage en Égypte. La solution retenue s'appuie sur les articles L. 511-1, L. 521-2 et L. 522-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 juin 2024, Mme B A, représentée par Me Paruelle, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'annuler la décision du ministre de l'intérieur et des Outre-Mer prononçant la clôture de sa demande de titre de voyage pour réfugié ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer de lui délivrer un titre de voyage afin qu'elle puisse se rendre en Egypte du 25 juillet au 28 août 2024 ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Paruelle par application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ladite condamnation valant renonciation de ce dernier à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- elle dispose du statut de réfugié en France et d'un titre de séjour valide ; le ministre n'avance aucun argument relatif à des raisons impérieuses de sécurité nationale ou d'ordre public justifiant sa décision ; cette décision porte donc atteinte à ses droits et libertés et notamment à sa liberté d'aller et venir telle que protégée par la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;

-cette décision fait obstacle à ce qu'elle rende visite à sa famille qui réside en Egypte ; elle perdra ses billets d'avion si elle ne peut pas voyager à ces dates.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal, a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, née le 3 octobre 1986, de nationalité soudanaise et reconnue réfugiée, a été munie d'une carte de résident valable jusqu'au 2 octobre 2024. Le 1er mars 2024, elle a sollicité, sur le fondement de l'article L. 561-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la délivrance d'un titre de voyage pour réfugié l'autorisant à voyager hors du territoire français. Mme A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'annuler la décision du ministre de l'intérieur et des Outre-Mer prononçant la clôture de sa demande et d'enjoindre au ministre de lui délivrer ce titre de voyage.

2. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

3. En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Il résulte de la combinaison des dispositions rappelées au point 2 qu'il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative et qu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, de prendre les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte. Ces mesures doivent en principe présenter un caractère provisoire, sauf lorsque aucune mesure de cette nature n'est susceptible de sauvegarder l'exercice effectif de la liberté fondamentale à laquelle il est porté atteinte.

5. En l'espèce, Mme A disposait de la possibilité de demander la suspension de la décision querellée ainsi que de la possibilité de présenter des conclusions à fin d'injonction de délivrance d'un titre de voyage, ce qu'elle a d'ailleurs fait dans sa requête, qui permettent, à bref délai, de sauvegarder l'exercice effectif d'une liberté fondamentale. Dans ces conditions, elle n'est pas recevable à solliciter du juge du référé liberté l'annulation de la décision du ministre de l'intérieur et des Outre-Mer prononçant la clôture de sa demande de titre de voyage, mesure qui ne présente pas un caractère provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Pour caractériser l'urgence particulière qui s'attache, selon elle, au prononcé de la mesure qu'elle sollicite, Mme A, dont la requête n'est que très peu étayée sur ce point, se borne à soutenir qu'un titre de voyage pour réfugié lui est nécessaire à bref délai pour voyager vers Egypte, où réside sa famille, du 25 juillet au 27 août 2024 et qu'elle perdra le bénéfice de son billet d'avion si elle ne voyage pas à ces dates. Toutefois, si la requérante produit le billet d'avion qu'elle a acheté en décembre 2023, elle ne soutient pas que ce voyage vers l'Egypte présenterait un caractère impérieux, ni n'apporte aucun élément de nature à établir l'impossibilité, dans laquelle elle se trouverait, de différer ce départ vers l'étranger. Elle ne justifie donc pas d'une situation d'urgence particulière rendant nécessaire l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A, y compris dans ses conclusions tendant au versement d'une somme au titre des frais de procès, doit être rejetée selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A, à Me Paruelle et au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer.

Fait à Cergy, le 1er juillet 2024.

La juge des référés,

signé

H. Lepetit-Collin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.