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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2410837

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410837

jeudi 5 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2410837
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABINET MEZERAC CHEVRET & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en plein contentieux, a rejeté la demande d'indemnisation d'un sportif exclu définitivement d'un CREPS. Le juge a estimé que l'irrégularité procédurale ayant entraîné l'annulation de la sanction n'était pas de nature à engager la responsabilité de l'établissement, car une décision d'exclusion régulière aurait pu légalement être prise au vu des manquements répétés du requérant au règlement intérieur. La décision s'appuie sur les dispositions du code du sport et les principes généraux de la responsabilité administrative pour faute.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 9 juillet et 18 novembre 2024, M. C... B..., représenté par Me Mottais, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre de ressources, d’expertise et de performance sportive (CREPS) d’Ile-de-France à lui verser la somme de 49 248,82 euros en réparation des préjudices qu’il estime avoir subis du fait de son exclusion définitive ;

2°) de mettre à la charge du CREPS d’Ile-de-France la somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
la responsabilité du CREPS est engagée en raison de l’illégalité fautive de la décision du 29 juin 2022 par laquelle le directeur du CREPS a pris une décision d’exclusion définitive ;
la décision d’exclusion, laquelle a été annulée par un jugement du 12 octobre 2023, en se fondant sur un motif d’illégalité externe, est également entachée d’illégalités internes ;
il doit être indemnisé de son préjudice financier à hauteur de 31 248,82 euros, de son préjudice moral à hauteur de 8 000 euros ainsi que de son préjudice sportif à hauteur de 10 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2024, le centre de ressources, d’expertise et de performance sportive (CREPS) d’Ile-de-France, représenté par son directeur, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 2 décembre 2025, la clôture d’instruction a été fixée au 18 décembre suivant.

Vu :
- le jugement n°2214055 du 12 octobre 2023 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code du sport ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Probert, rapporteur,
- les conclusions de M. Robert, rapporteur public,
- les observations de Me Mottais, avocat de M. B..., et de M. A..., directeur du CREPS d’Ile-de-France.

Considérant ce qui suit :

M. C... B..., membre du Pôle France escrime et inscrit au centre de ressources, d’expertise et de performance sportive (CREPS) d’Ile-de-France, a fait l’objet d’une mesure d’exclusion définitive en application de l’article R. 114-5 du code du sport, repris au titre II du règlement intérieur de l’établissement, par une décision du 29 juin 2022 du directeur du CREPS. Par un jugement du 12 octobre 2023, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé cette décision. Par la présente requête, M. B... demande au tribunal de condamner le CREPS à lui verser la somme totale de 49 248,82 euros en réparation des préjudices qu’il estime avoir subi du fait de cette décision.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne le principe de responsabilité :

L’illégalité d’une décision administrative constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l’administration, pour autant qu’il en soit résulté pour celui qui demande réparation un préjudice direct et certain. Lorsqu’une personne sollicite le versement d’une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de l’illégalité, pour un vice de procédure, de la décision lui infligeant une sanction, il appartient au juge de plein contentieux, saisi de moyens en ce sens, de déterminer, en premier lieu, la nature de cette irrégularité procédurale puis, en second lieu, de rechercher, en forgeant sa conviction au vu de l’ensemble des éléments produits par les parties, si, compte tenu de la nature et de la gravité de cette irrégularité procédurale, la même décision aurait pu être légalement prise, s’agissant tant du principe même de la sanction que de son quantum, dans le cadre d’une procédure régulière.

En ce qui concerne les illégalités fautives entachant la décision du 29 juin 2022 :

En premier lieu, M. B... soutient, en se référant à la requête introduite dans la précédente instance, jointe à sa requête, que la décision était entachée de vices de légalité interne.

D’une part, si le requérant fait valoir que les faits reprochés ne sont pas matériellement établis, il ressort toutefois des termes mêmes de la décision du 29 juin 2022 qu’il n’était pas fait grief à l’intéressé d’avoir été personnellement en possession de boissons alcoolisées mais de s’être trouvé vers minuit trente en extérieur, en compagnie de l’un de ses camarades avec un sac contenant de l’alcool. L’intéressé, qui était interne hébergé, a reconnu s’être trouvé nuitamment à l’extérieur avec un camarade, fait qui méconnaît notamment les règles de vie à l’internat tels que prescrites à l’article 3-10 du règlement intérieur de l’établissement, les règles de comportement conformes à la charte de vie des sportifs de haut niveau en vigueur dans l’établissement, visée au point 3-4 de ce règlement, ainsi que l’obligation de silence au sein des hébergements entre 22h30 et 7h00, prescrit au point 1-7 du règlement intérieur. La décision d’expulsion définitive n’est donc pas entachée d’illégalité à ce titre.

D’autre part, si M. B... soutient que la sanction d’exclusion définitive est disproportionnée, il résulte de l’instruction que l’intéressé avait déjà fait l’objet, le 12 mars 2021 d’une lettre d’avertissement de conduite pour s’être rassemblé et avoir diné avec d’autres camarades dans une chambre du CREPS alors même que la cuisine et le stockage de nourriture au sein de l’internat et le regroupement dans les chambres était interdit par le règlement intérieur de l’établissement. En outre, l’intéressé avait fait l’objet le 1er octobre 2021, soit au cours de la même année scolaire, d’une sanction d’exclusion temporaire de deux jours pour être sorti après l’heure de l’appel et avoir consommé des produits interdits, à savoir du tabac. Au vu à la fois du passé disciplinaire de l’intéressé et des exigences sportives inhérentes à l’enseignement du sport de haut niveau, quand bien même les faits d’introduction et de détention d’alcool n’auraient pas été imputables à l’intéressé, le seul grief de sortie nocturne en compagnie d’un camarade suffisait à fonder la décision contestée. Par suite, la sanction d’exclusion définitive prononcée à son encontre n’était pas disproportionnée.

Il résulte des points 3 à 5 que la décision d’exclusion n’est entachée d’aucun des vices de légalité interne allégués par l’intéressé.

En second lieu, en revanche, la décision du 29 juin 2022 par laquelle le directeur du CREPS d’Ile-de-France a prononcé à l’encontre de M. B... une mesure d’exclusion définitive a été annulée par un jugement n°2214055 en date du 12 octobre 2023 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, devenu définitif, au motif qu’en ne laissant à M. B... qu’un délai de deux jours pour préparer sa défense devant la formation disciplinaire du conseil de la vie du sportif et du stagiaire du CREPS, le directeur du CREPS avait entaché la procédure suivie d’une irrégularité. Une telle illégalité est constitutive d’une faute.

Sur le lien de causalité :

Il résulte de l’instruction que M. B..., après que ses parents ont été destinataires d’une convocation en date du 27 juin 2022, a pu assister au conseil de la vie du sportif et du stagiaire réuni en formation disciplinaire, qui s’est tenu le 29 juin suivant. Ainsi qu’il a été indiqué ci-dessus, l’intéressé a reconnu s’être trouvé nuitamment à l’extérieur, en compagnie d’un de ses camarades. Dans ces circonstances, et compte tenu des points 3 à 5, l’autorité disciplinaire aurait été fondée à prendre la même décision si elle était intervenue au terme d’une procédure régulière. Par suite, M. B... ne justifie d’aucun préjudice certain en lien direct avec la décision du CREPS du 29 juin 2022.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de M. B... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


DECIDE :


Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... B... et au centre de ressources, d’expertise et de performance sportive d’Ile-de-France.

Délibéré après l’audience du 22 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,
M. Probert, premier conseiller,
Mme Gaudemet, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2026.


Le rapporteur,

signé

M. ProbertLe président,

signé

S. OuillonLa greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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