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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2412705

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412705

lundi 23 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2412705
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantIDEO SOCIETE D'AVOCATS

Résumé IA

La commune de Levallois-Perret contestait devant le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise un arrêté préfectoral fixant à zéro le montant d'un prélèvement pour carence en logements sociaux. Le tribunal a jugé la requête irrecevable, considérant que la décision attaquée, qui n'imposait aucune charge financière à la commune, ne lui faisait pas grief. La solution s'appuie sur les principes généraux du contentieux administratif relatifs à l'intérêt à agir.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 août 2024, et un mémoire non communiqué enregistré le 16 février 2026, la commune de Levallois-Perret, représentée par Me Bodin, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté n° 2024-42 du 29 février 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a fixé à zéro le montant du prélèvement visé à l’article L. 302-7 du code de la construction et de l’habitation au titre de l’année 2024 pour la commune de Levallois-Perret, ensemble, la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 5 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- elle a intérêt à agir contre l’arrêté en litige en qu’il lui fait grief ;
- l’arrêté méconnait l’article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration à défaut de mentionner les nom et prénom du signataire de l’acte ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est illégal en raison de l’illégalité de l’arrêté préfectoral n° 2023-174 du 21 décembre 2023 prononçant la carence définie par l’article L. 302-9-1 du code de la construction et de l’habitation au titre de la période triennale 2017-2019 pour la commune de Levallois-Perret dès lors que :
* cet arrêté est entaché d’un vice de procédure en ce que l’avis du comité régional de l’habitat et de l’hébergement a été rendu sans avoir été communiqué à la commune et sans qu’elle ait pu faire valoir ses observations ;
* il est entaché d’une erreur de fait affectant le constat de carence ;
* il est entaché d’une erreur manifeste dans l’appréciation de la carence ;
* il est entaché d’une erreur manifeste dans l’appréciation de la sanction ;
- l’arrêté attaqué est illégal en ce que le montant des dépenses déductibles excédentaires reportables est entaché d’une erreur de calcul en sa défaveur depuis l’arrêté n° 2018-56 du 28 février 2018 ;
il est entaché d’une erreur de fait s’agissant du nombre de résidences principales décomptées sur le territoire communal au 1er janvier 2023.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 janvier 2026, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête, à titre principal, comme irrecevable et, à titre subsidiaire, comme non fondée.

Il soutient que :
- la requête est irrecevable à défaut pour la commune de justifier d’un intérêt à agir contre la décision attaquée ;
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par des courriers des 17 et 18 décembre 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office, tiré de l’irrecevabilité de la requête en ce que la décision attaquée ne fait pas grief à la requérante.


Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :

- le rapport de Mme Beauvironnet,
- les conclusions de Mme Garona, rapporteure publique,
- et les observations de Me Bodin, représentant la commune de Levallois-Perret.


Considérant ce qui suit :

Par un arrêté n° 2023-174 du 21 décembre 2023 pris sur le fondement des dispositions de l’article L. 302-9-1 du code de la construction et de l’habitation, le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé la carence de la commune de Levallois-Perret au titre de la période triennale 2020-2022, et fixé à 170% le taux de majoration appliqué sur le montant du prélèvement prévu par les dispositions de l’article L. 302-7 du code de la construction et de l’habitation, à compter du 1er janvier 2024 et pour une durée de trois ans, soit un coefficient multiplicateur de 2,7. Par un arrêté n° 2024-42 du 29 février 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a fixé le montant du prélèvement visé à l’article L. 302-7 du code de la construction et de l’habitation au titre de 2024 pour la commune de Levallois-Perret et celui de la majoration prévue à l’article L. 302-9-1 du même code à un montant de zéro euro. Par lettre du 26 avril 2024, la commune de Levallois-Perret a formé un recours gracieux contre cette décision, implicitement rejeté. Par la présente requête, elle demande au tribunal l’annulation de l’arrêté du 29 février 2024 et de la décision implicite ayant rejeté son recours gracieux.

Aux termes de l’article L. 302-5 du code de la construction et de l’habitation : « Les dispositions de la présente section s’appliquent aux communes dont la population est au moins égale à 1 500 habitants en Ile-de-France (…) qui sont comprises, au sens du recensement de la population, dans une agglomération ou un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre de plus de 50 000 habitants comprenant au moins une commune de plus de 15 000 habitants, et dans lesquelles le nombre total de logements locatifs sociaux représente, au 1er janvier de l’année précédente, moins de 25 % des résidences principales ». Selon les premier et deuxième alinéas de l’article L. 302-7 du même code, dans sa version applicable au présent litige : « Il est effectué chaque année un prélèvement sur les ressources fiscales des communes visées à l'article L. 302-5 (…). / Ce prélèvement est fixé à 25 % du potentiel fiscal par habitant défini à l'article L. 2334-4 du code général des collectivités territoriales multipliés par la différence entre 25 % ou 20 % des résidences principales, selon que les communes relèvent des I ou II de l'article L. 302-5, et le nombre de logements sociaux existant dans la commune l'année précédente, comme il est dit à l'article L. 302-5, sans pouvoir excéder 5 % du montant des dépenses réelles de fonctionnement de la commune constatées dans le compte administratif afférent au pénultième exercice. ». Le quatrième alinéa de ce même article prévoit que le prélèvement sur les ressources fiscales prévu à l’article L. 302-5 précité est diminué du montant de certaines des dépenses effectuées par la commune. Le cinquième alinéa de ce même article prévoit que : « Si le montant de ces dépenses et moins-values de cession est supérieur au prélèvement d'une année, le surplus peut être déduit du prélèvement des deux années suivantes. Dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat, ces dépenses sont déductibles les années suivantes au prorata du nombre de logements locatifs sociaux qu'elles permettent de réaliser au regard des obligations triennales définies à l'article L. 302-8 ».

Le préfet des Hauts-de-Seine a fixé à 2 505 515,65 euros le montant majoré du prélèvement définitif appliqué sur les ressources de la commune de Levallois-Perret en application des dispositions de l’article L. 302-7 précité, au titre de l’année 2024. Le préfet a déduit de ce montant un certain nombre de dépenses déductibles engagées par la commune de Levallois-Perret les années précédentes pour développer le logement social sur son territoire, à hauteur de 2 679 469,9 euros. Il en a résulté un montant nul de prélèvement sur les ressources de la commune prévu par l’article L. 302-7 du code de la construction et de l’habitation ainsi qu’un montant nul de la majoration prévue à l’article L. 302-9-1 du même code au titre de l’année 2024. Eu égard aux montants fixés dans l’arrêté en litige, celui-ci ne fait donc pas grief à la commune requérante. La circonstance, à la supposer établie, que le préfet des Hauts-de-Seine aurait commis une erreur dans le calcul des dépenses déductibles prises en compte en 2018 qui obérerait celles reportables au titre des années suivantes et dans le nombre de résidences principales décomptées sur le territoire communal est sans incidence sur l’intérêt à agir de la requérante, l’arrêté attaqué n’ayant ni pour objet, ni pour effet de fixer le montant des dépenses déductibles et le nombre de résidences principales décomptées sur le territoire communal. Il en va de même de la circonstance que l’arrêté en litige fasse application de l’arrêté préfectoral n° 2023-174 du 21 décembre 2023 prononçant la carence de la commune au titre de la période triennale 2020-2022 que la requérante pouvait contester directement par voie d’action ou de celle, à la supposer établie, que l’arrêté en litige stigmatiserait sa situation au regard de la règlementation applicable en matière de logements locatifs sociaux. Il s’ensuit que la commune de Levallois-Perret n’est pas recevable à demander l’annulation de l’arrêté du 29 février 2024.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense par le préfet des Hauts-de-Seine que la requête de la commune de Levallois-Perret doit être rejetée.





D E C I D E :



Article 1er : La requête de commune de Levallois-Perret est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Levallois-Perret et au ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 20 février 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,
Mme Beauvironnet, conseillère,
M. Sorin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2026.

La rapporteure,
Signé
E. Beauvironnet
La présidente,
Signé
S. Edert




Le greffier,


Signé


F. Lux

La République mande et ordonne au ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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