jeudi 13 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2415317 |
| Type | Décision |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | BAHIC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 octobre 2024, le 23 décembre 2024 et le 14 février 2025 Mme C B représentée par Me Bahic, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 juillet 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être renvoyé ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation tout en lui délivrant une autorisation provisoire séjour dans l'attente dans un délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir, le tout sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- le refus de titre de séjour est entaché d'une incompétence ;
- il est entaché d'un vice de procédure en l'absence du rapport médical ;
- il est entaché d'un vice de procédure en l'absence de communication de l'avis médical rendu le 6 mai 2024 par le collège des médecins de l'OFII permettant de contrôler sa régularité au regard des dispositions de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de l'asile ;
- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que les dispositions de l'article R. 425-13 du du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de l'asile ont été méconnues à plusieurs égard ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier et sérieux de sa situation ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation à cet égard ;
- l'obligation de quitter le territoire français est illégale par voie d'exception ;
- elle est illégale dès lors qu'elle remplit les conditions prévues par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation à cet égard.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 novembre 2024 le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 février 2025 l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteuse publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Goudenèche a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B, ressortissante ivoirienne née le 13 novembre 1977, est entrée en France en décembre 2017 selon ses dires. Elle a bénéficié d'un titre de séjour temporaire mention vie privée et familiale valide jusqu'au 5 mars 2024. Le 7 décembre 2023 elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour pour soins sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 31 juillet 2024 le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être renvoyé. La requérante demande l'annulation de cet arrêté.
Sur le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme A D, adjointe à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement à la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficiait d'une délégation de signature du préfet, en vertu d'un arrêté n° 24-045 du 27 mai 2024, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 23 juillet 2024, aux fins de signer notamment les décisions de refus de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. (). Il transmet son rapport médical au collège de médecins. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ". Enfin, aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins () émet un avis () précisant : a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été prise au vu de l'avis du collège de trois médecins de l'OFII émis le 6 mai 2024, produit à l'instance, et que cet avis a été pris par un collège de trois médecins, régulièrement nommés pour ce faire, au vu du rapport du 20 mars 2024 d'un médecin instructeur lui-même compétent, qui n'a pas siégé au sein de ce collège, rapport préalablement transmis et produit également à l'instance par l'OFII. De plus, la mention portée sur ce document, selon laquelle le collège de médecins de l'OFII a émis cet avis " après en avoir délibéré ", fait foi jusqu'à preuve du contraire et suffit à établir le caractère collégial de la délibération du collège de médecins. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure manque en fait et doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni de la décision attaquée que le préfet du Val-d'Oise aurait entaché la décision d'un défaut d'examen sérieux au regard de l'état de santé du requérant. Par suite, le moyen doit être écarté.
6. En quatrième lieu, d'une part aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. (). ".
7. Il résulte des dispositions citées au point 6 qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande, de vérifier, au vu de l'avis émis par le médecin mentionné à l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays dont il a la nationalité. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII allant dans le sens de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
8. Pour refuser de délivrer un titre de séjour au requérant le préfet du Val-d'Oise s'est notamment fondé sur l'avis émis le 6 mai 2024 par un collège de médecins de l'OFII, lequel indique que si l'état de santé du requérant " nécessite une prise en charge médicale ", dont le défaut " peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité ", " eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ", et que son état de santé " peut lui permettre de voyager sans risque " vers ce pays. Il ressort des pièces du dossier que si Mme B est atteinte du VIH-1 pathologie pour laquelle elle s'est vue prescrire un traitement médicamenteux consistant en la prise quotidienne d'un comprimé d'odefsey, composé des antirétroviraux rilpivirine, emtrictabine et ténofovir. Si la requérante allègue que l'odefsey n'est pas disponible en Côte d'Ivoire en raison de l'absence de rilpivirine dans le pays, d'une part l'OFII atteste en défense sans être sérieusement contesté de la disponibilité de ce médicament au centre médical hospitalier universitaire de Treichville à Abidjan et d'autre part elle ne fournit pas d'éléments permettant d'établir que ne pourrait lui être substitué un autre antirétroviral ni que la combinaison dont elle bénéficie actuellement est la seule adaptée à sa pathologie. En outre, les éléments généraux produits par la requérante sur l'accès aux soins en Côte d'Ivoire ne permettent pas d'établir qu'il ne pourra pas bénéficier effectivement d'un suivi approprié à sa pathologie dans son pays d'origine. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".
10. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante, qui se prévaut de sa présence sur le territoire depuis près de sept ans et de son insertion professionnelle en tant qu'agent d'entretien à temps partiel depuis 2022, dispose d'attaches suffisamment stables et intenses sur le territoire français. Par ailleurs, la requérante n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 40 ans et où réside sa fratrie. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la requérante n'établit pas que le refus de titre de séjour est illégal. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français n'est pas fondée et doit être écartée.
12. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et eu égard à ce qui a été énoncé concernant le refus de titre de séjour que l'obligation de quitter le territoire soit illégale dès lors que la requérante remplit les conditions prévues par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
13. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et eu égard à ce qui a été énoncé concernant le refus de titre de séjour, que la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence celles présentées aux fins d'injonction et au titre des frais d'instance.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Bahic, au préfet du Val-d'Oise et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 27 février 2025, à laquelle siégeaient :
M. Thobaty, président,
M. Bourragué, premier conseiller,
Mme Goudenèche, conseillère,
Assistés de Mme Nimax, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2025.
La rapporteure,
signé
C. GoudenècheLe président,
signé
G. Thobaty
La greffière,
signé
S. Nimax
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01300
31/03/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01592
31/03/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01849
31/03/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01908
31/03/2026