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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2417397

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2417397

mardi 17 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2417397
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSCP SARTORIO LONQUEUE SAGALOVITSCH & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 décembre 2024, M. A et la SAS A Corporation, représentée par Me Jorion, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision DC 2024-208 en date du 13 novembre 2024 par laquelle le maire de la commune de Montrouge a porté exercice du droit de préemption sur un fonds de commerce situé 51, avenue de la République à Montrouge ;

2°) de suspendre, en cas de cession du bail commercial, la décision n° 2024-208 en date du 13 novembre 2024 par laquelle le maire de la commune de Montrouge a porté exercice du droit de préemption sur un fonds de commerce situé 51, Avenue de la République à Montrouge, afin d'empêcher cette commune de disposer du bien ainsi que d'en user dans des conditions qui rendraient difficilement réversible la décision de préemption ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Montrouge la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est présumée remplie, dès lors que la SAS A Corporation agit en qualité d'acquéreur évincé ; en outre, M. A a engagé de nombreux frais et démarches, la commune de Montrouge n'a aucun intérêt à une réalisation rapide du projet ayant donné lieu à l'exercice du droit de préemption, elle risque de céder le bail à un autre commerçant, de disposer et d'user du bien dans des conditions rendant difficilement réversible la décision de préemption ;

- il existe des moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est entachée d'incompétence ;

* elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'aucun avis des domaines n'est visé et aucun avis n'a été demandé ni reçu ;

* elle est entachée d'une insuffisance de motivation au regard des dispositions de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme ;

* elle est entachée d'un défaut de base légale, dès lors que les délibérations du conseil municipal de la commune n'ont pas été régulièrement adoptées ;

* la procédure d'adoption de la délibération municipale est entachée d'un vice de procédure dès lors que ni le projet de plan ni le rapport justifiant de ce choix n'a été transmis aux organismes consulaires ;

* les délibérations des 17 décembre 2008 et 22 juin 2022 sont insuffisamment motivées

* elle est entachée d'une illégalité au regard de sa tardiveté, dès lors que la commune de Montrouge n'a pas pris de décision après le délai de trente jours à compter de la lecture des ordonnances d'adjudication et rectificative pour exercer son droit de préemption et que la commune a transmis au contrôle de légalité au-delà du délai de trente jours fixé ;

* elle est entachée d'illégalité dès lors qu'il n'existe aucun projet suffisamment réel et précis poursuivi par la commune de Montrouge ;

* elle est entachée d'une erreur de fait ;

* elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le projet d'agrandissement ne respecte pas l'objectif de préservation de la diversité commerciale ;

* elle est dépourvue d'intérêt général suffisant.

Par un mémoire, enregistré le 13 décembre 2024, la commune de Montrouge, représenté par Me Taddéi, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la SAS A Corporation une somme de 4000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu :

- les autres pièces des dossiers ;

- la requête n°2417401, enregistrée le 3 décembre 2024, par laquelle la SAS A Corporation demande l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lamy, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 16 décembre 2024 à

10 heures.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience :

- le rapport de M. Lamy, juge des référés ;

- les observations de Me Jorion, représentant M. A et la SAS A Corporation, qui conclut aux mêmes fins en déclarant abandonner les moyens tirés de l'incompétence du signataire de la décision attaquée, de l'absence d'avis des Domaines, de la tardiveté de la décision et, enfin, de la transmission tardive au contrôle de légalité des délibérations ;

- et les observations de Me Taddéi pour la commune de Montrouge, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A et la SAS A Corporation demandent au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision DC 2024-208 en date du 13 novembre 2024 par laquelle le maire de la commune de Montrouge a porté exercice du droit de préemption sur un fonds de commerce situé 51, avenue de la République à Montrouge (92120).

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :

3. Eu égard à l'objet d'une décision de préemption et à ses effets vis-à-vis de l'acquéreur évincé, la condition d'urgence doit en principe être constatée lorsque celui-ci demande la suspension d'une telle décision. Il peut toutefois en aller autrement au cas où le titulaire du droit de préemption justifie de circonstances particulières, tenant par exemple à l'intérêt s'attachant à la réalisation rapide du projet qui a donné lieu à l'exercice du droit de préemption. Il appartient au juge des référés de procéder à une appréciation globale de l'ensemble des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.

4. En se bornant à faire valoir que, d'une part, il existe un intérêt public à ne pas suspendre la décision de préemption litigieuse au regard du motif de celle-ci, d'autre part, que les dispositions de l'article R ' 214-9 du code de l'urbanisme n'ont vocation qu'à protéger le vendeur et non l'acquéreur et qu'enfin les requérants ne justifient d'aucun élément relatif à leur situation personnelle, professionnelle ou financière caractérisant une urgence, la commune de Montrouge ne saurait être regardé comme renversant la présomption d'urgence mentionnée au point 3. Dans ces conditions, les requérants doivent être regardés comme justifiant d'une urgence au sens de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

En ce qui concerne l'existence de moyen sérieux

5. Il résulte de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme que les collectivités titulaires du droit de préemption prévu aux articles L. 214-1 et L. 214-2 du même code peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300 1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption.

6. En motivation sa décision de manière purement négative et générale en indiquant seulement que les activités de services ne sont pas souhaitées avenue de la République, que les agences immobilières sont trop représentées dans la commune, qu'une activité d'agence immobilière ne répond pas aux attentes des montrougiens et qu'enfin une telle activité ne s'intègre pas dans le projet d'agrandissement des espaces verts et des aménagements du square Schuman situé à proximité direct du local commercial, la commune de Montrouge ne saurait être regardée comme faisant apparaître la nature du projet qu'elle poursuit dans la décision de préemption. Il suit de là qu'en l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse de préemption est insuffisamment motivée est de 7. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen de la requête n'est, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige.

8. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies.

9. Lorsque le juge des référés prend, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, une mesure de suspension de l'exécution d'une décision de préemption, cette mesure a pour conséquence, selon les cas, non seulement de faire obstacle au transfert de propriété ou à la prise de possession du bien préempté au bénéfice de la collectivité publique titulaire du droit de préemption, mais également de permettre aux signataires de la promesse de vente de mener la vente à son terme, sauf si le juge, faisant usage du pouvoir que lui donnent ces dispositions de ne suspendre que certains des effets de l'acte de préemption, décide de limiter la suspension à la première des deux catégories d'effets mentionnées ci-dessus.

10. Il résulte de ce qui précède que les requérants sont fondés à demander la suspension de la décision de la décision de préemption attaquée en tant qu'elles permettent à la commune de Montrouge de disposer ou d'user du bien en cause dans des conditions qui rendraient difficilement réversible cet acte. En revanche, aucun élément suffisant et précis n'a été fourni par les requérantes de nature à justifier de l'urgence à poursuivre la réalisation rapide de leur projet d'établissement de commerce de bouche alors qu'il ressort des pièces du dossier que le bailleur du fond n'entend pas modifier le bail pour permettre une activité autre que celle d'agence immobilière, avant qu'il soit statué sur leur demande d'annulation. Il n'y a donc pas lieu, en l'état, de suspendre la décision de préemption en tant qu'elle fait obstacle à l'aliénation du bien concerné au profit des requérants.

11. Il suit de là que l'exécution de la décision de préemption DC 2024-208 en date du 13 novembre 2024 par laquelle le maire de la commune de Montrouge a porté exercice du droit de préemption sur un fonds de commerce situé 51, avenue de la République à Montrouge est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité, en tant uniquement qu'elle permet à la commune de Montrouge de disposer ou d'user du bien dans des conditions qui rendraient irréversible cet acte.

Sur les frais irrépétibles :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Montrouge la somme de 1500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions présentées par la commune de Montrouge au titre de de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision de préemption DC 2024-208 en date du 13 novembre 2024 par laquelle le maire de la commune de Montrouge a porté exercice du droit de préemption sur un fonds de commerce situé 51, avenue de la République à Montrouge est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité, en tant uniquement qu'elle permet à la commune de Montrouge de disposer ou d'user du bien dans des conditions qui rendraient irréversible cet acte.

Article 2 : La commune de Montrouge versera à M. A et à la SAS A Corporation une somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conditions de la requête de M. A et de la SAS A Corporation est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Montrouge au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, la SAS A Corporation et à la commune de Montrouge.

Fait à Cergy, le 17 décembre 2024.

Le juge des référés,

signé

E. Lamy

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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