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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2418158

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2418158

jeudi 27 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2418158
TypeDécision
Formation4ème Chambre
Avocat requérantFRYDRYSZAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées le 14 décembre 2024 et le 29 janvier 2025, Mme C B E, représentée par Me Frydryszak, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéficie de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 mai 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi - création d'entreprise " ou " salarié " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation administrative, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

S'agissant des moyens communs aux décision :

- il n'est pas justifié de la compétence de leur signataire.

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre qu'elle assorti.

S'agissant de la décision portant interdiction de retours sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'éloignement qu'elle assortit ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 janvier 2025, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteuse publique, a dispensé cette dernière de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourragué,

- et les observations de Me Frydryszak , pour Mme B E, présente.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B E, ressortissante marocaine née le 27 janvier 1999, est entrée sur le territoire français le 22 septembre 2021 en vue d'y poursuivre des études supérieures, et a bénéficié de titres de séjour étudiant dont le dernier expirait le 17 février 2024. Le 5 janvier 2024, elle a sollicité du préfet des Hauts-de-Seine le renouvellement de son titre de séjour et demandé le bénéfice de la carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " mentionnée par l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle conteste les décisions du 29 mai 2024 par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée d'office et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée d'un an.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme B E, il y a lieu de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire d'une assurance maladie qui justifie () avoir été titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " délivrée sur le fondement des articles L. 422-1, L. 422-2 ou L. 422-6 et avoir obtenu dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret () se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " d'une durée d'un an dans les cas suivants : / 1° Il entend compléter sa formation par une première expérience professionnelle, sans limitation à un seul emploi ou à un seul employeur ; / 2° Il justifie d'un projet de création d'entreprise dans un domaine correspondant à sa formation () ".

5. Pour rejeter la demande de titre de séjour de Mme B E, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur la circonstance que celle-ci n'avait pas obtenu le diplôme au titre duquel elle avait présenté sa demande au cours de l'année universitaire 2023/2024 mais au titre de l'année 2022/2023. Toutefois, les dispositions précitées de l'article L.422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne subordonnent pas par elles-mêmes la délivrance du titre de séjour en litige à la présentation d'un diplôme délivré au cours de l'année précédant immédiatement la demande de ce titre et une telle exigence ne saurait trouver son fondement légal dans les seules dispositions d'un arrêté ministériel tel celui du 4 mai 2022 fixant la liste des pièces devant être produites à l'appui d'une demande de titre de séjour et figurant à l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont fait état le préfet des Hauts-de-Seine. Dans ces conditions, Mme B E est fondée à soutenir que le motif figurant dans la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête que la décision du 29 mai 2024 portant refus de titre de séjour doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions prises sur son fondement faisant obligation à Mme B E de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant son pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard à ses motifs, l'exécution du présent jugement implique seulement que l'autorité préfectorale munisse sans délai Mme B E d'une autorisation provisoire de séjour et procède au réexamen de sa situation et de sa demande de titre de séjour en vue de statuer à nouveau sur celles-ci. Il y a lieu de lui adresser une injonction en ce sens et de lui impartir un délai de deux mois pour s'y conformer. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Frydryszak renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cette dernière de la somme de 1 000 euros.

DÉCIDE :

Article 1er : Mme B E est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les décisions du préfet des Hauts-de-Seine du 29 mai 2024 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français de Mme B E sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer sans délai à Mme B E une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation et de sa demande de titre de séjour en vue de statuer sur celles-ci dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Frydryszak, conseil de Mme B E, la somme de 1 000 euros au titre des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B E, à Me Frydryszak et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 13 mars 2025, à laquelle siégeaient :

M. Thobaty, président,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudenèche, conseillère,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2025.

Le rapporteur,

signé

S. BourraguéLe président,

signé

G. Thobaty

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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