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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2506534

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2506534

lundi 26 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2506534
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantCAILLET ANNE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a condamné l’État à indemniser M. B... pour la carence fautive à exécuter la décision de la commission de médiation du 13 décembre 2023 le reconnaissant prioritaire pour un logement d’urgence. La responsabilité de l’État a été engagée sur le fondement des articles L. 300-1 et L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, en raison de l’absence de proposition de logement durant la période du 14 juin 2024 au 21 août 2025. Le tribunal a retenu que M. B... et sa famille de cinq personnes vivaient dans un logement sur-occupé de 37 m², causant des troubles dans leurs conditions d’existence. L’indemnisation a été fixée à 8 000 euros, incluant les intérêts au taux légal capitalisés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 avril 2025, M. A... B..., représenté par Me Caillet, demande au tribunal :

1°) de l’admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;

2°) de condamner l’État à lui payer la somme de 12 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement, assortie des intérêts au taux légal capitalisés ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu’il renonce à percevoir la part contributive de l’État versée au titre de l’aide juridictionnelle ou, à titre subsidiaire, dans l’hypothèse où la demande d’aide juridictionnelle serait rejetée, à lui verser cette somme directement.

Il soutient que :
- la responsabilité pour faute de l’État est engagée dès lors qu’il n’a reçu aucune proposition de logement alors qu’il a été reconnu prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 13 décembre 2023 ;
- son logement est sur-occupé, insalubre et inadapté au regard de ses capacités financières et de ses besoins ;
- sa famille et lui subissent des troubles de toute nature dans leurs conditions d’existence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 décembre 2025, le préfet des Hauts-de-Seine conclut à ce que le tribunal tienne compte des circonstances qu’il fait valoir pour calculer le montant de l’indemnisation due à M. B....

Il fait valoir que :
- le requérant a été relogé le 21 août 2025 ;
- il vivait avec son épouse et leurs trois enfants mineurs dans un logement de 37 mètres carrés ;
- la période d’indemnisation s’étend du 14 juin 2024 au 21 août 2025.

Vu :
- la décision du 13 décembre 2023 par laquelle la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a statué sur le recours amiable n° 0922023005215 de M. A... B... ;
- la décision du 20 mars 2025 par laquelle le vice-président du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. A... B... l’aide juridictionnelle totale ;
- la demande d’aide juridictionnelle déposée le 20 mars 2025 présentée par M. A... B... ;
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Saïh, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience ;
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Saïh, magistrate désignée a été entendu au cours de l’audience publique.

A l’issue de l’audience, la clôture de l’instruction a été prononcée en application de l’article R. 772-9 du code de justice administrative.



Considérant ce qui suit :

La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a, par une décision du 13 décembre 2023, désigné M. B... comme prioritaire et devant être logé en urgence. N’ayant pas reçu de proposition de logement, M. B... a saisi le préfet d’une demande indemnitaire préalable par un courrier du 16 janvier 2025, reçu le 20 janvier 2025. Cette demande a été implicitement rejetée. M. B... demande au tribunal de condamner l’État à lui verser la somme de 12 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement.

Sur l’admission provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle :

Il ressort des pièces du dossier que M. B... a été admis à titre définitif, au bénéfice de l’aide juridictionnelle par une décision du 20 mars 2025 du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise. Par suite, il n’y a plus lieu de statuer sur sa demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions indemnitaires :

Aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant (…) est garanti par l'État à toute personne qui (…) n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ».

Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d’urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l’intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’État, qui court à l’expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l’article R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

En ce qui concerne la faute :

La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a reconnu, le 13 décembre 2023, le caractère urgent et prioritaire de la demande de M. B... au motif qu’il occupait un logement sur-occupé avec une personne mineure ou handicapée à charge. Toutefois, le préfet n’a fait aucune offre de logement à M. B... dans le délai de six mois qui a suivi cette décision, soit avant le 13 juin 2024.

Il résulte de ce qui précède que la carence fautive dont l’État a fait preuve dans la mise en œuvre de son obligation de relogement à l’égard de M. B... est établie.

En ce qui concerne l’évaluation des préjudices :

D’une part, il résulte de l’instruction que depuis le 14 mars 2022, M. B... occupe avec son épouse et leurs trois enfants nés en 2014, 2019 et 2021, un logement d’une superficie de 37 mètres carrés, lequel est donc sur-occupé. Par ailleurs, le requérant établit, par les pièces versées au dossier et notamment le courrier du 19 décembre 2024 de la direction régionale et interdépartementale de l’hébergement et du logement des Hauts-de-Seine, la présence de plomb dans ce logement. Le requérant est, dès lors, fondé à soutenir que la carence de l’État à assurer son relogement a entraîné des troubles dans ses conditions d’existence devant être réparés.

D’autre part, la période à prendre en compte pour apprécier l’existence d’une carence de l’Etat dans l’exécution de son obligation de résultat de logement du requérant court à l’expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation, en l’espèce à compter du 13 juin 2024, et s’achève en principe au jour du logement effectif de l’intéressé ou au jour du présent jugement si le requérant n’a pas été relogé. Il résulte de l’instruction que le requérant est relogé depuis le 21 août 2025 dans un logement de type T4 situé à Gennevilliers. Il n’est pas contesté par l’intéressé que ce logement correspond à ses besoins et capacités. Par suite, la responsabilité de l’Etat a pris fin à cette date.

Il résulte de ce qui précède que, compte tenu des conditions de logement de M. B... qui ont perduré du fait de la carence de l’État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l’indemnisation due à la somme totale de 2 100 euros.

Il résulte de tout ce qui précède qu’il y a lieu de condamner l’État à verser à M. B... la somme de 2 100 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

M. B... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susmentionnée. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Caillet, conseil de M. B..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, de mettre à la charge de l’État le versement à Me Caillet de la somme de 1 100 euros.





Par ces motifs, le tribunal décide :



Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur la demande d’admission à l’aide juridictionnelle provisoire de M. B....

Article 2 : L’État est condamné à verser à M. B... la somme de 2 100 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 3 : L’État versera la somme de 1 100 euros à Me Caillet, conseil de M. B..., sous réserve qu’il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État au titre de l’aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.





Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à Me Caillet et au ministre de la ville et du logement.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2026.


La magistrate désignée,
Signé
Z. Saïh
La greffière,
Signé
Leborgne



La République mande et ordonne au ministre de la ville et du logement en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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