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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2516565

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2516565

jeudi 2 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2516565
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantMESUROLLE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a été saisi par M. B..., ressortissant ivoirien, pour suspendre la décision implicite du préfet des Hauts-de-Seine refusant de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction suite à sa demande de renouvellement de titre de séjour. Le juge a constaté que l'absence de ce document empêchait le requérant de travailler et le plaçait dans une situation de précarité, caractérisant ainsi l'urgence. Il a également estimé que le moyen tiré de la méconnaissance des articles R. 431-12 et R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. En conséquence, le tribunal a ordonné la suspension de la décision implicite et enjoint au préfet de délivrer à M. B... une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé un délai de huit jours.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête enregistrée le 15 septembre 2025, M. A... B..., représenté par Me Mesurolle, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°)
de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°)
de suspendre l’exécution de la décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer une attestation de prolongation d’instruction ;

3°)
d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une attestation de prolongation d’instruction dans le délai d’un mois à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°)
de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, son conseil renonçant le cas échéant au bénéfice de l’aide juridictionnelle, ou à lui verser au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative en cas de rejet de sa demande d’aide juridictionnelle.


Il soutient que :

la condition d’urgence est remplie, dès lors que, alors qu’il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour, il n’a pas été mis en possession d’un document permettant d’attester de son droit à se maintenir sur le territoire national ainsi que de son droit de travailler et que, compte tenu de cette situation, son employeur a décidé de suspendre son contrat de travail ; en conséquence, il se retrouve dans une situation de grande précarité et sans aucune ressource, la décision contestée portant une atteinte grave à sa situation personnelle ;

-
il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
elle est entachée d’un défaut ou d’une insuffisance de motivation ;
elle méconnaît les dispositions de l’article R. 431-15-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle.


La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine, qui n’a pas présenté d’observations en défense.


Vu :
-
les autres pièces du dossier ;
-
la requête n° 2516564, enregistrée le 15 septembre 2025, par laquelle M. B... demande l’annulation de la décision contestée.


Vu :
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code des relations entre le public et l’administration ;
la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné M. Chabauty, juge des référés, en application des dispositions de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience du 30 septembre 2025 à 10 heures 00.

Ont été entendus au cours de l’audience publique, tenue en présence de Mme El Moctar, greffière d’audience :
-
le rapport de M. Chabauty, juge des référés ;
-
les observations de Me Frydryslak, substituant Me Mesurolle et représentant M. B..., présent à l’audience, qui :
maintient et précise les conclusions et moyens du requérant, faisant notamment valoir que ce dernier, d’une part, sollicite la suspension de l’exécution de la décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un document provisoire de séjour, et non seulement une attestation de prolongation d’instruction, et, d’autre part, demande à ce qu’il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un document provisoire de séjour l’autorisant à travailler, et non seulement une attestation de prolongation d’instruction ;
soutient également que la décision contestée a été prise en méconnaissance des dispositions de l’article R. 431-12 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
-
le préfet des Hauts-de-Seine n’étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.



Considérant ce qui suit :


Le 15 juillet 2024, M. A... B..., ressortissant ivoirien né le 13 novembre 2002, s’est vu délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » valable jusqu’au 14 juillet 2025, dont il a demandé le renouvellement le 6 juin 2025 au moyen de la plateforme « démarches-simplifiées.fr ». Par des courriels datés des 11 et 25 juillet 2025, il a demandé aux services de la préfecture des Hauts-de-Seine de lui délivrer une attestation de prolongation de droits. Par la présente requête, M. B... demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, d’ordonner la suspension de l’exécution de la décision implicite par laquelle le préfet des
Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un document provisoire de séjour.

Sur le bénéfice de l’aide juridictionnelle :

Aux termes de l’article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence (…) l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée (…) par la juridiction compétente ou son président. (…) ». Aux termes de l’article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : « L’admission provisoire est accordée par (…) le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l’intéressé, soit d’office si celui-ci a présenté une demande d’aide juridictionnelle ou d’aide à l’intervention de l’avocat sur laquelle il n’a pas encore été statué ».

Eu égard aux circonstances de l’espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l’admission provisoire de M. B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin de suspension :

Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) ».

En ce qui concerne l’urgence :

Il résulte des dispositions citées au point précédent que la condition d’urgence à laquelle est subordonné le prononcé d’une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre et il appartient au juge des référés, saisi d’une demande tendant à la suspension d’une telle décision, d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. L’urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’affaire. Enfin, la condition d’urgence s’apprécie à la date de la présente ordonnance.

Il résulte de l’instruction, d’une part, que M. B... a été pris en charge par le service de l’aide sociale à l’enfance des Hauts-de-Seine et qu’à sa majorité, il s’est vu délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » sur le fondement des dispositions de l’article L. 435-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. D’autre part, le requérant établit que le contrat de travail qu’il a conclu avec la société « Liva 92 » pour un emploi d’ouvrier a été suspendu à compter du 15 juillet 2025, à l’expiration de son titre de séjour. Dans ces conditions, dès lors que la décision contestée a pour effet de le placer en situation irrégulière et le prive de ressources, M. B... justifie que cette décision préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation personnelle. Par suite, dans les circonstances de l’espèce, la condition d’urgence prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l’existence d’un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

En l’état de l’instruction, le moyen invoqué par M. B... à l’audience, tiré de ce que la décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de délivrance d’un document provisoire de séjour a été prise en méconnaissance des dispositions de l’article R. 431-12 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.

Il résulte de ce qui précède que les deux conditions prévues à l’article L. 521-1 du code de justice administrative sont réunies. Par suite, il y a lieu de prononcer la suspension de l’exécution de la décision contestée, jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

Aux termes de l’article R. 431-12 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, relatif aux documents provisoires délivrés pendant l’examen d’une demande présentée sans recours au service mentionné à l’article R. 431-2 du même code : « L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. (…) ». Aux termes de l’article R. 431-15 du même code : « Le récépissé de demande de renouvellement d'une carte de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle autorise son titulaire à exercer une activité professionnelle ».

D’une part, le préfet des Hauts-de-Seine, qui n’a pas présenté d’observations en défense, ne fait à aucun moment valoir que M. B... aurait déposé un dossier incomplet ou que sa demande aurait été déposée irrégulièrement au moyen de la plateforme « démarches-simplifiées.fr ». D’autre part, il résulte de l’instruction que la carte de séjour temporaire dont le requérant était titulaire jusqu’au 14 juillet 2025 l’autorisait à travailler. Dans ces conditions, il y a lieu d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à M. B... un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l’autorisant à travailler, dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance. A ce stade, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés à l’instance :

Il ressort de ce qui est énoncé au point 3 de la présente ordonnance que M. B... est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve, d’une part, de l’admission définitive de M. B... à l’aide juridictionnelle, et d’autre part, que Me Mesurolle, avocate du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Mesurolle. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B..., la somme de 1 000 euros lui sera directement versée.



O R D O N N E :



Article 1er :
M. B... est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Article 2 :
L’exécution de la décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de délivrer un document provisoire de séjour à M. B... est suspendue, jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Article 3 :
Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à M. B... un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 :
Sous réserve de l’admission définitive de M. B... à l’aide juridictionnelle et sous réserve que Me Mesurolle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, l’Etat versera à Me Mesurolle une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B..., la somme de 1 000 euros lui sera directement versée.

Article 5 :
Le surplus des conclusions de la requête de M. B... est rejeté.

Article 6 :
La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B... et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.


Fait à Cergy, le 2 octobre 2025.

Le juge des référés,

Signé


C. Chabauty

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne
ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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