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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2519085

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2519085

vendredi 30 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2519085
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantBROCHARD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en formation sociale, a condamné l’État à verser 5 000 euros à M. A... pour la carence fautive de l’administration à exécuter la décision de la commission de médiation du 10 février 2023 le reconnaissant prioritaire pour un logement d’urgence. Le tribunal a jugé que l’absence de relogement avant le 9 juillet 2025, malgré une injonction sous astreinte du 13 novembre 2023, engage la responsabilité de l’État sur le fondement des articles L. 300-1 et L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation. La solution retient que seuls les troubles dans les conditions d’existence subis personnellement par le requérant sont indemnisables, en tenant compte de la durée de la carence et de la composition du foyer.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 octobre 2025 et le 14 janvier 2026, M. B... A..., représenté par Me Brochard, demande au tribunal :

1°) de condamner l’État à lui payer la somme de 23 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement, assortie des intérêts au taux légal capitalisés ;

2°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 800 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu’il renonce à percevoir la part contributive de l’État versée au titre de l’aide juridictionnelle.

Il soutient que :
- la responsabilité pour faute de l’État est engagée dès lors qu’il n’a été relogé que le 9 juillet 2025, alors qu’il a été reconnu prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 10 février2023 ;
- sa famille et lui ont subi des troubles de toutes natures dans leurs conditions d’existence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 janvier 2026, le préfet du Val-d’Oise conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A... la somme de 700 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.



Vu :
- la décision du 10 février 2023 par laquelle la commission de médiation du département du Val-d'Oise a statué sur le recours amiable n°0952022006147 de M. A... ;
- la décision du 4 août 2025 par laquelle la présidente du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. A... l’aide juridictionnelle totale ;
- l’ordonnance n° 2311790 du 13 novembre 2023 par laquelle le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet du Val-d’Oise de reloger M. A... sous astreinte de 150 euros par mois de retard ;
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Bourragué, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience ;
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Bourragué, magistrat désigné, a été entendu au cours de l’audience publique.

A l’issue de l’audience, la clôture de l’instruction a été prononcée en application de l’article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

La commission de médiation du département du Val-d’Oise a, par une décision du 10 février 2023, désigné M. A... comme prioritaire et devant être logé en urgence. Par une ordonnance du 13 novembre 2023, le tribunal, saisi par l’intéressé sur le fondement de l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation, a enjoint au préfet du Val-d’Oise d’assurer son relogement sous astreinte de 150 euros par mois de retard. N’ayant pas reçu de proposition de logement avant le 9 juillet 2025, M. A... a saisi le préfet d’une demande indemnitaire préalable par un courrier du 24 juin 2025. Cette demande a été implicitement rejetée. M. A... demande au tribunal de condamner l’État à lui verser la somme de 23 000 euros en réparation des préjudices subis.

Sur les conclusions indemnitaires :

Aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant (…) est garanti par l'État à toute personne qui (…) n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ».

Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d’urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l’intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’État, qui court à l’expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l’article R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

En ce qui concerne la faute :

En premier lieu, la carence fautive de l’État à assurer le logement du bénéficiaire de la décision de la commission de médiation dans le délai imparti engage sa responsabilité à l’égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d’existence qu’elle a entraînés pour ce dernier. Il résulte de ce qui vient d’être dit que les conclusions indemnitaires présentées par M. A... au nom de ses enfants mineurs doivent être rejetées. Il y a lieu, en revanche, de tenir compte de cette situation familiale pour apprécier le préjudice de M. A....

En second lieu, d’une part, la commission de médiation du département du Val-d’Oise a reconnu, le 10 février 2023, le caractère urgent et prioritaire de la demande de M. A... au motif qu’il était logé dans un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale. Toutefois, le préfet n’a fait aucune offre de logement à M. A... dans le délai de six mois qui a suivi cette décision, soit avant le 10 août 2023. D’autre part, l’ordonnance n° 2311790 du 13 novembre 2023 par laquelle le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet du Val-d’Oise d’assurer le logement de M. A... avant le 1er janvier 2024 sous astreinte de 150 euros par mois n’a reçu aucune exécution avant le 9 juillet 2025.

Il résulte de ce qui précède que les carences fautives dont l’État a fait preuve dans la mise en œuvre de son obligation de relogement à l’égard de M. A... sont établies.

En ce qui concerne l’évaluation des préjudices :

Il résulte de l’instruction que M. A... a été relogé à compter du 9 juillet 2025, dans un logement adapté à ses besoins et ses capacités. Toutefois, il résulte de l’instruction que le requérant a continué, avant cette date, à être hébergé avec sa conjointe et leurs quatre enfants dans un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale. Pour ce seul motif, le requérant est, dès lors, fondé à soutenir que la carence de l’État à assurer son relogement, fautive à compter du 10 août 2023 et jusqu’au 9 juillet 2025, a entraîné des troubles dans ses conditions d’existence devant être réparés.

Il résulte de ce qui précède que, compte tenu des conditions de logement de M. A... qui ont perduré du fait de la carence de l’État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l’indemnisation due à la somme totale de 2 800 euros.

Il résulte de tout ce qui précède qu’il y a lieu de condamner l’État à verser à M. A... la somme de 2 800 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.


Sur les frais liés au litige :

M. A... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susmentionnée. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Brochard, conseil de M. A..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, de mettre à la charge de l’État le versement à Me Brochard de la somme de 1 100 euros.

Par ailleurs, il n’y a pas lieu, le requérant n’étant pas la partie perdante dans la présente instance, de mettre à la charge de M. A... la somme réclamée par le préfet du Val-d'Oise sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :


Article 1er : L’État est condamné à verser à M. A... la somme de 2 800 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : L’État versera la somme de 1 100 euros à Me Brochard, conseil de M. A..., sous réserve qu’il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État au titre de l’aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions du préfet du Val-d'Oise présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., à Me Brochard et au ministre de la ville et du logement.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d’Oise.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2026.


Le magistrat désigné,
Signé
S. Bourragué
La greffière,
Signé
A. Leborgne



La République mande et ordonne au ministre de la ville et du logement en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition, la greffière

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