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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2606868

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2606868

mardi 31 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2606868
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantBAKIR

Résumé IA

**Sujet principal** : Demande d'injonction urgente pour obtenir la délivrance de documents d'identité (carte nationale d'identité et passeport). **Juridiction** : Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise (formation de référé). **Solution retenue** : Le juge des référés a rejeté la requête. Bien qu'une situation d'urgence ait été reconnue en raison d'un délai d'instruction anormalement long par la préfecture, l'atteinte à une liberté fondamentale n'a pas été caractérisée comme *manifestement illégale*. Le préfet justifie son inertie par le signalement du requérant au fichier des personnes recherchées, un motif légal faisant obstacle à la délivrance des titres. **Textes appliqués** : Article L. 521-2 du code de justice administrative (référé-liberté).

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 mars 2026, M. B... C..., représenté par Me Bakir, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de lui délivrer une nouvelle carte nationale d’identité et un nouveau passeport, ou, à défaut, d’instruire ses demandes et de lui remettre dans l’attente un document provisoire lui permettant de justifier son identité et de voyager hors de France, dans un délai de sept jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il existe une situation d’urgence caractérisée dès lors qu’il a fait ses demandes de documents d’identité en temps utiles il y a plus d’un an et que la privation de tels documents préjudicie gravement à sa situation personnelle et professionnelle alors que sa carte d’identité expire le 18 mai 2026, que son passeport est expiré depuis le 1er février 2025, qu’il est invité à un mariage en Algérie le 30 avril 2026 et qu’il doit faire renouveler son permis D avant le 18 juillet 2026 ;

- l’inertie de la préfecture porte une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté personnelle d’être muni de pièces d’identité, à sa liberté d’aller et de venir et à son droit au travail.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2026 à 13 heures 23, le préfet du Val-d’Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d’urgence n’est pas remplie au vu des circonstances invoquées alors que M. C... est signalé au fichier des personnes recherchées, ce qui fait échec à la délivrance des titres sollicités.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la nationalité ;
- le décret n°55-1397 du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité ;
- le décret n°2005-1726 du 30 décembre 2005 relatif aux passeports ;
- le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné Mme Oriol, vice-présidente, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience du 30 mars 2026 à 14 heures.

Ont été entendus au cours de l’audience publique, tenue en présence de M. Grospierre, greffier d’audience :
- le rapport de Mme Oriol, juge des référés ;
- les observations orales de M. C..., qui conclut aux mêmes fins que ses écritures par les mêmes moyens ;
- et les observations orales de M. A..., représentant le préfet du Val-d'Oise.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

M. C..., ressortissant français né le 19 septembre 1990 à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), a vainement sollicité auprès du préfet du Val-d'Oise, le 27 février 2025, le renouvellement de sa carte nationale d’identité, qui expire le 17 mai 2026, puis, dès l’été 2025, le renouvellement de ce document et de son passeport, expiré le 1er février 2025. Par la présente requête, M. C... demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de lui délivrer une nouvelle carte nationale d’identité et un nouveau passeport, ou, à défaut, d’instruire ses demandes et de lui remettre dans l’attente un document provisoire lui permettant de justifier son identité et de voyager hors de France, dans un délai de sept jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard.

Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

En ce qui concerne l’urgence :

Aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale (…) ».

Le délai anormalement long mis par l’administration pour instruire le dossier de M. C..., dont il n’est pas contesté qu’il a présenté ses demandes en temps utile et qu’il a relancé la préfecture à plusieurs reprises, a pour conséquence de le priver de la possibilité de se prévaloir d’un titre d’identité en cours de validité. Pour s’en défendre, le préfet du Val-d'Oise fait valoir que M. C... est signalé au fichier des personnes recherchées, ce qui fait échec à la délivrance des titres sollicités. Toutefois, il résulte de l'instruction que M. C..., comme il le soutient en requête, a été victime d’une usurpation d’identité reconnue par le tribunal correctionnel de Paris par jugement du 9 septembre 2025. Dans ces conditions, la condition d’urgence posée par l’article L. 521-2 du code de justice administrative doit être considérée comme remplie.

En ce qui concerne l’atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :

Aussi bien la liberté personnelle que la liberté d’aller et venir constituent des libertés fondamentales. La première de ces libertés implique, s’agissant des personnes de nationalité française, qu’elles puissent, après que l’administration a pu s’assurer que les pièces produites par le demandeur sont de nature à établir son identité et sa nationalité, se voir délivrer la carte nationale d’identité. La seconde de ces libertés, qui n’est pas limitée au territoire national, comporte le droit de le quitter. Elle a pour corollaire que toute personne dont la nationalité française et l’identité sont établies, puisse, sous réserve de la sauvegarde de l’ordre public et du respect des décisions d’interdiction prises par l’autorité judiciaire, obtenir, à sa demande, un passeport.

En l’espèce, le préfet du Val-d'Oise ne conteste pas que M. C..., qui a d’ailleurs été muni de récépissés de ses demandes, est éligible dans les conditions de droit commun au renouvellement de sa carte nationale d’identité et de son passeport. Le refus de faire droit à ces demandes, présentées en 2025 et qui ont fait l’objet de plusieurs relances, porte donc en l’espèce une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté personnelle et à sa liberté d’aller et de venir.

Sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte :

Aux termes de l’article L. 511-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n’est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ».

En application des dispositions précitées de l’article L. 511-1 du code de justice administrative, qui ne permettent pas à la juge des référés d’enjoindre à la délivrance de documents d’identité, il y a seulement lieu d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de réexaminer la situation de M. C... dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. A ce stade, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


ORDONNE :


Article 1er : Il est enjoint au préfet du Val-d’Oise de réexaminer la situation de M. C... dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : L’Etat versera à M. C... la somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la requête de M. C... sont rejetées pour le surplus.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... C... et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d’Oise.



Fait à Cergy, le 31 mars 2026.


La juge des référés,


Signé

C. Oriol

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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