Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2618146
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2618146 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Etrangers urgents |
| Avocat requérant | CABINET MÉLINA HAMRAOUI |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2613278 du 21 août 2026, le vice-président du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de M. B... A....
Par cette requête, enregistrée le 13 août 2026 au greffe du tribunal administratif de Melun, et trois mémoires complémentaires, enregistrés le 1er septembre 2026 et le 8 septembre 2026 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, M. B... A..., représenté
par Me Hamraoui, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, d’annuler l’arrêté du 12 août 2026 par lequel le préfet du Val-d’Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an et l’arrêté du 16 août 2026 par lequel le préfet du Val-d’Oise l’a assigné à résidence dans le département du Val-d’Oise pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois ;
2°) à titre subsidiaire, d’annuler l’article 2 de l’arrêté du 16 août 2026 en tant qu’il impose à l’intéressé une présentation quotidienne, y compris les samedis, dimanches et jours fériés ou chômés, entre 8 heures et 12 heures au commissariat de police d’Ermont ;
3°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l’attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de réexaminer, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir, les modalités de contrôle de l’assignation à résidence en tenant compte de la situation professionnelle, familiale et matérielle et en fixant une fréquence de présentation adaptée, nécessaire et proportionnée ;
5°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise ou à tout préfet territorialement compétent de prendre toute mesure de nature à mettre fin à son signalement dans le système d’information Schengen, dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
6°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
En ce qui concerne l’arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pris dans son ensemble :
- il est entaché d’incompétence ;
- il est entaché d’un défaut d’examen sérieux de sa situation ;
- il est entaché d’erreur manifeste d’appréciation et d’erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’erreur d’appréciation quant à la menace à l’ordre public ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d’erreurs de fait ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation et méconnait les articles L. 612-2 et
L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par voie d’exception de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale par voie d’exception de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ou de la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire ;
- elle méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l’arrêté portant assignation à résidence :
- il est entaché d’incompétence ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d’un défaut d’examen ;
- il est entaché d’erreurs de fait ;
- il méconnait l’article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation et présente un caractère disproportionné au regard des articles L. 733-1 et R. 733-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 19 août 2026 au greffe du tribunal administratif de Melun et le 1er septembre 2026 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, le préfet du Val-d’Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Marzoug, première vice-présidente.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 9 septembre 2026 à 10 heures :
- le rapport de Mme Marzoug, magistrate désignée ;
- les observations de Me Hamraoui, représentant M. A..., présent, assisté d’un interprète en langue turque, laquelle a conclu aux mêmes fins par les mêmes moyens que dans la requête et les mémoires complémentaires.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Une note en délibéré présentée pour M. A... a été enregistrée le 28 septembre 2026.
Considérant ce qui suit :
1. M. A..., ressortissant turc né le 22 mars 2001, soutient être entré en France en octobre 2023. Par un premier arrêté du 12 août 2026, le préfet du Val-d’Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an. Par un deuxième arrêté du 16 août 2026, le préfet du Val-d’Oise l’a assigné à résidence dans le département du Val-d’Oise pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois. M. A... demande au tribunal d’annuler ces deux arrêtés préfectoraux.
Sur l’arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination de la mesure d’éloignement et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an pris dans son ensemble :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 26-042 du 1er juin 2026, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d’Oise le même jour, le préfet du Val-d’Oise a donné délégation à la signataire de l’arrêté attaqué, Mme D... C..., adjointe à la cheffe du bureau du contentieux et de l’éloignement, à l’effet de signer notamment les obligations de quitter le territoire français sans délai, les décisions fixant le pays de destination et les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré du vice d’incompétence doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l’arrêtés en litige ni des autres pièces du dossier que le préfet du Val-d’Oise n’aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A.... Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen particulier de la situation de l’intéressé doit être écarté.
4. En troisième lieu, lorsque la loi prescrit l’attribution de plein droit d’un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu’il puisse légalement être l’objet d’une obligation de quitter le territoire français. Tel n’est pas le cas de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, lequel ne prescrit pas la délivrance d’un titre de plein droit mais laisse à l’administration un large pouvoir pour apprécier si l’admission au séjour d’un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l’intéressé se prévaut. Il en résulte qu’un étranger ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile à l’encontre d’un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français.
5. En quatrième lieu, M. A... soutient que l’arrêté attaqué est entaché d’erreur de droit au regard des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors qu’il réside et travaille en France depuis l’année 2023. Toutefois, à supposer même établies la durée de présence et d’emploi en France de l’intéressé, il ne démontre pas remplir les conditions de délivrance d’une carte de séjour temporaire en application des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.
6. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d’Oise aurait entaché l’arrêté attaqué d’une erreur manifeste d’appréciation.
Sur l’obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, aux termes de l’article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. (…) ». Aux termes de l’article L. 611-1 du même code : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; (…) 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; (…) ».
8. Prise au visa du 1° et du 5° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, la décision attaquée indique que M. B... déclare être entré en France en octobre 2023 muni d’un passeport qu’il ne peut pas présenter, qu’il est en situation irrégulière sur le territoire français, qu’il est célibataire et sans charge de famille et qu’il a été interpellé pour des faits de détention de stupéfiants et cite les dispositions de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Dans ces conditions, le requérant n’est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d’Oise n’aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation au regard de son droit au séjour avant de prendre la décision attaquée. Par suite, le moyen invoqué par M. A... tiré de la méconnaissance de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.
9. En deuxième lieu, il est constant que M. A... ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et s’y est maintenu sans être titulaire d’un titre de séjour en cours de validité. Il relève ainsi du cas prévu au 1° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile permettant au préfet de lui faire obligation de quitter le territoire français. Or, il résulte de l’instruction que le préfet du Val-d’Oise aurait pris la même mesure d’éloignement s’il ne s’était fondé que sur ce motif. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait considéré à tort que le comportement du requérant constituait une menace pour l’ordre public au sens du 5° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.
10. En dernier lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (…) ».
11. M. A... soutient qu’il exerce une activité professionnelle depuis son arrivée en France en 2023 et qu’il assiste quotidiennement ses parents, dont l’un fait état de problèmes de santé. Cependant, ces seuls éléments ne sont pas suffisants pour établir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiales au regard des buts qu’elle poursuit, dès lors qu’il ressort des pièces du dossier que l’intéressé est arrivé très récemment en France et que ses parents y résident en situation irrégulière. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire :
12. Aux termes de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ». Aux termes de l’article L. 612-3 du même code : « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; (…) ».
13. Pour refuser d’accorder un délai de départ volontaire à M. A..., le préfet du Val-d’Oise s’est notamment fondé sur les dispositions du 3° de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et celles du 1° de l’article L. 612-3 du même code pour estimer que l’intéressé risquait de se soustraire à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il faisait l’objet. Il ressort des pièces du dossier que M. A... ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n’a pas sollicité la délivrance d’un titre de séjour. Par suite, le préfet pouvait, sur le seul fondement des dispositions combinées du 3° de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et du 1° de l’article L. 612-3 du même code, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, les moyens tirés de l’erreur de fait, de l’erreur d’appréciation et de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doivent être écartés.
Sur la décision fixant le pays de destination :
14. L’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n’étant pas établie, le moyen tiré de l’illégalité de cette décision, soulevé par voie d’exception à l’appui des conclusions à fin d’annulation dirigées contre la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire, ne peut qu’être écarté.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
15. En premier lieu, l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai n’étant pas établie, le moyen tiré de l’illégalité de cette décision, soulevé par voie d’exception à l’appui des conclusions à fin d’annulation dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, ne peut qu’être écarté.
16. En second lieu, aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. (…) ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. (…) ». Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l’encontre d’un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il appartient au préfet d’assortir sa décision d’une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l’article L. 612‑10, à savoir la durée de la présence de l’étranger sur le territoire français, la nature et l’ancienneté de ses liens avec la France, l’existence ou non d’une précédente mesure d’éloignement et, le cas échéant, la menace pour l’ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
17. Pour interdire à M. A... de retourner sur le territoire français pendant une durée d’un an, le préfet du Val-d’Oise s’est fondé sur la circonstance que l’intéressé se maintient en situation irrégulière depuis son entrée en France, qu’il est célibataire et sans enfant et ne justifie d’aucune circonstance particulière. Par suite, alors que les parents de l’intéressé résident irrégulièrement sur le territoire français, la décision attaquée, qui prononce une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an, ne peut être regardée comme disproportionnée au regard de sa vie privée et familiale et ne méconnaît ni les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ni l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Sur l’arrêté portant assignation à résidence :
18. Aux termes de l’article L. 212-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ». Lorsque la décision est signée par délégation, ce sont les nom, prénom et qualité de la personne signataire qui doivent être mentionnés.
19. L’arrêté portant assignation à résidence attaqué ne comporte ni la signature de son auteur ni la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. Par suite, M. A... est fondé à soutenir que cet arrêté méconnait les exigences prescrites par les dispositions précitées de l’article L. 212‑1 du code des relations entre le public et l’administration.
20. Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre l’arrêté du 16 août 2026 par lequel le préfet du Val-d’Oise a assigné
M. A... à résidence dans le département du Val-d’Oise pour une durée de quarante-cinq jours renouvelables deux fois, cet arrêté doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
21. Le présent jugement, compte tenu de ses motifs, n’implique aucune mesure d’injonction. Par suite, les conclusions à fin d’injonction de la requête doivent être rejetées.
Sur les frais d’instance :
22. Dans les circonstances de l’espèce, les conclusions présentées par M. A... sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : L’arrêté du 16 août 2026 par lequel le préfet du Val-d’Oise a assigné M. A... à résidence dans le département du Val-d’Oise pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable deux fois est annulé.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet du Val-d’Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La magistrate désignée,
Signé
S. Marzoug
La greffière,
Signé
S. Hirtz
La République mande et ordonne au préfet du Val-d’Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Par une ordonnance n° 2613278 du 21 août 2026, le vice-président du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de M. B... A....
Par cette requête, enregistrée le 13 août 2026 au greffe du tribunal administratif de Melun, et trois mémoires complémentaires, enregistrés le 1er septembre 2026 et le 8 septembre 2026 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, M. B... A..., représenté
par Me Hamraoui, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, d’annuler l’arrêté du 12 août 2026 par lequel le préfet du Val-d’Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an et l’arrêté du 16 août 2026 par lequel le préfet du Val-d’Oise l’a assigné à résidence dans le département du Val-d’Oise pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois ;
2°) à titre subsidiaire, d’annuler l’article 2 de l’arrêté du 16 août 2026 en tant qu’il impose à l’intéressé une présentation quotidienne, y compris les samedis, dimanches et jours fériés ou chômés, entre 8 heures et 12 heures au commissariat de police d’Ermont ;
3°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l’attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de réexaminer, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir, les modalités de contrôle de l’assignation à résidence en tenant compte de la situation professionnelle, familiale et matérielle et en fixant une fréquence de présentation adaptée, nécessaire et proportionnée ;
5°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise ou à tout préfet territorialement compétent de prendre toute mesure de nature à mettre fin à son signalement dans le système d’information Schengen, dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
6°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
En ce qui concerne l’arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pris dans son ensemble :
- il est entaché d’incompétence ;
- il est entaché d’un défaut d’examen sérieux de sa situation ;
- il est entaché d’erreur manifeste d’appréciation et d’erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’erreur d’appréciation quant à la menace à l’ordre public ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d’erreurs de fait ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation et méconnait les articles L. 612-2 et
L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par voie d’exception de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale par voie d’exception de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ou de la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire ;
- elle méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l’arrêté portant assignation à résidence :
- il est entaché d’incompétence ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d’un défaut d’examen ;
- il est entaché d’erreurs de fait ;
- il méconnait l’article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation et présente un caractère disproportionné au regard des articles L. 733-1 et R. 733-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 19 août 2026 au greffe du tribunal administratif de Melun et le 1er septembre 2026 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, le préfet du Val-d’Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Marzoug, première vice-présidente.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 9 septembre 2026 à 10 heures :
- le rapport de Mme Marzoug, magistrate désignée ;
- les observations de Me Hamraoui, représentant M. A..., présent, assisté d’un interprète en langue turque, laquelle a conclu aux mêmes fins par les mêmes moyens que dans la requête et les mémoires complémentaires.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Une note en délibéré présentée pour M. A... a été enregistrée le 28 septembre 2026.
Considérant ce qui suit :
1. M. A..., ressortissant turc né le 22 mars 2001, soutient être entré en France en octobre 2023. Par un premier arrêté du 12 août 2026, le préfet du Val-d’Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an. Par un deuxième arrêté du 16 août 2026, le préfet du Val-d’Oise l’a assigné à résidence dans le département du Val-d’Oise pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois. M. A... demande au tribunal d’annuler ces deux arrêtés préfectoraux.
Sur l’arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination de la mesure d’éloignement et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an pris dans son ensemble :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 26-042 du 1er juin 2026, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d’Oise le même jour, le préfet du Val-d’Oise a donné délégation à la signataire de l’arrêté attaqué, Mme D... C..., adjointe à la cheffe du bureau du contentieux et de l’éloignement, à l’effet de signer notamment les obligations de quitter le territoire français sans délai, les décisions fixant le pays de destination et les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré du vice d’incompétence doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l’arrêtés en litige ni des autres pièces du dossier que le préfet du Val-d’Oise n’aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A.... Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen particulier de la situation de l’intéressé doit être écarté.
4. En troisième lieu, lorsque la loi prescrit l’attribution de plein droit d’un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu’il puisse légalement être l’objet d’une obligation de quitter le territoire français. Tel n’est pas le cas de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, lequel ne prescrit pas la délivrance d’un titre de plein droit mais laisse à l’administration un large pouvoir pour apprécier si l’admission au séjour d’un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l’intéressé se prévaut. Il en résulte qu’un étranger ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile à l’encontre d’un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français.
5. En quatrième lieu, M. A... soutient que l’arrêté attaqué est entaché d’erreur de droit au regard des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors qu’il réside et travaille en France depuis l’année 2023. Toutefois, à supposer même établies la durée de présence et d’emploi en France de l’intéressé, il ne démontre pas remplir les conditions de délivrance d’une carte de séjour temporaire en application des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.
6. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d’Oise aurait entaché l’arrêté attaqué d’une erreur manifeste d’appréciation.
Sur l’obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, aux termes de l’article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. (…) ». Aux termes de l’article L. 611-1 du même code : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; (…) 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; (…) ».
8. Prise au visa du 1° et du 5° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, la décision attaquée indique que M. B... déclare être entré en France en octobre 2023 muni d’un passeport qu’il ne peut pas présenter, qu’il est en situation irrégulière sur le territoire français, qu’il est célibataire et sans charge de famille et qu’il a été interpellé pour des faits de détention de stupéfiants et cite les dispositions de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Dans ces conditions, le requérant n’est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d’Oise n’aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation au regard de son droit au séjour avant de prendre la décision attaquée. Par suite, le moyen invoqué par M. A... tiré de la méconnaissance de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.
9. En deuxième lieu, il est constant que M. A... ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et s’y est maintenu sans être titulaire d’un titre de séjour en cours de validité. Il relève ainsi du cas prévu au 1° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile permettant au préfet de lui faire obligation de quitter le territoire français. Or, il résulte de l’instruction que le préfet du Val-d’Oise aurait pris la même mesure d’éloignement s’il ne s’était fondé que sur ce motif. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait considéré à tort que le comportement du requérant constituait une menace pour l’ordre public au sens du 5° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.
10. En dernier lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (…) ».
11. M. A... soutient qu’il exerce une activité professionnelle depuis son arrivée en France en 2023 et qu’il assiste quotidiennement ses parents, dont l’un fait état de problèmes de santé. Cependant, ces seuls éléments ne sont pas suffisants pour établir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiales au regard des buts qu’elle poursuit, dès lors qu’il ressort des pièces du dossier que l’intéressé est arrivé très récemment en France et que ses parents y résident en situation irrégulière. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire :
12. Aux termes de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ». Aux termes de l’article L. 612-3 du même code : « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; (…) ».
13. Pour refuser d’accorder un délai de départ volontaire à M. A..., le préfet du Val-d’Oise s’est notamment fondé sur les dispositions du 3° de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et celles du 1° de l’article L. 612-3 du même code pour estimer que l’intéressé risquait de se soustraire à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il faisait l’objet. Il ressort des pièces du dossier que M. A... ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n’a pas sollicité la délivrance d’un titre de séjour. Par suite, le préfet pouvait, sur le seul fondement des dispositions combinées du 3° de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et du 1° de l’article L. 612-3 du même code, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, les moyens tirés de l’erreur de fait, de l’erreur d’appréciation et de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doivent être écartés.
Sur la décision fixant le pays de destination :
14. L’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n’étant pas établie, le moyen tiré de l’illégalité de cette décision, soulevé par voie d’exception à l’appui des conclusions à fin d’annulation dirigées contre la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire, ne peut qu’être écarté.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
15. En premier lieu, l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai n’étant pas établie, le moyen tiré de l’illégalité de cette décision, soulevé par voie d’exception à l’appui des conclusions à fin d’annulation dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, ne peut qu’être écarté.
16. En second lieu, aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. (…) ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. (…) ». Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l’encontre d’un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il appartient au préfet d’assortir sa décision d’une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l’article L. 612‑10, à savoir la durée de la présence de l’étranger sur le territoire français, la nature et l’ancienneté de ses liens avec la France, l’existence ou non d’une précédente mesure d’éloignement et, le cas échéant, la menace pour l’ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
17. Pour interdire à M. A... de retourner sur le territoire français pendant une durée d’un an, le préfet du Val-d’Oise s’est fondé sur la circonstance que l’intéressé se maintient en situation irrégulière depuis son entrée en France, qu’il est célibataire et sans enfant et ne justifie d’aucune circonstance particulière. Par suite, alors que les parents de l’intéressé résident irrégulièrement sur le territoire français, la décision attaquée, qui prononce une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an, ne peut être regardée comme disproportionnée au regard de sa vie privée et familiale et ne méconnaît ni les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ni l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Sur l’arrêté portant assignation à résidence :
18. Aux termes de l’article L. 212-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ». Lorsque la décision est signée par délégation, ce sont les nom, prénom et qualité de la personne signataire qui doivent être mentionnés.
19. L’arrêté portant assignation à résidence attaqué ne comporte ni la signature de son auteur ni la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. Par suite, M. A... est fondé à soutenir que cet arrêté méconnait les exigences prescrites par les dispositions précitées de l’article L. 212‑1 du code des relations entre le public et l’administration.
20. Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre l’arrêté du 16 août 2026 par lequel le préfet du Val-d’Oise a assigné
M. A... à résidence dans le département du Val-d’Oise pour une durée de quarante-cinq jours renouvelables deux fois, cet arrêté doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
21. Le présent jugement, compte tenu de ses motifs, n’implique aucune mesure d’injonction. Par suite, les conclusions à fin d’injonction de la requête doivent être rejetées.
Sur les frais d’instance :
22. Dans les circonstances de l’espèce, les conclusions présentées par M. A... sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : L’arrêté du 16 août 2026 par lequel le préfet du Val-d’Oise a assigné M. A... à résidence dans le département du Val-d’Oise pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable deux fois est annulé.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet du Val-d’Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La magistrate désignée,
Signé
S. Marzoug
La greffière,
Signé
S. Hirtz
La République mande et ordonne au préfet du Val-d’Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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