Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2618275
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2618275 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Etrangers urgents |
| Avocat requérant | CABINET MÉLINA HAMRAOUI |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 août 2026, M. A... B..., représenté par Me Hamraoui, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d’annuler l’arrêté du 4 août 2026 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et l’arrêté du 4 août 2026 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l’a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois ;
2°) à titre subsidiaire, d’annuler l’arrêté du 4 août 2026 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l’a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois en tant que cet arrêté l’astreint à demeurer au 49 rue de la Saussière à Boulogne-Billancourt ;
3°) d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l’attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) d’enjoindre à l’administration de procéder à l’effacement de son signalement aux fins de non-admission au sein du système d’information Schengen (SIS) ;
5°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la recevabilité :
- sa requête est recevable ;
En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :
- la décision attaquée est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation personnelle et familiale ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l’ordre public ;
- elle ne prend pas suffisamment en compte sa qualité de père de deux enfants de nationalité française ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
En ce qui concerne la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire :
- - la décision attaquée est illégale, dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l’ordre public ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- la décision attaquée doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision attaquée doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est disproportionnée au regard de sa vie privée et familiale ;
En ce qui concerne l’arrêté portant assignation à résidence :
- l’arrêté attaqué doit être annulé par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation dès lors qu’il est hébergé à Montrouge depuis le 1er août 2026 alors que son lieu de résidence a été fixé au 49 rue de la Saussière à Boulogne-Billancourt au domicile de son ancienne compagne où il lui est interdit de paraître ;
- il est disproportionné dès lors que les modalités de pointage sont incompatibles avec son lieu d’hébergement et l’exercice normal de son emploi salarié à temps complet.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2026, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- l’accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Marzoug, première vice-présidente.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 9 septembre 2026 à 10 heures :
- le rapport de Mme Marzoug, magistrate désignée ;
- les observations de Me Hamraoui, représentant M. B..., présent, laquelle a conclu aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B..., ressortissant marocain né le 25 janvier 1985, soutient être entré en France en 2015. Il a été titulaire, en dernier lieu, d’une carte de séjour pluriannuelle portant la mention « vie privée et familiale » valable du 6 décembre 2023 au 5 décembre 2025, dont il a demandé le renouvellement le 16 octobre 2025. Par un premier arrêté du 4 août 2026, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par un second arrêté du même jour, le préfet des Hauts-de-Seine l’a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois. M. B... demande au tribunal d’annuler ces deux arrêtés.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine n’aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B... au vu des éléments qui avaient été portés à sa connaissance, avant de prendre la décision en litige. En particulier, il ressort de l’arrêté attaqué que le préfet a pris en compte sa situation de père de deux enfants mineurs. Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen particulier de la situation de l’intéressé doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle (…) ». Aux termes de
l’article L. 432-1 du même code : « La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ».
4. Lorsque l’administration oppose à un ressortissant étranger un motif lié à la menace à l’ordre public pour refuser de faire droit à sa demande de titre de séjour, il appartient au juge de l’excès de pouvoir, saisi d’un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu’elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision. La menace pour l’ordre public s’apprécie au regard de l’ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant le comportement personnel de l’étranger en cause. Il n’est donc ni nécessaire ni suffisant que le demandeur ait fait l’objet de condamnations pénales. L’existence de celles-ci constitue cependant un élément d’appréciation au même titre que d’autres éléments tels que la nature, l’ancienneté ou la gravité des faits reprochés à la personne ou encore son comportement habituel.
5. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. B..., le préfet des Hauts-de-Seine s’est fondé sur le motif tiré de ce que sa présence en France constitue une menace pour l’ordre public, dès lors qu’il est défavorablement connu des services de police pour des faits de violence suivie d’incapacité n’excédant pas huit jours en présence d’un mineur par une personne ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité.
6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du bulletin n° 2 du casier judiciaire de M. B... versé aux débats par le préfet des Hauts-de-Seine, que le requérant a été condamné le 22 septembre 2025 par le tribunal correctionnel de Pau, pour des faits de violence suivie d’incapacité n’excédant pas huit jours sur un mineur par un ascendant ou une personne ayant autorité sur la victime en présence d’un autre mineur du 7 mars 2023 au 18 septembre 2025 et des faits de violences habituelles sur un mineur de quinze ans n’ayant pas entraîné d’incapacité supérieure à huit jours du 20 septembre 2021 au 6 mars 2023, à une peine d’emprisonnement d’un an et trois mois avec sursis probatoire pendant deux ans. En outre, comme le relève le préfet des Hauts-de-Seine et tel que cela ressort de l’ordonnance d’orientation et sur mesures provisoires prononcée le 7 juillet 2025 par le tribunal judiciaire de Nanterre, M. B... a été condamné le 25 novembre 2024 par le tribunal correctionnel de Nanterre, pour des faits de violence suivie d’incapacité n’excédant pas huit jours, en présence d’un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin, ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité, à une peine de six mois d’emprisonnement, une obligation d’effectuer un stage de responsabilité pour la prévention et la lutte contre les violences au sein du couple, une interdiction d’entrer en contact avec la victime pendant trois ans, une interdiction de détenir une arme pendant trois ans, une interdiction de paraître au domicile de son épouse pendant trois ans et un retrait de l’exercice de l’autorité parentale à l’égard de ses deux enfants mineurs. Dans ces conditions, eu égard à la nature des faits pour lesquels l’intéressé a été condamné, dont il ne conteste pas la matérialité, à leur caractère récent, à leur gravité et à leur caractère répété, le préfet des Hauts-de-Seine n’a pas commis d’erreur d’appréciation en retenant que le comportement de M. B... constitue une menace pour l’ordre public et en se fondant sur un tel motif pour refuser de renouveler le titre de séjour dont il était titulaire.
7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…) / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».
8. M. B... fait valoir qu’il réside en France depuis l’année 2015, qu’il est titulaire d’un contrat de travail à durée indéterminée en qualité de chauffeur-livreur et qu’il est le père de deux enfants mineurs de nationalité française résidant et scolarisés en France. Toutefois, il est constant, comme il a été dit au point 6 du présent jugement, que son comportement constitue une menace pour l’ordre public en France. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant entretiendrait des liens particulièrement intenses avec ses enfants mineurs, celui-ci s’ayant vu retirer son autorité parentale. Enfin, les pièces produites par le requérant témoignent d’une insertion professionnelle récente à la date de la décision attaquée, le contrat à durée indéterminée dont il se prévaut n’ayant été signé qu’en février 2024. Dans ces conditions, M. B..., qui ne justifie pas être dépourvu d’attaches familiales dans son pays d’origine où il a vécu jusqu’à au moins l’âge de trente ans, n’établit pas que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiales au regard des buts qu’elle poursuit. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour n’étant pas annulée, il n’y a pas lieu d’annuler par voie de conséquence la décision portant obligation de quitter le territoire français attaquée.
10. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. (…) »
11. Prise au visa du 3° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, la décision attaquée indique que le comportement
de M. B... constitue une menace pour l’ordre public et mentionne différents éléments de sa situation personnelle et familiale, notamment qu’il est entré irrégulièrement en France en 2015 selon ses déclarations et qu’il est divorcé et père de deux enfants mineurs. Dans ces conditions, le requérant n’est pas fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine n’aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation au regard de son droit au séjour avant de prendre la décision attaquée. Par suite, le moyen invoqué par M. B... tiré de la méconnaissance de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.
12. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 8 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l’article 3-1 de la convention relative aux droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait d’institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ». Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d’enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d’affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
14. En l’espèce, compte tenu la gravité des faits pour lesquels M. B... a été condamné, faits qui concernent notamment ses enfants mineurs, de la circonstance qu’il s’est vu retirer son autorité parentale et de l’absence de démonstration de l’intensité des liens l’unissant à ses enfants, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus d’octroi de délai de départ volontaire :
15. Aux termes de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; (…) ».
16. Pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 6 et 8 du présent jugement, le comportement de M. B... constituant une menace pour l’ordre public en France, les moyens tirés de la méconnaissance de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et de l’erreur manifeste d’appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
17. La décision portant obligation de quitter le territoire français n’étant pas annulée, il n’y a pas lieu d’annuler par voie de conséquence la décision fixant le pays de destination attaquée.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
18. En premier lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d’octroi de délai de départ volontaire n’étant pas annulées, il n’y a pas lieu d’annuler par voie de conséquence la décision portant interdiction de retour sur le territoire français attaquée.
19. En second lieu, aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. (…) ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. (…) ».
20. Si M. B... soutient être entré en France en 2015, bénéficier d’une insertion professionnelle notable et être père de deux enfants mineurs de nationalité française, il ressort des pièces du dossier, comme il a été dit aux points 6 et 8 du présent jugement, que son comportement constitue une menace pour l’ordre public en France et qu’il ne justifie pas de la particulière intensité des liens entretenus avec ses deux enfants. En outre, il n’établit pas être dépourvu d’attaches privées et familiales dans son pays d’origine et ne fait état d’aucune circonstance humanitaire. Par suite, la décision attaquée, qui prononce une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans, ne peut être regardée comme disproportionnée au regard de sa vie privée et familiale et ne méconnaît ni les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ni l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l’arrêté portant assignation à résidence :
21. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n’étant pas annulée, il n’y a pas lieu d’annuler par voie de conséquence l’arrêté portant assignation à résidence attaqué.
22. En second lieu, aux termes de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé (…) ». Aux termes de
l’article L. 732‑3du même code : « L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée. ». Aux termes de l’article R. 733-1 de ce code : « L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; (…) ».
23. D’une part, il ressort des termes de l’arrêté attaqué que M. B... a été assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de quarante-cinq jours renouvelables deux fois et a été astreint à se présenter chaque lundi, mercredi, et vendredi, à 10 heures, au commissariat de Boulogne-Billancourt afin de faire constater qu’il respecte la mesure d’assignation à résidence dont il fait l’objet. Si l’intéressé soutient que ces modalités de pointage font obstacle à l’exercice de son activité professionnelle de chauffeur-livreur, il n’établit pas la réalité de cette allégation par les pièces produites à l’appui de la requête. En tout état de cause, M. B... n’établit pas disposer d’une autorisation de travail lui permettant d’exercer régulièrement une activité salariée. Par suite, le moyen tiré de ce que les modalités de pointage fixées par l’arrêté attaqué présentent un caractère disproportionné doit être écarté.
24. D’autre part, l’arrêté attaqué astreint M. B... à demeurer au 49 rue de la Saussière à Boulogne-Billancourt chaque vendredi de 19 heures à 20 heures et chaque samedi de 8 heures à 10 heures. Cependant, il ressort des pièces du dossier que l’intéressé a été condamné par le tribunal correctionnel de Nanterre le 25 novembre 2024 à une interdiction d’entrer en contact avec son ex-épouse et de paraître à son domicile, lequel a été fixé au 49 rue de la Saussière à Boulogne-Billancourt par l’ordonnance du 7 juillet 2025 du tribunal judiciaire de Nanterre mentionnée ci-dessus. Ainsi, cette circonstance fait obstacle à ce que M. B... soit astreint à demeurer au 49 rue de la Saussière à Boulogne-Billancourt. Par suite, en prononçant cette mesure, le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur manifeste d’appréciation.
25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté du 4 août 2026 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de M. B..., lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans doivent être rejetées et que l’arrêté du 4 août 2026 portant assignation à résidence attaqué doit être annulé en tant qu’il astreint M. B... à demeurer au 49 rue de la Saussière à Boulogne-Billancourt chaque vendredi de 19 heures à 20 heures et chaque samedi de 8 heures à 10 heures.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
26. Le présent jugement, compte tenu de ses motifs, n’implique aucune mesure d’injonction. Par suite, les conclusions à fin d’injonction de la requête doivent être rejetées.
Sur les frais d’instance :
27. Dans les circonstances de l’espèce, les conclusions présentées par M. B... sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1err : L’arrêté du 4 août 2026 du préfet des Hauts-de-Seine portant assignation à résidence de M. B... est annulé en tant qu’il l’astreint à demeurer au 49 rue de la Saussière à Boulogne-Billancourt chaque vendredi de 19 heures à 20 heures et chaque samedi de 8 heures à 10 heures.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La magistrate désignée,
Signé
S. Marzoug
La greffière,
Signé
S. Hirtz
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Par une requête, enregistrée le 24 août 2026, M. A... B..., représenté par Me Hamraoui, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d’annuler l’arrêté du 4 août 2026 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et l’arrêté du 4 août 2026 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l’a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois ;
2°) à titre subsidiaire, d’annuler l’arrêté du 4 août 2026 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l’a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois en tant que cet arrêté l’astreint à demeurer au 49 rue de la Saussière à Boulogne-Billancourt ;
3°) d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l’attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) d’enjoindre à l’administration de procéder à l’effacement de son signalement aux fins de non-admission au sein du système d’information Schengen (SIS) ;
5°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la recevabilité :
- sa requête est recevable ;
En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :
- la décision attaquée est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation personnelle et familiale ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l’ordre public ;
- elle ne prend pas suffisamment en compte sa qualité de père de deux enfants de nationalité française ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
En ce qui concerne la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire :
- - la décision attaquée est illégale, dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l’ordre public ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- la décision attaquée doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision attaquée doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est disproportionnée au regard de sa vie privée et familiale ;
En ce qui concerne l’arrêté portant assignation à résidence :
- l’arrêté attaqué doit être annulé par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation dès lors qu’il est hébergé à Montrouge depuis le 1er août 2026 alors que son lieu de résidence a été fixé au 49 rue de la Saussière à Boulogne-Billancourt au domicile de son ancienne compagne où il lui est interdit de paraître ;
- il est disproportionné dès lors que les modalités de pointage sont incompatibles avec son lieu d’hébergement et l’exercice normal de son emploi salarié à temps complet.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2026, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- l’accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Marzoug, première vice-présidente.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 9 septembre 2026 à 10 heures :
- le rapport de Mme Marzoug, magistrate désignée ;
- les observations de Me Hamraoui, représentant M. B..., présent, laquelle a conclu aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B..., ressortissant marocain né le 25 janvier 1985, soutient être entré en France en 2015. Il a été titulaire, en dernier lieu, d’une carte de séjour pluriannuelle portant la mention « vie privée et familiale » valable du 6 décembre 2023 au 5 décembre 2025, dont il a demandé le renouvellement le 16 octobre 2025. Par un premier arrêté du 4 août 2026, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par un second arrêté du même jour, le préfet des Hauts-de-Seine l’a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois. M. B... demande au tribunal d’annuler ces deux arrêtés.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine n’aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B... au vu des éléments qui avaient été portés à sa connaissance, avant de prendre la décision en litige. En particulier, il ressort de l’arrêté attaqué que le préfet a pris en compte sa situation de père de deux enfants mineurs. Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen particulier de la situation de l’intéressé doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle (…) ». Aux termes de
l’article L. 432-1 du même code : « La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ».
4. Lorsque l’administration oppose à un ressortissant étranger un motif lié à la menace à l’ordre public pour refuser de faire droit à sa demande de titre de séjour, il appartient au juge de l’excès de pouvoir, saisi d’un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu’elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision. La menace pour l’ordre public s’apprécie au regard de l’ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant le comportement personnel de l’étranger en cause. Il n’est donc ni nécessaire ni suffisant que le demandeur ait fait l’objet de condamnations pénales. L’existence de celles-ci constitue cependant un élément d’appréciation au même titre que d’autres éléments tels que la nature, l’ancienneté ou la gravité des faits reprochés à la personne ou encore son comportement habituel.
5. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. B..., le préfet des Hauts-de-Seine s’est fondé sur le motif tiré de ce que sa présence en France constitue une menace pour l’ordre public, dès lors qu’il est défavorablement connu des services de police pour des faits de violence suivie d’incapacité n’excédant pas huit jours en présence d’un mineur par une personne ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité.
6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du bulletin n° 2 du casier judiciaire de M. B... versé aux débats par le préfet des Hauts-de-Seine, que le requérant a été condamné le 22 septembre 2025 par le tribunal correctionnel de Pau, pour des faits de violence suivie d’incapacité n’excédant pas huit jours sur un mineur par un ascendant ou une personne ayant autorité sur la victime en présence d’un autre mineur du 7 mars 2023 au 18 septembre 2025 et des faits de violences habituelles sur un mineur de quinze ans n’ayant pas entraîné d’incapacité supérieure à huit jours du 20 septembre 2021 au 6 mars 2023, à une peine d’emprisonnement d’un an et trois mois avec sursis probatoire pendant deux ans. En outre, comme le relève le préfet des Hauts-de-Seine et tel que cela ressort de l’ordonnance d’orientation et sur mesures provisoires prononcée le 7 juillet 2025 par le tribunal judiciaire de Nanterre, M. B... a été condamné le 25 novembre 2024 par le tribunal correctionnel de Nanterre, pour des faits de violence suivie d’incapacité n’excédant pas huit jours, en présence d’un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin, ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité, à une peine de six mois d’emprisonnement, une obligation d’effectuer un stage de responsabilité pour la prévention et la lutte contre les violences au sein du couple, une interdiction d’entrer en contact avec la victime pendant trois ans, une interdiction de détenir une arme pendant trois ans, une interdiction de paraître au domicile de son épouse pendant trois ans et un retrait de l’exercice de l’autorité parentale à l’égard de ses deux enfants mineurs. Dans ces conditions, eu égard à la nature des faits pour lesquels l’intéressé a été condamné, dont il ne conteste pas la matérialité, à leur caractère récent, à leur gravité et à leur caractère répété, le préfet des Hauts-de-Seine n’a pas commis d’erreur d’appréciation en retenant que le comportement de M. B... constitue une menace pour l’ordre public et en se fondant sur un tel motif pour refuser de renouveler le titre de séjour dont il était titulaire.
7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…) / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».
8. M. B... fait valoir qu’il réside en France depuis l’année 2015, qu’il est titulaire d’un contrat de travail à durée indéterminée en qualité de chauffeur-livreur et qu’il est le père de deux enfants mineurs de nationalité française résidant et scolarisés en France. Toutefois, il est constant, comme il a été dit au point 6 du présent jugement, que son comportement constitue une menace pour l’ordre public en France. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant entretiendrait des liens particulièrement intenses avec ses enfants mineurs, celui-ci s’ayant vu retirer son autorité parentale. Enfin, les pièces produites par le requérant témoignent d’une insertion professionnelle récente à la date de la décision attaquée, le contrat à durée indéterminée dont il se prévaut n’ayant été signé qu’en février 2024. Dans ces conditions, M. B..., qui ne justifie pas être dépourvu d’attaches familiales dans son pays d’origine où il a vécu jusqu’à au moins l’âge de trente ans, n’établit pas que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiales au regard des buts qu’elle poursuit. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour n’étant pas annulée, il n’y a pas lieu d’annuler par voie de conséquence la décision portant obligation de quitter le territoire français attaquée.
10. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. (…) »
11. Prise au visa du 3° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, la décision attaquée indique que le comportement
de M. B... constitue une menace pour l’ordre public et mentionne différents éléments de sa situation personnelle et familiale, notamment qu’il est entré irrégulièrement en France en 2015 selon ses déclarations et qu’il est divorcé et père de deux enfants mineurs. Dans ces conditions, le requérant n’est pas fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine n’aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation au regard de son droit au séjour avant de prendre la décision attaquée. Par suite, le moyen invoqué par M. B... tiré de la méconnaissance de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.
12. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 8 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l’article 3-1 de la convention relative aux droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait d’institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ». Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d’enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d’affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
14. En l’espèce, compte tenu la gravité des faits pour lesquels M. B... a été condamné, faits qui concernent notamment ses enfants mineurs, de la circonstance qu’il s’est vu retirer son autorité parentale et de l’absence de démonstration de l’intensité des liens l’unissant à ses enfants, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus d’octroi de délai de départ volontaire :
15. Aux termes de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; (…) ».
16. Pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 6 et 8 du présent jugement, le comportement de M. B... constituant une menace pour l’ordre public en France, les moyens tirés de la méconnaissance de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et de l’erreur manifeste d’appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
17. La décision portant obligation de quitter le territoire français n’étant pas annulée, il n’y a pas lieu d’annuler par voie de conséquence la décision fixant le pays de destination attaquée.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
18. En premier lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d’octroi de délai de départ volontaire n’étant pas annulées, il n’y a pas lieu d’annuler par voie de conséquence la décision portant interdiction de retour sur le territoire français attaquée.
19. En second lieu, aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. (…) ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. (…) ».
20. Si M. B... soutient être entré en France en 2015, bénéficier d’une insertion professionnelle notable et être père de deux enfants mineurs de nationalité française, il ressort des pièces du dossier, comme il a été dit aux points 6 et 8 du présent jugement, que son comportement constitue une menace pour l’ordre public en France et qu’il ne justifie pas de la particulière intensité des liens entretenus avec ses deux enfants. En outre, il n’établit pas être dépourvu d’attaches privées et familiales dans son pays d’origine et ne fait état d’aucune circonstance humanitaire. Par suite, la décision attaquée, qui prononce une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans, ne peut être regardée comme disproportionnée au regard de sa vie privée et familiale et ne méconnaît ni les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ni l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l’arrêté portant assignation à résidence :
21. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n’étant pas annulée, il n’y a pas lieu d’annuler par voie de conséquence l’arrêté portant assignation à résidence attaqué.
22. En second lieu, aux termes de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé (…) ». Aux termes de
l’article L. 732‑3du même code : « L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée. ». Aux termes de l’article R. 733-1 de ce code : « L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; (…) ».
23. D’une part, il ressort des termes de l’arrêté attaqué que M. B... a été assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de quarante-cinq jours renouvelables deux fois et a été astreint à se présenter chaque lundi, mercredi, et vendredi, à 10 heures, au commissariat de Boulogne-Billancourt afin de faire constater qu’il respecte la mesure d’assignation à résidence dont il fait l’objet. Si l’intéressé soutient que ces modalités de pointage font obstacle à l’exercice de son activité professionnelle de chauffeur-livreur, il n’établit pas la réalité de cette allégation par les pièces produites à l’appui de la requête. En tout état de cause, M. B... n’établit pas disposer d’une autorisation de travail lui permettant d’exercer régulièrement une activité salariée. Par suite, le moyen tiré de ce que les modalités de pointage fixées par l’arrêté attaqué présentent un caractère disproportionné doit être écarté.
24. D’autre part, l’arrêté attaqué astreint M. B... à demeurer au 49 rue de la Saussière à Boulogne-Billancourt chaque vendredi de 19 heures à 20 heures et chaque samedi de 8 heures à 10 heures. Cependant, il ressort des pièces du dossier que l’intéressé a été condamné par le tribunal correctionnel de Nanterre le 25 novembre 2024 à une interdiction d’entrer en contact avec son ex-épouse et de paraître à son domicile, lequel a été fixé au 49 rue de la Saussière à Boulogne-Billancourt par l’ordonnance du 7 juillet 2025 du tribunal judiciaire de Nanterre mentionnée ci-dessus. Ainsi, cette circonstance fait obstacle à ce que M. B... soit astreint à demeurer au 49 rue de la Saussière à Boulogne-Billancourt. Par suite, en prononçant cette mesure, le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur manifeste d’appréciation.
25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté du 4 août 2026 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de M. B..., lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans doivent être rejetées et que l’arrêté du 4 août 2026 portant assignation à résidence attaqué doit être annulé en tant qu’il astreint M. B... à demeurer au 49 rue de la Saussière à Boulogne-Billancourt chaque vendredi de 19 heures à 20 heures et chaque samedi de 8 heures à 10 heures.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
26. Le présent jugement, compte tenu de ses motifs, n’implique aucune mesure d’injonction. Par suite, les conclusions à fin d’injonction de la requête doivent être rejetées.
Sur les frais d’instance :
27. Dans les circonstances de l’espèce, les conclusions présentées par M. B... sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1err : L’arrêté du 4 août 2026 du préfet des Hauts-de-Seine portant assignation à résidence de M. B... est annulé en tant qu’il l’astreint à demeurer au 49 rue de la Saussière à Boulogne-Billancourt chaque vendredi de 19 heures à 20 heures et chaque samedi de 8 heures à 10 heures.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La magistrate désignée,
Signé
S. Marzoug
La greffière,
Signé
S. Hirtz
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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