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AccueilDroit européen32025D0429
Décision32025D0429

Décision (UE) 2025/429 de la Commission du 30 avril 2024 concernant la mesure d’aide d’État SA.58207 (2021/N) que la Tchéquie envisage de mettre à exécution en vue de soutenir la construction et l’exploitation d’une nouvelle centrale nucléaire sur le site de Dukovany [notifiée sous le numéro C(2024) 2858]

CELEX32025D0429
TypeDécision
Datemardi 30 avril 2024

Résumé IA

La Commission européenne a autorisé, au titre des règles sur les aides d'État, le soutien financier de la République tchèque pour la construction et l'exploitation d'une nouvelle centrale nucléaire à Dukovany. Cette décision valide le mécanisme de soutien tchèque, incluant un contrat pour différence et des garanties publiques, en le jugeant compatible avec le marché intérieur car nécessaire pour atteindre les objectifs de décarbonation et de sécurité d'approvisionnement énergétique. Pour un professionnel du droit français, cette décision illustre la marge de manœuvre des États membres pour soutenir le nucléaire sous conditions strictes de proportionnalité et de minimisation des distorsions de concurrence.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série L


2025/429

12.3.2025

DÉCISION (UE) 2025/429 DE LA COMMISSION

du 30 avril 2024

concernant la mesure d’aide d’État SA.58207 (2021/N) que la Tchéquie envisage de mettre à exécution en vue de soutenir la construction et l’exploitation d’une nouvelle centrale nucléaire sur le site de Dukovany

[notifiée sous le numéro C(2024) 2858]

(Le texte en langue anglaise est le seul faisant foi.)

(Texte présentant de l’intérêt pour l’EEE)

LA COMMISSION EUROPÉENNE,

vu le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, et notamment son article 108, paragraphe 2, premier alinéa,

vu l’accord sur l’Espace économique européen, et notamment son article 62, paragraphe 1, point a),

après avoir invité les parties intéressées à présenter leurs observations, conformément aux dispositions (1) précitées, et vu les réponses obtenues,

considérant ce qui suit:

1. PROCÉDURE

(1)

Par lettre datée du 15 mars 2022, la Tchéquie a notifié à la Commission la mesure de soutien à la construction et à l’exploitation d’une nouvelle centrale nucléaire (ci-après la «centrale») sur le site de Dukovany (ci-après le «projet»). Elle a fourni des informations complémentaires à la Commission par lettre datée du 5 mai 2022, à la suite de la demande de renseignements de la Commission du 21 avril 2022.

(2)

Par lettre du 30 juin 2022, la Commission a fait part à la Tchéquie de sa décision d’ouvrir la procédure prévue à l’article 108, paragraphe 2, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne concernant la mesure en question (ci-après la «décision d’ouverture»). La décision d’ouverture a été publiée au Journal officiel de l’Union européenne. La Commission a invité les parties intéressées à présenter leurs observations.

(3)

La Tchéquie a adressé ses observations sur la décision d’ouverture le 31 août 2022.

(4)

La Commission a reçu des observations de la part de tiers. Ces observations ont été communiquées à la Tchéquie, qui a eu la possibilité de les commenter, ce qu’elle a fait par lettre du 21 octobre 2022.

(5)

La Tchéquie a fourni des informations complémentaires les 30 janvier 2023, 16 mars 2023, 4 avril 2023, 11 avril 2023, 24 avril 2023, 9 juin 2023, 21 juin 2023, 3 juillet 2023, 14 juillet 2023, 2 août 2023, 8 septembre 2023, 14 septembre 2023, 22 septembre 2023, 6 octobre 2023, 9 octobre 2023, 18 octobre 2023, 19 octobre 2023, 22 octobre 2023, 25 octobre 2023, 8 novembre 2023, 20 novembre 2023, 16 décembre 2023, 10 janvier 2024, 26 janvier 2024, 1er février 2024, 7 février 2024, 9 février 2024, 12 février 2024, 21 février 2024, 23 février 2024, 26 février 2024, 1er mars 2024, 7 mars 2024, 8 mars 2024, 11 mars 2024, 19 mars 2024, 20 mars 2024, 21 mars 2024 et 15 avril 2024.

(6)

Le 26 janvier 2024, les autorités tchèques ont accepté, à titre exceptionnel, de renoncer à leurs droits découlant de l’article 342 du TFUE, en liaison avec l’article 3 du règlement no 1/1958, et de voir la présente décision adoptée et notifiée en anglais.

2. DESCRIPTION DU CONTEXTE

2.1. Production d’électricité en Tchéquie

(7)

Comme expliqué à la section 2.1 de la décision d’ouverture, le bouquet énergétique de la Tchéquie est actuellement dominé par la production d’électricité à partir de lignite et d’énergie nucléaire. Le tableau suivant montre l’évolution de la capacité de production d’électricité et de la production brute d’électricité en Tchéquie entre 2000 et 2022.

Tableau 1

Évolution de la capacité de production d’électricité en gigawatts (GW) et de la production brute d’électricité en térawattheures (TWh) en Tchéquie, 2000-2022

Image 1

Source:

Autorités tchèques

(8)

Dans son projet de plan national en matière d’énergie et de climat (ci-après «PNEC») actualisé pour 2023 (2), la Tchéquie a confirmé son engagement à décarboner son système électrique et à supprimer progressivement l’utilisation du charbon pour la production d’énergie et de chaleur d’ici à 2033.

(9)

Selon le projet de PNEC actualisé, d’ici à 2030, les centrales photovoltaïques et éoliennes terrestres joueront un rôle important dans la décarbonation de l’approvisionnement en électricité. La Tchéquie estime que, malgré leur expansion considérable attendue, les sources d’énergie renouvelables (ci-après les «SER») intermittentes ne seront pas en mesure de décarboner le système énergétique tchèque à elles seules, car elles ne seraient pas en mesure de combler le déficit d’approvisionnement attendu. Les autorités tchèques ont expliqué qu’en Tchéquie, ces sources intermittentes avaient des facteurs de charge relativement limités, à savoir 11 % pour l’énergie photovoltaïque et 22 % pour l’énergie éolienne terrestre. En outre, il a été démontré que le potentiel de développement de l’énergie éolienne en Tchéquie était limité, en raison d’une faible acceptation par le public et de zones à forte densité de population. De surcroît, la Tchéquie ne dispose pas non plus d’un potentiel d’énergie éolienne en mer ou d’énergie hydroélectrique de grande envergure, ce qui limite encore les possibilités d’importantes capacités de production d’énergies renouvelables à grande échelle.

(10)

La Tchéquie ne considère pas le gaz naturel comme un substitut approprié pour le charbon et le lignite, en raison de son facteur d’émission élevé (499 tonnes de CO2eq/GWh contre 29 tonnes provenant du nucléaire ou 85 tonnes provenant de l’énergie solaire au cours d’un cycle de vie) et de sa dépendance à l’égard des importations de gaz. La dépendance au gaz est généralement plus élevée pendant l’hiver, étant donné que les SER ne produisent pas suffisamment d’électricité au cours de cette période et que le chauffage augmente la demande de gaz naturel. En outre, compte tenu de la situation géopolitique actuelle et de son incidence sur l’approvisionnement en gaz de l’Union européenne, en particulier en provenance de Russie, les autorités tchèques entendent réduire la dépendance à l’égard des importations de gaz.

(11)

En octobre 2019, le gestionnaire de réseau de transport tchèque ČEPS a présenté des perspectives sur l’adéquation des ressources (3), décrivant deux scénarios: le scénario A, un scénario de référence partant de l’hypothèse que l’électricité sera produite dans des centrales électriques au lignite modernisées (Prunéřov II, Tušimice, Mělník I et Ledvice PP), et le scénario B, un scénario à faible intensité de carbone supposant la suppression progressive de toutes les centrales au lignite, en plus de Ledvice PP. Les deux scénarios entraînent des problèmes d’adéquation.

(12)

Une autre étude plus récente également réalisée par le ČEPS (4) met en lumière des problèmes d’adéquation des capacités de production à partir de 2030, en raison de la mise hors service d’installations de lignite et de la nécessité de porter les importations à des niveaux supérieurs à 20 % pour couvrir la demande tchèque. Les problèmes de pénurie d’électricité surviennent dans tous les scénarios à partir de 2035 et sont particulièrement prononcés dans les scénarios d’une sortie complète du charbon soit en 2033 (le scénario principal, que le ČEPS estime le plus probable) soit en 2030 (le scénario de décarbonation). Ces perspectives (fondées sur l’hypothèse d’un niveau d’importation net maximal de 20 TWh en raison de limitations techniques et de sûreté et incluant la nouvelle unité nucléaire dans ses hypothèses postérieures à 2035) soulignent que les niveaux de LOLE (5) resteraient insatisfaisants. Les calculs effectués pour le scénario principal montrent qu’en 2030 déjà, la capacité de production sera insuffisante pour couvrir la consommation.

(13)

Les études présentées par les autorités tchèques tiennent compte des flux transfrontaliers attendus entre la Tchéquie et ses pays voisins. Le réseau électrique tchèque est bien connecté aux réseaux des États membres voisins et cette capacité de connexion devrait encore augmenter à l’avenir (6). Le marché tchèque de l’électricité à un jour est connecté par couplage multirégional (7) sur la base de l’attribution implicite de la capacité transfrontière en fonction de la capacité de transport nette. En juin 2022, le projet de couplage des marchés fondé sur les flux de la région CORE (8) , (9) est devenu opérationnel et la Tchéquie a pleinement intégré ses marchés de l’électricité à un jour et infrajournaliers, en réalisant le modèle cible du marché de l’électricité dans l’Union européenne tel que défini dans le règlement (UE) 2015/1222 de la Commission du 24 juillet 2015 établissant une ligne directrice relative à l’allocation de la capacité et à la gestion de la congestion (10).

(14)

À l’heure actuelle, la Tchéquie est un exportateur net d’électricité vers les pays d’Europe centrale et orientale, mais, selon le ČEPS, cela ne durera pas à l’avenir. Selon les perspectives sur l’adéquation établies en 2019, en 2025, les exportations seront réduites à 5,4 TWh, avec un solde total de 1,8 TWh en faveur de la Tchéquie. Ce solde deviendrait négatif en 2030, avec des importations d’électricité de 8,2 TWh et un solde négatif total de 5,4 TWh dans le scénario de référence. Dans le scénario à faible intensité de carbone de 2030, le solde négatif total serait de 9,2 TWh.

(15)

Si la production d’électricité devrait diminuer, la consommation devrait légèrement augmenter, passant d’environ 67 TWh actuellement à environ 77,5 TWh en 2040, malgré les mesures d’efficacité énergétique prévues par la directive (UE) 2018/2002 du Parlement européen et du Conseil du 11 décembre 2018 modifiant la directive 2012/27/UE relative à l’efficacité énergétique. Les perspectives sur l’adéquation établies en 2022 par le ČEPS tablent sur une augmentation mesurable de la demande d’électricité au cours des 15 prochaines années dans tous les scénarios prévus, le scénario principal affichant une augmentation de 46 % pour atteindre 98 TWh par an, par rapport au niveau actuel d’environ 67 TWh. La Tchéquie s’attend également à une augmentation de la demande d’électricité partiellement imputable à la transition du chauffage au gaz vers l’utilisation de pompes à chaleur ainsi qu’au remplacement général du gaz par l’électricité dans l’industrie.

(16)

Bien que la Tchéquie soit bien connectée à ses pays voisins, les flux d’électricité varient considérablement à différents moments de l’année. Les perspectives sur l’adéquation établies en 2019 ont souligné que, dans la région d’Europe centrale (région CORE pour le calcul des capacités de transport), des périodes de pénurie d’électricité dans le réseau devraient se produire simultanément dans plusieurs pays en raison de conditions climatiques similaires, des plans de sortie progressive du charbon et de pénuries d’approvisionnement (11). Les autorités tchèques estiment que la baisse de la production industrielle résultant de la pénurie attendue d’électricité entraînerait un affaiblissement de la croissance économique et de la compétitivité de l’économie tchèque, ce qui pourrait également entraîner des déficits importants du côté des recettes des budgets publics. Toute coupure de courant ou pénurie d’électricité de plus longue durée risque dès lors d’avoir une incidence significative sur la stabilité sociale du pays, avec toutes les conséquences négatives qui en découlent.

(17)

Selon les études susmentionnées, l’énergie nucléaire apparaît comme une option plus sûre pour les futurs investissements dans les énergies décarbonées en Tchéquie. Les autorités tchèques ont expliqué que la décision d’investir dans de nouvelles capacités nucléaires était fondée sur ses objectifs de décarbonation, ainsi que sur les résultats des perspectives sur l’adéquation établies en 2019, qui ont constitué un élément clé de la quantification des besoins de nouveaux investissements dans l’énergie nucléaire. Le gouvernement tchèque prévoit une expansion d’environ 4 GW de nouvelles capacités nucléaires (y compris l’investissement notifié) entre 2036 et 2050.

2.2. Objectifs et contexte

(18)

Les autorités tchèques envisagent de maintenir ou d’accroître le rôle de l’énergie nucléaire dans leur production d’électricité, afin qu’elle contribue à la décarbonation de leur bouquet énergétique, à la création d’emplois et à la compétitivité industrielle, ainsi qu’à la résolution des problèmes de sécurité d’approvisionnement décrits ci-dessus. Le projet s’inscrit dans le cadre d’un programme plus vaste destiné à soutenir les sources de production à faible intensité de carbone, visant à ce que la production d’énergie nucléaire représente environ 50 % de la capacité totale de production d’électricité en Tchéquie. De fait, le plan d’action national pour le développement de l’énergie nucléaire (12) en Tchéquie, approuvé en juin 2015, contenait déjà des détails concernant le renforcement du rôle de l’énergie nucléaire.

(19)

La Tchéquie compte actuellement six unités nucléaires en service, à Temelín (13) et à Dukovany (14). Selon la Tchéquie, les quatre unités actuelles du site de Dukovany devraient fermer entre 2045 et 2047, à condition que l’Office national de la sûreté nucléaire approuve les exigences en matière de sûreté des centrales existantes tous les 10 ans au cours de leur durée de vie. Les autorités tchèques indiquent qu’il n’existe actuellement aucun engagement spécifique concernant une exploitation de ces centrales au-delà de cette période.

(20)

Le projet de PNEC actualisé (15) pour la Tchéquie fixe des objectifs de diversification énergétique pour la part des différents combustibles dans i) le total des sources d’énergie primaire (à l’exclusion de l’électricité) et ii) la production d’électricité. Les autorités tchèques ont expliqué que la part de l’énergie nucléaire pour 2022 était respectivement de 15 % et de 37 %, tandis que le niveau cible pour 2040 était fixé à 25-33 % pour les sources d’énergie primaire (à l’exclusion de l’électricité) et à 46-58 % pour la production d’électricité.

(21)

Le PNEC juge essentiel d’augmenter la part de l’énergie nucléaire et des sources renouvelables afin de remplacer les combustibles fossiles si l’on veut atteindre les engagements à long terme de réduction des émissions de gaz à effet de serre. La Tchéquie s’est engagée à devenir neutre pour le climat d’ici à 2050. Pour atteindre cet objectif, il faudra modifier radicalement la structure du marché tchèque de l’énergie et les sources de production d’électricité. Les installations de production d’énergie électrique à forte teneur en carbone devront être progressivement supprimées, parallèlement au déclassement des capacités de production d’énergie nucléaire vieillissantes.

(22)

Selon la Tchéquie, le pays deviendra importateur net d’électricité d’ici à 2030, et ne pas investir dans de nouvelles capacités nucléaires aggraverait sa dépendance à l’égard des importations d’électricité. La Tchéquie indique que le projet jouera un rôle crucial pour garantir la sécurité énergétique et la fiabilité de l’approvisionnement en électricité, une condition essentielle pour transformer le bouquet de production en vue d’atteindre la neutralité carbone en Tchéquie. La Tchéquie indique également que les centrales électriques au lignite et au charbon qui fournissent de l’électricité sur le marché sont actuellement en cours de déclassement, ce qui devrait déboucher sur un secteur de l’électricité axé sur les importations à partir de 2025.

(23)

Compte tenu de l’ampleur des besoins en capacités de remplacement et des objectifs nationaux de décarbonation et de sécurité de l’approvisionnement, au vu de la dépendance de l’économie et de la base industrielle tchèques à l’égard des ressources énergétiques, la Tchéquie a conclu qu’il était important de se doter de nouvelles et considérables capacités de remplacement nucléaires. Les autorités tchèques soulignent que les investissements dans les sources d’énergie nucléaire à faibles émissions de carbone, ainsi que dans les sources d’énergie renouvelables et les autres technologies énergétiques «zéro net», contribueront à la réalisation des objectifs de l’UE en matière de durabilité et de protection de l’environnement (16).

(24)

La Tchéquie a en outre expliqué que le projet contribuera aussi directement à la réalisation des objectifs de REPowerEU, car il réduira la dépendance à l’égard des combustibles fossiles importés, soumis à des fluctuations de prix et à des risques géopolitiques, et renforcera également la sécurité énergétique (17).

2.3. Autres options pour garantir un bouquet énergétique bas carbone

(25)

Les autorités tchèques ont examiné plusieurs options pour garantir un bouquet énergétique bas carbone, à savoir des investissements dans les énergies renouvelables, la production d’électricité à partir de gaz, l’augmentation des importations, la participation active de la demande et l’énergie nucléaire. De plus amples détails sur les solutions envisagées sont présentés aux considérants 19 à 21 de la décision d’ouverture.

(26)

En raison des spécificités géographiques et des difficultés rencontrées pour élaborer des projets à grande échelle dans le domaine des énergies renouvelables en Tchéquie, le nucléaire est apparu comme une option privilégiée pour les autorités tchèques (18), qui considèrent que sa longue durée de vie, ses faibles émissions de CO2, le facteur d’utilisation élevé de sa capacité, la forte concentration de sa charge de combustible et son fonctionnement stable, fiable et prévisible constituaient des avantages majeurs. Les deux centrales nucléaires de Dukovany et Temelín sont bien connectées à des sites industriels et de recherche et d’innovation. Pour ces raisons, le développement de l’énergie nucléaire a été défini comme un objectif stratégique, qui vient s’ajouter aux autres objectifs de la Tchéquie en matière de sécurité et de durabilité énergétiques (augmentation de la part des SER, élimination progressive des centrales au lignite, etc.)

2.4. Autres options concernant les mécanismes de financement de l’énergie nucléaire

(27)

Le 1er octobre 2021, la Tchéquie a adopté la loi relative à des mesures pour la transition de la Tchéquie vers un secteur de l’énergie bas carbone (19) (ci-après la «loi bas carbone» ou la «LBC»). La LBC définit le cadre applicable à la construction et à l’exploitation, après 2030, de centrales nucléaires de plus de 100 mégawatts (ci-après «MW») en Tchéquie, y compris au projet (20).

(28)

De plus amples détails sur les solutions envisagées sont présentés aux considérants 24 à 31 de la décision d’ouverture.

3. DESCRIPTION DÉTAILLÉE DES MESURES

3.1. Modifications des mesures effectuées par la Tchéquie à la suite de la décision d’ouverture

(29)

En réponse aux doutes soulevés par la Commission dans sa décision d’ouverture (voir section 3.13 ci-dessous), la Tchéquie a modifié certains éléments des mesures initialement prévues.

(30)

Plus particulièrement, ces modifications concernent:

—

la durée de l’accord d’achat d’électricité (ci-après l’«AA»), qui a été ramenée de 60 ans à 40 ans (voir considérants 83 à 85),

—

la formule de calcul de la rémunération du bénéficiaire au titre de l’AA, qui a été modifiée afin d’introduire de nouvelles incitations financières en faveur d’un comportement efficace en matière de planification de l’exploitation et de la maintenance (voir considérants 83 à 106),

—

la justification du taux cible de rendement des capitaux propres (ci-après le «RCP»), dans laquelle la Tchéquie a supprimé la prime de risque nucléaire/prime de risque majeur autonome (voir considérants 120 à 140),

—

le mécanisme de partage des gains, dans lequel un facteur de partage légèrement plus élevé postérieurement à l’AA a été introduit afin de refléter l’augmentation des risques, notamment en raison de la période plus courte (voir considérants 161 à 169),

—

l’introduction de conditions pour les échanges d’électricité produite par la centrale tout au long de sa durée de vie (voir considérants 112 à 118),

—

des estimations actualisées des coûts de construction et d’exploitation de la centrale afin de tenir compte de l’évolution du marché (voir section 3.6.6).

(31)

Les modifications ci-dessus sont exposées en détail dans le reste de la section 3 de la présente décision.

3.2. Bénéficiaires

3.2.1. ČEZ et EDU II

(32)

ČEZ est le seul exploitant de centrales nucléaires en Tchéquie. Il s’agit d’une société anonyme cotée sur les bourses de Prague et de Varsovie, qui est la société mère du groupe ČEZ opérant dans plusieurs pays européens (notamment la Tchéquie, l’Allemagne, la Pologne, la Slovaquie, la France, l’Italie, les Pays-Bas et l’Autriche). Le groupe ČEZ est principalement actif dans la production, l’échange et la distribution d’électricité, ainsi que dans la vente d’électricité et de chaleur. Le groupe ČEZ est également présent, dans une moindre mesure, dans les secteurs du commerce de matières premières, de la distribution et de la fourniture de gaz, de l’exploitation minière et des services énergétiques (21). L’actionnaire majoritaire de ČEZ est la Tchéquie, avec 69,78 %, et les droits d’actionnaire sont exercés par le ministère des finances.

(33)

Le bénéficiaire direct de la mesure est Elektrárna Dukovany II a. s. (ci-après «EDU II»), une filiale à 100 % de ČEZ créée aux fins de la construction et de l’exploitation de la nouvelle centrale nucléaire sur le site de Dukovany. EDU II sera le bénéficiaire de l’AA conclu avec l’entité ad hoc (22) et de l’aide financière remboursable (ci-après l’«AFR») (23). EDU II et ČEZ bénéficient également d’une protection de l’investissement au titre du mécanisme de protection contre les changements législatifs ou stratégiques.

(34)

La Tchéquie a expliqué que le projet serait supervisé par deux comités (le comité de pilotage stratégique du projet et le comité de pilotage du projet) et par une équipe de direction exécutive ayant une expérience des centrales nucléaires et des centrales électriques classiques.

—

Le comité de pilotage stratégique du projet (24) (y compris la représentation de ČEZ) est la plus haute instance chargée du projet au sein du groupe ČEZ. Il est présidé par le président-directeur général (PDG) de ČEZ et se compose de membres du conseil d’administration de ČEZ et d’autres membres importants des directions de ČEZ et d’EDU II, tels que le président-directeur général et le directeur de projet d’EDU II.

—

Le comité de pilotage du projet est responsable de la gestion conjointe du projet par ČEZ et EDU II. Il est présidé par le PDG d’EDU II et se compose de membres de ČEZ et d’EDU II qui sont responsables de parties autonomes du projet. Les membres du conseil d’administration de ČEZ ont le droit d’assister régulièrement aux réunions de ce comité.

(35)

Si ČEZ est le promoteur du projet chargé d’en assurer le contrôle stratégique et la supervision, EDU II est une entité distincte qui exerce toutes les fonctions de gestion sous le contrôle et la supervision effectifs de ČEZ. Les autorités tchèques soutiennent que ČEZ et EDU II seront régies indépendamment l’une de l’autre, pour les raisons suivantes.

(36)

Premièrement, la Tchéquie indique qu’il y aura une séparation juridique et financière claire entre EDU II et ČEZ. La structure de gouvernance (25) garantira l’indépendance d’EDU II par rapport à ČEZ et éliminera de fait toute incitation pour ČEZ à interférer indûment dans le fonctionnement quotidien d’EDU II.

(37)

Deuxièmement, les conditions de l’accord d’achat viseront à préserver l’intérêt de l’État à garantir l’approvisionnement et à mettre en place des mécanismes de sanction en cas de non-respect de ses obligations contractuelles par EDU II. En toute hypothèse, l’État pourrait également, grâce à sa participation dans ČEZ (26), veiller à ce que la pleine exploitation de la centrale par EDU II ne soit pas entravée.

(38)

Troisièmement, la Tchéquie explique qu’EDU II est fortement incitée à opérer efficacement sur le marché de l’électricité, grâce à la formule de rémunération de l’AA. Toute activité visant à réduire les recettes d’EDU II irait à l’encontre de l’intérêt économique de la société.

(39)

Quatrièmement, la Tchéquie explique que le projet revêt une importance cruciale pour le portefeuille de production et les résultats financiers du groupe ČEZ, en particulier après la sortie du charbon et la mise hors service de Dukovany I (qui devrait avoir lieu entre 2045 et 2047; voir considérant 19). Selon le plan d’entreprise élaboré par ČEZ (voir considérant 76 ci-dessous), le groupe ČEZ estime que l’EBITDA annuel moyen d’EDU II sur la durée du projet était d’environ [200 à 500] millions d’EUR en chiffres réels en 2020, ce qui, toutes choses étant égales par ailleurs, représente une augmentation d’environ [10 à 20] % de l’EBITDA actuel du groupe s’il était entièrement consolidé. Dès lors, le projet, compte tenu de son ampleur, en particulier par rapport au portefeuille de production et au bilan actuels de ČEZ, aura des implications importantes pour le groupe ČEZ dans son ensemble.

3.2.2. L’entité ad hoc

(40)

L’AA (voir section 3.6) pour l’achat de l’électricité produite par la centrale est censé être un contrat entre l’État et EDU II, le principal bénéficiaire du projet. La liste des conditions de l’AA conclu entre l’État et EDU II prévoit que l’État sera habilité à céder/déléguer certains droits et obligations découlant de l’AA (ou d’une partie spécifique de celui-ci) à une entité juridique publique à 100 % titulaire d’une autorisation pour le commerce d’électricité au titre de la loi sur l’énergie (ci-après l’«entité ad hoc»), qui deviendrait partie à cet accord à la suite de la cession/de la délégation.

(41)

Si les prix de l’électricité sont supérieurs au prix d’exercice de l’AA (expliqué aux considérants 94 à 106), l’entité ad hoc n’aura pas besoin de ressources supplémentaires de la part de l’État. En revanche, si le prix d’exercice de l’AA est supérieur aux prix de marché de l’électricité, l’État devra financer la différence de prix au moyen de ressources d’État, à savoir au moyen du budget de l’État et/ou de taxes sur la consommation, conformément à la formule de rémunération de l’AA (expliquée aux considérants 88 à 93 ci-dessous). L’article 8 de la LBC laisse à l’État la possibilité d’utiliser l’un ou l’autre des mécanismes financiers ou les deux. Les autorités tchèques ont expliqué qu’elles utiliseraient probablement une combinaison du budget de l’État et de taxes spécifiques.

(42)

L’article 8 de la LBC fixe les règles permettant à l’entité ad hoc d’établir une redevance que les gestionnaires de réseau de transport et de distribution peuvent percevoir auprès des consommateurs d’électricité et rembourser à l’entité ad hoc. L’autorité nationale de régulation de l’énergie (Office de régulation de l’énergie) déterminerait quand et comment la taxe serait comptabilisée et versée afin de couvrir les coûts pertinents. Les autorités tchèques ont également confirmé que si une taxe était utilisée et que son produit ne suffisait pas à couvrir les coûts de l’entité ad hoc, le reste des coûts serait couvert par le budget de l’État. En revanche, si la taxe devait, le cas échéant, générer des recettes supérieures aux coûts, cet excédent profiterait au budget de l’État. Les autorités tchèques ont fait valoir que tous les coûts de l’entité ad hoc seraient compensés au titre de la mesure pour autant que ces coûts soient exposés exclusivement aux conditions du marché (27). En outre, la législation sur les marchés publics garantira également que l’entité ad hoc agisse aux conditions du marché.

(43)

La mesure 1 achemine, en substance, les flux de trésorerie en passant par l’entité ad hoc (voir section 3.6). L’entité ad hoc assumera donc les pertes et percevra les recettes de la vente sur le marché de l’électricité produite par EDU II. Dans des conditions de marché favorables, l’entité ad hoc conservera ainsi les bénéfices de l’activité de vente d’électricité. Les autorités tchèques ont expliqué que ces recettes seront finalement injectées dans le budget de l’État (ou utilisées pour financer le soutien aux investissements dans les énergies renouvelables, ce qui réduira la taxe correspondante), étant donné que l’entité ad hoc sera entièrement détenue et contrôlée par la Tchéquie. Les autorités tchèques ont expliqué que la mesure ne prévoyait aucune distribution directe des recettes aux clients d’électricité.

(44)

L’entité ad hoc sera titulaire d’une autorisation de commerce d’électricité au titre de la loi tchèque sur l’énergie, ce qui lui permettra de mettre la production d’EDU II sur les marchés de gros de l’électricité. Son rôle devrait être principalement celui d’un responsable d’équilibre vis-à-vis de l’opérateur du marché tchèque, OTE.

(45)

Les autorités tchèques ont expliqué que l’objectif de cette structure était de réduire le risque de distorsions potentielles du marché dues à la concentration du pouvoir de marché au sein du groupe ČEZ.

(46)

Les autorités tchèques prévoient que l’entité ad hoc mette en place sa propre table de négociation et ses propres activités en interne. Elles ont toutefois indiqué que, si l’entité ad hoc le jugeait plus approprié et plus rentable compte tenu de l’approche de négociation choisie, elle pourrait procéder à un appel d’offres concurrentiel, transparent et non discriminatoire, ouvert à toutes les parties appropriées, afin d’externaliser les fonctions qu’elle aura sélectionnées. Ces fonctions pourraient notamment être, à l’avenir, celle du responsable d’équilibre ou la fonction de négociation, lorsqu’il y a suffisamment de contreparties qualifiées potentielles sur le marché en cause. Toutefois, le commerce d’électricité ne peut en aucun cas être externalisé au groupe ČEZ ou à des entités qui en font partie.

(47)

Dès lors, soit l’entité ad hoc vendra l’électricité sur le marché de gros en utilisant sa propre table de négociation, soit elle externalisera l’exploitation de celle-ci à un tiers, qui s’engagera à vendre l’électricité sur le marché pour son compte. L’entité ad hoc pourrait également conclure des contrats bilatéraux de vente d’électricité ou des contrats de couverture avec certains clients, en plus de vendre sur les marchés (au comptant) à un jour et infrajournalier.

(48)

La Tchéquie a expliqué que l’entité ad hoc devrait être mise en place au plus tôt en 2030, mais au plus tard 12 mois avant la mise en service de la nouvelle centrale nucléaire, afin d’éviter des coûts inutiles compte tenu des incertitudes entourant le marché et l’environnement réglementaire après 2030. Selon la Tchéquie, l’entité ad hoc sera établie conformément au droit national et au droit de l’Union européenne applicables, c’est-à-dire en veillant en particulier aux principes d’indépendance, de compétence et de transparence. Conformément à la LBC, l’entité ad hoc devrait être une entité publique à 100 % titulaire d’une licence pour le commerce d’électricité (28).

(49)

L’entité ad hoc ne fera pas partie d’un groupe verticalement intégré contrôlé par ČEZ. La structure sociale de l’entité ad hoc sera interprétée en vertu de la loi no 90/2012 Coll. sur les sociétés commerciales et les coopératives (loi sur les sociétés commerciales), y compris les règles relatives au devoir de diligence des membres des organes de l’entité ad hoc. Le conseil de surveillance de l’entité ad hoc sera créé afin de garantir le respect des principes de compétence et de transparence. En outre, un comité d’audit indépendant sera créé afin de superviser toutes les activités comptables et d’audit de l’entité ad hoc.

3.2.3. La sélection du bénéficiaire

(50)

Les autorités tchèques ont expliqué que le choix du modèle de projet actuel et de ČEZ en tant que promoteur de projet était le résultat d’une évaluation détaillée par le gouvernement, mais qu’il n’avait pas été précédé d’un appel d’offres, d’une procédure de sélection ou d’un appel public à manifestation d’intérêt.

(51)

En juin 2017, le comité permanent de l’énergie nucléaire a rédigé et discuté d’un rapport (29) résumant l’analyse effectuée, ainsi que l’évaluation des différents modèles d’investisseurs (y compris des consortiums d’entreprises privées) et des modèles de financement envisagés pour le projet. Le rapport détaillait trois options. La première consistait en un consortium d’investisseurs privés et comportait trois sous-options: i) un consortium d’investisseurs, en excluant totalement la participation de l’État tchèque ou du groupe ČEZ; ii) un consortium d’investisseurs avec une participation minoritaire détenue par le groupe ČEZ; et iii) un consortium d’investisseurs avec une participation minoritaire détenue par l’État. Cette première option n’a pas été retenue, étant donné que l’État ne pourrait alors exercer qu’un faible contrôle sur l’achèvement du projet. La deuxième option consistait à faire entièrement réaliser le projet par une entité publique distincte chargée de la construction et de l’exploitation d’une nouvelle centrale nucléaire. Si cette option a été jugée offrir une sécurité suffisante, elle a été rejetée en raison de son incidence élevée sur le budget et du manque de connaissances techniques suffisantes.

(52)

La troisième option, dans laquelle ČEZ était le promoteur du projet (30), a été jugée optimale par les autorités tchèques, étant donné qu’elle permettait à l’État d’assurer le contrôle nécessaire (notamment au moyen de la création de l’entité ad hoc) et qu’elle mettait à profit l’expérience de ČEZ en matière de construction et d’exploitation de centrales nucléaires. Selon les autorités tchèques, ČEZ est l’entité la plus appropriée pour agir en tant que promoteur et investisseur du projet, en partie grâce au fait que la Tchéquie, représentée au sein de la société par le ministère des finances, en est actionnaire majoritaire, ce qui fournit des assurances au gouvernement tchèque quant aux aspects liés à la sécurité nationale et à la disponibilité de fonds pour constituer les fonds propres requis. Cette option a été approuvée à la suite de la résolution gouvernementale no 485 du 8 juillet 2019.

(53)

Les autorités tchèques ont expliqué que ČEZ possédait une grande expérience du marché, en tant que promoteur et exploitant crédible et capable de centrales nucléaires en Tchéquie, et qu’elle connaissait très bien le cadre législatif et réglementaire, y compris les procédures d’octroi d’autorisations. Le groupe ČEZ, qui est l’une des 10 plus grandes entreprises énergétiques d’Europe, possède également une expérience dans la recherche nucléaire, la planification, la construction et l’entretien d’installations énergétiques et la transformation de sous-produits énergétiques. Les autorités tchèques ont donc expliqué que ČEZ disposait d’un personnel hautement qualifié et expérimenté non seulement dans le domaine de l’énergie nucléaire, mais aussi dans les marchés publics et les négociations, ce qui devrait constituer un atout pour la réalisation du projet.

(54)

Selon les autorités tchèques, la disponibilité de sites appropriés pour la construction d’une centrale nucléaire et la rationalité économique d’une telle construction constituent d’autres aspects importants du projet. Les conditions géologiques, géographiques et techniques de la Tchéquie sont peu adaptées à la construction d’une nouvelle centrale nucléaire, eu égard à la stabilité du sous-sol, à la disponibilité d’eau et à aux possibilités de transport de l’énergie produite. Les autorités tchèques ont estimé que les meilleures conditions, vérifiées par plus de 30 ans d’exploitation des unités existantes, se trouvaient à Dukovany.

(55)

Les autorités tchèques ont décrit en détail les efforts de préparation déjà entrepris par ČEZ. En particulier, ČEZ a acquis la propriété du site proposé pour la centrale, un processus lancé en avril 2008 et achevé en 2021. ČEZ a par ailleurs réalisé des études de faisabilité dans le but d’accélérer le développement du projet et de réduire les coûts associés. Ces actions ont été entreprises afin de réduire le déficit de capacité prévu et de garantir la sécurité de l’approvisionnement nécessaire au système. En outre, la Tchéquie a souligné que d’autres projets nécessitant un temps de développement plus long ne permettraient pas de répondre de manière adéquate aux préoccupations immédiates en matière d’approvisionnement. Les autorités tchèques ont expliqué que dans l’hypothèse où un autre promoteur de projet devrait chercher un site approprié pour une centrale nucléaire en Tchéquie, des retards allant jusqu’à 14 ans par rapport au calendrier du projet étaient estimés, auxquels il fallait ajouter une augmentation des risques et des coûts. Elles ont enfin expliqué que, dans l’hypothèse d’un différent promoteur de projet, des coûts supplémentaires d’environ [200-700] millions d’EUR seraient probablement supportés, couvrant la valeur du site de la centrale, l’obtention des autorisations, les activités de développement et les synergies avec les infrastructures existantes de la centrale.

(56)

ČEZ et EDU II disposent déjà d’un certain nombre d’autorisations et d’agréments essentiels à la réalisation du projet, tels qu’une évaluation des incidences sur l’environnement et une autorisation d’implantation conformément à la loi atomique et une autorisation de l’État pour une nouvelle centrale nucléaire. Le processus d’obtention du permis de construire et du permis d’aménagement, requis par la règlementation nationale, progresse également.

(57)

Les autorités tchèques ont expliqué que l’économie du pays était largement exposée aux menaces provenant de sources extérieures concernant l’approvisionnement en énergie. Le fait que la majorité des actions de ČEZ soient détenues par l’État a été un facteur important du processus de sélection, en particulier du point de vue de la protection des intérêts de sécurité nationale de la Tchéquie.

(58)

En élargissant la capacité de production nucléaire du portefeuille du groupe ČEZ en vue de remplacer le futur déclassement de certaines des capacités de production existantes, le projet constitue un élément central de la stratégie commerciale à moyen et long terme de ČEZ.

(59)

Enfin, la Tchéquie a affirmé qu’il n’existait pas d’autre solution viable que ČEZ pour le projet, sans que cela n’ait d’incidence sur d’autres projets similaires à l’avenir.

3.3. Description générale du projet

(60)

Le projet consiste en la construction et à l’exploitation d’une nouvelle centrale nucléaire sur le site de Dukovany, en Tchéquie, d’une capacité maximale de 1 200 MW.

(61)

La LBC, qui crée un cadre général de soutien aux investissements dans le domaine nucléaire, ne relève pas du champ d’application de la présente décision, étant donné qu’elle constitue une loi d’application générale distincte des mesures de soutien de l’État spécifiquement conçues et envisagées pour le projet.

(62)

Le soutien de l’État prend la forme d’un ensemble de trois mesures:

(63)

Mesure 1: un accord d’achat d’électricité (ci-après l’«AA» ou l’«accord d’achat de la production») conclu entre le bénéficiaire principal — EDU II, une filiale à 100 % de ČEZ — et l’État représenté par le ministère de l’industrie et du commerce (ci-après le «ministère»). L’électricité sera vendue à une entreprise fonctionnant en tant qu’entité ad hoc en vue d’être ultérieurement incorporée, détenue et gérée directement par l’État (voir section 3.6);

(64)

Mesure 2: un prêt d’État (aide financière remboursable, ci-après l’«AFR») à un taux bonifié, couvrant, en principe, 100 % des coûts de construction (voir section 3.7);

(65)

Mesure 3: un mécanisme de protection contre les changements législatifs ou stratégiques pour ČEZ en tant qu’investisseur (ci-après parfois également désigné par l’«investisseur»; voir section 3.8).

(66)

Les bénéficiaires (voir section 3.2) et la structure du projet sont présentés dans le graphique suivant:

Graphique 1

Structure du projet de Dukovany

Image 2

Source:

Autorités tchèques

(67)

Le projet est divisé en cinq étapes:

—

Étape 1: préparation et sélection du fournisseur [2020-2025],

—

Étape 2: travaux préliminaires [2025-2029],

—

Étape 3: construction et mise en service [2030-2036],

—

Étape 4: période de garantie [2036-2038],

—

Étape 5a: activité [2038-2096],

—

Étape 5 b: déclassement [2096-2116].

(68)

La nouvelle centrale nucléaire devrait être mise en service en 2036 pour des essais de fonctionnement tandis que les opérations commerciales devraient débuter en 2038. La centrale aura une durée de vie utile de 60 ans et devrait être déclassée en 2096.

(69)

Les autorités tchèques ont expliqué qu’un premier contrat de mise en œuvre conclu entre la Tchéquie, ČEZ et EDU II régissait la phase 1 du projet, c’est-à-dire jusqu’à la sélection du contractant chargé de l’ingénierie, de l’approvisionnement et de la construction (ci-après «EPC» pour «engineering, procurement and construction»). Ce contrat sert, entre autres, les intérêts fondamentaux de la Tchéquie en matière de sécurité au cours de la mise en œuvre du projet et garantit l’accès de la Tchéquie aux informations sur le projet ainsi que la mise en œuvre des exigences de sécurité pour les procédures de sélection. Cette étape devrait s’achever en 2025. Pour les étapes 2 et 3 du projet (travaux préliminaires, construction et mise en service), le premier contrat de mise en œuvre prévoit que, le 31 décembre 2024 ou avant cette date, le deuxième contrat de mise en œuvre ou AA sera signé et remplacera le premier contrat de mise en œuvre. Le cadre contractuel qui sera ensuite applicable comprend l’AA, un pacte d’investisseurs et une décision de l’État d’accorder l’AFR.

(70)

La Tchéquie fait valoir qu’en raison de l’intérêt essentiel du projet en matière de sécurité nationale, l’État a dû inclure dans le cadre contractuel des conditions lui garantissant d’avoir suffisamment de contrôle sur le projet. Ces conditions sont énoncées dans le premier contrat de mise en œuvre, y compris en ce qui concerne le partage d’informations confidentielles et les questions ayant trait à la sûreté de l’État. Dans le cadre de ce contrat, les parties considèrent que les intérêts de sécurité nationale constituent une raison valable de déroger aux règles nationales en matière de marchés publics en vertu de l’article 29, point a), de la loi no 134/2016 sur les marchés publics (31) lors de la sélection d’une partie contractante pour la construction de la centrale électrique.

(71)

ČEZ et EDU II ont discuté de l’organisation de l’appel d’offres en dehors du régime de la loi sur les marchés publics avec l’Office national de protection de la concurrence et ont obtenu un avis favorable le 15 juin 2020 avant de procéder à l’appel d’offres (32).

(72)

Le fournisseur EPC sera responsable de l’ingénierie, de la construction et de la mise en service du projet. À la suite de la décision de l’État d’exclure les candidats d’États qui n’étaient pas parties à l’accord sur les marchés publics (33), au moment du lancement de la procédure de passation de marchés, trois choix technologiques étaient envisageables:

—

conception de l’AP1000 par Westinghouse Electric Company LLC (États-Unis),

—

conception de l’APR1000+ par Korea Hydro & Nuclear Power (Corée Du Sud), et

—

conception de l’EPR 1200 par EdF (France).

(73)

L’appel d’offres pour la sélection du contractant EPC a été lancé par ČEZ, par l’intermédiaire de sa filiale EDU II, en mars 2022, et les offres initiales des trois fournisseurs présélectionnés ont été reçues en novembre de la même année. Après avoir prolongé deux fois le délai de soumission des offres finales, les trois fournisseurs potentiels présélectionnés ont présenté des offres actualisées le 31 octobre 2023. La Tchéquie a expliqué que, conformément aux conditions de la procédure d’appel d’offres, les offres respectives devaient inclure des offres contraignantes pour la construction de la 5e unité à Dukovany, qui est l’objet du projet et la base de la présente décision, ainsi que des offres non contraignantes pour trois unités supplémentaires, dont une sur le site de Dukovany et deux sur le site de Temelín.

(74)

Le 31 janvier 2024, le gouvernement tchèque a décidé (34) d’élargir le champ d’application de l’appel d’offres EPC en chargeant EDU II de demander des offres contraignantes pour un maximum de quatre réacteurs nucléaires (incluant le projet), dans le but de s’assurer la possibilité de pouvoir procéder à la mise en œuvre de ces unités supplémentaires à un moment donné à l’avenir si et quand l’État tchèque le décide. La Tchéquie a expliqué que ni l’investisseur/exploitant ni le modèle de financement de ces unités supplémentaires n’avaient été déterminés au moment de l’adoption de la présente décision. Le gouvernement tchèque a chargé le ministre de l’industrie et du commerce et le ministre des finances de lui présenter, au plus tard le 31 décembre 2024, une proposition de financement des trois nouvelles unités nucléaires sur les sites de Dukovany et Temelín. Le soutien éventuellement apporté par l’État à la construction de ces trois unités supplémentaires ne relève pas du champ d’application de la présente décision.

(75)

Les autorités tchèques s’engagent à ce que, dans l’hypothèse où une aide d’État serait jugée nécessaire pour les trois unités nucléaires supplémentaires en plus du 5e réacteur du site de Dukovany, la Tchéquie notifie l’aide à la Commission européenne et attende que celle-ci donne son approbation pour la mettre à exécution.

3.4. Travaux préparatoires du projet

(76)

Compte tenu de la nécessité de nouvelles capacités nucléaires, ČEZ a approuvé, en 2010, un plan d’entreprise initial visant à ajouter une capacité maximale de 1 200 MW au site de Dukovany d’ici à 2036. Une étude de faisabilité concernant l’expansion des capacités nucléaires actuelles sur le site de Dukovany a été achevée au cours de la même année. Un premier plan d’entreprise préparé par ČEZ a été présenté à la Commission en juin 2021 et une version actualisée a été fournie le 25 octobre 2023.

(77)

ČEZ a commencé à acquérir les terrains nécessaires au projet dès avril 2008. En février 2024, EDU II possédait les terrains nécessaires au projet et tous les soumissionnaires (de l’appel d’offres EPC) étaient informés de l’espace disponible.

(78)

Le projet a dû faire l’objet d’une évaluation des incidences sur l’environnement (ci-après l’«EIE») afin de déterminer, de décrire et d’évaluer de manière exhaustive les incidences prévisibles sur l’environnement et la santé publique. Ce processus a débuté au début de l’année 2016 et a comporté des consultations internationales et des discussions publiques en 2018. L’EIE a été suivie d’une évaluation indépendante positive et, en août 2019, le ministère de l’environnement a publié une déclaration contraignante positive sur l’EIE relative au projet (35), une étape nécessaire au lancement du processus d’autorisation du projet.

(79)

En mars 2020, ČEZ et EDU II ont entamé le processus d’évaluation du site choisi pour une installation nucléaire sous l’angle de la sûreté nucléaire, de la radioprotection, de la sûreté technique, de la situation radiologique, de la surveillance, de la gestion des événements radiologiques extraordinaires et de la sécurité tout au long de la durée de vie d’une installation nucléaire. En mars 2021, EDU II a obtenu une autorisation d’implantation d’installation nucléaire, qui est la première autorisation requise pour la construction d'une nouvelle unité nucléaire. La Tchéquie déclare que toutes les autorisations et tous les permis essentiels nécessaires pour faciliter la progression en temps utile du projet ont été obtenus.

3.5. Caractéristiques techniques

(80)

Le projet vise à construire un réacteur à eau pressurisée (ci-après «REP») de génération III+. Une fourchette comprise entre 850 MW et 1 200 MW est considérée comme offrant des solutions techniques suffisantes pour la sélection du fournisseur de technologie. Les autorités tchèques expliquent que les partenaires technologiques et chargés de la mise en œuvre du projet seront sélectionnés dans le cadre d’une procédure d’appel d’offres concurrentielle et transparente.

(81)

Les autorités tchèques ont également expliqué que le projet satisferait aux critères d’examen technique énoncés à la section 4.27 de l’acte délégué adopté en vertu du règlement sur la taxinomie (36). Le 11 janvier 2023, la Tchéquie a adopté la résolution gouvernementale no 24/2023 (37) énonçant l’obligation qui lui incombe de satisfaire aux critères d’examen technique relatifs à la gestion des déchets radioactifs découlant du règlement sur la taxinomie. Plus précisément, cette résolution exige le respect des sections 4.26, 4.27 et 4.28 de l’annexe I du règlement sur la taxinomie, y compris de l’obligation de disposer d’un plan documenté indiquant en détail les étapes permettant de disposer, d’ici 2050, d’une installation de stockage de déchets radioactifs de haute activité et d’utiliser du combustible résistant aux accidents à partir de 2025. Conformément à cette résolution, le ministre de l’industrie et du commerce doit soumettre au gouvernement tchèque, au plus tard le 31 décembre 2024, une proposition de mise à jour de la politique nationale de gestion des déchets radioactifs et du combustible nucléaire usé, incluant la date limite pour la sélection du site final et des sites de secours pour la future installation de stockage profond.

(82)

Les autorités tchèques expliquent par ailleurs que, conformément au règlement sur la taxinomie, il y aura, à la fin de la durée de vie utile estimée de la centrale nucléaire, des ressources disponibles correspondant au coût estimé de la gestion des déchets radioactifs et du déclassement, comme en atteste l’inclusion de coûts de déclassement et de traitement de déchets nucléaires dans le modèle financier du projet (voir section 3.6.6).

3.6. Mesure 1: accord d’achat (AA)

3.6.1. Principaux éléments de l’AA

(83)

La première mesure est constituée de l’AA conclu entre l’État, en tant qu’acheteur de la production, et EDU II, en tant que fournisseur, offrant un soutien au revenu pendant les 40 premières années d’exploitation de la centrale nucléaire. Le bénéficiaire est EDU II, une filiale à 100 % du groupe ČEZ (voir section 3.2), et la contrepartie de l’accord sera l’entité ad hoc entièrement détenue par l’État tchèque (voir section 3.2.2).

(84)

La Tchéquie avait initialement notifié une durée contractuelle de 60 ans, à un prix fixe estimé entre 50 et 60 EUR/MWh, incitant la centrale électrique à maximiser sa production.

(85)

Afin de répondre aux doutes soulevés par la Commission dans la décision d’ouverture, la Tchéquie a remplacé la mesure décrite au considérant 84 ci-dessus par l’AA comportant une formule de rémunération, qui, selon la Tchéquie, a des effets similaires à ceux d’un contrat d’écart compensatoire bidirectionnel (38), lequel inclut, outre une garantie de recettes, une limitation à la hausse des recettes que le bénéficiaire tire du marché. La Tchéquie a expliqué que la mesure de soutien modifiée incitera dûment EDU II à fonctionner et à participer efficacement aux marchés de l’électricité en optimisant sa production en fonction des signaux du marché dans les limites techniques inhérentes à la centrale.

(86)

Selon la liste des conditions de l’AA, l’entité ad hoc achètera la totalité de l’électricité produite et exportée vers le réseau par EDU II (ci-après le «volume de production») pendant une période de 40 ans (ci-après la «période d’achat de la production») à compter du début des activités (39).EDU II sera tenue, pendant la période d’achat de la production fixée dans l’AA, de vendre la totalité de son volume de production exclusivement à l’entité ad hoc et recevra des paiements sur la base de la «formule de rémunération» de l’AA (voir considérant 88 ci-dessous).

(87)

Tous les droits d’appel appartiennent à EDU II. Si l’entité ad hoc omet d’acheter tout ou partie du volume de production, EDU II vendra, dans ces circonstances exceptionnelles, l’électricité en tant que preneur de prix sur le marché au comptant. Selon la Tchéquie, l’objectif est de garantir la capacité de continuer à produire de l’électricité jusqu’à ce que la situation soit résolue. Les raisons peuvent être d’ordre juridique (perte de l’autorisation de commercialisation), financier (insolvabilité, incapacité à honorer ses obligations, non-respect des conditions financières pour le règlement des écarts) ou technique (perte d’accès aux marchés pour l’entité ad hoc). Dans de telles circonstances, la centrale électrique est toujours en activité et l’électricité doit être mise sur le marché. L’entité ad hoc paie à EDU II une compensation afin de couvrir tout manque à gagner par rapport aux recettes qu’EDU II aurait réalisées si l’entité ad hoc avait respecté son obligation d’achat de la production. La Tchéquie s’est engagée à ce que, dans ce cas, EDU II vende toute l’électricité produite sur le marché au comptant (marché journalier ou infrajournalier basé sur les échanges) en tant que preneur de prix (sans fixer, dès lors, de prix minimal pour l’électricité). Les autorités tchèques ont fait valoir que, dans une telle situation, EDU II ne peut ni sélectionner un acheteur spécifique (étant donné que la vente a lieu sur une bourse anonyme), ni déterminer le prix ou les conditions de vente (étant donné que les produits standard sont vendus au prix marginal sur la bourse). Les autorités tchèques font valoir que, dans un tel cas, le ministère, en tant qu’entité responsable de la désignation de l’entité ad hoc, prendra les mesures nécessaires pour rétablir la capacité de l’entité ad hoc à remplir ses obligations d’achat de la production. Conformément à la loi bas carbone, l’entité ad hoc ou le ministère informera l’ANR de tout événement de ce type.

(88)

La formule de rémunération de l’AA calcule les montants que l’entité ad hoc doit verser à EDU II ou inversement. Cette formule se compose de deux éléments: 1) un règlement ex-post et 2) l’exposition au marché. Elle a été conçue sur la base de la formule de référence suivante,

Image 3

qui comprend certains ajustements applicables à l’élément relatif au règlement ex-post, en fonction des circonstances du marché et du coût d’exploitation de la centrale; plus spécifiquement, la formule de rémunération de l’AA est définie comme suit:

Formula
Formula

où:

—

(R) est la rémunération,

—

(p h ) est le prix de marché défini comme étant le prix horaire du marché à un jour sur la bourse tchèque de l’électricité (PXE) (40),

—

(q h ) est le volume de production d’EDU II sur une heure donnée,

—

(q) est le volume de production d’EDU II cumulé sur la période de règlement (c’est-à-dire la période prise en considération pour fixer le prix de référence du marché, à savoir un an),

—

(f) est le prix d’exercice (voir section 3.6.2),

—

(p’) est le prix de référence du marché défini comme étant la moyenne simple ex post des prix du marché (p h ) au cours de l’année se terminant par la date à laquelle le prix de référence du marché est calculé,

—

(k) est la quantité de référence définie ex ante comme étant le volume de production supposé au cours de la période de règlement,

—

(c) est le coût d’exploitation variable de la centrale électrique,

—

(α), ou alpha, est défini comme étant le quotient du prix d’exercice et du coût d’exploitation (α=f/c). Alpha est défini au moment où le règlement ex-post payable à EDU II est calculé sur la base des valeurs applicables de (c) et (f).

(89)

Les autorités tchèques ont expliqué que la première condition de la formule de référence, à savoir le règlement ex-post, assurera la stabilité des recettes du bénéficiaire indépendamment des conditions moyennes du marché, tout en garantissant à l’État l’absence de surcompensation (41). Le règlement ex-post sera calculé pour la période de règlement (période prise en considération pour fixer le prix de référence du marché, à savoir un an) sur la base des valeurs réelles du prix de référence du marché, d’alpha et d’autres paramètres applicables, et sera payable deux mois après la fin de chaque période de règlement. Le principe général de la formule de référence est que lorsque le prix de référence du marché (p’) est inférieur au prix d’exercice (f), la centrale électrique recevra la différence entre le prix d’exercice (f) et le prix de référence du marché (p’) pour la quantité de référence (k); à l’inverse, lorsque le prix de référence du marché (p’) est supérieur au prix d’exercice (f), la centrale sera tenue de rembourser la différence pour la quantité de référence(k).

(90)

Par rapport à la formule de référence, la formule de rémunération de l’AA inclut certains ajustements de l’élément relatif au règlement ex-post, en fonction de la situation sur le marché (p’) et du coût d’exploitation unitaire variable (c) de la centrale, tel que défini au considérant 88. En particulier, lorsque le prix de référence du marché (p’) est supérieur au coût d’exploitation variable de la centrale (c) pendant la période de règlement, l’élément relatif au règlement ex-post sera ajusté de manière à limiter l’ampleur du montant à récupérer, afin d’éviter des pertes d’exploitation en cas d’indisponibilité imprévue lorsque les prix sont élevés. Par exemple, si le prix de référence du marché est supérieur aux coûts d’exploitation variables (c) et au prix d’exercice (f), EDU II remboursera la différence entre le prix de référence du marché (p’) et le prix d’exercice (f) pour la quantité de référence (k) la plus faible et le volume de production (q). Lorsque le prix de référence du marché (p’) est égal ou inférieur au coût d’exploitation variable de la centrale (c), la valeur du règlement ex-post sera plafonnée à la différence entre le prix d’exercice (f) et les coûts d’exploitation variables (c) multipliée par la quantité de référence (k), le but étant de fournir une garantie contre une rémunération excessive lorsque les prix sont bas.

(91)

La deuxième condition de la formule de référence, à savoir l’exposition au marché, vise à inciter EDU II à optimiser son fonctionnement tout au long de l’année sur la base des signaux de prix sur le marché horaire à un jour (p h ). À la fin de chaque mois, EDU II recevra les paiements correspondants de l’entité ad hoc, calculés sur la base de la somme de son volume de production horaire réel multiplié par les prix de marché réels pour chaque heure du mois en question, soit

Formula

.

(92)

En vertu de l’AA, EDU II est libre de décider de sa production et n’est pas tenue de maintenir un niveau minimal de production prédéterminé. Toute l’électricité produite par EDU II sera achetée par l’entité ad hoc qui la vendra sur le marché, sur la base d’une stratégie de vente qui respectera certains engagements (voir section 3.6.4). Tout écart entre le prix obtenu sur le marché par l’entité ad hoc et le prix de marché payé à EDU II est supporté par l’entité ad hoc.

(93)

La Tchéquie a indiqué que l’AA serait conclu à un stade ultérieur, après la sélection du contractant EPC et des partenaires chargés de la mise en œuvre. L’AA sera conclu et signé conformément aux clauses du contrat EPC. L’entité ad hoc sera créée ultérieurement et avant la mise en service de la centrale électrique nouvellement construite, en tant que contrepartie contractuelle mentionnée dans l’AA.

3.6.2. Fixation du prix d’exercice pour l’AA

(94)

Les autorités tchèques ont expliqué que l’AA déterminera le prix d’exercice initial calculé sur la base du modèle financier (ci-après le «modèle financier») présenté par la Tchéquie (42) de manière à permettre à l’investisseur d’obtenir un rendement des capitaux propres cible [ci-après le «taux de rendement interne des capitaux propres» («TRI» ou «RCP»)] de [9-11] % (financement nominal, après impôts et avant commercialisation) sur la durée de vie utile prévue du projet (coûts de déclassement inclus). La valeur du prix d’exercice sur la base des hypothèses du modèle financier présenté à la Commission le 15 mars 2024 est de [65-80] EUR/MWh (43), et la valeur de la quantité de référence correspond à [75-100] % de la capacité nette. La valeur du prix d’exercice peut varier de manière très significative en fonction des différents paramètres d’entrée décrits ci-dessous dans la présente sous-section. Si, par exemple, les coûts de construction prévus après la conclusion du contrat EPC s’avéraient nettement plus élevés que dans les hypothèses initiales, et dans la mesure où cette augmentation des coûts serait due à des motifs légitimes (expliqués au considérant 104 ci-dessous), cela entraînerait une augmentation significative du prix d’exercice. La Tchéquie a soumis à la Commission 35 différents scénarios au total, représentant différentes hypothèses envisageables concernant l’évolution des coûts et des recettes et aboutissant à des prix d’exercice initiaux allant de [50-80] EUR/MWh (dans le scénario 35, sur la base d’hypothèses de prix de marché élevés de [100-200] EUR/MWh) à [100-125] EUR/MWh (dans le scénario 30, sur la base d’une augmentation des coûts de construction à [17-18] milliards d’EUR).

(95)

Le modèle financier utilisera comme hypothèses d’entrée, y compris en ce qui concerne les anticipations de prix du marché, la disponibilité d’EDU II, les attentes en matière de suivi de charge (44), les coûts de construction, d’exploitation et de déclassement prévus et d’autres hypothèses pertinentes concernant par exemple les dépenses en capital et le financement (y compris le prêt de l’État; voir section 3.7) ainsi que la quantité de référence initiale pour la formule de rémunération de l’AA. La section 3.6.6 détaille ces hypothèses.

(96)

Le modèle financier permet de prévoir le volume de production et de calculer les flux de trésorerie disponibles chaque année depuis la signature de l’AA jusqu’à la fin du déclassement. Le prix d’exercice (qui a une incidence sur les recettes attendues de la centrale électrique, par le biais de l’élément relatif au règlement ex-post) est calculé dans le modèle financier comme étant le montant qui produit une valeur actuelle nette de flux de trésorerie égale à zéro au TRI des fonds propres autorisé.

(97)

La plupart des éléments de coûts et d’autres paramètres d’entrée du modèle (y compris les prévisions de prix de marché) feront l’objet d’une indexation sur l’inflation. Le prix d’exercice de l’AA fera également l’objet d’une indexation sur l’inflation. Un indice défini ou un panier d’indices sera appliqué à tous les éléments de coût pertinents et à d’autres paramètres d’entrée du modèle. Certains éléments de coûts ne seront pas indexés car ils sont déterminés par la législation ou l’AFR(c’est notamment le cas des intérêts de l’AFR, des coûts de déclassement, de l’exécution des obligations relatives au compte «sûreté nucléaire» et des provisions techniques minimales). Les prévisions de prix de marché seront indexées sur la base de l’IPC tchèque (45). Pour les coûts de construction et d’exploitation, un panier d’indices publiés sera utilisé pour déterminer l’indexation. Ce panier est fondé sur une pondération de quatre indices en Tchéquie, à savoir le PPI (46), l’IPC tchèque, le PPI de l’UE (47) et les salaires en Tchéquie (48), comme suit:

a)

les coûts de construction seront indexés de la manière suivante: PPI tchèque ([30-50] %), IPC tchèque ([0-10] %), PPI de l’UE ([30-50] %), salaires en Tchéquie ([10-30] %);

b)

les coûts d’exploitation seront indexés de la manière suivante: PPI tchèque ([30-50] %), IPC tchèque ([10-30] %), PPI de l’UE ([0-10] %), salaires en Tchéquie ([30-50] %).

(98)

Le mécanisme d’indexation du prix d’exercice sera basé sur les indices et pondérations susmentionnés selon que le projet se trouve en phase de construction ou d’exploitation (autrement dit, le prix d’exercice sera ajusté au regard du panier d’indices relatifs à la construction pendant la construction et au regard du panier d’indices relatifs à l’exploitation pendant l’exploitation). L’AA prévoira un mécanisme d’indexation (assorti d’un indice et d’une méthode d’application pertinents) en vertu duquel le prix d’exercice précédemment applicable sera revu à la hausse sur une base annuelle. L’hypothèse d’inflation utilisée pour le mécanisme d’indexation sera actualisée dans le cadre des évaluations de la surcompensation effectuées tous les cinq ans (voir section 3.6.7).

(99)

À titre d’exemple, si l’on prend pour hypothèse un taux d’inflation de 2 %, en chiffres nominaux, un prix d’exercice de [60-80] EUR/MWh en 2020 donnerait lieu (sans tenir compte d’éventuelles modifications des paramètres d’entrée lors des réexamens réguliers) à un prix d’exercice nominal de [90-110] EUR/MWh en 2036, de [130-170] EUR/MWh en 2056 et de [200-250] EUR/MWh en 2076. Les autorités tchèques soutiennent que cette approche vise à assurer l’équité intergénérationnelle, afin d’éviter des prix d’exercice excessivement élevés en début d’exploitation et (compte tenu de l’inflation générale) des prix d’exercice excessivement bas vers la fin de la période de l’AA. Elles font valoir que si les valeurs d’entrée pour le calcul du prix d’exercice tiennent également compte de l’inflation, cela n’entraîne pas une double indexation, étant donné qu’en l’absence d’indexation distincte du prix d’exercice, le prix d’exercice de départ devrait être considérablement plus élevé. Sur la base de l’exemple ci-dessus, elles soutiennent que le prix d’exercice alternatif non indexé dans le scénario de base serait de [100-150] EUR/MWh pendant la durée de l’AA.

(100)

Les autres coûts sont indexés comme suit: les coûts de développement et de construction sont indexés sur la base de l’indice de construction décrit ci-dessus. Les coûts d’exploitation et de déclassement sont indexés sur la base de l’indice des coûts d’exploitation décrit ci-dessus.

(101)

Le prix d’exercice et la quantité de référence seront fixés sur la base des paramètres disponibles après la signature du contrat EPC, notamment en ce qui concerne le coût de construction, et ne seront réexaminés que lors 1) du réexamen périodique des paramètres de la formule de rémunération de l’AA (voir considérant 102) et 2) de la réalisation d’ajustements du prix d’exercice comme convenu dans l’AA (voir considérant 104).

(102)

Premièrement, le réexamen périodique des paramètres de la formule de rémunération de l’AA aura lieu une fois tous les cinq ans, le premier réexamen étant prévu avant le début des opérations ou à la demande écrite de l’une ou l’autre des parties contractantes. Le réexamen actualisera (à la hausse ou à la baisse, selon le cas) les valeurs de certains paramètres de la formule de rémunération de l’AA, à savoir (c), (k), (f) et (

Formula

), ainsi que certaines hypothèses du modèle financier, concernant par exemple les dépenses d’exploitation, les indices d’inflation ou les hypothèses de suivi de la charge. Le prix d’exercice et la quantité de référence seront recalculés dans le modèle financier sur la base des hypothèses actualisées afin d’atteindre le TRI des fonds propres autorisé pour l’investisseur. Le réexamen sera supervisé par un tiers indépendant, qui devrait être l’Office de régulation de l’énergie tchèque.

(103)

Les projets de documents contractuels fournis par la Tchéquie envisagent également la possibilité d’une révision des définitions des paramètres utilisés dans la formule de rémunération. Toutefois, toute modification de ces définitions doit être notifiée à la Commission avant d’être réalisée.

(104)

Deuxièmement, le prix d’exercice peut être ajusté conformément à l’AA en cas d’événement entraînant une augmentation des dépenses d’investissement/dépenses d’exploitation, une perte de recettes du projet ou toute autre incidence négative sur le projet, désignée par «motif légitime» dans l’AA. Ce dernier comprendra une liste exhaustive des motifs légitimes (49). Si un motif légitime se produit, les valeurs de certains paramètres de la formule de rémunération de l’AA, à savoir (c), (k), (f) et (α), ainsi que les paramètres d’entrée du modèle financier seront réexaminés et actualisés afin d’atténuer les effets du motif légitime pour EDU II. Ces ajustements du prix d’exercice sont destinés à permettre à EDU II d’atteindre, tout au plus, le TRI des fonds propres autorisé qu’elle aurait atteint en l’absence du motif légitime. Cela signifie que lorsque d’autres changements ne relevant pas de motifs légitimes se produisent et entraînent une réduction du TRI, les effets des motifs légitimes ne permettent pas de compenser les effets de ces autres changements et le TRI des fonds propres à atteindre est inférieur au TRI des fonds propres autorisé de [9-11] %.

(105)

En cas de survenance d’un motif légitime, au lieu d’un ajustement du prix d’exercice, EDU II et l’État peuvent convenir qu’EDU II recevra une indemnisation sous la forme d’une somme forfaitaire (ou en plusieurs tranches) payable dans un délai convenu à compter de la survenance du motif légitime en question.

(106)

Les autorités tchèques ont en outre expliqué que les motifs légitimes s’appliquaient à condition qu’EDU II se trouve dans l’impossibilité de remédier aux incidences négatives en faisant preuve de la «diligence requise».

3.6.3. Financement de l’accord d’achat et utilisation des recettes de l’accord d’achat de la production

(107)

Conformément à l’article 9 de la LBC, le financement de l’aide en faveur de l’énergie nucléaire sera couvert par le ministère au moyen de ressources provenant: i) des recettes des ventes d’électricité de l’entité ad hoc; ii) d’une taxe (50) perçue par les gestionnaires de réseau auprès des consommateurs finaux d’électricité, de manière similaire au financement actuel des SER; et iii) de contributions du budget de l’État.

(108)

La Tchéquie fait valoir que le choix entre faire appel aux contribuables ou aux consommateurs pour d’éventuelles redevances ou remises est une question politique et devrait rester à la discrétion de l’État. Les autorités tchèques ont expliqué qu’elles avaient l’intention d’utiliser tous les flux de recettes décrits à l’article 9 de la LBC. Les fonds affectés au financement de mesures de transition vers le secteur de l’énergie à faible intensité de carbone seront conservés séparément par le ministère ou par l’entité ad hoc sur des comptes spéciaux auprès de banques établies en Tchéquie.

(109)

Les autorités tchèques ont confirmé que si la perception d’une taxe par les gestionnaires de réseau ne suffisait pas à compenser un écart entre les fonds provenant de la taxe et les recettes provenant des ventes d’électricité de l’entité ad hoc, des contributions du budget de l’État tchèque seraient utilisées pour compenser cet écart conformément à l’article 9, paragraphe 1, point d), et à l’article 9, paragraphe 9, de la LBC. En revanche, s’il subsistait un excédent une fois que les coûts de la mesure ont été couverts, cet excédent serait inscrit au budget de l’État.

(110)

Les autorités tchèques ont en outre expliqué que, si une taxe peut contribuer au financement des mesures, celui-ci ne dépendrait pas d’une telle taxe et le budget de l’État couvrirait au besoin les déficits potentiels. En particulier, la Tchéquie s’est engagée à ce que l’État intervienne pour couvrir tout écart entre les fonds levés au titre de la taxe potentielle et le montant d’aide prévu dans le cadre du projet.

(111)

En ce qui concerne les recettes potentielles tirées par l’entité ad hoc des paiements de règlement ex-post, conformément à la loi no 367/2021 relative à des mesures pour la transition de la Tchéquie vers un secteur de l’énergie bas carbone, ces recettes seront utilisées i) principalement pour financer les paiements de règlement versés au bénéficiaire à l’avenir et ii) à titre secondaire, pour financer les sources d’énergie renouvelables conformément à la loi no 165/2012 Coll. relative aux sources d’énergie produite à partir de sources d’énergie encouragées (d’une manière non discriminatoire, en réduisant le montant à financer au moyen de la composante réglementée du prix de l’électricité) ou elles seront restituées au budget de l’État.

3.6.4. Les engagements commerciaux en matière d’électricité

(112)

La Tchéquie s’est engagée à faire en sorte qu’au moins 70 % de la production totale d’électricité d’EDU II soit vendue sur les marchés à un jour, infrajournalier et à terme pendant toute la durée de vie de la centrale. Cet engagement s’applique donc à l’entité ad hoc pendant toute la durée de l’AA et au bénéficiaire (EDU II) par la suite, ainsi qu’à toute entité à laquelle l’entité ad hoc ou EDU II pourrait déléguer leurs activités commerciales (toute référence faite à l’entité ad hoc/à EDU II dans la présente section 3.6.4 englobe toute entité à laquelle les activités commerciales ont été déléguées).

(113)

En principe, l’entité ad hoc/EDU II (51) négociera sur les marchés journalier et infrajournalier de la bourse d’échange à court terme organisée par l’opérateur du marché de l’électricité tchèque (OTE) et sur les marchés à terme de la bourse tchèque de l’électricité (PXE) et, uniquement à titre exceptionnel et sous réserve de l’accord préalable des services de la Commission, sur d’autres bourses d’échange.

(114)

L’entité ad hoc/EDU II vendra le reste de la production totale d’électricité d’EDU II (soit au maximum 30 %) à des conditions objectives, transparentes et non discriminatoires au moyen d’enchères. L’ensemble de règles et/ou le cadre applicable à ces enchères doit être réexaminé et approuvé à l’avance par le régulateur tchèque de l’énergie conformément aux obligations et compétences du régulateur au titre de la loi tchèque sur l’énergie. L’entité ad hoc/EDU II doit notifier toute enchère au régulateur tchèque de l’énergie au plus tard un jour avant son annonce publique.

(115)

La Tchéquie s’engage à veiller à ce que les enchères d’énergie nucléaire soient ouvertes, claires, transparentes et non discriminatoires et fondées sur des critères objectifs, définis ex ante et réduisant le risque de soumission d’offres stratégiques. Les enchères sont menées sur une plateforme largement disponible afin d’en assurer l’accessibilité, tout en éliminant les obstacles géographiques et en permettant une vaste participation d’un large éventail d’acteurs du marché. Cette plateforme est conçue de manière à simplifier le processus d’enchères et à en accroître la facilité d’utilisation pour tous les participants tout en garantissant la confidentialité et l’intégrité des données d’enchères. La plateforme respecte les exigences réglementaires et les normes applicables régissant les marchés de l’électricité, y compris les règles relatives à l’organisation du marché, à son fonctionnement, à sa transparence et à la concurrence équitable. La participation aux enchères est accessible de la même manière et aux mêmes conditions à tous les négociants agréés ou enregistrés. Aucune restriction n’est imposée sur l’utilisation finale de l’électricité vendue au moyen d’enchères. Les critères applicables aux enchères sont publiés suffisamment longtemps avant la date limite de soumission des offres, le nombre attendu de soumissionnaires devrait être suffisant pour permettre une concurrence effective et le volume d’électricité vendu lors des enchères est contraignant. Il convient d’éviter d’effectuer des ajustements ex post du résultat de la procédure d’enchères. Le régulateur tchèque de l’énergie surveille le processus d’enchères et supervise le respect des règles d’enchères approuvées. Il rend également compte de tout manquement à la Commission européenne.

(116)

La Tchéquie a expliqué que les paramètres envisagés pour les futures enchères d’énergie nucléaire comprendront des lots d’un volume estimé entre 1 et 10 MW et une durée des contrats d’un an, d’un trimestre ou d’une durée plus courte. Les enchères seront organisées selon la procédure du «prix d’offre» («pay-as-bid»), avec un prix minimum prédéfini qui sera annoncé au plus tôt un à deux jours avant la clôture de l’enchère. Les enchères seront par ailleurs organisées sur une base trimestrielle ou annuelle, avec des règles transparentes prévoyant une période d’annonce de 30 jours avant le début de l’enchère. Enfin, la durée des enchères ne dépassera pas une période de sept jours civils et les résultats seront annoncés dans le courant de la semaine suivante. Ces dispositions s’appliquent à la fois aux enchères organisées pendant la période de l’AA et à celles organisées après cette période.

(117)

Dans des circonstances exceptionnelles, l’entité ad hoc/EDU II peut s’écarter des règles d’échange décrites ci-dessus. Dès lors, si le facteur d’attrition (52) pour la bourse d’échange sur laquelle l’entité ad hoc/EDU II est tenue de vendre au moins 70 % de la production totale d’électricité d’EDU II est inférieur à 40 % (ci-après le «seuil») pendant une période de 30 jours consécutifs, l’entité ad hoc/EDU II aura le droit de vendre jusqu’à 50 % de la production totale d’électricité d’EDU II au moyen d’enchères respectant les conditions spécifiées dans la présente section le 31e jour suivant la date à laquelle le régulateur tchèque de l’énergie a établi que le facteur d’attrition était passé sous le seuil. Pour éviter toute ambiguïté, dans ces circonstances, la Tchéquie s’engage à ce qu’au moins 50 % de la production totale d’électricité d’EDU II soit vendue sur les bourses d’échange conformément au considérant 113.

(118)

La Tchéquie informe les services de la Commission dans les meilleurs délais lorsque le facteur d’attrition passe sous le seuil et lorsque l’entité ad hoc/EDU II a l’intention de vendre jusqu’à 50 % de la production totale d’électricité d’EDU II au moyen d’enchères.

(119)

Si l’entité ad hoc fait usage de cette exception pour vendre jusqu’à 50 % de la production totale d’électricité d’EDU II au moyen d’enchères au cours d’une année civile, la République tchèque soumet à la Commission un rapport annuel de suivi concernant cette exception, en précisant ses raisons et sa durée.

3.6.5. Taux de Rendement

(120)

La Tchéquie avait initialement notifié (53) un TRI des fonds propres cible (ou TRI des fonds propres autorisé) de [9-11] % (54), justifié par une estimation effectuée au moyen du modèle d’évaluation des actifs financiers (MEDAF) pour le RCP requis comprise entre […] % et […] %. Ces chiffres étaient fondés sur les données du marché et des pairs à l’époque des faits et comprenaient une prime pour construction et exploitation d’une centrale nucléaire destinée à tenir compte des risques spécifiquement liés aux centrales nucléaires.

(121)

Dans la décision d’ouverture (55), la Commission a exprimé des doutes quant au fait que les hypothèses utilisées pour estimer le RCP requis reflétaient correctement l’exposition au risque de l’investisseur. En particulier, la Commission avait des doutes quant à la prime pour construction et exploitation d’une centrale nucléaire, compte tenu de l’exposition réduite au risque du bénéficiaire.

(122)

Afin de répondre aux doutes soulevés par la Commission dans la décision d’ouverture, la Tchéquie a présenté plusieurs communications et a actualisé le RCP sur la base:

a)

des dernières données du marché: la Tchéquie a ainsi actualisé le taux sans risque, la prime de risque de marché et les hypothèses relatives au bêta; et

b)

de l’exposition du projet au risque: afin de tenir compte de la protection des revenus et des autres mesures de soutien du gouvernement prises comme hypothèses dans la structure contractuelle et commerciale du projet, la prime pour projet majeur autonome (auparavant appelée «prime pour construction et exploitation d’une centrale nucléaire») de 3 % à 3,5 % a été supprimée du calcul du RCP effectué par la Tchéquie.

(123)

La Tchéquie affirme que le RCP modifié, ou «capitaux propres cibles», de [9-11] % sur l’ensemble de la durée de vie du projet fournira une rémunération appropriée aux actionnaires d’EDU II.

(124)

La Tchéquie a présenté de nombreux documents à l’appui de son point de vue. Le gouvernement tchèque a également présenté un modèle financier. La version finale de ce modèle a été soumise à la Commission le 15 mars 2024.

(125)

La décision d’ouverture présente une évaluation de la position de la Tchéquie sur chacune des questions clés telle qu’elle figure dans ses communications jusqu’à la date de la décision d’ouverture (56). Le reste de la présente section donne un aperçu de la position de la Tchéquie sur les questions clés soulevées à la suite de la publication de la décision d’ouverture, en ce qui concerne l’estimation du RCP, du coût de la dette et du CMPC ainsi que du TRI des fonds propres et du projet.

3.6.5.1. Rendement obtenu par les détenteurs de fonds propres

(126)

Le modèle financier décrit à la section 3.6.2 vise à estimer le prix d’exercice de l’AA nécessaire pour atteindre le RCP cible de [9-11] %.

(127)

Les autorités tchèques ont expliqué qu’elles avaient évalué le RCP requis conformément aux pratiques de marché admises. En particulier, la Tchéquie a effectué une analyse dite «ascendante» fondée sur le MEDAF et l’a comparée à d’autres projets et investissements présentant un profil de risque similaire.

(128)

La formule du MEDAF classique est la suivante:

Formula

où:

1)

RfR est le taux sans risque, c’est-à-dire le rendement attendu d’un investissement dans des actifs sans risque;

2)

R m est le rendement attendu du marché, qui comprend une «prime de risque-pays» afin de refléter le risque lié à l’investissement dans un pays donné;

3)

(

Formula

) est la prime de risque de marché (PRM); et

4)

β (ou bêta avec effet de levier) est une mesure du risque idiosyncratique, non diversifiable, du projet (57).

(129)

Les autorités tchèques ont estimé que le RCP du marché pour un projet similaire à Dukovany se situait entre [...] % et [...] % avec l’inclusion d’une prime de risque majeur autonome (58) et entre [...] % et [...] % sans tenir compte de cette prime. Ces chiffres et leurs hypothèses sous-jacentes sont présentés dans le tableau 2 et expliqués ci-dessous.

Tableau 2

Estimation du RCP par la Tchéquie

Coût des fonds propres

Taux sans risque contemporain

Moyennes historiques à long terme du taux sans risque

Valeur basse

Valeur haute

Valeur basse

Valeur haute

Taux sans risque

[…] %

[…] %

[…] %

[…] %

PRM

[…] %

[…] %

[…] %

[…] %

Bêta sans effet de levier

[...]

[...]

[...]

[...]

Taux d’endettement

[…] %

[…] %

[…] %

[…] %

RCP

[…] %

[…] %

[…] %

[…] %

Bêta de l’endettement

[...]

[...]

[...]

[...]

RCP — avec bêta de l’endettement

[…] %

[…] %

[…] %

[...] %

PRMA

3,0 %

3,5 %

3,0 %

3,5 %

RCP — avec PRMA

[…] %

[…] %

[…] %

[…] %

Source:

Autorités tchèques

(130)

Pour le taux sans risque (59), les autorités tchèques ont utilisé les moyennes à 2 et 20 ans d’obligations d’État de la zone euro et d’obligations d’État allemandes à 30 ans, ainsi que d’obligations de sociétés européennes notées AAA à plus de 10 ans (60). La Tchéquie indique avoir pris en considération des données moyennes contemporaines et à long terme afin de garantir la solidité de l’analyse, car cela donne une indication de ce qu’est le taux sans risque tant à court qu’à long terme (61). À la suite de ce choix, les autorités tchèques ont conçu deux scénarios, l’un prenant en considération les données contemporaines et l’autre les moyennes du taux sans risque à plus long terme. La Tchéquie indique en outre que vu qu’elle a choisi des obligations allemandes et de la zone euro pour comparer le taux sans risque, des ajustements doivent être effectués afin de traduire ce taux sans risque en un taux sans risque pour la République tchèque; concrètement, une prime doit être ajoutée (62). Cette prime est égale à la prime de risque-pays moyenne de la Tchéquie sur deux ans (63). Cette analyse débouche sur un taux sans risque compris entre [2 et 5] %.

(131)

Pour la PRM, la Tchéquie a pris comme hypothèse une fourchette comprise entre [5 et 7] % (64). La valeur de [...] % est la moyenne de l’approche de Damodaran fondée sur les CDS ([…] %) et de l’approche fondée sur la notation de crédit ([…] %) (65). La valeur de […] % est la moyenne: a) des […] % du professeur Damodaran; et b) de la dernière enquête du professeur Fernandez sur la PRM, publiée en juin 2022, qui indique une PRM moyenne et médiane de respectivement […] % et […] % (66).

(132)

Pour l’estimation du bêta (67), la Tchéquie a tenu compte des bêtas d’un ensemble de sociétés comparables. Pour cet ensemble, la Tchéquie a tenu compte d’un certain nombre d’entreprises de service public européennes cotées en bourse, en affinant la liste de manière à tenir compte principalement des bêtas d’entreprises dont le portefeuille comporte des activités dans le domaine de l’énergie nucléaire (68). Cette analyse aboutit à un bêta sans effet de levier de […] (69). La Tchéquie explique que, bien que ces entreprises soient les plus indiquées pour une comparaison avec EDU II, elles ne fournissent qu’une estimation indicative du bêta d’un projet uniquement basé sur la production d’énergie nucléaire et que cette fourchette de bêtas est de nature prudente. En particulier, la Tchéquie explique que bon nombre de ces entreprises comparables cotées en bourse exercent plusieurs autres activités commerciales en dehors de leurs activités nucléaires. À ce titre, la Tchéquie indique de surcroît que, étant donné que certaines données reflètent le risque associé aux actifs de transport et de distribution réglementés (plutôt que le risque strictement associé à une centrale nucléaire), les données doivent être interprétées en faisant preuve de discernement. La Tchéquie fait donc valoir qu’il est probable que le bêta d’une centrale nucléaire en République tchèque soit plus proche de l’extrémité supérieure de la fourchette des bêtas des entreprises comparables (70).

(133)

Pour l’estimation du bêta de l’endettement (71), la Tchéquie a jugé approprié de supposer une estimation nulle ainsi qu’une estimation non nulle de […] (72), telle qu’adoptée dans les récentes déterminations réglementaires dans les secteurs de l’eau et de l’énergie au Royaume-Uni (73). Le RCP cible de [9-11] % a été calculé sur la base du bêta de l’endettement de […].

(134)

Pour l’estimation du taux d’endettement (74), la Tchéquie utilise un chiffre de [...] %. Celui-ci reflète le taux d’endettement simple moyen sur la durée de vie de la centrale et le taux d’endettement cible du projet (75). La Tchéquie observe que cette hypothèse est prudente dans la mesure où, d’une part, la structure du capital du projet prévoit 98 % d’endettement et, d’autre part, le «taux d’endettement effectif» du projet se situe entre 67 et 78 % (76).

(135)

Pour la prime de risque majeur autonome, la Tchéquie a fait valoir que les centrales nucléaires étaient de vastes projets autonomes présentant certaines caractéristiques et certains risques uniques par rapport à d’autres projets de production d’électricité, dont il convenait de tenir compte en incluant une PRMA dans le RCP calculé sur la base du MEDAF. L’estimation de 3-3,5 % effectuée par les autorités tchèques tiendrait compte des risques non reflétés par les estimations du bêta des services publics de l’énergie diversifiés (77). Toutefois, compte tenu des importantes mesures d’atténuation des risques introduites dans la structure financière et contractuelle proposée, y compris la protection à long terme du prix d’exercice, la PRMA n’a pas été incluse dans le RCP cible.

(136)

À partir des hypothèses ci-dessus, la Tchéquie établit une fourchette estimée pour le RCP cible comprise entre [...] et [...], ne tenant pas compte de la PRMA. La Tchéquie fait valoir que le RCP cible a été fixé à l’extrémité inférieure de la fourchette pour les raisons suivantes: il est plus proche du point médian de la fourchette de valeurs de référence (voir considérant 137) et le projet présente un solide profil de risque grâce à la protection des revenus et aux autres mesures d’atténuation incluses dans la structure commerciale.

(137)

Pour comparer son analyse, la Tchéquie compare le taux de rendement cible du projet de [9-11] % à celui d’indicateurs, y compris d’autres projets nucléaires, de vastes projets d’infrastructures commerciales, les services publics réglementés tchèques et les YieldCos du Royaume-Uni. Ces résultats sont indiqués dans le tableau ci-dessous (78).

Tableau 3

Valeurs de référence de la Tchéquie (79)

Projet comparable

Levier

(%)

RCP avec effet de levier

(%)

Projet de production nucléaire

Unité C de Hinkley Point (80)

s.o.

11,0 -11,5

Paks II (81)

40,0 -50,0

10,9 -12,5

Grands projets d’infrastructures commerciales

Houille allemande (82)

60,0

11,0

TGCC allemandes (82)

60,0

10,0

Éolien en mer (83)

7,0 -9,0

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Décision (UE) 2019/2010

19/12/2024

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