| CELEX | 52021IE3602 |
| Type | Initiative législative |
| Date | mercredi 18 mai 2022 |
| 26.8.2022 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 323/13 |
Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Le rôle des organisations de la société civile en tant que gardiennes du bien commun dans le cadre de la relance et de la reconstruction des sociétés et des économies de l’Union européenne à l’issue de la pandémie»
(avis d’initiative)
(2022/C 323/03)
| Rapporteur: | Ioannis VARDAKASTANIS |
| Décision de l’assemblée plénière | 28.4.2021 |
| Base juridique | Article 32, paragraphe 2, du règlement intérieur |
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| Avis d’initiative |
| Compétence | Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté» |
| Adoption en section | 3.5.2022 |
| Adoption en session plénière | 18.5.2022 |
| Session plénière no | 569 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 189/1/4 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | La société civile et les partenaires sociaux comblent le fossé entre les décideurs politiques et le quotidien de ceux qu’ils représentent. Le dialogue avec ces parties prenantes offre dès lors aux décideurs politiques un moyen efficace de comprendre les différents besoins des personnes appartenant à divers groupes sociaux. En outre, la société civile encourage la participation de tous à la «démocratie civique» afin d’influer sur les questions qui les concernent. |
| 1.2. | Dans l’UE, la société civile et les partenaires sociaux opèrent à différents niveaux. Certaines organisations agissent au niveau de l’Union, d’autres à l’échelon national ou encore régional ou local. Le champ d’application des travaux à tous les niveaux est complémentaire. En ce qui concerne le travail de sensibilisation, l’orientation de l’Union par rapport aux organisations nationales est souvent déterminée par la manière dont les compétences politiques sont réparties entre le niveau européen et l’échelon national. |
| 1.3. | La société civile travaillant sur le terrain peut également jouer un rôle dans le suivi de la mise en œuvre et de l’impact des nouvelles politiques et initiatives. Toutefois, la société civile ne se contente pas d’influer sur les décisions politiques; son rôle consiste également à fournir de réels services aux personnes qu’elle représente. |
| 1.4. | Au cours de la pandémie de COVID-19 et de la lente reprise de l’Europe à la suite de cette crise, les rôles de la société civile et des partenaires sociaux ont dû s’adapter. Plus que jamais, l’accent a été mis sur la fourniture de services vitaux, la protection des droits de l’homme et le sauvetage de vies, tout en faisant face aux difficultés rencontrées par les organisations pour financer et soutenir leur propre personnel. En outre, lors de la pandémie, un certain nombre de nouvelles initiatives de financement ont été lancées par l’UE, ce qui a nécessité des actions de sensibilisation énergiques pour faire en sorte que les investissements parviennent à ceux qui en avaient le plus besoin. |
| 1.5. | Nous voyons actuellement que la société civile européenne passe de la crise de la COVID-19 à une crise tout autre. De nombreux acteurs de la société civile concentrent désormais leurs efforts sur la lutte contre les répercussions d’une invasion non provoquée de l’Ukraine par les autorités russes. De nombreuses ONG, par exemple, s’appuient aujourd’hui sur les leçons qu’elles ont tirées de la gestion de crise durant la pandémie et les utilisent pour soutenir les réfugiés ukrainiens, collecter des fonds d’urgence et les aider à fuir le bain de sang que subit actuellement leur pays. Leurs efforts portent également sur ceux qui sont, dans le reste de l’UE, les plus exposés au risque de pauvreté en raison de la hausse considérable des prix des carburants et de l’envol de l’inflation. |
| 1.6. | L’inclusion de la société civile dans le processus d’élaboration des politiques est indissociable des valeurs de l’Union, l’article premier du traité sur l’Union européenne disposant que les décisions doivent être «prises dans le plus grand respect possible du principe d’ouverture et le plus près possible des citoyens». Dans l’Union européenne, le dialogue social et le dialogue avec la société civile ne doivent subir aucune forme de répression. Le respect de ces valeurs devrait être une condition préalable pour que les États membres puissent prétendre à un financement européen. |
| 1.7. | L’Union devrait faire preuve d’une tolérance zéro à l’égard des États membres dans lesquels l’espace civique se réduit. Un système dans lequel la voix de la société civile est réduite au silence, en particulier lorsqu’elle émet une critique envers le fonctionnement du gouvernement, met activement à mal la dynamique des décideurs politiques servant les intérêts de leurs citoyens. Au contraire, dans un tel système, les personnes au pouvoir agissent uniquement dans leur propre intérêt. Cette approche constitue une menace pour la démocratie au sein de l’UE et n’a pas sa place parmi les valeurs européennes énoncées dans les critères de Copenhague (1). |
| 1.8. | Pour veiller à ce que les États membres respectent les valeurs de l’Union européenne, il ne suffit pas de s’ouvrir au dialogue avec la société civile; il faut également aider cette dernière à exister, même lorsqu’elle émet des critiques concernant les politiques menées par le gouvernement ou qu’elle s’oppose à lui sur le plan politique. Au sein de l’Union, toutes les organisations de la société civile (OSC) doivent être libres et indépendantes. Les États membres qui n’acceptent le dialogue qu’avec des organisations spécialement sélectionnées et favorables au gouvernement, en se contentant de «cocher des cases», sont aussi coupables de pratiques non démocratiques que les gouvernements qui ne s’engagent pas du tout avec la société civile. |
| 1.9. | Les décideurs politiques devraient garantir une participation significative de la société civile, qui ne soit pas uniquement superficielle. Cela implique de l’associer à toutes les étapes du processus décisionnel. Il convient pour ce faire d’entendre les points de vue de la société civile au cours du processus de conception de toute nouvelle législation, de tout nouveau projet ou de toute nouvelle initiative, et de la consulter régulièrement au fur et à mesure qu’ils prennent forme, sont adoptés puis mis en œuvre. Trop souvent, on demande l’avis de la société civile une fois que la législation ou les projets sont en voie d’achèvement. Cela empêche les décideurs politiques de prendre en compte la moindre proposition et constitue un précédent dans lequel la société civile est simplement appelée à entériner les propositions qui lui sont soumises. |
| 1.10. | Les décideurs politiques à tous les niveaux devraient rendre leurs processus de consultation faciles à trouver et aisément accessibles. Le CESE se félicite du système de consultation publique de la Commission en ce sens qu’il est ouvert à toutes les OSC, ainsi qu’aux particuliers, et du fait que toutes les consultations soient systématiquement publiées sur la même page web (2). En revanche, les consultations au niveau de l’UE peuvent parfois être restrictives en ce qui concerne le type de contributions qu’elles permettent d’apporter. |
| 1.11. | La société civile pourrait aider les décideurs politiques dans des tâches essentielles telles que le suivi. Toutefois, si l’on veut prendre au sérieux le rôle de la société civile dans le suivi de la mise en œuvre des nouvelles politiques et initiatives, l’UE, les autorités nationales et locales devraient soutenir les coûts opérationnels de ces organisations. Cela est d’autant plus important compte tenu des incertitudes concernant le financement des projets en raison de la COVID-19, ainsi que des augmentations des coûts de fonctionnement. Afin que le soutien de la société civile soit le plus efficace et le plus constructif possible, il est essentiel que l’offre de financement pour le développement opérationnel et le renforcement des capacités ne mette pas en cause l’indépendance des OSC. |
| 1.12. | Il existe un certain nombre de mesures que l’UE pourrait prendre pour tirer parti de la contribution de la société civile. Elle pourrait commencer par définir un statut participatif. Elle pourrait également convenir de lignes directrices et de normes communes en matière de droit d’association et de dialogue civil à mettre en œuvre dans tous les processus pertinents, ainsi que de l’adoption d’un accord interinstitutionnel sur le dialogue civil. La reconnaissance et la promotion du rôle des associations et des ONG dans le cadre de l’Union européenne seraient également très bénéfiques pour améliorer le partenariat entre les décideurs politiques et la société civile au niveau de l’UE. |
| 1.13. | Les OSC doivent elles aussi s’acquitter de leur propre lot de responsabilités afin d’agir au nom d’une bonne élaboration des politiques. Tout d’abord, elles devraient être constamment à l’écoute de la réalité des personnes qu’elles représentent et veiller à ce que leurs activités de sensibilisation répondent à leurs besoins. Il est particulièrement important d’encourager la participation des jeunes à la société civile et de garantir l’avenir du mouvement. Il est également essentiel que la société civile soit constructive grâce à sa contribution, et claire dans ses recommandations, afin de contribuer à l’élaboration de nouvelles politiques en servant au mieux les intérêts de ses membres. Les contributions devraient non seulement se concentrer sur ce qui est mal fait, mais aussi suggérer de manière concrète comment apporter des améliorations. |
2. Observations générales
| 2.1. | Dans le présent document, le terme «société civile» fait également référence aux partenaires sociaux, même s’il convient de noter que les partenaires sociaux agissent de manière unique et spécifique dans le domaine de la protection des droits. Les organisations de la société civile (OSC) défendent également les intérêts de groupes qui ne peuvent pas influencer la politique grâce à leur suffrage, tels que les enfants, les personnes handicapées privées de leur droit de vote, ou les migrants et les réfugiés, et encouragent leur engagement en faveur de la démocratie. Le dialogue entre la société civile et les décideurs politiques est donc essentiel pour comprendre les besoins de la société et pour élaborer des réponses politiques efficaces. |
| 2.2. | Des organisations de la société civile indépendantes et informées peuvent apporter une contribution précieuse à l’élaboration des politiques. Elles peuvent également jouer un rôle essentiel dans le suivi de l’efficacité des politiques et initiatives existantes. Toutefois, il est primordial de soutenir le renforcement des capacités. |
| 2.3. | Dans certaines contrées de l’Union européenne, l’espace dévolu à la société civile se réduit considérablement, et les institutions européennes doivent réagir avec fermeté et sans compromis à ces évolutions préoccupantes. L’inclusion de la société civile dans le processus d’élaboration des politiques est indissociable des valeurs de l’UE, l’article premier du traité sur l’Union européenne disposant que les décisions doivent être «prises dans le plus grand respect possible du principe d’ouverture et le plus près possible des citoyens». La société civile ne doit subir aucune forme de répression. |
| 2.4. | La répartition des compétences politiques entre les niveaux européen et national/régional/local a donné lieu à différents niveaux de représentation de la société civile. Certaines organisations de la société civile de l’UE s’occupent spécifiquement des domaines d’action dans lesquels l’UE légifère, tandis que d’autres opèrent au niveau national, régional ou local. |
| 2.5. | Deux des principaux obstacles rencontrés par la société civile à tous les niveaux sont la résistance des décideurs politiques à s’engager dans le dialogue et le manque de participation significative à toutes les étapes du processus décisionnel. Il convient de mettre en place des règles juridiques aux niveaux européen et national afin d’éliminer ce type d’attitudes. |
| 2.6. | Aux niveaux national comme européen, la société civile joue un rôle crucial dans la relance de l’Europe après la pandémie. L’un des domaines dans lesquels les deux niveaux sont coordonnés est celui de la manière dont les États membres de l’UE investissent les fonds provenant de la facilité pour la reprise et la résilience (FRR), qui est susceptible de modifier considérablement la situation de nos sociétés et de nos économies dans les années et les décennies à venir. Toutefois, ce processus a mis en évidence l’engagement insuffisant de nombreux États membres à consulter la société civile de manière pertinente; de nombreuses OSC n’ont pas accès ou sont, au mieux, uniquement associées de manière superficielle à la conception des plans nationaux pour la reprise et la résilience (PNRR). Ce point a été exposé dans une résolution du CESE de février 2021 (3). En outre, cette consultation insuffisante de la société civile a pu être constatée malgré l’obligation de consulter prévue à l’article 18 du règlement (UE) 2021/241 du Parlement européen et du Conseil (4) établissant la facilité pour la reprise et la résilience. |
3. Comment la participation de la société civile peut contribuer à une élaboration plus intelligente des politiques
| 3.1. | À tous les niveaux, les décideurs politiques sont là pour servir les intérêts des citoyens, et non l’inverse. La démocratie ne peut fonctionner correctement que lorsque ceux qui élaborent et mettent en œuvre des lois suivent la situation sur le terrain et comprennent les besoins des personnes qu’ils représentent. L’existence de la société civile, son inclusion active et sa participation significative au processus décisionnel à tous les niveaux sont essentielles pour une gouvernance efficace et intelligente. |
| 3.2. | Les OSC sont chargées de transmettre des messages émanant des personnes qu’elles représentent, de faire entendre les préoccupations des citoyens et de les exprimer par le biais de messages et de recommandations politiques clairs et cohérents. Le dialogue avec la société civile offre donc un moyen efficace aux décideurs politiques de comprendre les différents besoins de personnes appartenant à divers groupes sociaux. Il permet de réduire au minimum le risque de ne pas tenir compte d’une question susceptible de se poser lors de la mise en œuvre des politiques et peut fournir des connaissances et une expertise auxquelles les décideurs politiques n’auraient autrement pas accès. |
| 3.3. | Si les décideurs politiques sont réceptifs aux souhaits des électeurs, l’un des rôles essentiels de la société civile est de représenter les groupes qui ne disposent pas du droit de vote. C’est particulièrement vrai pour les OSC qui défendent les droits des enfants, des personnes handicapées privées de leur droit de vote, des personnes placées sous tutelle, des migrants et des réfugiés qui ne sont pas autorisés à voter dans leur pays de résidence. La société civile est là pour représenter les intérêts de ces groupes dont la voix ne peut être exprimée par le suffrage. Elle encouragent également la participation de tous à la «démocratie civique» afin d’influer sur les questions qui les concernent. Faute d’une société civile forte et de sa capacité à encourager la participation des personnes issues de ces groupes, beaucoup risqueraient d’être encore plus négligés par les décideurs. |
| 3.4. | Les OSC travaillant sur le terrain, en particulier les organisations nationales ou locales, peuvent également jouer un rôle dans le suivi de la mise en œuvre et de l’impact des nouvelles politiques et initiatives. Toutefois, le suivi est une lourde tâche qui requiert souvent des connaissances très techniques. Il est donc essentiel que l’UE et les États membres soutiennent les OSC grâce à un financement et un soutien technique afin de leur permettre de renforcer leurs capacités. En outre, la Commission devrait commencer à élaborer une stratégie de suivi de l’utilisation des fonds de l’UE, tâche qui semble aller au-delà de ce que la Commission est en mesure de gérer seule. Cette stratégie devrait indiquer clairement comment la Commission entend soutenir les partenaires qui travaillent avec elle dans le cadre du suivi des activités. |
4. Rôle de la société civile au niveau de l’UE dans la relance après la pandémie
| 4.1. | La société civile au niveau de l’UE désigne les acteurs qui sensibilisent les institutions européennes et représentent des personnes vivant dans l’ensemble des 27 États membres, et souvent bien au-delà. Ils jouent un rôle essentiel en défendant des intérêts correspondant à l’ensemble des domaines de compétence de l’UE, dès qu’il est nécessaire d’engager un dialogue avec les décideurs politiques au niveau européen. |
| 4.2. | Les initiatives de la société civile de l’UE portent souvent sur les thèmes énumérés ci-dessous. Il s’agit de domaines dans lesquels l’UE peut proposer une législation ou dans lesquels les États membres ne peuvent légiférer au niveau national qu’à condition de respecter la législation européenne en vigueur: l’emploi et les affaires sociales; la cohésion économique, sociale et territoriale; l’agriculture; la pêche; l’environnement; la protection des consommateurs; les transports; les réseaux transeuropéens; l’énergie; la justice et les droits fondamentaux; la migration et les affaires intérieures; la santé publique; la coopération au développement et l’aide humanitaire. Actuellement, la société civile et les partenaires sociaux se concentrent également sur des initiatives politiques au niveau de l’UE, telles que le socle européen des droits sociaux (5) et le pacte vert pour l’Europe (6). |
| 4.3. | De nombreux obstacles subsistent en ce qui concerne les activités de sensibilisation menées par les organisations de la société civile au niveau de l’UE. Comme le souligne le rapport d’information SOC/639 (7) du CESE, contrairement à d’autres organisations internationales, l’UE n’a pas encore créé de statut participatif pour les associations et les ONG européennes. Néanmoins, la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne consacre le droit de réunion et d’association, en particulier sur les questions civiques à tous les niveaux, y compris au niveau européen (8). Dans le contexte de la relance après la pandémie de COVID-19, la société civile de l’UE influence et suit la manière dont les fonds de l’UE sont utilisés pour aider les citoyens à sortir de cette crise. |
| 4.4. | L’utilisation des fonds de l’UE, notamment sous la forme de la facilité pour la reprise et la résilience (9) dotée de 723,8 milliards d’EUR, est susceptible de stimuler la reprise sociale et économique après la crise de la COVID-19. Toutefois, la manière dont l’argent est investi correspond à un choix politique. Alors que les plans nationaux prévoyant l’utilisation de ces fonds sont élaborés par les États membres, c’est à la Commission européenne qu’incombe la responsabilité d’évaluer et d’approuver les plans. La société civile de l’UE s’est efforcée d’alerter la Commission lorsque des propositions de financement dans les plans nationaux pouvaient susciter des craintes. Elle a mis en évidence les problèmes systémiques existants qui ont été révélés et amplifiés par la pandémie, tels que le sous-investissement dans les systèmes de santé publique, de sécurité sociale et d’éducation, et a plaidé pour que la facilité pour la reprise et la résilience s’emploie à résoudre ce problème. |
| 4.5. | Plusieurs plan nationaux pour la reprise et la résilience ont été adaptés à la demande de la Commission; certains ont été rejetés, ou leur l’approbation a été suspendue (10). La société civile a joué un rôle majeur dans la mise en évidence de ces sujets de préoccupation (11). Les fonds de l’UE doivent être destinés aux zones qui ont connu les plus fortes tensions, où on a déploré le plus de victimes et où les droits fondamentaux des citoyens ont subi les violations les plus inquiétantes durant la pandémie. Il s’agira notamment de financer la transition vers l’abandon des structures de soins en institution, en particulier pour les personnes handicapées et les personnes âgées, mais aussi d’améliorer la préparation et la résilience des soins de santé d’urgence afin d’éviter que soit à nouveau mis en place un système de tri en vertu duquel certains groupes de patients ont été refusés dans les hôpitaux. |
| 4.6. | Les fonds de l’UE sont également destinés à soutenir la reprise économique et le retour à l’emploi pour les personnes qui ont perdu leurs moyens de subsistance pendant la pandémie. On estime que, rien que dans l’UE, 6 millions de personnes ont perdu leur travail en raison de la COVID-19 (12). Toutefois, toutes les personnes n’ont pas été touchées de la même manière par la perte d’emploi. Les partenaires sociaux jouent un rôle clé dans l’élaboration des politiques économiques, sociales et du travail qui favorisent le bon fonctionnement des marchés du travail et protègent ainsi les travailleurs, y compris ceux qui sont les plus exposés au risque de perte de revenus, ainsi que les employeurs. La société civile au niveau de l’UE s’est également employée à faire en sorte que les investissements soient dirigés vers ceux qui ont été les plus touchés. La société civile, qui représente les intérêts des femmes, des jeunes, des personnes handicapées et des personnes issues de minorités ethniques, a un rôle particulièrement important à jouer pour veiller à ce que l’argent soit consacré à la reconversion et au soutien de ces groupes. C’est ce que font les OSC en influençant les priorités et les recommandations formulées par la Commission européenne concernant l’utilisation des fonds, l’évaluation par l’UE des plans nationaux et le suivi de la manière dont les fonds sont dépensés dans les États membres, aux côtés des OSC nationales et locales. |
| 4.7. | L’UE se lance par ailleurs dans la création d’une union de la santé qui lui permettra de mieux se préparer aux crises sanitaires futures. L’union de la santé connaîtra un certain nombre de changements concernant la coordination de l’UE dans des domaines tels que la surveillance visant à prévenir les pénuries de médicaments et la constitution de stocks par anticipation, le dépistage et l’approbation de nouveaux médicaments et traitements, et le partage transfrontière d’équipements vitaux en fonction des besoins. Là encore, la société civile de l’UE a un rôle à jouer en veillant à ce que le nouveau plan protège mieux les groupes dont les besoins ont été le moins bien pris en charge par les réponses de l’UE et des États membres à la pandémie. Ces objectifs ont été énoncés dans l’avis SOC/665 (13) du CESE. Il s’agit de veiller à ce que l’Agence européenne des médicaments (EMA) établisse un modèle européen de fixation des prix des médicaments de manière équitable, responsable et transparente. Il s’imposera également de faire pression pour que le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies dispose du mandat et des ressources nécessaires pour lutter contre les inégalités en matière de santé et veiller à ce que les réponses de l’UE en matière de santé ciblent les personnes considérées comme les plus à risque, et de s’assurer que les campagnes de santé et les informations de santé publique de l’UE soient rendues beaucoup plus accessibles et compréhensibles pour tous lors de crises futures. |
| 4.8. | Les crises futures sont susceptibles d’être provoquées non seulement par des virus, mais aussi, voire principalement, par des catastrophes naturelles causées par le changement climatique. L’UE a un rôle essentiel à jouer pour aider les États membres à réduire leurs émissions de CO2, ainsi que pour se préparer à l’aggravation de problèmes que nous avons connus ces dernières années, tels que les inondations et les incendies de forêt, et pour y faire face conjointement. Les ONG environnementales ont donc un rôle à jouer en aidant les décideurs politiques à identifier les domaines qui nécessitent le plus d’investissements et en proposant des solutions pour mieux gérer les catastrophes environnementales d’une manière qui ne laisse personne de côté. |
5. Le rôle de la société civile nationale et locale pour reconstruire en mieux
| 5.1. | Dans le contexte de l’UE, il existe un certain nombre de domaines d’action dans lesquels la défense des intérêts incombe pleinement aux OSC nationales et locales. Comme c’est le cas pour la société civile au niveau de l’UE, tout dépend de la manière dont les compétences sont partagées entre l’UE et les États membres. En coopérant avec la société civile de l’UE, les OSC nationales et locales veillent à ce que tous les domaines politiques soient couverts. |
| 5.2. | Ainsi, les enjeux sur lesquels se concentrent généralement les OSC nationales et locales sont: la santé publique, l’industrie, la culture, l’éducation, la jeunesse et le sport, la protection sociale, la protection de l’environnement, les services sociaux, l’aide juridique aux victimes, l’hébergement des victimes de violences, etc. |
| 5.3. | De nombreux problèmes aggravés par la COVID-19 relevaient la compétence de la société civile nationale, régionale et locale. C’est dans le contexte national que des décisions ont été prises concernant les règles visant à enrayer la propagation du virus, la manière dont les soins de santé d’urgence ont été dispensés, la priorité accordée à la vaccination, la poursuite de l’éducation pour les apprenants de tous âges et la manière protéger les revenus des travailleurs qui ont perdu leur emploi. Leurs activités ont également consisté à lutter contre la désinformation au sujet des vaccins et à mettre en évidence le risque de discrimination et d’augmentation de la pauvreté parmi certains groupes de personnes. |
| 5.4. | C’est peut-être la société civile nationale et locale qui doit jouer le rôle le plus crucial pour aider l’UE à se reconstruire mieux, étant donné qu’elle façonne les politiques nationales et régionales et fournit des services essentiels aux communautés dans les domaines suivants:
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| 5.5. | Le cadre permettant à la société civile de prendre formellement part à l’élaboration des politiques varie d’un État membre à l’autre; certains possèdent des institutions nationales similaires au CESE, mais les compétences qui leur sont accordées varient et évoluent en permanence. La structure du CESE, composée de membres représentant trois groupes, les employeurs, les travailleurs et «Diversité Europe», pourrait être reproduite avec succès aux niveaux national, régional et local. En collaboration avec les travaux menés par la société civile au niveau de l’UE, les OSC nationales ont également contribué à préparer les modalités d’utilisation de la facilité pour la reprise et la résilience dans les États membres. |
| 5.6. | Dans son rapport d’information SOC/639 (14) et dans sa résolution sur la participation de la société civile nationale aux plans nationaux pour la reprise et la résilience (15), le CESE a salué l’accord conclu en décembre 2020 entre le Parlement européen et le Conseil sur le règlement établissant la facilité pour la reprise et la résilience (16), dont l’article 18 souligne la nécessité de faire participer, par la voie de la consultation, les organisations de la société civile à l’élaboration et à la mise en œuvre des plans nationaux pour la reprise et la résilience. |
| 5.6.1. | Toutefois, malgré la référence à l’engagement de la société civile dans le règlement établissant la facilité pour la reprise et la résilience, force est de constater avec ironie que la société civile n’a pas été associée à l’élaboration de la partie du règlement qui traite de sa propre participation au processus. En outre, le règlement ne mentionne jamais explicitement les OSC en tant que bénéficiaires, contrairement aux PME par exemple. Cela a posé certains problèmes en ce qui concerne la participation des OSC à la mise en œuvre. Cette situation est paradoxale, étant donné que les OSC seront un acteur essentiel de la relance après la pandémie de COVID-19. |
| 5.6.2. | En outre, dans la pratique, malgré les orientations de la Commission (17), les OSC nationales ont de fait eu de grandes difficultés à influencer les résultats des plans nationaux pour la reprise et la résilience. L’un des obstacles résidait dans le manque apparent de volonté de certains gouvernements nationaux d’associer la société civile à l’élaboration de leurs plans. De nombreux gouvernements n’ont pas activement inclus la société civile au processus, exigeant des OSC qu’elles fassent ouvertement appel aux autorités nationales pour pouvoir être associées. Même lorsqu’elles ont pris part au processus, le temps imparti à la consultation des organisations de la société civile était largement insuffisant. Cela a entravé le débat de fond et la prise en compte de la contribution de la société civile concernant les plans nationaux pour la reprise et la résilience. Par conséquent, même si un grand nombre d’États membres a pu prouver l’existence d’une forme de consultation de la société civile, trop souvent, ses organisations nationales n’ont pas été véritablement associées à l’élaboration des plans qui en ont découlé. |
Bruxelles, le 18 mai 2022.
La présidente du Comité économique et social européen
Christa SCHWENG
(1) Critères d’adhésion, https://ec.europa.eu/neighbourhood-enlargement/enlargement-policy/glossary/accession-criteria_en
(2) https://ec.europa.eu/info/consultations_fr
(3) https://www.eesc.europa.eu/fr/documents/resolution/involvement-organised-civil-society-national-recovery-and-resilience-plans-what-works-and-what-does-not
(4) Règlement (UE) 2021/241 du Parlement européen et du Conseil du 12 février 2021 établissant la facilité pour la reprise et la résilience (JO L 57 du 18.2.2021, p. 17).
(5) Socle européen des droits sociaux, Commission européenne, https://ec.europa.eu/info/strategy/priorities-2019-2024/economy-works-people/jobs-growth-and-investment/european-pillar-social-rights_fr
(6) Un pacte vert pour l’Europe, Commission européenne, https://ec.europa.eu/info/strategy/priorities-2019-2024/european-green-deal_fr
(7) Créer un statut européen pour les associations et les ONG qui prévoit une définition précise d’une ONG ou d’une association européenne (rapport d’information), Comité économique et sociale européen, https://www.eesc.europa.eu/fr/our-work/opinions-information-reports/information-reports/creer-un-statut-europeen-pour-les-associations-et-les-ong-qui-prevoit-une-definition-precise-dune-ong-ou-dune
(8) Article 12.
(9) https://ec.europa.eu/info/business-economy-euro/recovery-coronavirus/recovery-and-resilience-facility_fr
(10) Le plan bulgare n’a pas été approuvé et l’approbation du plan hongrois a été suspendue.
(11) JO C 517 du 22.12.2021, p. 1.
(12) «COVID-19 has already wiped out 6 million jobs, EU study finds» (Selon une étude menée par l’UE, la pandémie de COVID-19 a déjà causé la perte de 6 millions d’emplois), Coronavirus pandemic News, Al Jazeera.
(13) JO C 286 du 16.7.2021, p. 109.
(14) Créer un statut européen pour les associations et les ONG qui prévoit une définition précise d’une ONG ou d’une association européenne (rapport d’information), Comité économique et social européen, https://www.eesc.europa.eu/fr/our-work/opinions-information-reports/information-reports/creer-un-statut-europeen-pour-les-associations-et-les-ong-qui-prevoit-une-definition-precise-dune-ong-ou-dune
(15) JO C 155 du 30.4.2021, p. 1.
(16) JO L 57 du 18.2.2021, p. 17.
(17) https://ec.europa.eu/info/sites/default/files/document_travail_service_part1_v2_en.pdf
Initiative législative — 52022IP0451
15/12/2022
Initiative législative — 52022IP0450
15/12/2022
Initiative législative — 52022IP0449
15/12/2022
Initiative législative — 52022IP0448
15/12/2022