COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 20.7.2021
SWD(2021) 720 final
DOCUMENT DE TRAVAIL DES SERVICES DE LA COMMISSION
Rapport 2021 sur l'état de droit
Chapitre consacré à la situation de l'état de droit à Malte
accompagnant le document:
COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS
Rapport 2021 sur l'état de droit
La situation de l'état de droit dans l'Union européenne
{COM(2021) 700 final} - {SWD(2021) 701 final} - {SWD(2021) 702 final} - {SWD(2021) 703 final} - {SWD(2021) 704 final} - {SWD(2021) 705 final} - {SWD(2021) 706 final} - {SWD(2021) 707 final} - {SWD(2021) 708 final} - {SWD(2021) 709 final} - {SWD(2021) 710 final} - {SWD(2021) 711 final} - {SWD(2021) 712 final} - {SWD(2021) 713 final} - {SWD(2021) 714 final} - {SWD(2021) 715 final} - {SWD(2021) 716 final} - {SWD(2021) 717 final} - {SWD(2021) 718 final} - {SWD(2021) 719 final} - {SWD(2021) 721 final} - {SWD(2021) 722 final} - {SWD(2021) 723 final} - {SWD(2021) 724 final} - {SWD(2021) 725 final} - {SWD(2021) 726 final} - {SWD(2021) 727 final}
Résumé
Les réformes de 2020, en particulier la réforme du système de nomination aux fonctions judiciaires et de discipline judiciaire, ont contribué à renforcer l’indépendance du système de justice maltais. La perception de l’indépendance du système de justice s’est nettement améliorée. Des mesures ont été prises pour dépolitiser la nomination du juge en chef (Chief Justice), mais certains aspects de cette procédure doivent encore être examinés. Le transfert des poursuites de la police au procureur général (Attorney General) progresse. Même si ce transfert exige du temps, il est important qu’il couvre également les infractions moins graves. Des discussions sont en cours pour renforcer l’indépendance des tribunaux spécialisés. De sérieuses difficultés persistent en ce qui concerne l’efficience du système de justice, notamment s’agissant de la longueur des procédures judiciaires, des conséquences du faible nombre de juges et de la numérisation de la justice.
Une nouvelle stratégie ciblée de lutte contre la fraude et la corruption a été approuvée par le gouvernement. Si les organes chargés des enquêtes et des poursuites ont amélioré leur capacité à traiter les affaires de corruption, comme en témoigne l’augmentation du nombre d’affaires ouvertes, les enquêtes restent longues par rapport à leur complexité, et un bilan des condamnations dans les affaires de corruption de haut niveau doit encore être établi. Les réformes concernant la nomination du chef de la police (Police Commissioner) et des commissaires de la commission permanente contre la corruption (Permanent Commission Against Corruption), ainsi que la réorganisation de la coopération entre la police et l’Attorney General, sont récentes, et leurs résultats ne sont pas encore visibles. En ce qui concerne les règles relatives à l’intégrité des fonctionnaires, y compris à l’intégrité des députés et des ministres, des modifications supplémentaires sont envisagées. Des orientations spécifiques ont été mises en place pour atténuer les risques de corruption dans les marchés publics pendant la pandémie de COVID-19.
Des témoignages ont continué d’être entendus tout au long de 2020 et 2021 dans le cadre de l’enquête publique sur l’assassinat de la journaliste d’investigation Daphne Caruana Galizia, dont les travaux ont été conclus le 15 juillet 2021. Des éléments nouveaux sont apparus dans les procédures pénales distinctes relatives à cette affaire. Les journalistes restent confrontés à des obstacles lorsqu’ils demandent l’accès aux informations détenues par les autorités publiques, ainsi que dans l’exercice de leur profession de manière plus générale. Les modifications apportées à la loi maltaise sur la radiodiffusion n’ont introduit aucun changement susceptible de renforcer l’indépendance effective de l’autorité de la radiodiffusion (Broadcasting Authority). Compte tenu du fait que les deux principaux partis politiques sont propriétaires de leurs propres chaînes de télévision et de radio, l’autorité de régulation des médias a saisi la Cour constitutionnelle (Constitutional Court) au sujet de la section concernée de la loi maltaise sur la radiodiffusion et de l’application de cette disposition. En 2020, Malte a mis en place un régime d’aide en faveur des médias d’information afin de contrer les effets négatifs de la pandémie de COVID-19.
De nouvelles réformes ont été menées pour améliorer l’équilibre des pouvoirs. Les réformes concernant la nomination des personnes exerçant les hautes fonctions de l’exécutif et des personnes siégeant au sein de certaines commissions indépendantes, proposées en 2020, ont été adoptées. Les préoccupations qui subsistent quant au processus de nomination au sein de certains autres organismes publics seront abordées dans le cadre de la convention constitutionnelle. Toutefois, en raison de la pandémie de COVID-19, le calendrier et l’organisation de cette convention doivent encore être déterminés. Le rôle du médiateur a été renforcé, même si ce dernier a constaté un manque de cohérence dans le suivi de ses recommandations. Le projet de loi sur la création d’une institution nationale des droits de l’homme est toujours en discussion au Parlement. Des difficultés persistent en ce qui concerne le recours limité aux consultations publiques dans le processus législatif, y compris pour ce qui est des réformes structurelles. Si les organisations de la société civile continuent de participer activement au débat public, elles ont fait part de certaines préoccupations quant à l’accès au financement et aux actions du commissaire chargé des organisations bénévoles (Commissioner for Voluntary Organisations).
I.Système de justice
Le système de justice maltais est influencé simultanément par les traditions juridiques continentale et de common law. Les cours et tribunaux sont répartis en juridictions supérieures et inférieures. Les juridictions supérieures se composent de juges et comprennent le tribunal civil (Civil Court), la Cour pénale (Criminal Court), la Cour d’appel (Court of Appeal), la Cour d’appel pénale (Court of Criminal Appeal) et la Cour constitutionnelle (Constitutional Court). Les juridictions inférieures se composent de magistrats et comprennent le Court of Magistrates (tribunal de première instance) de Malte et le Court of Magistrates de Gozo. Le pouvoir judiciaire est dirigé par le Chief Justice, qui préside également la Constitutional Court. Une commission pour l’administration de la justice (Commission for the Administration of Justice) supervise le travail du pouvoir judiciaire. Il existe plusieurs juridictions spécialisées, qui statuent dans des domaines spécifiques. Un ministère public entièrement distinct a été créé en 2019. Malte participe au Parquet européen. L’ordre des avocats (la Chamber of Advocates) est l’organe professionnel indépendant et autonome des avocats.
Indépendance
La perception de l’indépendance du système de justice s’est améliorée et est désormais élevée. La perception plutôt satisfaisante ou très satisfaisante de l’indépendance du système de justice au sein du grand public (69 %) s’est nettement améliorée par rapport à 2020 (52 %) et 2016 (44 %). La perception plutôt satisfaisante ou très satisfaisante de l’indépendance du système de justice par les entreprises (67 %) s’est aussi nettement améliorée par rapport à 2020 (48 %), inversant la tendance à la baisse observée antérieurement.
Le nouveau système de nomination aux fonctions judiciaires a contribué à renforcer l’indépendance du système de justice. Le nouveau système de nomination aux fonctions judiciaires, adopté en juillet 2020, a été évalué par la Commission de Venise dans son avis d’octobre 2020. La Commission de Venise s’est félicitée de la réforme, et elle a donné une évaluation positive de la nouvelle composition du comité de nomination aux fonctions judiciaires (Judicial Appointments Committee), de la publication des sièges vacants, des propositions directes de candidats aux fonctions judiciaires par le Judicial Appointments Committee au président de Malte, de la présentation de rapports détaillés sur les candidats par le Judicial Appointments Committee et de la présentation, par ce dernier, des trois candidats les plus aptes à être nommés. Ces réformes, qui tiennent compte des recommandations du Conseil de l’Europe, contribuent à renforcer l’indépendance du système de justice. La Chamber of Advocates et les organisations de la société civile ont salué les réformes. Toutefois, la Commission de Venise a regretté la procédure suivie par le gouvernement maltais pour leur adoption, qui n’a pas permis une consultation plus large de la société civile ou un débat public plus large, comme l’a également souligné la société civile. Elle a également fait observer que, au vu de ses recommandations précédentes, les noms des trois candidats proposés par le Judicial Appointments Committee devraient être rendus publics avant que le président maltais ne décide de la nomination afin de garantir la transparence du processus, étant donné que cela ne fait pas partie des dispositions de la réforme adoptée. La nouvelle procédure de nomination aux fonctions judiciaires a été appliquée pour le recrutement de quatre juges et de quatre magistrats, respectivement en avril et en juin 2021.
La réforme de la procédure de révocation des magistrats et des juges a également renforcé l’indépendance du système de justice. Des modifications ont été apportées à la procédure de révocation des magistrats et des juges. Dans le cadre du nouveau système, la procédure de révocation relève de la compétence de la Commission for the Administration of Justice, composée en majorité de membres du pouvoir judiciaire, par opposition au système précédent, dans lequel le Parlement était chargé de cette procédure. Dans son avis d’octobre 2020, la Commission de Venise a jugé que la réforme était globalement conforme aux normes existantes.
Des mesures ont été prises pour dépolitiser la nomination du Chief Justice. Dans son avis d’octobre 2020, la Commission de Venise a réaffirmé la nécessité de dépolitiser autant que possible la nomination du Chief Justice. Dans le même avis, elle a estimé que l’exigence d’une majorité des deux tiers au Parlement pour la nomination du Chief Justice conduirait à une telle dépolitisation, mais elle a regretté qu’aucun mécanisme antiblocage n’ait été prévu à cet égard. Plus généralement, la nomination du Chief Justice par le Parlement, sans la participation du pouvoir judiciaire, ainsi que la possibilité qu’une personne extérieure à l’appareil judiciaire puisse être nommée en tant que Chief Justice, devront faire l’objet d’une attention accrue. La Chamber of Advocates a estimé que le Chief Justice nommé devrait être sélectionné parmi les hauts magistrats, éliminant ainsi la possibilité que des personnes extérieures à l’appareil judiciaire puissent être nommées directement à cette fonction, et que sa nomination devrait être effectuée par les membres du pouvoir judiciaire eux-mêmes, sans intervention d’un pouvoir politique.
Le transfert de certains types de poursuites de la police à l’Attorney General progresse selon un calendrier, mais il n’y a pas de calendrier pour le transfert des infractions moins graves. Jusqu’à récemment, toutes les poursuites devant les juridictions inférieures (les Courts of Magistrates) étaient menées par la police, tandis que l’Attorney General engageait les poursuites dans les affaires introduites devant les juridictions supérieures (Criminal Court et Court of Criminal Appeal, tant dans leurs juridictions inférieures que supérieures). La mise en œuvre du transfert a commencé début 2020 avec le recrutement de 20 nouveaux juristes au bureau de l’Attorney General afin de lui permettre de gérer de manière plus efficiente la charge de travail supplémentaire. Le 1er octobre 2020, la première phase de la période transitoire s’est terminée et l’Attorney General a récupéré le pouvoir de décision de mener et d’engager des poursuites pour un certain nombre d’infractions graves, dont la corruption. Le plan du gouvernement est de continuer, jusqu’au 1er octobre 2024, à transférer chaque année un certain nombre d’infractions supplémentaires à l’Attorney General. Toutefois, ce plan ne prévoit pas le transfert de contraventions ou d’infractions passibles d’une amende ou d’une peine maximale de deux ans d’emprisonnement ou moins (affaires mineures). À l’heure actuelle, il n’existe aucune indication claire quant à la question de savoir si ces cas seraient également transférés. Bien que ce transfert ait besoin de temps, il serait important de transférer toutes les poursuites, y compris celles pour des infractions mineures, à l’Attorney General, et de le faire dès que possible.
Les garanties concernant la procédure de nomination et de révocation de l’Attorney General peuvent encore être renforcées. En vertu d’une modification de la Constitution adoptée en juillet 2020, le président de Malte peut révoquer l’Attorney General à la suite d'une résolution adoptée à la majorité des deux tiers au Parlement. Des modifications similaires ont été introduites pour l’avocat de l’État (State Advocate). Dans son avis d’octobre 2020, la Commission de Venise recommandait qu’un organe d’experts décide des motifs de la révocation ou qu’un recours devant la Constitutional Court soit possible contre une décision d’une commission parlementaire, avant que la plénière du Parlement ne prenne la décision définitive sur la révocation. En ce qui concerne la procédure de nomination, bien que des garanties aient été ajoutées à la suite d’une réforme en 2019, dans la pratique, la nomination de l’Attorney General reste essentiellement une compétence du Premier ministre, ce qui a été signalé comme un problème.
Un nombre important de tribunaux spécialisés continuent à fonctionner. Nombre de ces tribunaux sont nommés dans le cadre d’une procédure impliquant le pouvoir exécutif. La Commission de Venise a soulevé des inquiétudes concernant le fonctionnement de ces tribunaux spécialisés, estimant qu’ils ne jouissent pas du même degré d’indépendance que les tribunaux ordinaires, et elle a réitéré en octobre 2020 ses recommandations à cet égard. Les parties prenantes, y compris la Chamber of Advocates, ont également fait part de leurs préoccupations. Des discussions sont en cours dans le cadre de la facilité pour la reprise et la résilience au sujet du réexamen de l’indépendance de ces tribunaux spécialisés.
Qualité
Il existe d’importantes lacunes dans la numérisation du système de justice, que la mise en œuvre d’une future stratégie numérique pourrait contribuer à combler. En 2020, une consultation publique sur une stratégie numérique et un plan d’action a été annoncée. Elle sera supervisée par la Commission européenne pour l’efficacité de la justice (CEPEJ) du Conseil de l’Europe et financée par le programme d’appui à la réforme structurelle. À l’issue du processus de consultation, un projet de stratégie numérique et de plan d’action sera présenté au ministère de la justice vers la mi-2021. La mise en œuvre de la stratégie est nécessaire pour combler les importantes lacunes actuelles dans la numérisation du système de justice, comme l’ont souligné les parties prenantes, en particulier en ce qui concerne la possibilité limitée d'introduire et de suivre une procédure par voie électronique. Parmi les domaines qui pourraient être encore renforcés figurent l’utilisation du numérique par les tribunaux et le ministère public, l’utilisation d’outils de communication électronique par les tribunaux et le ministère public, et l’utilisation de solutions numériques pour mener et suivre des procédures judiciaires dans des affaires pénales. Une loi adoptée en février 2021 permet au ministre de la justice d’adopter des règlements qui autoriseraient le dépôt électronique d’actes judiciaires en matière pénale, de soumettre des notifications par voie électronique et de mener des procédures pénales en ligne. Afin de faire face à la pandémie de COVID-19, des modifications du code d’organisation et de procédure civile ont été adoptées en novembre 2020 en vue de permettre la tenue de procédures civiles en ligne.
Des modifications ont été proposées afin d’habiliter les autorités administratives à infliger des sanctions en cas d’infractions relevant actuellement de la compétence des tribunaux. En février 2021, des modifications législatives ont été proposées pour réglementer les types d'infractions qui pourraient être considérés comme de nature pénale dans les cas où une autorité publique inflige une sanction civile, une amende administrative ou d’autres sanctions ou mesures civiles ou administratives. Les projets de modification habiliteraient les autorités administratives à infliger certaines sanctions pour des infractions de nature pénale qui ne peuvent actuellement être prononcées que par les autorités judiciaires. Les parties prenantes ont fait part de leurs préoccupations à cet égard, étant donné que ces modifications pourraient donner lieu à des violations du droit à un procès équitable, car elles entraîneraient une augmentation du nombre d’affaires traitées par les autorités administratives plutôt que par les tribunaux, et parce que les modifications proposées ne pourraient être introduites que par une modification constitutionnelle et non par des dispositions réglementaires, comme le propose le gouvernement. Dans son avis urgent du 1er juin 2021, la Commission de Venise a estimé que la réforme proposée devrait nécessiter une modification de la Constitution, tout en apportant davantage de précisions en ce qui concerne ses relations avec l’article 6 de la convention européenne des droits de l’homme.
Efficience
La longueur des procédures reste très préoccupante. En 2019, la durée des affaires civiles et commerciales contentieuses en première instance est restée très longue (465 jours), et elle tend à croître depuis 2017. La durée des procédures en appel était également très longue (875 jours) en 2019. La durée moyenne des affaires relatives au blanchiment de capitaux est restée particulièrement longue en 2019 (plus de 1 350 jours), même si la tendance est à la baisse. Si le temps nécessaire pour trancher les affaires administratives en première instance est resté long, il affiche une tendance à la baisse depuis 2017. Le taux de variation du stock d’affaires pendantes pour les affaires civiles, commerciales, administratives et autres en 2019 était inférieur à 100 % et a continué de baisser. Les parties prenantes ont exprimé de vives inquiétudes quant à l’efficience du système de justice maltais. Ces préoccupations sont exacerbées par la pandémie de COVID-19, qui a entraîné l’interruption du travail des tribunaux pendant un certain temps en 2020 et continue d’entraver l’activité des tribunaux. En ce qui concerne les procédures pénales, le ministre de la justice a annoncé en novembre 2020 des modifications visant à accélérer les enquêtes de magistrats et les procédures pénales, ainsi qu’à réduire l’arriéré de la Court of Appeal. En outre, une nouvelle loi dans le domaine des procédures civiles a été adoptée, qui permettrait de raccourcir la collecte des preuves. La loi semble également avoir pour objectif de réduire l’arriéré de la Court of Appeal en prévoyant la possibilité pour la juridiction d’appel d’accorder une audience uniquement lorsque cela est nécessaire.
La faiblesse relative du nombre des juges et des magistrats pourrait nuire à l’efficience du système de justice. Le nombre de juges par habitant figure parmi les plus bas de l’UE. Si quatre juges ont été nommés en avril 2021 pour pourvoir les postes vacants existants et quatre magistrats ont été nommés en juin 2021, le nombre total des juges et des magistrats n’a augmenté que d’un seul poste, étant donné que la plupart des postes vacants ont été ouverts pour remplacer les juges et magistrats retraités ou promus. L’association des juges et des magistrats a invité le gouvernement à nommer au moins six nouveaux magistrats afin de garantir l’efficience du système de justice maltais.
II.Cadre de lutte contre la corruption
Le cadre institutionnel de lutte contre la corruption se constitue de plusieurs autorités. La Permanent Commission Against Corruption s’occupe de la prévention de la corruption et mène des enquêtes administratives dans les pratiques de corruption. Le commissaire aux normes dans la vie publique (Commissioner for Standards in Public Life) contrôle le respect de la déontologie des ministres, des secrétaires parlementaires et des députés. Les enquêtes et les poursuites relatives à la criminalité économique, y compris celles relatives aux délits de corruption et au blanchiment de capitaux, relèvent respectivement de la police (département des enquêtes sur les délits financiers) et de l’Attorney General. Ce dernier prendra en charge, au cours d’une période de transition entre 2021 et 2024, toutes les infractions sanctionnées par une condamnation de plus de deux ans d’emprisonnement. La cellule de renseignement financier (FIAU) et le département des audits et des enquêtes internes prennent eux aussi part à la lutte contre la corruption. Le second mène des audits et enquêtes internes auprès de toutes les administrations publiques et agences gouvernementales. Comme indiqué dans le rapport sur l’état de droit de 2020, l’enquête et l’enquête publique distincte en cours concernant l’assassinat de la journaliste d’investigation Daphne Caruana Galizia ont mis au jour des pratiques bien ancrées de corruption et ont déclenché une forte demande émanant de la société en faveur d’un renforcement notable de la capacité de lutte contre la corruption et de la mise en œuvre de réformes plus larges en matière d’état de droit.
Les experts et les dirigeants d’entreprises estiment que le niveau de corruption reste relativement élevé dans le secteur public. Dans l’indice de perception de la corruption de Transparency International, publié en 2020, Malte obtient un score de 53/100 et se classe au 15e rang dans l’Union européenne et au 52e rang dans le monde. Cette perception s’est nettement détériorée au cours des cinq dernières années.
Une stratégie nationale ciblée de lutte contre la fraude et la corruption pour la période 2021-2024 a été approuvée par le gouvernement en mars 2021. Le cabinet des ministres a approuvé la stratégie, qui a été notifiée publiquement au Parlement en mai 2021. Les piliers de la stratégie sont la formation et l’éducation, le partage d’informations, la coopération institutionnelle (au niveau national et international), ainsi que l’obligation de rendre des comptes en matière de financement public. La mise en œuvre de la stratégie est coordonnée par un comité présidé par le département des audits et des enquêtes internes (IAID). Des représentants du bureau du médiateur, du secteur privé, de la société civile et des organisations non gouvernementales ont regretté de ne pas avoir été invités ou consultés avant l’adoption de la stratégie.
Si les organes chargés des enquêtes et des poursuites ont amélioré leur capacité à traiter les affaires de corruption, comme en témoigne l’augmentation du nombre d’affaires ouvertes, les enquêtes restent longues par rapport à leur complexité, et un bilan des condamnations dans des affaires de corruption à haut niveau doit encore être établi. Depuis octobre 2020, l’Attorney General assure la poursuite de certaines infractions graves, dont la corruption à haut niveau. Au total, 14 procureurs travaillent exclusivement sur des affaires de criminalité financière et, depuis le deuxième trimestre de 2020, un groupe de travail sur les délits financiers complexes a été mis en place. Le nombre d’enquêtes ouvertes et résolues concernant des affaires de criminalité financière a considérablement augmenté, ce qui s’explique par le renforcement récent des ressources et des capacités du département des enquêtes sur les délits financiers, qui a été effectué entre 2019 et septembre 2020. Toutefois, les enquêtes et les poursuites en matière de corruption restent longues, en particulier dans les affaires qui nécessitent une analyse approfondie des données financières ou qui sont considérées comme complexes. Plusieurs affaires de corruption à haut niveau sont actuellement pendantes devant les tribunaux.
De nouvelles mesures ont été introduites pour améliorer l’intégrité de la police. En septembre 2020, sous la direction du Police Commissioner nouvellement nommé, la police a lancé une stratégie de transformation pour la période 2020-2025 dans le but de renforcer les mesures de lutte contre la corruption. La police a mis en œuvre une politique régissant les intérêts commerciaux et le cumul de professions, dont le suivi relève du mandat du comité d’évaluation, nommé par le Police Commissioner. En 2020, la loi sur la police a été modifiée afin de permettre aux policiers de faire des signalements anonymes d’atteintes à l’intégrité au sein de la police. Toutefois, l’efficacité de cette mesure dépendra de sa mise en œuvre effective.
Bien que l’indépendance de la Permanent Commission Against Corruption ait été renforcée, les résultats des récentes réformes n’ont toujours pas été clairement établis. La Permanent Commission Against Corruption (PCAC) s’occupe de la prévention de la corruption dans l’administration publique et peut mener des enquêtes administratives. Comme indiqué en 2020, la PCAC a fait l’objet d’une réforme structurelle visant à améliorer la procédure de nomination de ses trois commissaires et à élargir le champ de ses compétences d’enquête. Si la PCAC peut demander l’assistance de la police dans la conduite des enquêtes, elle ne dispose pas d’enquêteurs internes ni d’analystes de données; ses ressources restent donc limitées et des inquiétudes subsistent quant à sa capacité à mener des enquêtes efficaces. Les enquêtes policières et les évaluations de la PCAC peuvent en outre être très longues. La PCAC a examiné quatre cas de corruption en 2020, et deux cas au début de 2021. Toutefois, il n’existe pas d’informations détaillées sur sa charge de travail. À ce jour, très peu de lanceurs d’alerte ont adressé leurs plaintes à la PCAC. Une fois l’examen d’un dossier terminé, la PCAC peut classer l’affaire ou la transmettre à l’Attorney General. Si ce dernier décide de ne pas engager de poursuites, la PCAC peut contester cette décision. Depuis août 2020, la PCAC a transmis deux affaires au bureau de l’Attorney General.
De nouvelles dispositions permettent à l’auditeur général de notifier ses constatations au ministère public. Le département des audits et des enquêtes internes (IAID) est chargé de contrôler toutes les administrations publiques, y compris en vérifiant les livres financiers des institutions publiques et les conflits d’intérêts des fonctionnaires. Le bureau de l’auditeur général est compétent pour contrôler les comptes des services publics, y compris des entreprises publiques. Le 15 mars 2021, des modifications de la loi sur l’auditeur général et la Cour des comptes nationale ont été adoptées; elles prévoient que, dans des circonstances particulières, l’auditeur général peut transmettre ses constatations directement à l’Attorney General.
Le mandat du médiateur, qui est responsable de l’intégrité des fonctionnaires, a expiré. Le bureau du médiateur est habilité à mener des enquêtes sur les fonctionnaires et les institutions exerçant des fonctions administratives, y compris dans les affaires de corruption, qui sont transmises à l’Attorney General. Le bureau du médiateur a le droit de former un recours contre une décision de l’Attorney General de ne pas engager de poursuites dans une affaire de corruption. À ce jour, ce droit n’a pas été exercé . Le mandat de l’actuel médiateur ayant expiré en mars 2021, le président actuel continue de siéger jusqu’à ce qu’un successeur soit nommé .
Les règles déontologiques applicables aux hauts fonctionnaires, aux députés et aux ministres sont en place, notamment en ce qui concerne la divulgation des avoirs et le lobbying, même si d’autres modifications du cadre d’intégrité sont envisagées. Le Commissioner for Standards in Public Life (ci-après le «commissaire») contrôle l’éthique des ministres, des secrétaires parlementaires et des députés. Le règlement sur le lobbying et les codes de déontologie pour les ministres et les députés sont en cours de révision. En 2020, le commissaire a présenté un rapport sur le code de déontologie, qui doit encore être examiné par le Parlement. Chaque année, les députés et les ministres soumettent leur déclaration de patrimoine au cabinet du président de l’Assemblée, tandis que le commissaire effectue les vérifications. Le commissaire assure actuellement le suivi de huit cas de conflits d’intérêts potentiels concernant des députés.
Les règles déontologiques applicables aux personnes de confiance ont été modifiées, mais des préoccupations ont été exprimées quant à la faisabilité et à l’efficacité des contrôles. Les personnes de confiance sont tenues de fournir les informations de base relatives au patrimoine. Des recommandations de modification du projet de loi sur la nomination des personnes de confiance ont été formulées tant par la Commission de Venise que par le Groupe d’États contre la corruption (GRECO) . Depuis mars 2021, à la suite de l’adoption d’une base juridique claire pour leur nomination, un fonctionnaire détaché auprès d’une autre administration reste lié par les règlements applicables à l’administration publique d’origine. Toutefois, le Commissioner for Standards in Public Life a fait part de ses préoccupations quant à la faisabilité et à l’efficacité du contrôle du respect de la déontologie des personnes de confiance, en particulier pour celles qui travaillent plus étroitement avec un ministre ou sous son autorité.
Le programme destiné aux investisseurs individuels, qui permet l’octroi de la citoyenneté en échange de paiements et d’investissements prédéterminés, a été remplacé par un nouveau régime. Les documents publiés par différents médias dans le cadre de l’enquête dite des «passport papers» ont soulevé des doutes quant au respect des exigences du programme par les candidats au programme destiné aux investisseurs individuels. La Commission européenne a engagé une procédure d’infraction à l’encontre de Malte en ce qui concerne le régime précédent et le nouveau régime de citoyenneté par investissement pour non-respect du droit de l’UE.
Des orientations spécifiques ont été mises en place pour atténuer les risques de corruption dans les marchés publics pendant la pandémie de COVID-19. En 2020, le département des marchés publics au sein du ministère des finances et de l’emploi a mis en œuvre les règlements sur les marchés publics portant sur des biens immobiliers, qui ont été publiés le 30 avril 2020 et prévoient notamment des dispositions visant à lutter contre la corruption et la collusion. Le département des marchés publics a également mis en place un module en ligne post-marché, accessible depuis le portail officiel des marchés publics, visant à prévenir les conflits d’intérêts dans les procédures d’appel d’offres.
III.Pluralisme et liberté des médias
La liberté d’expression est inscrite dans la Constitution de Malte, ainsi que dans la loi sur la convention européenne (chapitre 319 des lois de Malte). La loi sur les médias et la diffamation du 14 mai 2018 a abrogé la loi sur la presse de 1974 et a entraîné la révision globalement positive des lois en matière de diffamation. La Constitution définit la composition, les procédures de nomination et de révocation ainsi que l’indépendance de l’autorité de la radiodiffusion et énonce ses fonctions de base. La loi sur la liberté d’information établit le cadre juridique régissant l’accès aux informations détenues par les autorités publiques. Une législation a été adoptée en 2020 pour transposer la directive «Services de médias audiovisuels» en droit maltais.
Les modifications apportées à la loi maltaise sur la radiodiffusion n’ont entraîné aucun changement susceptible de renforcer l’indépendance et d'améliorer le fonctionnement de l’autorité de la radiodiffusion. Les membres de l’autorité de la radiodiffusion sont nommés par le président, sur avis du Premier ministre et après consultation du chef de l’opposition. Bien que les cinq membres du conseil d’administration de l’autorité soient tous nommés pour des raisons politiques, étant donné que l’autorité a des responsabilités clairement définies en droit et qu’elle est généralement transparente quant à ses activités, l'instrument de surveillance du pluralisme des médias 2021 (Media Pluralism Monitor 2021, ci-après le «rapport MPM 2021») considère que l’indépendance et l’efficacité de l’autorité présentent un faible risque. La loi nº LVI de 2020, qui a modifié la loi sur la radiodiffusion afin de la mettre en conformité avec la directive «Services de médias audiovisuels», n’a introduit aucun changement en ce qui concerne l’indépendance de l’autorité de la radiodiffusion.
La possession de médias par des partis politiques et l’influence de ces derniers sur les travaux de plusieurs médias et radiodiffuseurs continuent de susciter des inquiétudes. Les deux principaux partis politiques représentés au Parlement possèdent, contrôlent ou gèrent effectivement plusieurs médias et radiodiffuseurs maltais, y compris des portails d’information en ligne. Le rapport MPM 2021 considère que cette situation signifie que ces deux partis «contribuent activement à façonner l’environnement de travail des journalistes», tandis que leurs médias ont «une influence majeure sur le discours public». Cela amène une fois de plus le rapport MPM 2021 à considérer que l’indépendance politique des médias est fortement menacée dans le pays. Comme indiqué dans le rapport MPM 2020 et réitéré dans le rapport MPM 2021, l’autorité de la radiodiffusion contrôle et réglemente principalement les médias du service public [à savoir Public Broadcasting Services (PBS)], tout en permettant de facto aux deux autres principaux médias (respectivement détenus par le parti travailliste et le parti nationaliste) de «se compléter mutuellement sur le plan éditorial». À la lumière de cette situation, une affaire constitutionnelle a été introduite pour contester une clause conditionnelle de l’article 13, paragraphe 2, de la loi sur la radiodiffusion et l’application par le régulateur de cette clause conditionnelle qui, selon la partie requérante, consolide un paysage médiatique polarisé.
Des modifications mineures ont été apportées au statut de l’Institut des journalistes maltais (IGM). L’IGM, l’association professionnelle de journalistes du pays fondée en 1989, a approuvé à l’unanimité un certain nombre de modifications de son statut (y compris une augmentation du nombre de membres de son conseil d’administration et un contrôle supplémentaire de ses finances) proposées par le Commissioner for Voluntary Organisations. Alors que le rapport MPM 2020 avait souligné que l’institut n’était généralement pas considéré comme efficace pour préserver l’indépendance éditoriale, le rapport MPM 2021 constate qu'un changement d’approche a eu lieu en une année, au cours de laquelle l’institut «s’est davantage fait entendre concernant les besoins de ses membres, et s’est montré plus proactif dans la résolution des obstacles rencontrés par les journalistes dans l’exercice de leurs fonctions».
Aucune évolution n’est à signaler en ce qui concerne la transparence de la propriété des médias et aucune modification législative n’est prévue. L’autorité de la radiodiffusion recueille des informations relatives à la propriété des médias, sans toutefois être tenue de les rendre facilement accessibles au public. Compte tenu de la taille relativement réduite du marché des médias, le public connaît dans une large mesure l’identité des propriétaires des sociétés de médias dans le pays. Par conséquent, le rapport MPM 2021 maintient sa note de risque moyen pour ce qui est de la transparence de la propriété des médias. La loi sur la radiodiffusion contient des limitations spécifiques visant à empêcher un degré élevé de concentration horizontale de la propriété dans le secteur des médias audiovisuels. Toutefois, en l’absence de données complètes, il est difficile de procéder à une évaluation complète.
L’absence de cadre juridique réglementant la publicité d’État continue de permettre des abus tant par le gouvernement que par des responsables politiques agissant à titre individuel. Cela ressort des enquêtes menées par le Commissioner for Standards in Public Life de Malte concernant l’attribution de fonds publics pour des allégations de publicité politique dans la presse écrite par un ministre en exercice du gouvernement. Un projet de lignes directrices sur la publicité et le matériel promotionnel du gouvernement a été publié pour la première fois par le Commissioner for Standards in Public Life en juin 2021 et est en attente de consultation .
En avril 2020, Malta Enterprise a lancé un régime d’aide en faveur des médias d’information afin d’atténuer les effets négatifs de la pandémie de COVID-19. Ce régime, qui, en février 2021, avait distribué un peu plus de 1,2 million d’euros de fonds, était destiné à aider les opérateurs de médias qui emploient au moins quatre journalistes à temps plein et qui fournissent des services d’information quotidiens. Plusieurs grands médias indépendants ont défendu le système. D’autres parties prenantes, y compris certains autres médias et organes de presse indépendants, ont fait observer que le système manquait de transparence en ce qui concerne les critères utilisés pour déterminer les montants alloués et qu’il était conçu d’une manière qui profiterait aux médias détenus par les partis politiques. Le rapport MPM 2021 indique que plusieurs demandes en matière de liberté d’information formulées à ce sujet sont restées sans réponse. Pour les raisons susmentionnées, le rapport MPM 2021 maintient sa note de risque moyen pour ce qui est de la réglementation des ressources par l’État et le soutien de celui-ci au secteur médiatique.
Le gouvernement a entamé une révision du cadre juridique permettant l’accès aux informations détenues par les autorités publiques. La loi sur la liberté d’information établit que les citoyens maltais, les citoyens de l’UE et les personnes ayant résidé à Malte pendant une période d’au moins cinq ans ont le droit de demander l’accès aux informations détenues par les autorités publiques. Tout refus d’accès doit être motivé et peut être contesté. Les journalistes, les ONG et le rapport MPM 2021 indiquent que les journalistes rencontrent systématiquement des difficultés lorsqu’ils demandent un tel accès, en raison de rejets catégoriques, de retards importants ou d’absences de réponse. L’IGM a en outre souligné que les pouvoirs publics refusaient habituellement, dans un premier temps, l’accès intégral aux informations et aux données, tout en faisant part de ses préoccupations en ce qui concerne le traitement de certaines conférences de presse liées à la COVID-19 au cours desquelles les questions des journalistes n’étaient pas retransmises. Pour ces raisons, le rapport MPM 2021 a considérablement augmenté la note de risque pour ce domaine, tout en la maintenant dans la catégorie de risque moyen. Le gouvernement a annoncé qu’à la lumière des recommandations du GRECO en la matière, une étude indépendante avait été lancée en janvier 2021 pour examiner la question.
Des témoignages dans le cadre de l’enquête publique mise en place pour déterminer si l’État est responsable des circonstances qui ont conduit à l’assassinat de la journaliste Daphne Caruana Galizia ont continué d’être entendus . Au cours des années 2020 et 2021, l’enquête publique a mis en évidence ce que certaines parties prenantes ont qualifié de cas inquiétants d’ingérence politique, de dissimulation policière et de collusion avec des criminels. Un document soumis à l’enquête publique, rédigé par l’organisation internationale de liberté d’expression Article 19 et soutenu par plusieurs associations de presse internationales conclut que si le mandat de l’enquête est achevé et si ses recommandations sont mises en œuvre, «cela peut constituer un précédent important pour rendre justice aux journalistes dans le monde entier», ajoutant que le travail de l’enquête «est essentiel pour garantir des réparations à la victime, à sa famille et à la société maltaise».
Les journalistes continuent de faire face à un certain nombre de défis dans l’exercice de leur profession. Ce point a été confirmé par des journalistes, l’IGM, le rapport MPM ainsi que des ONG, bien que le rapport MPM 2021 fasse état d’une légère réduction du risque par rapport au rapport MPM 2020. La plateforme du Conseil de l’Europe visant à promouvoir la protection du journalisme et la sécurité des journalistes a recensé deux nouvelles alertes en 2020, non résolues à ce jour, concernant l’ouverture de poursuites-bâillons par un homme d’affaires britannique et azerbaïdjanais contre cinq médias maltais et la corruption présumée d’un journaliste du Times of Malta. Les deux alertes sont liées, respectivement, au journalisme d’investigation mené par Daphne Caruana Galizia et à la procédure pénale relative à son assassinat. L’IGM a fait part de ses préoccupations quant à ce qu’il décrit comme la «normalisation du ridicule et de la dérision» des journalistes sur les réseaux sociaux.
IV.Autres questions institutionnelles en rapport avec l’équilibre des pouvoirs
Malte est une république parlementaire dans laquelle le pouvoir législatif est conféré à la Chambre des représentants, un parlement monocaméral élu pour un mandat de cinq ans. L’autorité exécutive est conférée au président, qui est élu par le Parlement, et au cabinet dirigé par le Premier ministre. Tous les ministres du gouvernement, y compris le Premier ministre, doivent être des députés. La Constitutional Court connaît des affaires constitutionnelles. La Constitution établit un ensemble d’autorités indépendantes, y compris le bureau du médiateur.
L’équilibre des pouvoirs dans la procédure de nomination et de révocation du président de Malte a été renforcé. La réforme adoptée en juillet 2020 prévoit que le président de Malte est élu à la majorité des deux tiers au Parlement, au lieu de la majorité simple. Cela est conforme aux avis de la Commission de Venise, qui a néanmoins également demandé qu’un mécanisme antiblocage soit prévu, ce qui n’est actuellement pas le cas. En outre, la révocation du président requiert désormais une majorité des deux tiers au Parlement et ne peut être décidée qu’en cas d’incapacité avérée à exercer les fonctions de sa charge ou de «mauvaise conduire avérée». Tout en saluant la réforme, la Commission de Venise a recommandé que le président dispose d’un droit de recours devant la Constitutional Court contre la constatation d’une telle mauvaise conduite, idéalement avant le vote final au Parlement.
Le rôle renforcé du médiateur pourrait encore être amélioré et le projet de loi établissant une institution nationale des droits de l’homme est toujours en discussion au Parlement. Une réforme adoptée en juin 2020 a introduit les règles relatives à la nomination, à la suspension et à la révocation du médiateur au niveau constitutionnel. Dans son avis d’octobre 2020, la Commission de Venise s’est félicitée de la réforme, tout en formulant un certain nombre de recommandations supplémentaires, indiquant notamment qu’il conviendrait que le médiateur bénéficie d’un droit de recours en justice contre toute décision concernant sa révocation en raison d’une «mauvaise conduite avérée». Le médiateur en exercice a regretté l’absence de consultation sur la réforme, tout en formulant des propositions visant à renforcer encore le bureau du médiateur. En outre, le médiateur a fait part de ses préoccupations quant au manque de suivi de ses recommandations et a proposé que le Parlement soit tenu de discuter des avis présentés. Le mandat du médiateur actuel a expiré le 21 mars 2021, mais aucun successeur n’a été désigné à la date de publication du présent rapport. La proposition de création d’une institution nationale des droits de l’homme, introduite en 2019, fait toujours l’objet de discussions au Parlement.
Une réforme constitutionnelle concernant les nominations à certaines commissions indépendantes a été adoptée. La réforme adoptée le 24 mars 2021 prévoit que les pouvoirs relatifs à la nomination d’un certain nombre de commissions indépendantes seront désormais dévolus au cabinet des ministres, et non au Premier ministre. La Commission de Venise a salué la réforme comme une étape positive, en émettant des recommandations quant à la formulation exacte à utiliser à cet égard. La Commission de Venise a également réitéré sa recommandation de renforcer les procédures de nomination de la commission électorale, de la commission de la fonction publique et de l’autorité de la radiodiffusion. Le gouvernement prévoit de débattre de cette question dans le cadre de la convention constitutionnelle. En raison de la pandémie actuelle de COVID-19, le calendrier de la convention n’a pas encore été arrêté. Les organisations de la société civile ont souligné la nécessité d’obtenir des informations sur le calendrier, le processus et la participation à la convention.
Les réformes proposées en 2020 en ce qui concerne la nomination des personnes exerçant de hautes fonctions exécutives dans l’administration publique ont été adoptées. Le 24 mars 2021, un amendement établissant une base claire pour la désignation des personnes de confiance a été adopté. Un autre amendement, adopté le 24 mai 2021, garantit que la commission de la fonction publique, qui est un organe constitutionnel indépendant, présente des recommandations au président de la République concernant la nomination et la révocation des secrétaires permanents sur la base d’exigences claires et prédéfinies. Ces amendements visent à donner suite aux recommandations de la Commission de Venise et du GRECO.
Il est nécessaire d’assurer un suivi cohérent des arrêts de la Constitutional Court concluant à l'inconstitutionnalité de certaines lois. Selon l’ordre constitutionnel maltais, les arrêts de la Cour constitutionnelle n’ont pas d’effet erga omnes. Les lois jugées inconstitutionnelles restent en vigueur jusqu’à leur abrogation par le Parlement. La Commission de Venise a estimé que, dans la pratique, le Parlement ne semble pas systématiquement assurer ce suivi et a recommandé à cet égard d’introduire une obligation pour le Parlement d’abroger ou de modifier les dispositions jugées inconstitutionnelles dans un délai limité. Aucune initiative n’est actuellement prévue pour remédier à ce problème.
Une réflexion sur le rôle du Parlement pourrait être menée dans le cadre de la convention constitutionnelle. La Commission de Venise a réitéré les recommandations formulées à l’égard du Parlement, notamment en ce qui concerne la mise à disposition d’une capacité de recherche suffisante pour les députés, l’octroi de conseils juridiques indépendants à ces députés et le fait de veiller à ce que les députés d’arrière-ban soient moins dépendants des postes du gouvernement. À cet égard, le gouvernement a annoncé son intention de discuter, dans le cadre de la réforme constitutionnelle, de la question de savoir si les députés devraient avoir le choix entre travailler à temps plein ou travailler à temps partiel. Les discussions relatives à l’allocation de fonds supplémentaires pour l’engagement de fonctionnaires de recherche par chaque groupe parlementaire sont en cours.
Des difficultés persistent dans le processus législatif en ce qui concerne l’utilisation limitée d’instruments fondés sur des données factuelles et l’efficacité des consultations publiques. Les préoccupations antérieures concernant le recours limité aux consultations publiques restent valables en ce qui concerne les réformes adoptées en juin 2020. Les organisations de la société civile ont également fait part de leurs préoccupations concernant l’absence de consultations relatives aux lois qui ont une incidence sur leur fonctionnement. La plateforme de participation en ligne, qui est en cours de développement par le gouvernement, devrait être utilisée pour mener des consultations publiques.
Des mesures visant à faire face à la pandémie de COVID-19 ont continué d’être adoptées. La loi sur la santé publique confère au surintendant de la santé publique le pouvoir de déclarer l’état d’urgence sanitaire, sans qu’il soit nécessaire de fixer le calendrier de sa durée. La même loi confère au surintendant le pouvoir de prendre, de modifier ou de révoquer des ordonnances en cas d’épidémies et de maladies infectieuses. Ces pouvoirs ont été utilisés plus de 55 fois entre juin et décembre 2020 et deux fois en (janvier et février) 2021. Les règlements et ordonnances adoptés dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire peuvent faire l’objet d’un examen par le Parlement.
Les organisations de la société civile ont fait part de leurs préoccupations concernant l’accès au financement et le rôle du Commissioner for Voluntary Organisations. L’espace civique continue d’être considéré comme rétréci en raison, entre autres, des conditions qui prévalent pour les journalistes. Les organisations de la société civile participent activement au débat public. Toutefois, elles ont fait part de leurs préoccupations concernant les nouvelles règles relatives aux activités de collecte de fonds adoptées en septembre 2020, car celles-ci sont considérées comme créant un double obstacle empêchant les associations de mener leurs activités et accordent au Commissioner for Voluntary Organisations une marge de manœuvre excessive lui permettant de refuser à quiconque de collecter des fonds. Les organisations de la société civile ont fait part de leurs préoccupations quant au fait que les actions du Commissioner for Voluntary Organisations pourraient être motivées politiquement. Plusieurs programmes ont été ouverts en 2020, dont un fonds d’urgence créé en 2020 pour aider les organisations bénévoles à surmonter les difficultés liées à la pandémie de COVID-19, qui a été prolongé jusqu’en mars 2021 et doté d’une enveloppe supplémentaire de 150 000 EUR. Plus de 120 groupements sans but lucratif ont bénéficié de la première phase du programme lancé en mai 2020, avec un financement de 125 000 EUR. Le 1er juillet 2021, le Commissioner for Voluntary Organisations a démissionné.
Annexe I: liste des sources par ordre alphabétique*
La liste des contributions reçues dans le cadre de la consultation préalable à l’élaboration du rapport 2021 sur l’état de droit peut être consultée à l’adresse suivante: https://ec.europa.eu/info/policies/justice-and-fundamental-rights/upholding-rule-law/rule-law/rule-law-mechanism/2021-rule-law-report-targeted-stakeholder-consultation .
Arrêt de la Cour de justice du 20 avril 2021, Repubblika/Il-Prim Ministru, C-896/19, ECLI:EU:C:2021:311.
Article 19 (2021), Public Inquiry into the assassination of Daphne Caruana Galizia. Written submission, 31 mars 2021 [ soumission à l’enquête publique (mfrr.eu) ].
Association des juges et des magistrats de Malte (2021), communiqué de presse du 11 février 2021 [article sur le communiqué de presse: Government urged to issue a call for more magistrates (timesofmalta.com) ].
BBC (2021), Malta golden passports: “Loopholes” found in citizenship scheme, 22 avril 2021 ( https://www.bbc.com/news/world-europe-56843409 ).
Centre pour le pluralisme et la liberté des médias (2021), Media pluralism monitor 2021 ( https://cmpf.eui.eu/media-pluralism-monitor/mpm-2021/ ).
Chamber of Advocates (2020), communiqué de presse du 14 mai 2020 ( https://www.avukati.org/2020/05/14/press-release-chamber-of-advocates-may-14-2020/ ).
Chamber of Advocates (2021) A Position Paper of the Chamber of Advocates – Bill 198 – the Supremacy of the Constitution and due process –, 10 mars 2021 ( https://www.avukati.org/2021/03/10/bill-198-the-supremacy-of-the-constitution-and-due-process/ ).
Chamber of Advocates (2021), MFSA Consultation on new CSP Rulebook. Chamber of Advocates Feedback and Position Paper ( https://www.avukati.org/wp-content/uploads/2021/01/Chambers-response-MFSA-consultation-CSP-Rulebook.pdf ).
CIVICUS, Outil de surveillance de l’espace civique, Malte ( https://monitor.civicus.org/country/malta/ ).
Commission européenne (2020), Rapport sur l’état de droit, chapitre consacré à la situation de l’état de droit à Malte.
Commission européenne (2021), Tableau de bord de la justice dans l’UE.
Commissioner for Standards in Public Life (2021), affaire nº K/028, Allocation of public funds for alleged political advertising in print media, case report ( https://standardscommissioner.com/wp-content/uploads/Commissioner-for-Standards-case-report-K028.pdf ).
Conseil de l’Europe: Comité des Ministres (2010), Recommandation CM/Rec(2010)12 du Comité des Ministres aux États membres sur les juges: indépendance, efficacité et responsabilités.
Conseil de l’Europe: Comité des ministres (2016), Recommandations et déclarations du Comité des ministres du Conseil de l’Europe dans le domaine des médias et de la société de l’information ( https://rm.coe.int/16806461dc ).
Conseil de l’Europe: Conseil consultatif de juges européens (2016), Avis nº 19 – Le rôle des présidents des tribunaux ( https://www.coe.int/fr/web/ccje/avis-n-19-sur-le-role-des-presidents-de-tribunaux ).
Conseil de l’Europe: Plateforme pour renforcer la protection du journalisme et la sécurité des journalistes ( https://www.coe.int/fr/web/media-freedom ).
Conseil de l’Europe: Avis de la Commission de Venise CDL-AD(2020)019 du 8 octobre 2020 sur Malte – Avis sur dix lois et projets de loi mettant en œuvre des propositions législatives objets de l’avis CDL-AD(2020)006 ( https://www.venice.coe.int/webforms/documents/default.aspx?pdffile=CDL-AD(2020)019-f ).
Direction générale de la communication (2020), Eurobaromètre Flash 482 sur les entreprises et la corruption dans l’UE.
Direction générale de la communication (2020), Eurobaromètre spécial 502: corruption.
Gouvernement maltais (2021), National Anti-Fraud and Corruption Strategy ( https://parlament.mt/media/112436/national-anti-fraud-and-corruption-strategy_en.pdf ).
GRECO (2019), Cinquième cycle d’évaluation – Rapport d’évaluation concernant Malte sur la prévention de la corruption et la promotion de l’intégrité au sein des gouvernements centraux (hautes fonctions de l’exécutif) et des services répressifs.
Médiateur parlementaire de Malte (2020), Rapport annuel 2019 ( https://www.ombudsman.org.mt/category/annual-reports/ ).
Parlement de Malte (2021), Document nº 6624, National Anti-Fraud and Corruption Strategy, publié par le cabinet du Premier ministre, daté de mai 2021 ( https://parlament.mt/en/paper-laid/?id=34616 ).
Reporters sans frontières – Malte. https://rsf.org/fr/malte ( https://rsf.org/en/taxonomy/term/150 ).
Repubblika (2020), communiqué de presse nº 117/2020 ( Stqarrija PR 117/2020 - Repubblika ).
Repubblika (2021), communiqué de presse nº 34/2021, Reply to the Commissioner for Voluntary Organisations, 16 mars 2021 ( https://repubblika.org/press-release/reply-commissioner-voluntary-organisations-remarks-press/ ).
Repubblika (2021), communiqué de presse nº 52/2021, We congratulate four people who will be appointed to serve as judges in the Superior Courts of Malta. We wish them wisdom and courage to do work without looking anyone in the face, 15 avril 2021 ( https://repubblika.org/press-release/we-congratulate-four-people-who-will-be-appointed-to-serve-as-judges-in-the-superior-courts-of-malta-we-wish-them-wisdom-and-courage-to-do-work-without-looking-anyone-in-the-face/ ).
Times of Malta (2021), Exposed: the great residency sham to obtain a Maltese passport, 22 avril 2021 ( https://timesofmalta.com/articles/view/exposed-the-great-residency-sham-to-obtain-a-maltese-passport.866220 ).
Transparency International (2021), Indice 2020 de perception de la corruption.
Annexe II: visite à Malte
Les services de la Commission ont tenu des réunions virtuelles en avril 2021 avec:
·l’association des juges et des magistrats de Malte;
·l’auditeur général;
·l’Aditus Foundation;
·la Broadcasting Authority;
·la Chamber of Advocates;
·le Chief Justice et les membres de la Commission for the Administration of Justice;
·le Commissioner for Standards in Public Life;
·la Daphne Caruana Galizia Foundation;
·l’Industrial Tribunal;
·le commissaire à l’information et à la protection des données;
·le département des audits et des enquêtes internes;
·l’Institut des journalistes maltais;
·Lovin Malta;
·le ministère de la justice, de l’égalité et de la gouvernance;
·le bureau de l’Attorney-General;
·le bureau du médiateur parlementaire – Malte;
·la Permanent Commission Against Corruption;
·le département des enquêtes sur les délits financiers de la police;
·la commission de la fonction publique;
·le professeur Justin Borg-Barthet;
·Repubblika;
·le secrétariat du Parlement;
·le State Advocate.
* La Commission a également rencontré les organisations suivantes dans le cadre d’un certain nombre de réunions horizontales:
·Amnesty international;
·le centre pour les droits de reproduction;
·CIVICUS;
·l’Union des libertés civiles pour l’Europe;
·Civil Society Europe;
·la Conférence des Églises européennes;
·EuroCommerce;
·le Centre européen pour le droit des associations à but non lucratif;
·le Centre européen pour la liberté de la presse et des médias;
·le Forum civique européen;
·la Fédération européenne des journalistes;
·le Partenariat européen pour les batteries;
·le Forum européen de la jeunesse;
·Front Line Defenders;
·la Human Rights House Foundation;
·Human Rights Watch;
·ILGA-Europe;
·la Commission internationale de juristes;
·la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme;
·l'International Planned Parenthood Federation European Network (IPPF EN);
·l’International Press Institute;
·le Comité d’Helsinki aux Pays-Bas;
·l’Open Society European Policy Institute;
·Philanthropy Advocacy;
·Protection International;
·Reporters sans frontières;
·Transparency International EU.