Acte préparatoire52022DC0553

Acte préparatoire — 52022DC0553

CELEX52022DC0553
TypeActe préparatoire
Datemardi 18 octobre 2022

Texte intégral

Strasbourg, le 18.10.2022

COM(2022) 553 final

COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS

Urgence énergétique - Se préparer, effectuer nos achats et protéger l'UE ensemble


Introduction

L’agression militaire injustifiée contre l’Ukraine et l’instrumentalisation de l’énergie auxquelles se livre la Russie ont provoqué une crise de l’énergie sans précédent, qui se traduit par une forte hausse des prix de l’énergie et la mise en péril de la sécurité de notre approvisionnement énergétique. La décision de la Russie de couper l’approvisionnement par le gazoduc Nord Stream 1 a marqué une nouvelle aggravation de cette crise.

L’Union européenne a réagi en faisant preuve d’unité. Le plan et le règlement visant à réduire la demande en gaz 1 , ainsi que les mesures d’urgence prises pour intervenir sur les marchés de l’énergie 2 , comme proposé par la Commission, font la différence cet hiver. L’Union s’efforce de réduire sa consommation de gaz depuis le début de l’agression russe 3 . L’élimination des combustibles d’origine russe s’est accélérée: la fourniture de gaz russe par gazoduc est tombée à 9 % en septembre 2022 (14 % en comptant le GNL), alors qu’elle s’établissait à 41 % (45 % avec le GNL) en 2021. Le renforcement de la coopération avec des partenaires d’approvisionnement fiables a compensé la diminution drastique des importations de gaz russe. À la mi-octobre, le niveau de remplissage de nos installations de stockage de gaz s’élève à plus de 91 %. Nous sommes aujourd’hui en meilleure posture qu’il y a quelques mois.

Malgré ces mesures, la situation reste extrêmement tendue à l’entame de cet hiver. Les entreprises et les consommateurs européens continuent d’être exposés à des prix trop élevés et volatils. Des événements imprévisibles, comme l’a été le sabotage des gazoducs, pourraient mettre encore un peu plus à mal la sécurité de notre approvisionnement. Les tensions sur les marchés du gaz devraient persister, y compris au-delà de cet hiver.

Le Conseil européen, lors de sa réunion informelle du 6 octobre à Prague, les ministres de l’énergie, lors de leur réunion informelle du 12 octobre, et le Parlement européen, dans sa résolution sur la réaction de l’Union à la hausse des prix de l’énergie en Europe 4 , ont demandé à la Commission de proposer des mesures pour coordonner les efforts de solidarité, sécuriser l’approvisionnement énergétique, stabiliser le niveau des prix et aider les ménages et les entreprises face aux prix élevés de l’énergie.

Dans sa lettre aux chefs d’État ou de gouvernement, la présidente von der Leyen a exposé une feuille de route, basée sur quatre ensembles d’actions: modérer le prix que nous payons pour nos importations de gaz sans mettre en danger la sécurité de notre approvisionnement, travailler avec les États membres pour limiter les prix sur le marché du gaz, limiter l’impact des prix du gaz sur les prix de l’électricité, en préservant des conditions de concurrence égales au sein du marché unique, et accélérer notre la transition vers l’indépendance énergétique. Il y a également nécessité d’agir d’urgence pour renforcer la capacité de l’Union à résister à des attaques potentielles contre des infrastructures critiques et, en plus du présent train de mesures liées à l’énergie, la Commission présente une proposition de recommandation du Conseil concernant le renforcement de la résilience des infrastructures critiques.

Aujourd’hui, la Commission présente un cadre d’action renforcé pour mettre en œuvre cette feuille de route et pour relever les défis énergétiques qui se posent cet hiver et se préparer à l’hiver prochain.

L’Europe peut s’appuyer sur ses atouts en se servant du levier du marché unique pour faire de l’achat commun une réalité et en contenant les prix du marché, notamment en fixant une limite aux pics de prix excessifs et en exploitant au mieux les infrastructures existantes pour veiller à ce que le gaz soit acheminé là où il est le plus nécessaire.

Il est temps d’agir, pour cet hiver et au-delà. Les nouvelles mesures relatives à l’énergie qui sont proposées aujourd’hui ont un caractère exceptionnel et temporaire. Elles répondent à la crise actuelle et fournissent une solution qui apporte un soulagement immédiat. Mais elles posent également les fondations de mesures plus structurelles qui renforceront encore la résilience et l’efficience de l’union de l’énergie.

En s’appuyant sur les mesures proposées aujourd’hui, la Commission soumettra des propositions législatives ordinaires à l’examen des colégislateurs, qui ont un rôle crucial à jouer pour veiller à ce que l’Europe bénéficie d’une énergie plus sûre, plus abordable et plus propre au-delà de la crise actuelle. Une de ces propositions traitera de la réforme de la conception du marché de l’électricité.

Entre-temps, la Commission nouera un dialogue étroit avec le Parlement européen, en établissant un groupe de contact permettant un dialogue en temps réel sur la réaction d’urgence à apporter à la crise énergétique.

1.Acheter du gaz ensemble et préserver la sécurité de notre approvisionnement

L’UE sera en mesure d’affronter cet hiver, mais nous devons nous préparer à de possibles autres ruptures d’approvisionnement et jeter des bases saines pour l’hiver suivant. Les projections actuelles montrent que des stocks trop faibles en mars 2023 pourraient entraîner une situation précaire au cours de l’hiver 2023-2024. Par des économies de gaz supplémentaires, l’Union parviendra certes à réduire son exposition aux prix élevés des importations, mais elle devrait aussi utiliser son poids sur le marché pour s’approvisionner en gaz à des prix compétitifs au niveau mondial.

La Commission a resserré ses liens avec des fournisseurs de gaz et de GNL fiables. Elle a conclu des accords avec les États-Unis, le Canada, la Norvège, l’Azerbaïdjan, l’Égypte et Israël. En octobre, l’UE et la Norvège ont créé une task force pour stabiliser les marchés de l’énergie. Le dialogue sur l’énergie entre l’UE et l’Algérie a repris en octobre. La Commission continuera de coordonner et d’intensifier la coopération avec des partenaires fiables.

L’UE continuera de dialoguer avec ses partenaires conformément à la communication conjointe sur la «stratégie énergétique extérieure de l’UE dans un monde en mutation» 5 ; nous intensifions également notre implication et notre solidarité avec les pays des Balkans occidentaux et du partenariat oriental, nos voisins les plus proches. La plateforme énergétique de l’UE est ouverte à nos partenaires de la Communauté de l’énergie. Plus tôt cette année, les réseaux électriques de l’Ukraine et de la Moldavie ont été synchronisés avec le réseau continental. Et au début de ce mois, une nouvelle interconnexion gazière a été inaugurée entre la Bulgarie et la Grèce; elle desservira également la Macédoine du Nord et la Serbie. Alors que toute la région se prépare à un hiver difficile en raison de la guerre de l’énergie imposée par la Russie, il convient d’accélérer ces efforts, dans le but de renforcer l’intégration de la région dans notre union de l’énergie.

Avec le soutien de la plateforme énergétique de l’UE établie en avril 2022, la Commission continuera de renforcer sa coopération à long terme avec tous les partenaires fiables, ainsi que le soutien qu’elle leur apporte, afin d’accroître la production mondiale de gaz provenant de champs existants et nouveaux, tout en remplaçant le gaz russe, et de veiller à ce que l’UE continue d’être approvisionnée en gaz, notamment en GNL. Elle jette également les bases de partenariats dans le domaine de l’hydrogène afin d’atteindre l’objectif de REPowerEU consistant à importer 10 millions de tonnes d’hydrogène vert en 2030. Les discussions avec les partenaires internationaux couvrent également le prix du gaz qu’ils fournissent à l’Europe dans le cadre d’accords mutuellement bénéfiques.

Aujourd’hui, nous proposons de doter l’UE des outils juridiques permettant d’effectuer des achats communs de gaz. La plateforme devrait avant tout coordonner le remplissage des installations de stockage de gaz, conformément à nos objectifs en la matière. Pour les hivers prochains jusqu’à 2025, y compris l’hiver 2023-2024, on estime qu’en cas d’interruption totale de l’approvisionnement russe, il pourrait manquer jusqu’à 100 milliards de m³ par an. Si les stocks sont épuisés à la fin de cet hiver, les remplir à 90 % d’ici à novembre 2023 comme exigé par le règlement sur le stockage de gaz pourrait se révéler plus difficile qu’il ne l’a été pour cet hiver.

Afin de permettre les achats communs, en particulier pour le remplissage des installations de stockage de gaz, la Commission propose:

·une agrégation de la demande au niveau de l’UE et des partenaires de la Communauté de l’énergie, en groupant les besoins d’importation de gaz et en cherchant des offres sur le marché sur cette base;

·la participation obligatoire des États membres à la demande agrégée de l’UE à hauteur d’au moins 15 % de leurs obligations de remplissage des installations de stockage;

·un système d’achat volontaire, permettant aux entreprises de former un consortium européen pour l’achat de gaz. La Commission est prête à accompagner les entreprises dans la conception de ce consortium et à présenter rapidement une décision sur l’inapplicabilité des articles 101 et 102 du TFUE si les conditions de fond pertinentes sont respectées.

L’achat commun favorisera une plus grande égalité d’accès aux nouveaux fournisseurs et aux marchés internationaux et donnera plus de poids aux importateurs européens dans les négociations. Les sources d’approvisionnement russes seront exclues de la participation à la plateforme.

L’achat commun ne se révélera pleinement utile que si la Commission et les États membres font preuve de transparence à l’égard de la plateforme énergétique de l’UE concernant les achats de fourniture de gaz projetés et conclus dans l’Union, afin d’évaluer si les objectifs de sécurité d’approvisionnement et de solidarité énergétique sont atteints. Une coordination étroite avec et entre les États membres vis-à-vis des pays tiers par l’intermédiaire de la plateforme énergétique donnera plus d’efficacité à l’action collective de l’Union. Elle empêchera les États membres et les importateurs de gaz de se livrer à une surenchère et de faire monter les prix.

La disponibilité de capacités dans les terminaux GNL et les gazoducs sera un facteur clé pour la réussite des achats communs. Ce point est d’autant plus important en situation d’urgence, lorsque la congestion des gazoducs et des terminaux crée des goulets d’étranglement lors de la fourniture de gaz, notamment pour le remplissage des installations de stockage. C’est pourquoi la proposition comporte des règles en matière de transparence sur la capacité à long terme inutilisée des terminaux et des gazoducs en cas de congestion à court terme.

Solidarité et livraison du gaz là où il est le plus nécessaire

L’UE a renforcé ses outils pour réaliser des économies de gaz et d’électricité. Aujourd’hui toutefois, nous devons utiliser au maximum les réglementations adoptées pour parvenir à nos objectifs de réduction de la demande. Cela nous aidera à faire face à une nouvelle rupture d’approvisionnement en gaz, et allégera la pression qui pèse sur les marchés internationaux du gaz, et donc sur les prix. La Commission suivra de près les mesures prises pour réduire la demande, ainsi que leurs effets distributifs, en veillant à l’équité des efforts et des contributions entre tous les pans de l’économie et de la société, et elle est prête à déclencher l’alerte de l’Union ou même à revoir les objectifs de réduction de la demande de gaz si les mesures volontaires de réduction de la demande se révèlent insuffisantes pour disposer d’un approvisionnement suffisant pour passer l’hiver.

Afin de renforcer le degré de préparation à de possibles urgences au cours de la période hivernale, la Commission propose des mesures permettant aux États membres, à titre exceptionnel, de réduire la consommation non essentielle, comme le chauffage extérieur, pour garantir l’approvisionnement en gaz d’autres secteurs essentiels, des services et de l’industrie. Cela ne devrait en aucun cas affecter la consommation des ménages qui sont des clients vulnérables.

La solidarité est la pierre angulaire de l’Union, dont elle sous-tend l’efficacité de l’action. Cinq ans après l’adoption du règlement sur la sécurité de l’approvisionnement, seuls six accords de solidarité bilatéraux entre États membres ont été signés, sur les quarante possibles. Ce rythme est trop lent. La Commission propose de renforcer la capacité de l’Union à réagir rapidement en cas d’urgence en établissant des règles par défaut en matière de solidarité, qui garantiront qu’un État membre en situation d’urgence reçoive du gaz des autres en échange d’une compensation équitable. La proposition serait également étendue de manière à ne pas couvrir uniquement les États membres qui sont connectés directement, ou via un pays tiers, mais aussi les États membres dotés d’installations de GNL même lorsqu’ils ne sont pas directement connectés. Le marché unique européen du gaz et les échanges de gaz ininterrompus au sein de l’Union sont des conditions préalables pour que tous les Européens passent un hiver sûr cette année et les suivantes.

2.Lutter contre les prix élevés de l’énergie

Bien que les prix de gros aient diminué depuis leur niveau record de l’été 2022, ils restent à des niveaux intenables pour un nombre croissant d’Européens. De plus en plus de citoyens sont confrontés à la précarité énergétique ou risquent de l’être. Les consommateurs vulnérables sont les plus touchés, mais les entreprises et les ménages, y compris ceux à revenus intermédiaires, ont de plus en plus de mal à faire face à des factures de gaz et d’électricité élevées.

Il y a lieu d’agir, en particulier pour le gaz, compte tenu de son poids pour les ménages et les entreprises et de son incidence sur les prix de l’électricité.

Les prix du gaz sur la principale bourse européenne d’échange de gaz, le Title Transfer Facility (TTF), atteignent des niveaux sans précédent et sont très volatils. Si cela reflète la situation particulière de l’Europe du Nord-Ouest, caractérisée par des pénuries locales et des goulets d’étranglement au niveau des infrastructures, le TTF influence souvent les niveaux de prix dans des contrats à long terme ne concernant pas la région et de nombreuses transactions concernant le GNL. Nous avons besoin d’indices des prix qui tiennent compte des conditions réelles du marché.

La Commission propose donc d’élaborer un nouvel indice de prix de référence complémentaire pour le GNL. Un indice de référence fondé sur le GNL constituerait une base plus précise pour les transactions concernant le GNL, offrant un indice de prix plus équitable et plus transparent. L’Agence de l’Union européenne pour la coopération des régulateurs de l’énergie (ACER) devrait recueillir les informations nécessaires pour créer ce nouvel indice d’ici à la fin de 2022 et l’indice devrait être disponible à temps pour la prochaine saison de remplissage début 2023.

De plus, pour répondre à la crise énergétique actuelle, la Commission propose de mettre en place un mécanisme qui permettrait de limiter les prix par l’intermédiaire de la principale bourse européenne d’échange de gaz, le TTF, et qui serait utilisé lorsque cela est nécessaire. Le mécanisme de correction des prix fixerait, sur une base temporaire, une limite de prix dynamique pour les transactions sur le TTF. Cela permettrait d’éviter l’extrême volatilité des prix et leur niveau excessif. La Commission a déjà présenté ce mécanisme, parmi d’autres solutions, en mars 2022. Aujourd’hui, compte tenu de la nature inédite de la crise énergétique, et en s’appuyant sur le cadre maintenant établi pour les mesures de réduction de la demande, le temps est venu de mettre en place un tel mécanisme.

Afin de limiter la volatilité intrajournalière, la Commission propose d’introduire un nouveau mécanisme temporaire intrajournalier de plafonnement des flambées de prix pour éviter les situations de volatilité excessive des prix et prévenir les flambées de prix extrêmes sur le marché des dérivés sur l’énergie. Un tel mécanisme garantira un mécanisme de formation des prix plus sain sur ces marchés, protégeant les opérateurs énergétiques de l’UE contre de vastes mouvements à la hausse des prix intrajournaliers et les aidant à garantir leur approvisionnement énergétique à moyen terme.

La Commission élaborera avec les États membres des solutions pour limiter l’effet des prix élevés du gaz sur les prix de l’électricité. L’introduction d’un plafonnement des prix du gaz utilisé pour produire de l’électricité a permis de faire baisser les prix en Espagne et au Portugal. L’introduction de cette mesure au niveau de l’Union mérite d’être envisagée, si une solution peut être trouvée à certains problèmes en suspens. Les États membres de l’UE diffèrent les uns des autres en ce qui concerne leur bouquet énergétique, leurs connexions et leurs systèmes électriques. Il convient d’élaborer une solution qui fonctionne pour chacun d’eux et qui prévienne l’augmentation de la consommation de gaz, remédie à l’inégalité de l’incidence financière entre les États membres et gère les flux au-delà des frontières de l’UE.

Enfin, la Commission soutient la nouvelle task force qui a été mise en place par l’ACER et l’Autorité européenne des marchés financiers (AEMF), en collaboration avec les autorités nationales de surveillance du marché de l’énergie et des marchés financiers, pour suivre de près l’évolution du marché de l’énergie. Cette action conjointe permettra d’observer la structure et la dynamique des échanges dans les divers segments des marchés du gaz et de l’électricité. Elle renforcera la surveillance du marché et les éventuelles mesures coercitives nécessaires prises par les autorités de surveillance du marché.

3.atténuer l’incidence des prix élevés du gaz

Outre son action sur les prix, la Commission a mis en place, avec les États membres, des mesures financières et autres pour protéger les consommateurs et les entreprises touchés par le choc externe sur les prix de l’énergie. Il y a lieu de préserver le marché unique, qui a aidé l’Union à faire face aux crises précédentes, et de maintenir un niveau d’emploi élevé. La Commission suivra de près l’évolution de la situation à cet égard. Il est essentiel de rechercher des solutions communes et partagées au niveau de l’UE afin d’éviter des solutions nationales parcellaires qui dépendent de la marge de manœuvre budgétaire propre à chaque État membre.

La Commission entend accorder aux États membres une plus grande latitude pour soutenir leurs entreprises, en modifiant l’encadrement temporaire de crise tout en préservant des conditions de concurrence équitables. Les délais applicables aux aides d’État seront prolongés et, pour que notre action à court terme reste conforme à nos objectifs à long terme, de nouvelles options seront proposées pour permettre aux États membres de soutenir les entreprises qui réduiraient leur demande d’électricité. Cet encadrement offrira aux États membres davantage de possibilités de soutenir les entreprises qui en ont le plus besoin, tout en simplifiant certaines exigences et en maintenant des conditions de concurrence équitables au sein de l’UE. La Commission veillera à ce que toutes les demandes d’aide temporaire présentées par les États membres soient traitées rapidement et de manière cohérente.

Les marchés des dérivés sont essentiels à la poursuite des activités des entreprises du secteur de l’énergie. Toutefois, la flambée des prix et l’extrême volatilité des marchés des dérivés sur l’énergie ont entraîné des problèmes de liquidité pour ces entreprises. Il est de la plus haute importance de donner à nos entreprises énergétiques une marge de manœuvre supplémentaire afin qu’elles puissent assurer les achats et les livraisons de matières premières énergétiques à moyen terme. Telle est la raison pour laquelle la Commission, conformément à l’avis de l’Autorité européenne des marchés financiers (AEMF), est en train d’adopter deux règlements délégués afin d’alléger la pression accrue qui s’exerce sur la liquidité des acteurs non financiers des marchés à la suite de l’augmentation des exigences de marge.

Ces règlements:

·porteront le seuil de compensation pour les contreparties non financières à 4 milliards d’EUR 6 . En dessous de ce seuil, les contreparties non financières ne seront pas soumises aux exigences de marge pour leurs dérivés sur l’énergie négociés de gré à gré;

·élargiront pendant un an la liste des actifs éligibles que les contreparties centrales peuvent accepter pour couvrir leurs risques 7 . Cela permettra aux sociétés non financières 8 ainsi qu’à tous les acteurs du marché d’utiliser des types de garanties supplémentaires dans des conditions spécifiques, pour répondre à leurs appels de marge 9 .

La Commission propose également d’assouplir le cadre de la politique de cohésion pour la période 2014-2020 afin d’aider les États membres et les régions au moyen de mesures ciblées, temporaires et exceptionnelles pour faire face aux défis résultant de la crise énergétique actuelle, jusqu’à un maximum de 10 % des dotations des États membres s’élevant à près de 40 milliards d’EUR. Les montants seront versés sous réserve des fonds disponibles dans les limites des plafonds du cadre financier pluriannuel. Cela permettra d’apporter un soutien aux PME particulièrement touchées par la hausse des prix de l’énergie, contribuera à lutter contre la précarité énergétique par l’octroi d’une aide aux ménages vulnérables et soutiendra l’accès au marché du travail en maintenant l’emploi des salariés et des travailleurs indépendants, grâce à des dispositifs de chômage partiel et des mesures équivalentes.

La réaction à la crise énergétique impose de protéger les fondamentaux de notre économie et, en particulier, de préserver notre marché unique et un niveau d’emploi élevé. Une approche européenne unie et commune est d’une importance capitale pour faire face au risque grave de fragmentation de l’Union.

Concrètement, pour accélérer la transition vers l’abandon des combustibles fossiles russes, il est nécessaire de réévaluer les mesures et le rythme de transition proposés dans le plan REPowerEU. La Commission procédera donc à une analyse des besoins pour REPowerEU. Cette analyse portera sur les investissements dans les infrastructures transfrontières, y compris les interconnexions paneuropéennes essentielles 10 , le stockage de l’énergie, l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables, qui sont nécessaires pour accélérer la transition vers une énergie propre et éviter la fragmentation du marché unique. Elle examinera également la capacité d’absorption des investissements. Ses résultats constitueront la base des propositions de la Commission visant à renforcer la force de frappe financière de l’UE pour REPowerEU de manière à garantir la compétitivité de l’industrie européenne et l’indépendance énergétique dans l’ensemble de l’UE.

4.Protéger et optimiser les infrastructures

Pour donner à l’UE les moyens de faire face à l’évolution du panorama des menaces, il faut faire preuve d’une vigilance et d’une adaptation constantes. La guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine a engendré une nouvelle série de menaces, souvent combinées en une attaque hybride. L’une d’entre elles est le risque pour les infrastructures critiques d’intérêt européen. C’est devenu flagrant avec le sabotage manifeste des gazoducs Nord Stream.

La Commission a déjà annoncé des mesures visant à améliorer la sécurité des infrastructures critiques à la suite des explosions sur les gazoducs. Elle propose donc aujourd’hui une recommandation du Conseil ayant pour objet d’intensifier le soutien de l’UE au renforcement de la résilience des infrastructures critiques et à assurer une coordination au niveau de l’UE, sur le plan de la préparation et de la réaction, ainsi qu’une coopération renforcée pour les infrastructures présentant un intérêt transfrontière. Cette proposition vise à maximiser et à accélérer les travaux destinés à protéger les actifs, les installations et les systèmes qui sont nécessaires au fonctionnement de l’économie et à fournir des services essentiels dans le marché intérieur, auxquels les citoyens ont recours, ainsi qu’à atténuer les effets de toute attaque en assurant la reprise la plus rapide possible. La Commission coopérera avec les États membres en vue de soumettre leurs infrastructures critiques à des tests de résistance, en commençant par le secteur de l’énergie, puis en passant à d’autres secteurs à haut risque tels que la communication, les transports et l’espace. L’exercice de tests de résistance sera complété par l’élaboration d’un plan d’action sur les incidents et les crises liés aux infrastructures critiques, réalisée en concertation avec les États membres et avec le soutien des agences compétentes de l’Union. L’objectif du plan d’action est de décrire et de définir les objectifs et les modes de coopération entre les États membres et les institutions, organes et organismes de l’UE en matière de réaction aux incidents concernant des infrastructures critiques, en particulier lorsque ceux-ci entraînent des perturbations importantes de la fourniture de services essentiels pour le marché intérieur. En outre, la Commission et le haut représentant renforceront la coopération avec les principaux partenaires en matière de résilience des infrastructures critiques, ainsi qu’avec l’OTAN dans le cadre du dialogue structuré UE-OTAN, et une task force sera mise en place avec l’OTAN à cette fin.

Parallèlement, afin d’optimiser l’utilisation des infrastructures de gaz et de GNL, la Commission propose de nouveaux outils pour fournir davantage d’informations sur les capacités d’infrastructure disponibles, ainsi que de nouveaux mécanismes visant à garantir qu’aucune entreprise ne pourra réserver des capacités sans les utiliser. De tels mécanismes existent déjà, mais la réaffectation des capacités peut prendre plusieurs mois. Notre proposition vise à permettre une réaction rapide, notamment en cas de congestion à court terme. Le bon fonctionnement des infrastructures est particulièrement important pour les États membres enclavés, qui ne jouissent pas d’un accès direct au GNL et qui, partant, disposent de moyens moins évidents pour diversifier leur approvisionnement.

Il nous faut également passer à la vitesse supérieure, accélérer la production d’énergies renouvelables dans l’UE et atteindre nos objectifs climatiques à long terme. Les procédures d’octroi de permis pour les projets liés aux énergies renouvelables demeurent trop longues. Il est essentiel de veiller à ce que les nouveaux projets ne menacent pas la biodiversité et soient bien acceptés par les citoyens, mais il est possible de réduire les procédures y afférentes tout en respectant ces exigences. Dans le cadre de REPowerEU, la Commission a déjà présenté des propositions visant à accélérer l’octroi de permis. Étant donné qu’il est urgent de garantir une sécurité d’approvisionnement suffisante et d’accélérer le déploiement des énergies renouvelables, la Commission invite instamment les législateurs à parvenir rapidement à un accord sur ces propositions. La Commission est prête à élaborer une proposition spécifique visant à simplifier et à raccourcir directement les procédures administratives d’octroi de permis applicables à certains projets dans le domaine des énergies renouvelables, de manière coordonnée et harmonisée dans l’ensemble de l’UE.

Conclusion: une union de l’énergie plus forte

L’ampleur de la crise énergétique actuelle est sans précédent. Elle nécessite une réaction d’urgence extraordinaire commune, et ce dans un esprit de solidarité. L’Union a déjà pris des mesures décisives, et elle est prête à aller plus loin.

Au cours de l’année écoulée, la Commission a présenté et mis en œuvre plusieurs initiatives, passant progressivement d’une action de facilitation au niveau national à la mise en place d’une stratégie intégrée de sécurité d’approvisionnement ainsi que, plus récemment, à des mesures d’urgence visant à dissocier les factures d’électricité des consommateurs et des entreprises du prix du gaz, à coordonner la réduction de la demande d’électricité, à étoffer la boîte à outils des États membres pour protéger les consommateurs et les entreprises des prix élevés de l’énergie et à imposer une contribution de solidarité au secteur fossile.

Le nouveau paquet de mesures d’urgence va plus loin dans la solidarité et dans l’intégration, en mettant le poids de notre marché unique au service de la sécurité de notre approvisionnement, du caractère abordable et durable de l’énergie, et de l’accès à des services essentiels pour tous et toutes.

La Commission se tient prête à dialoguer immédiatement avec le Conseil et à l’aider à progresser rapidement, à commencer par le Conseil «Énergie» du 25 octobre.

La solidarité et les actions conjointes constituent la réaction la plus efficace face à cette crise et, en unissant leurs forces, l’UE et ses États membres surmonteront les difficultés et créeront une véritable union de l’énergie compétitive.



ANNEXE

Mesures proposées dans le paquet

Acheter du gaz ensemble et préserver notre sécurité d’approvisionnement

Coordonner et intensifier les négociations sur l’approvisionnement énergétique avec tous les partenaires fiables

Tirer parti de l’envergure du marché européen au moyen d’une plateforme d’achat commun afin d’obtenir des approvisionnements supplémentaires pour le remplissage des installations de stockage (proposition au titre de l’article 122)

Proposition de la Commission visant à renforcer la capacité de l’Union à réagir rapidement en cas d’urgence en définissant des règles par défaut en matière de solidarité (proposition au titre de l’article 122)

Lutter contre les prix élevés de l’énergie

La Commission propose d’élaborer un indice de référence spécifique pour le GNL d’ici la fin de 2022 (proposition au titre de l’article 122)

La Commission propose de mettre en place un mécanisme de plafonnement des prix sur la principale bourse européenne d’échange de gaz

La Commission propose la mise en place d’un nouveau mécanisme temporaire intrajournalier de plafonnement des flambées de prix pour éviter des situations de volatilité excessive et pour ralentir l’augmentation des prix sur les marchés des dérivés sur l’énergie

Atténuer l’incidence des prix élevés du gaz

La Commission modifiera l’encadrement temporaire de crise en matière d’aides d’État avant la fin du mois d’octobre

La Commission, en coopération avec l’Autorité européenne des marchés financiers, propose deux règlements délégués visant à alléger la pression accrue sur la liquidité des acteurs des marchés non financiers résultant de l’augmentation des exigences de marge.

Des fonds supplémentaires dans le cadre de la politique de cohésion (modification du règlement portant dispositions communes) et de REPowerEU

Protéger et optimiser les infrastructures

Recommandation du Conseil sur les infrastructures critiques

Proposition de la Commission consistant à utiliser de nouveaux outils pour assurer une plus grande transparence en matière de capacité (proposition au titre de l’article 122)

Accélérer la production d’énergies renouvelables grâce à des procédures d’octroi de permis plus rapides

(1)

EUR-Lex - 52022DC0360 - FR - EUR-Lex (europa.eu)

(2)

EUR-Lex - 52022PC0473 - FR - EUR-Lex (europa.eu)

(3)

À confirmer sur la base des informations communiquées par les États membres sur la mise en œuvre du règlement sur les économies de gaz, attendues le 15 octobre au plus tard

(4)

Résolution du Parlement européen du 5 octobre 2022 sur la réaction de l’Union à la hausse des prix de l’énergie en Europe [ 2022/2830(RSP) ]

(5)

JOIN(2022) 23 final

(6)

Règlement délégué (UE) XX de la Commission complétant le règlement (UE) nº 648/2012 du Parlement européen et du Conseil (EMIR) en ce qui concerne la valeur du seuil de compensation pour les instruments dérivés sur matières premières

(7)

Règlement délégué (UE) XX de la Commission modifiant les normes techniques de réglementation définies dans le règlement délégué (UE) nº 153/2013 en ce qui concerne des mesures d’urgence temporaires relatives aux exigences en matière de collatéral

(8)

Agissant en tant que membres compensateurs.

(9)

Dans ses documents «questions-réponses» publics, l’AEMF confirmera également que d’autres actifs, tels que les titres de créance à court terme émis par les entreprises ou les obligations de l’UE, peuvent être utilisés comme collatéral pour répondre aux appels de marge.

(10)

Il convient de privilégier les projets contribuant à l’achèvement du marché intérieur de l’énergie et ceux qui revêtent une forte dimension transfrontière, par exemple les connexions essentielles entre le Portugal, l’Espagne et la France et les interconnexions électriques Nord-Sud en Europe Centre-Est et Sud-Est. Les projets soutenus devraient améliorer l’interconnexion des réseaux européens de gaz et d’électricité, le stockage de l’énergie et la construction d’infrastructures adaptées à l’hydrogène.