Initiative législative52022IE0730

Initiative législative — 52022IE0730

CELEX52022IE0730
TypeInitiative législative
Datejeudi 27 octobre 2022

Texte intégral

28.2.2023

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 75/82


Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Pôles d’innovation numérique et PME»

(avis d’initiative)

(2023/C 75/12)

Rapporteur:

Giuseppe GUERINI

Corapporteur:

Nicos EPISTITHIOU

Décision de l’assemblée plénière

20.1.2022

Base juridique

Article 52, paragraphe 2, du règlement intérieur

Avis d’initiative

Compétence

Commission consultative des mutations industrielles (CCMI)

Adoption en section

13.9.2022

Date de l’adoption en session plénière

27.10.2022

Session plénière no

573

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

136/0/0

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le CESE est fermement convaincu que l’économie européenne peut tirer parti des transitions numérique et écologique pour devenir plus compétitive, durable, résiliente et autonome.

1.2.

Pour atteindre ces objectifs, l’Union européenne doit améliorer ses capacités de R&D et d’innovation et accroître la diffusion des technologies auprès de la population, des administrations publiques et des entreprises.

1.3.

Le Comité estime que les investissements de l’Union en matière de R&D devraient être portés à 3 % du PIB dans les meilleurs délais. L’Union doit développer des compétences distinctes dans le domaine des technologies numériques de nouvelle génération et veiller à ce qu’elles fassent partie intégrante des modèles économiques des entreprises de l’Union.

1.4.

La double transition ouvre de nombreuses possibilités de renforcer la compétitivité des PME, mais elle peut également constituer une menace. Pour éviter les risques liés à ce contexte, il importe d’accompagner les PME européennes dans ces transitions grâce à une panoplie de politiques et d’instruments.

1.5.

Si certaines PME peuvent faire preuve d’une très grande capacité d’innovation, les PME traditionnelles éprouvent des difficultés à mener la double transition en raison de limites financières et organisationnelles, ainsi que par manque de compétences.

1.6.

Il y a lieu d’améliorer de manière radicale l’accès des PME au financement de l’innovation dans tous les États membres, notamment par le recours au financement sur fonds propres et à des incitations fiscales liées aux technologies et aux compétences numériques.

1.7.

Les pôles d’innovation numérique (PIN) fonctionnent comme des guichets uniques qui fournissent des analyses et des solutions pour aider les entreprises à mener à bien cette double transition. Le CESE estime que les entreprises de l’Union, même celles relevant de l’économie sociale, devraient être plus nombreuses à participer aux activités des PIN et que les résultats de ces activités devraient être mieux diffusés, en particulier auprès des PME.

1.8.

Les PIN peuvent servir de plateformes pour tester des solutions technologiques avant d’investir («test before invest»), échanger de bonnes pratiques et développer des compétences numériques. Ils peuvent également jouer un rôle majeur dans l’exploitation du potentiel des technologies numériques en faveur de la durabilité.

1.9.

Le Comité estime qu’il manque une vision claire sur le développement futur des PIN, en particulier à la lumière des nouveaux pôles européens d’innovation numérique (PEIN). Il est nécessaire d’introduire des indicateurs de performance clés qui mesurent les performances des PIN afin de faire de ces derniers les principaux centres européens pour l’innovation inclusive des PME.

1.10.

Le CESE estime que les PIN devraient faire office d’«échelons intermédiaires», conçus pour entendre les demandes des PME et sélectionner les outils et solutions adéquats pour les guider. Il est primordial de sensibiliser le public au rôle important que peuvent jouer les PIN.

1.11.

Le Comité constate que plusieurs politiques en faveur des PME ne sont pas mises en œuvre au niveau national et qu’il existe de sérieuses lacunes dans la communication au sujet de ces mécanismes destinés aux PME. L’Union et les États membres doivent s’engager conjointement à sensibiliser les acteurs concernés aux initiatives européennes et nationales existantes qui visent à aider les PME, en insistant notamment sur les avantages de l’adhésion au réseau des PIN.

1.12.

Le CESE estime qu’il convient de garantir un financement adéquat des activités des PIN; il peut aussi bien s’agir de programmes de développement des entreprises et de soutien à la recherche et à l’innovation que de financements subventionnés aux entreprises et de participations à des appels d’offres.

1.13.

Le CESE estime que les PIN devraient se consacrer principalement au soutien aux économies régionales et aux systèmes locaux de PME; il recommande en outre que soient établis une cartographie régionale des pôles existants ainsi qu’un plan d’action axé sur le développement régional et l’amélioration des taux d’inclusion et de participation. La coopération entre les grandes entreprises et les PME peut faire progresser l’innovation numérique jusqu’à des niveaux supérieurs, en tirant parti du potentiel encore inexploité de l’innovation fondée sur la chaîne d’approvisionnement.

1.14.

Le CESE constate que la répartition des PIN varie d’une région européenne à l’autre, l’Europe de l’Est et l’Europe du Sud-Est étant en retrait. La réduction des disparités entre les États membres et les régions est d’une importance capitale pour le progrès européen.

1.15.

Les PIN doivent soutenir les PME dans le perfectionnement et la reconversion de leur main-d’œuvre, y compris des entrepreneurs, notamment pour garantir l’employabilité future dans des contextes évoluant rapidement. Il convient de renforcer les systèmes éducatifs avec une attention toute particulière accordée aux sciences, technologie, ingénierie et mathématiques (STIM), en commençant par les écoles primaires. En outre, l’enseignement secondaire et supérieur technique et professionnel, de même que les universités locales, ont également un rôle important à jouer. Les compétences numériques constituent un facteur essentiel pour parvenir à une numérisation complète et attirer les jeunes talents, y compris dans les secteurs traditionnels.

1.16.

Les syndicats, les organisations de la société civile, les associations d’employeurs et les pouvoirs publics doivent collaborer à la fois pour gérer les missions et les stratégies des PIN et pour élaborer des programmes d’apprentissage tout au long de la vie et de formation professionnelle qui garantissent une employabilité continue sur des lieux de travail et avec des salaires décents, tout en protégeant les droits sociaux des travailleurs et en favorisant la participation active. Le dialogue social est essentiel dans ce processus, tout comme la nécessité de garantir l’égalité entre les hommes et les femmes.

2. Contexte de la proposition et considérations générales

2.1.

La transformation numérique a des effets extraordinaires sur l’économie, l’environnement et la société dans son ensemble. Elle augmente la productivité des systèmes économiques, améliore les services publics et la qualité de vie des populations tout en faisant émerger de nouvelles évolutions. Les entreprises et les organisations, qu’elles soient publiques ou privées, commerciales ou sociales, qui se sont engagées sur la voie de la transformation numérique ont amélioré leurs services, leurs produits et leurs processus et sont devenues plus compétitives.

2.2.

Les craintes liées aux conséquences négatives de la numérisation sur l’emploi ont également été replacées dans un contexte moins confus: les activités hautement standardisées dans les secteurs plus exposés à la concurrence présentent effectivement des risques de réaffectation des travailleurs, mais ces risques sont nettement moins élevés dans les secteurs caractérisés par une plus grande valeur ajoutée ainsi que dans l’industrie manufacturière. De manière générale, l’économie européenne peut tirer parti des transitions numérique et écologique pour devenir plus compétitive, durable, résiliente et autonome.

2.3.

La transformation numérique induit des changements fondamentaux et rapides. Par conséquent, les organisations doivent constamment s’adapter au rythme frénétique du changement, notamment en se réinventant. Véritable épine dorsale de l’économie européenne, les PME figurent parmi les organisations qui ont le plus souffert de la transformation numérique.

2.4.

Les PME traditionnelles ont tendance à concentrer leurs ressources, limitées en termes de financement, de capital humain et de structure organisationnelle, sur des activités et des pratiques consolidées. Même les PME qui font preuve d’un grand esprit d’innovation ont tendance à préférer l’innovation progressive (la «moyenne technologie») à l’innovation radicale (la «haute technologie») typique du domaine numérique. Pour leur financement, les PME ont également recours à des prêts bancaires traditionnels, dont l’obtention est parfois entravée par l’absence de garanties ou d’antécédents en matière de crédit. Il serait possible de mettre en place de meilleures possibilités de financement, en particulier en ce qui concerne le financement sur fonds propres, qui reste moins développé dans l’Union européenne qu’aux États-Unis, par exemple, où de nombreux financements sont disponibles même à des seuils où la dette ne peut être remboursée.

2.5.

La pandémie de COVID-19 a accéléré les processus de transformation numérique: des aspects essentiels de l’économie et de la société ont soudainement commencé à se dérouler de manière virtuelle, notamment le travail, le commerce, l’enseignement, la communication ou encore le divertissement. Pour survivre, les PME ont également dû se forger une présence numérique.

2.6.

La pandémie a aussi limité les flux commerciaux et perturbé les chaînes de valeur mondiales, démontrant ainsi la nécessité urgente pour l’Europe d’accéder à un niveau beaucoup plus élevé d’indépendance technologique. C’est dans cette direction qu’évoluent les stratégies de l’Union visant à mettre au point des solutions autonomes et hautement compétitives dans des technologies clés pour l’avenir. Ces changements impliquent des choix politiques qui doivent être accueillis et encouragés. Bien que des progrès aient été accomplis, une grande marge d’amélioration subsiste quant à la transformation numérique des entreprises, des pouvoirs publics et d’autres organisations.

2.7.

Le CESE estime que d’ici à 2050, la compétitivité de l’Union européenne dépendra principalement de sa capacité à produire des solutions innovantes et à les diffuser dans la société et l’économie. À cette fin, et comme le souligne la Commission européenne dans son programme pour une Europe numérique (1), l’Union doit créer un ensemble distinct de compétences dans les technologies numériques de nouvelle génération, telles que l’internet des objets, les mégadonnées, l’intelligence artificielle, la robotique, l’informatique en nuage et les chaînes de blocs, mais aussi veiller à faire de ces technologies génériques un élément permanent des modèles économiques des entreprises européennes, y compris par l’intermédiaire des activités des pôles d’innovation numérique. Dans un souci de clarté, l’appellation «PIN» utilisée dans le présent avis désigne à la fois les PIN et les PEIN.

2.8.

Les considérations relatives à la transition numérique sont également valables pour la transition écologique. Les deux phases de la transition systémique présentent de nombreux points communs et elles créent une double charge pour les PME, tout en apportant aussi, bien entendu, diverses possibilités qui doivent être soigneusement évaluées.

2.9.

La numérisation de l’industrie européenne aura une incidence directe sur la réalisation des objectifs climatiques du pacte vert et sur les objectifs de développement durable (ODD) du programme à l’horizon 2030. Toutefois, les projets numériques avancés requièrent également de grandes quantités d’énergie, et le CESE estime que les PEIN peuvent jouer un rôle majeur dans l’étude de l’incidence de la numérisation sur la transition écologique. La production durable et les modèles d’entreprise circulaires en Europe ne peuvent être réalisés qu’au moyen d’investissements importants dans les technologies émergentes.

2.10.

Ces défis exigent un développement rapide et énergique de la capacité technologique de l’Union. Le CESE fait observer que l’Union reste en retard au plan des investissements dans la recherche et le développement par rapport au PIB (2,32 % en 2020 contre 3,08 % aux États-Unis et 3,2 % au Japon) (2). Ces investissements devraient être portés à 3 % du PIB dans les meilleurs délais pour permettre à l’Union d’affronter la concurrence mondiale dans le monde de la transition numérique.

2.11.

Au niveau européen, les entreprises, et pas uniquement les PME, peinent à adopter les nouvelles technologies. Le CESE a expliqué dans plusieurs avis que, si la transformation numérique offre d’importantes possibilités pour les entreprises dans l’ensemble de l’Union, un grand nombre de ces entreprises sont toujours confrontées à des obstacles et à des incertitudes juridiques, notamment en ce qui concerne les activités transfrontières. Pour de nombreuses PME, ces incertitudes viennent s’ajouter à un accès insuffisant aux financements ou aux ressources d’investissement, ainsi qu’à la pénurie de compétences.

2.12.

C’est pourquoi il importe de mettre au point des outils qui aident les PME à combler ces lacunes et de renforcer les outils existants. Les principaux instruments à cette fin sont les pôles d’innovation numérique. Le CESE estime que les entreprises d’Europe devraient être plus nombreuses à collaborer avec les PIN et que les résultats obtenus devraient être mieux diffusés, en particulier auprès des PME.

3. Les pôles d’innovation numérique comme infrastructures de soutien aux PME

3.1.

Les pôles d’innovation numérique sont des entités distinctes les unes des autres (sur le plan organisationnel, mais aussi en ce qui concerne la gouvernance et les services fournis) créées dans toute l’Europe pour aider les PME à traverser la transformation numérique. Les pôles d’innovation numérique (PIN) fonctionnent comme des guichets uniques qui fournissent des analyses et des solutions pour aider les entreprises à mener à bien cette double transition.

3.2.

Ils fournissent aux PME des services à valeur ajoutée tels que le perfectionnement et la reconversion de la main-d’œuvre, des conseils sur l’innovation, les technologies, les stratégies, la finance, la transition écologique et l’économie circulaire. Ils offrent aussi souvent des infrastructures et des plateformes technologiques permettant de tester des solutions technologiques avant de réaliser des investissements («test before invest»).

3.3.

Le vaste réseau de PIN en Europe fait actuellement l’objet d’une restructuration majeure. Les PIN européens récemment sélectionnés (appelés «pôles européens d’innovation numérique» ou PEIN) seront financés à 50 % par les fonds du programme pour une Europe numérique et à 50 % par des fonds nationaux et régionaux, et seront chargés de soutenir la numérisation des PME et des pouvoirs publics. À la suite de l’adoption du programme pour une Europe numérique, les premiers PEIN seront opérationnels à partir de septembre 2022. Les PIN actuels continueront de soutenir la transformation numérique des PME et des régions en puisant dans les ressources du programme Horizon Europe et du FEDER. Le CESE estime que les différentes appellations qui coexistent pourraient prêter à confusion parmi les entités qui bénéficient des services.

3.4.

Le CESE estime qu’il n’existe pas de vision claire sur le développement futur des PIN. Par conséquent, il demande que soient mis en place des indicateurs clés de performance clairs permettant de mesurer les performances des PIN au fil du temps et de quantifier les progrès réalisés au niveau européen dans le cadre de la stratégie de numérisation des PME. Les PIN doivent devenir un réseau complet de guichets uniques chargés de répondre aux besoins des PME sur le plan numérique.

3.5.

Les PEIN seront plus uniformes quant à leur taille, leur gouvernance et leurs tâches. Ils jouiront d’une présence géographique assez étendue et développeront des capacités spécifiques et de haut niveau dans les différentes «technologies clés génériques» définies par le programme pour une Europe numérique. Ils contribueront à la transformation numérique des entreprises, en particulier les PME et les entreprises de taille intermédiaire (ETI), ainsi que des pouvoirs publics.

3.6.

Bien que l’approche fondée sur les technologies clés génériques et les technologies de pointe adoptée par la Commission pour les PEIN soit cohérente avec les objectifs de compétitivité technologique de l’Europe énoncés dans le programme pour une Europe numérique, elle suscite des inquiétudes quant à sa capacité à s’adapter aux parcours d’innovation des PME.

3.7.

Le CESE tient pour essentiel, dans le cadre de la stratégie visant à accroître la capacité numérique des PME, d’accorder une plus grande attention à la nature de la demande émanant de ces types d’entreprises, ainsi qu’aux éventuels problèmes critiques qui pourraient se poser lors de ces processus induisant un changement radical. Pour ce faire, il faut pouvoir accorder une attention accrue aux besoins des PME et collaborer avec diverses parties prenantes, y compris les grandes entreprises, dans le cadre de programmes d’innovation spécifiques.

3.8.

Les PME ne disposent d’aucun rôle organisationnel officiel en matière d’innovation et de R&D, et leur vision de l’innovation est principalement axée sur un niveau moyen de technologie (à savoir l’intégration des technologies établies) et sur l’innovation progressive (graduelle et plus lente que l’innovation numérique radicale), qui se développe également par des moyens informels ou semi-formels d’échange d’expertise et d’expérimentation avec d’autres entreprises, y compris dans le cadre de relations de sous-traitance. Il serait également possible d’introduire des technologies clés dans les PME en établissant des trajectoires de développement stratégique et technologique qui intègrent ces technologies.

3.9.

Pour les PME, les processus d’innovation nécessitent donc une «couche intermédiaire» entre l’offre et la demande. Ce niveau intermédiaire devrait être conçu pour entendre les demandes (même faibles) et sélectionner les outils et solutions les mieux appropriés parmi une offre trop abondante et chaotique de réponses technologiques. Les PIN pourraient remplir cette fonction de «couche intermédiaire». Il est primordial de sensibiliser le public au rôle important que peuvent jouer les PIN.

3.10.

Les résultats engrangés par les PIN à cet égard peuvent déjà être considérés comme positifs. La banque européenne d’investissement a déclaré: «Les données recueillies montrent que les pôles d’innovation numérique jouent un rôle majeur dans le soutien apporté aux PME européennes en vue de la transformation numérique. […] Plus de 70 % des entreprises interrogées qui avaient eu recours à un pôle d’innovation numérique pensent que le soutien qu’elles ont reçu a amélioré leur parcours numérique».

3.11.

Les pôles d’innovation numérique peuvent également contribuer largement à la promotion de la numérisation des entreprises de l’économie sociale, en particulier pour celles opérant dans le secteur de la protection sociale et des soins à domicile, où les technologies numériques peuvent contribuer à améliorer les services en répondant aux besoins des personnes handicapées.

4. Propositions visant à améliorer les politiques européennes en matière d’innovation numérique pour les PME

4.1.

Le CESE salue l’attention accordée aux PME ainsi que le nombre de politiques et de programmes conçus pour les soutenir. Il constate toutefois que l’approche globale de la Commission n’est pas suffisamment axée sur les processus et les besoins des PME. En outre, ces politiques ne sont pas toutes mises en œuvre au niveau national, et il existe de sérieuses lacunes dans la communication au sujet de ces mécanismes auprès des PME. La sensibilisation aux initiatives européennes et nationales doit devenir une priorité qui doit incomber à la fois aux institutions européennes et aux États membres.

4.2.

Le CESE estime que, pour mettre en œuvre les missions des PIN, un financement adéquat doit être assuré par l’intermédiaire de diverses sources, notamment les programmes de développement des entreprises et de soutien à la recherche et à l’innovation aux niveaux régional, national et européen, mais aussi les financements subventionnés pour les entreprises et la participation aux appels d’offres. Du côté des PME, il faut prévoir la possibilité de bénéficier d’incitations fiscales liées aux investissements dans l’innovation numérique et les compétences connexes.

4.3.

Le CESE estime que les PIN devraient jouer un rôle clé pour un développement harmonieux et équilibré de l’économie et de l’emploi dans l’Union et, en particulier, pour accompagner la double transition numérique et écologique des PME. À cette fin, ils devraient également déployer la fourniture de services dits «non marchands» dans le cadre d’activités de formation et de sensibilisation, et les coûts de ces activités d’intérêt public devraient être couverts par un financement public.

4.4.

Le CESE estime que les PIN devraient avant tout faire office d’intégrateurs de systèmes, faisant correspondre les besoins des PME aux solutions technologiques adéquates. À cette fin, il est essentiel que les PIN développent leur capacité à fonctionner en tant que plateformes locales d’innovation, réunissant les compétences et les ressources des réseaux locaux d’innovation (et éventuellement des réseaux externes) et la demande/les possibilités découlant des systèmes de production locaux, avant de développer des compétences spécifiques dans des technologies clés individuelles spécifiques à d’autres entités de recherche et d’innovation (centres de recherche, universités, grandes entreprises).

4.5.

Compte tenu de la normalisation des processus et des incitations en faveur de la coopération transfrontière et du partage de connaissances, d’expériences et de pratiques, y compris au moyen d’une plateforme numérique partagée, le CESE estime que les PIN devraient se concentrer principalement sur le soutien aux économies régionales et aux réseaux locaux de PME. Le CESE recommande dès lors que soient établis une cartographie régionale des pôles existants, en collaboration avec les organisations d’employeurs de PME, ainsi qu’un plan d’action axé sur le développement régional et l’amélioration des taux d’inclusion et de participation.

4.6.

Le CESE constate que la répartition des PIN varie encore d’une région européenne à l’autre et que les pays d’Europe de l’Est et du Sud-Est ayant enregistré un faible taux de numérisation au cours des dernières années sont à la traîne. Dans un précédent avis, le CESE a affirmé que «combler le fossé numérique […] constituera l’une des premières priorités. […] La pandémie a mis en lumière tant les avantages que les inconvénients de la communication numérique, en particulier pour les personnes vivant dans les zones rurales». La réduction des disparités entre les États membres et les régions est d’une importance capitale pour le progrès européen.

4.7.

Le CESE estime que, pour encourager les PME à mener à bien les transitions numérique et écologique, deux aspects essentiels doivent être contrôlés et traités de façon adéquate: la large diffusion des compétences numériques et la coopération entre les entreprises, à commencer par les chaînes de production et d’approvisionnement.

4.8.

Les compétences numériques sont un facteur essentiel, en particulier pour les PME, étant donné qu’elles constituent le principal obstacle à la numérisation complète, même en présence de fortes incitations financières à l’investissement. Pour les PME, le perfectionnement et la reconversion concernent à la fois la main-d’œuvre employée et les entrepreneurs qui participent directement aux processus de production et aux décisions en matière d’innovation et d’investissement. Lorsque les compétences numériques d’un entrepreneur sont insuffisantes, il ne peut pas tirer parti des possibilités offertes par les technologies numériques, ce qui constitue un sérieux obstacle à la compétitivité de son entreprise et aura une incidence négative sur l’emploi.

4.9.

Les PME ne disposent d’aucun rôle organisationnel officiel en matière d’innovation et de R&D, et leur vision de l’innovation est principalement axée sur un niveau moyen de technologie (à savoir l’intégration des technologies établies) et sur l’innovation progressive (graduelle et plus lente que l’innovation numérique radicale), qui se développe également par des moyens informels ou semi-formels d’échange d’expertise et d’expérimentation avec d’autres entreprises, y compris dans le cadre de relations de sous-traitance. Il serait également possible d’introduire des technologies clés dans les PME en établissant des trajectoires de développement stratégique et technologique qui intègrent ces technologies.

4.10.

Les syndicats, les organisations non gouvernementales, les organisations de la société civile, les associations d’employeurs et les pouvoirs publics, qui sont chargés d’orienter les missions et les stratégies des PIN, doivent collaborer pour élaborer des programmes de perfectionnement, de reconversion, d’apprentissage tout au long de la vie et de formation professionnelle qui garantissent une employabilité continue de la main-d’œuvre, de même que des lieux de travail et des salaires décents, tout en protégeant les droits sociaux des travailleurs. Les travailleurs doivent jouer un rôle de premier plan dans les processus de transformation numérique, et l’égalité entre les hommes et les femmes doit être garantie. À cet effet, le dialogue social est essentiel et doit être favorisé pour déterminer les besoins à court et à moyen terme ainsi que les effets politiques à long terme.

4.11.

La coopération entre les grandes entreprises et les PME, en commençant par les chaînes de production et d’approvisionnement, pourrait faire progresser l’innovation numérique comme jamais auparavant, en surmontant de nombreux obstacles en matière de connaissance, de standardisation et de coûts.

4.12.

Le CESE estime que le futur rôle stratégique des PEIN dépend de deux facteurs: d’une part, leur capacité à traduire les besoins, les contraintes et les possibilités des PME en ce qui concerne la recherche, le développement et l’innovation pour concevoir plus efficacement des politiques qui mettent en avant la pertinence et la qualité des PME; d’autre part, la capacité à améliorer notre écosystème social et entrepreneurial afin de contribuer à le rendre plus résilient et davantage tourné vers l’avenir.

Bruxelles, le 27 octobre 2022.

La présidente du Comité économique et social européen

Christa SCHWENG


(1) Règlement (UE) 2021/694 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2021 établissant le programme pour une Europe numérique et abrogeant la décision (UE) 2015/2240 (JO L 166 du 11.5.2021, p. 1).

(2) Eurostat, Dépenses intérieures brutes de recherche et de développement, 2010-2020 [en anglais].