Initiative législative — 52022IE0743
| CELEX | 52022IE0743 |
| Type | Initiative législative |
| Date | mercredi 21 septembre 2022 |
Texte intégral
| 21.12.2022 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 486/23 |
Avis du Comité économique et social européen sur le financement d’un fonds d’ajustement climatique à l’aide du Fonds de cohésion et de l’instrument de l’Union européenne pour la relance
(avis d’initiative)
(2022/C 486/04)
| Rapporteur: | Ioannis VARDAKASTANIS |
| Corapporteure: | Judith VORBACH |
| Décision de l’assemblée plénière | 20.1.2022 |
| Base juridique | Article 52, paragraphe 2, du règlement intérieur |
|
| Avis d’initiative |
| Compétence | Section «Union économique et monétaire et cohésion économique et sociale» |
| Adoption en section | 9.9.2022 |
| Adoption en session plénière | 21.9.2022 |
| Session plénière no | 572 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 139/3/3 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | L’Union européenne prend actuellement des mesures importantes pour lutter contre le changement climatique et réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES). Les politiques de l’Union en matière de climat, d’environnement et d’énergie sont conçues dans une perspective à long terme afin de contribuer à prévenir les conséquences les plus graves de l’urgence climatique à laquelle le monde est confronté. Toutefois, cela pourrait s’avérer encore insuffisant. |
| 1.2. | Si l’engagement de l’Union est important, les conséquences du changement climatique et de la raréfaction des ressources se font malheureusement déjà ressentir. L’Union doit donc s’adapter à une réalité qu’elle n’a pas connue auparavant. Si elle est déterminée à juste titre à éviter une aggravation de la situation, elle n’est toutefois pas préparée à faire face aux urgences climatiques imprévues, aux crises énergétiques et aux catastrophes naturelles. |
| 1.3. | Depuis 2021, nous avons connu deux situations d’urgence très notables face auxquelles les mécanismes de financement de l’Union se sont révélés mal équipés pour apporter une réponse. La première est l’ensemble de destructions causées par les inondations et les incendies de forêt dans toute l’Europe au cours de l’été 2021. La seconde est la crise énergétique actuelle, avec la nécessité pour l’Union d’accéder à l’autonomie énergétique à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. |
| 1.4. | Le mécanisme dont l’Union dispose actuellement pour faire face aux catastrophes naturelles est le Fonds de solidarité de l’Union européenne (FSUE). Toutefois, son budget est dérisoire au regard des coûts des dommages causés par les catastrophes naturelles récentes et devrait être considérablement augmenté. Le financement consacré par l’Union à la transition vers une énergie verte est plus important, mais ne tient pas compte de l’urgence des besoins actuels de l’Union en matière d’autonomie en énergie et de l’immense risque que représente la précarité énergétique, comme le CESE l’a souligné dans son avis intitulé «Lutte contre la précarité énergétique et résilience de l’Union: enjeux économiques et sociaux» (1). |
| 1.5. | Le CESE estime que l’Union a besoin d’un nouveau mécanisme de financement capable d’apporter une aide immédiate et ambitieuse aux États membres dans de telles situations d’urgence. Il propose dès lors la création d’un nouveau Fonds d’adaptation au changement climatique. Ce dernier devrait être alimenté par une réaffectation de ressources de l’Union existantes, provenant notamment du Fonds de cohésion et de la facilité pour la reprise et la résilience (FRR), mais ces ressources seraient gérées de manière rationalisée et cohérente par l’intermédiaire de ce nouveau fonds. |
| 1.6. | Dans le cadre de la modernisation de l’environnement de financement, l’on pourrait également prévoir d’élargir le champ d’application des programmes existants et de les renforcer, et envisager de considérer l’instrument de l’Union européenne pour la relance (NextGenerationEU) comme modèle pour un nouvel instrument de financement. |
| 1.7. | Compte tenu des besoins importants en investissements, le CESE recommande également à la Commission d’envisager de renforcer le Fonds d’adaptation au changement climatique en encourageant les investissements et les contributions privés. En ce qui concerne plus particulièrement les catastrophes naturelles, la Commission et les États membres devraient également s’efforcer d’accroître et de faciliter la couverture d’assurance et d’utiliser le système d’assurance comme un moyen d’orienter directement les financements vers l’amélioration de la résilience face au changement climatique, en particulier dans les zones à risque, afin de réduire la dépendance à l’égard du soutien financier de l’Union. |
| 1.8. | Le Fonds d’adaptation au changement climatique doit être adaptable, flexible et prêt à réagir aux crises nouvelles et émergentes dans les années et les décennies à venir. |
| 1.9. | Il est essentiel que le fonctionnement du Fonds d’adaptation au changement climatique, davantage axé sur des réponses rapides et urgentes, soit cohérent avec les politiques globales de l’Union en matière de climat, d’environnement et d’énergie, qui, à long terme, réduiront la dépendance à l’égard des réponses d’urgence et protégeront l’humanité ainsi que le monde naturel. |
2. Observations générales
| 2.1. | Le CESE reconnaît que la lutte contre la crise climatique s’inscrit dans les engagements pris par l’Union dans le cadre du pacte vert pour l’Europe, en vue de mettre en œuvre l’accord de Paris et les objectifs de développement durable (ODD). Si la lutte contre les causes du changement climatique devrait être à l’avant-garde de la politique climatique de l’Union, le CESE souligne la nécessité de disposer, parallèlement aux plans de réduction des émissions de GES, de mécanismes de financement solides et rationalisés pour faire face aux urgences climatiques et énergétiques auxquelles les citoyens de l’Union sont déjà confrontés. |
| 2.2. | La vision du CESE est que l’on devrait créer un nouveau Fonds d’adaptation au changement climatique, une proposition soutenue par plusieurs membres du Parlement européen (2). Ce mécanisme devrait être alimenté par des ressources existantes provenant des fonds de cohésion et de la FRR et concentrées dans un fonds unique qui en améliorera l’efficacité et la réactivité et facilitera un suivi centralisé des secteurs où les besoins de financement sont les plus pressants. Il devrait renforcer la capacité de l’Union à aider les États membres à réagir rapidement aux urgences climatiques, environnementales et énergétiques. Dans le contexte actuel, il servirait à faire face à deux des situations d’urgence les plus flagrantes que nous connaissons: la nécessité de se redresser après des catastrophes naturelles, lesquelles sont de plus en plus fréquentes, et celle d’opérer d’urgence une transition vers une énergie verte et un mouvement vers l’autonomie énergétique européenne, avec toutefois une certaine flexibilité pour faire face aux crises futures. |
| 2.3. | L’Union européenne consacre déjà des financements à la transition énergétique et à la reprise après une catastrophe, mais divers problèmes nuisent à leur efficacité. L’actuel Fonds de solidarité de l’Union européenne (FSUE), mis en place pour aider les communautés locales à se redresser après des catastrophes naturelles, est tout simplement de dimension trop restreinte pour répondre à l’ampleur des catastrophes climatiques modernes. Le financement consacré à la transition énergétique est plus ambitieux, mais encore loin d’être suffisant. Il est par ailleurs géré par l’intermédiaire de plusieurs fonds distincts, avec un risque d’incohérence ou de chevauchement, et d’une manière qui combine des objectifs d’urgence absolue et des objectifs à plus long terme en matière de lutte contre le changement climatique. La nécessité de renforcer l’autonomie énergétique de l’Union du fait de l’invasion de l’Ukraine par la Russie a mis en évidence la mesure dans laquelle notre dépendance énergétique vis-à-vis de pays hostiles affaiblit notre capacité à réagir de manière décisive face aux événements internationaux. |
| 2.4. | Le CESE plaide dès lors en faveur de la création d’un Fonds d’adaptation au changement climatique, dont l’objectif spécifique est de répondre aux urgences imminentes en matière d’environnement, de climat et d’énergie et d’aider l’Union à s’adapter à une nouvelle réalité dans laquelle de telles crises deviennent malheureusement de plus en plus fréquentes. Le Fonds d’adaptation au changement climatique devrait servir de réserve de financement, prête à passer immédiatement à l’action en cas de besoin pressant d’investissement. |
| 2.5. | Le fonds devra offrir la souplesse et la solidité nécessaires à des investissements rapides et ambitieux pour répondre aux besoins immédiats de l’Union, tout en restant cohérent avec les politiques à long terme en matière de climat et d’énergie. Il devrait regrouper une partie des fonds de cohésion actuellement destinés aux questions climatiques, le FSUE existant et une partie des ressources de la FRR destinées aux réformes environnementales. Le fait de concentrer ces ressources dans un fonds unique mettant clairement l’accent sur les mesures d’urgence permettra d’améliorer l’efficacité de la réaction et de faciliter le suivi des besoins d’investissement les plus pressants. Cette approche devrait améliorer la capacité à aiguiller sans délai les ressources là où se situent les besoins. |
| 2.6. | Dans le cadre de la modernisation de l’environnement de financement, l’on pourrait également prévoir d’élargir le champ d’application des programmes existants et de les renforcer. Compte tenu de l’intérêt commun et de l’urgence de lutter contre le changement climatique et ses conséquences catastrophiques, le CESE souligne également la nécessité d’une meilleure méthode de financement à l’avenir. Même si une règle d’or pour les investissements verts devait (à juste titre) être mise en œuvre, il se pourrait que certains États membres n’aient toujours pas la capacité de lever les montants massifs d’investissements nécessaires sans compromettre leur viabilité budgétaire. Par conséquent, le CESE recommande également de considérer NextGenerationEU comme un modèle pour le financement du Fonds d’adaptation au changement climatique. Les subventions et/ou prêts au titre de ce fonds devraient être débloqués à condition que l’État membre ou la région qui les reçoit investisse les moyens nécessaires pour lutter contre le changement climatique ou ses conséquences, par exemple en réalisant des investissements ultérieurs dans les énergies renouvelables et décarbonées. Toute intervention de ce type doit être conditionnée à la participation obligatoire des partenaires sociaux et des organisations de la société civile, et le principe de partenariat inscrit dans la politique de cohésion doit être respecté. |
| 2.7. | Le CESE fait observer que le Fonds d’adaptation au changement climatique ne suffira pas, à lui seul, pour faire face aux conséquences des catastrophes naturelles et couvrir les coûts de l’adaptation au changement climatique destinée à accroître la résilience. Dans ce contexte, le CESE attire l’attention sur le «déficit de protection contre les aléas climatiques», à savoir la part des pertes économiques non assurées induites par les catastrophes climatiques. La couverture d’assurance contre les catastrophes naturelles reste faible en Europe: entre 1980 et 2017, seules 35 % environ des pertes dues aux catastrophes naturelles ont été couvertes par les assurances (3). Il est donc important d’analyser et de favoriser l’assurance contre les catastrophes dans les États membres et de promouvoir des systèmes d’assurance nationaux qui incitent les utilisateurs à investir dans l’adaptation, de manière à moins solliciter les fonds de l’Union et à encourager des investissements proactifs. Le dialogue entre les parties prenantes et l’innovation en matière de produits d’assurance peuvent faire émerger de nouvelles solutions de transfert des risques dans le cadre du système d’assurance et de réassurance, tout en donnant la priorité à la stabilité des marchés financiers et à la protection des consommateurs (4). La capacité du Fonds d’adaptation au changement climatique à pouvoir relever les défis qui l’attendent s’en trouverait améliorée. |
| 2.8. | Les fonds de l’Union ont également un rôle important à jouer comme capital d’amorçage pour attirer les investissements privés, notamment vers les mesures d’adaptation visant à améliorer la résilience face au changement climatique. |
3. Le Fonds d’adaptation au changement climatique en tant qu’outil de préparation et de reprise en cas de catastrophe naturelle
| 3.1. | Une étude interinstitutionnelle de l’Union met en évidence l’urgence de lutter contre la catastrophe climatique: «Une augmentation de 1,5 oC est le maximum que la planète puisse tolérer; si les températures continuent d’augmenter au-delà de 2030, nous serons confrontés non seulement à toujours plus de sécheresses, d’inondations, d’épisodes de chaleur extrême et à l’extension de la pauvreté à des centaines de millions de personnes, mais également à la disparition probable des populations les plus vulnérables» (5). |
| 3.2. | Il commence à devenir manifeste que nous sommes extrêmement mal préparés aux défis du changement climatique. En 2021, les États membres de l’Union ont connu des destructions sans précédent provoquées par des catastrophes naturelles, depuis les inondations meurtrières en Allemagne et au Benelux jusqu’aux incendies de forêt catastrophiques qui ont touché la Grèce et l’Espagne. À observer la crise climatique et les autres sources de dégradation de l’environnement avec lesquelles elle se combine, il est probable que les destructions et les catastrophes naturelles deviendront la norme plutôt que l’exception. Plus l’on reporte, édulcore ou évite la prise de mesures efficaces pour faire face à la crise climatique et à la dégradation de l’environnement, plus les risques deviennent importants. |
| 3.3. | Au moins 240 personnes ont perdu la vie lors des inondations qui ont frappé l’Europe occidentale au cours de l’été 2021 (6), sans parler des innombrables personnes déplacées ou ayant perdu leur foyer. En Grèce, ce ne sont pas moins de 500 feux de forêt qu’il a fallu combattre lors de la canicule qui a frappé le pays (7). |
| 3.4. | L’ampleur des destructions et des pertes en vies humaines dues aux catastrophes environnementales de 2021 a été sans précédent, de même que le coût financier pour les localités touchées. En Europe occidentale, les inondations ont causé, selon les estimations, 38 milliards d’EUR de dommages (8). En Grèce, le Premier ministre a été obligé d’approuver un programme d’aide de 500 millions d’EUR en faveur de l’île d’Eubée, la région la plus touchée par les incendies (9). |
| 3.5. | Aucune région sur la planète n’est à l’abri du danger croissant de catastrophes naturelles. De même, aucun État membre de l’Union n’est suffisamment bien équipé pour relever des défis aussi importants — que ce soit en termes de ressources et de matériel pour faire face aux sécheresses, aux incendies de forêt et aux inondations, que sur le plan des financements nécessaires pour aider les zones touchées à se redresser. |
| 3.6. | Les investissements du Fonds d’adaptation au changement climatique destinés à faire face aux catastrophes naturelles devraient s’efforcer de compléter les dépenses en cours au titre des Fonds structurels et d’investissement de l’Union en faveur de la préparation et de la prévention des catastrophes. Des investissements considérables sont nécessaires pour créer une résilience face aux effets du changement climatique, par exemple dans la construction de digues, de bâtiments résistant aux inondations, de protections contre l’érosion côtière, d’équipements pour surveiller et contenir les incendies de forêt, et dans des technologies permettant d’économiser et de stocker de l’eau douce, dans les zones touchées par les sécheresses, entre autres. Les Fonds structurels et d’investissement devraient intervenir en amont afin de réduire les dommages potentiels, tandis que le Fonds d’adaptation au changement climatique devrait servir à réagir rapidement là où de telles mesures préventives n’ont pas permis d’empêcher certains sinistres. |
| 3.7. | Le CESE souligne que les répercussions prévisibles de la crise climatique nécessitent un mécanisme de soutien beaucoup plus solide que celui actuellement en place. Le budget total du Fonds de solidarité de l’Union européenne (FSUE) est plafonné à 500 millions d’EUR par an (10). Depuis sa mise en place en 2002, le FSUE a soutenu 28 pays européens différents pour un montant d’ensemble de plus de 7 milliards d’EUR (11). Pour impressionnant que soit ce chiffre, il ne suffirait en aucune manière à couvrir les coûts des dommages causés par les catastrophes naturelles pour la seule année 2021. |
| 3.8. | En cas de catastrophes naturelles, nous constatons un risque accru de pertes de vies humaines chez certains groupes qui ne peuvent pas facilement évacuer les zones touchées. C’est notamment le cas des personnes âgées, des personnes handicapées et des enfants. Les investissements doivent être ciblés pour faire en sorte que les services d’urgence dans les zones touchées disposent du matériel et du personnel de secours supplémentaire pour venir en aide à toutes les personnes nécessitant une attention particulière. De même, les personnes disposant de moins de ressources sont moins à même d’évacuer, en raison du coût de la recherche d’un autre logement et de leur accès limité aux moyens de mobilité individuelle. Le Fonds d’adaptation au changement climatique devrait chercher à traiter ce problème. |
4. Le Fonds d’adaptation au changement climatique en tant que voie d’accès à la transition vers une énergie verte
| 4.1. | Le CESE est d’avis que l’adaptation au changement climatique consiste également à s’adapter à une nouvelle réalité s’agissant de la production d’énergie durable. En raison des évolutions récentes de la situation, l’Union est confrontée à des défis colossaux et urgents en ce qui concerne son indépendance énergétique, qui n’ont pas été anticipés lors de l’élaboration du cadre financier pluriannuel (CFP), de NextGenerationEU et du cadre de gouvernance économique. Se référant au plan «REPowerEU» de la Commission (12) et aux conclusions du Conseil européen, le CESE convient pleinement qu’à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les arguments en faveur de l’indépendance énergétique n’ont jamais été aussi forts, y compris grâce au développement des énergies renouvelables. |
| 4.2. | Le CESE souligne la nécessité de se concentrer sur le rôle que les technologies énergétiques vertes et décarbonées, qui améliorent l’efficacité énergétique et réduisent la demande en énergie, peuvent jouer pour fournir davantage d’énergie dans l’Union et la rendre plus abordable financièrement. Une telle démarche contribuera à protéger l’Union contre les hausses de prix, qui entravent la croissance économique, aggravent les inégalités, entraînent la précarité énergétique, augmentent les coûts de production et nuisent à sa compétitivité. En particulier, le CESE se félicite de l’accélération du déploiement de solutions innovantes fondées sur l’hydrogène et d’une électricité renouvelable compétitive au regard des coûts dans les secteurs industriels. |
| 4.3. | La nécessité d’investir de toute urgence et de manière ambitieuse dans la transition vers la production de formes d’énergie plus vertes au sein de l’Union est plus importante que jamais. Si la production d’énergie verte et l’autonomie énergétique devraient toujours être un objectif à long terme pour l’Union, dans le contexte immédiat, celle-ci a un besoin urgent de fournir de l’énergie à un prix abordable à partir de sources alternatives, sans compromettre ses objectifs énergétiques. Le Fonds d’adaptation au changement climatique pourrait apporter une réponse plus efficace et efficiente que les mécanismes existants aux besoins d’investissement urgents en vue de fournir aux citoyens de l’énergie abordable à partir de sources alternatives. |
| 4.4. | Le CESE observe qu’il est de plus en plus clair que la dépendance énergétique est un facteur de causalité qui affaiblit les réactions de l’Union face des pays tels que la Russie, comme le montre clairement la manière dont l’Union répond à l’invasion de l’Ukraine. La dépendance excessive actuelle à l’égard du gaz russe compromet gravement la capacité de l’Union et de ses États membres à prendre rapidement des mesures sans exposer leurs propres citoyens à un risque de pénurie de carburant et de précarité énergétique. Hélas, les projets visant à acheter du gaz naturel aux États-Unis ne constituent pas une solution durable ou responsable sur le plan environnemental (13). |
| 4.5. | Le Fonds d’adaptation au changement climatique devrait servir de moyen de financement du besoin urgent pour l’Union de produire de l’énergie verte et décarbonée sur son territoire, par le recours à des marchés publics ambitieux pour les technologies existantes et à des investissements dans le développement de nouvelles technologies afin de parvenir à une économie à émissions nulles. Le CESE insiste sur le fait que la guerre en Ukraine ne doit pas conduire à négliger la mission de l’Union consistant à atteindre les objectifs environnementaux et sociaux, qui sont à la base du renforcement de sa puissance économique sur le long terme. |
| 4.6. | Pour ce qui est de la réduction de la consommation d’énergie, les progrès enregistrés sont très contrastés suivant les États membres. En 2018, seuls 11 des 27 États membres avaient baissé leur demande nationale totale en énergie en dessous de leur objectif pour 2020. Dans l’ensemble, l’Union est loin d’atteindre ses objectifs pour 2030, ce qui signifie que des efforts supplémentaires sont nécessaires. Heureusement, la part des énergies renouvelables dans la consommation finale brute d’énergie dans l’Union ne cesse d’augmenter. Le paquet «Ajustement à l’objectif 55» a proposé d’atteindre une proportion de 40 % d’énergies renouvelables dans la consommation d’énergie d’ici à 2030. Si la part des énergies renouvelables dans la consommation d’énergie varie également considérablement d’un État membre à l’autre, il en va de même pour la capacité de production d’énergie renouvelable, en raison des restrictions budgétaires et de la géographie. Dans certains pays, la capacité photovoltaïque installée par habitant est assez faible malgré un potentiel élevé dans ce domaine. D’autres pays parviennent à produire une proportion élevée d’énergies renouvelables en raison des possibilités géographiques favorables dont ils disposent pour les centrales hydroélectriques. |
| 4.7. | L’intensification des efforts en faveur de la transition vers une énergie verte s’accompagne de nouveaux besoins de financement et devra être menée de toute urgence, compte tenu de la crise énergétique et du besoin croissant d’autonomie énergétique de l’Union. Renforcer les propositions «Ajustement à l’objectif 55» en les assortissant d’objectifs plus ambitieux et de délais plus courts pour l’utilisation des énergies renouvelables, par exemple via le déploiement de l’énergie solaire et éolienne et l’amélioration de l’efficacité énergétique, nécessitera une réponse financière solide. La Commission a annoncé son intention d’évaluer ces besoins de financement dans le cadre des propositions du plan REPowerEU (14) sur la base d’une cartographie des besoins dans les États membres, ainsi que des exigences en matière d’investissements transfrontières. Le CESE s’en félicite, mais attire également l’attention sur le fait que les instruments de financement actuels au niveau de l’Union et au niveau national ne seront pas suffisants et qu’il est nécessaire de prendre des mesures pour faire des énergies renouvelables une solution dès à présent. Les dépenses du Fonds d’adaptation au changement climatique en faveur des énergies renouvelables devraient également être renforcées en attirant des investissements privés, le Fonds devant servir à apporter le capital d’amorçage. |
| 4.8. | Il convient d’accroître les investissements afin d’améliorer l’autonomie énergétique de l’Union, en mettant l’accent sur la transition vers les énergies vertes et renouvelables. Pour réussir, l’Union aura besoin, en sus d’investissements plus immédiats au moyen du Fonds d’adaptation au changement climatique, d’investissements importants à long terme dans la recherche et l’innovation et de nouveaux modes de production et de consommation, afin d’améliorer notre capacité à offrir une énergie propre et abordable à toute la population. Le programme de recherche et d’innovation de l’Union européenne témoigne déjà d’un engagement considérable en faveur de cet objectif, ouvrant la possibilité de réaliser des progrès notables. Toutefois, cet accent mis sur la recherche doit s’accompagner d’un engagement, de la part des États membres, d’adopter des formes de production d’énergie plus vertes et de leur capacité à abandonner progressivement des moyens de production d’énergie plus traditionnels, en particulier dans les États membres qui sont encore fortement tributaires du charbon. |
| 4.9. | Si le CESE accueille favorablement les financements existants consacrés à la politique climatique dans le cadre du CFP et de NextGenerationEU, il souligne également que les menaces environnementales les plus immédiates qui pèsent sur les citoyens de l’Union ont changé depuis leur élaboration et que de nouvelles approches sont nécessaires. Outre la création de ce nouveau fonds, le CESE demande à la Commission de revoir l’environnement de financement afin de recenser les déficits de financement et les besoins financiers supplémentaires concernant différents aspects de la politique climatique. |
5. Garantir la solidité des politiques existantes de l’Union en matière de climat et d’énergie, et leur complémentarité avec le Fonds d’adaptation au changement climatique
| 5.1. | Le Fonds d’adaptation au changement climatique répondrait à un besoin très concret non satisfait en termes de financement de la part de l’Union, à savoir qu’il permettrait de disposer de fonds suffisants pour réagir rapidement aux situations d’urgence climatique, environnementale et énergétique. Toutefois, ce fonds doit être cohérent et s’articuler avec les politiques générales de l’Union dans ces domaines. |
| 5.2. | La crise climatique est un problème systémique qui ignore les frontières, ce qui signifie qu’il est nécessaire d’apporter un changement systémique au fonctionnement de notre économie et de faire en sorte que les gouvernements s’engagent à trouver des solutions systémiques au lieu de se contenter de s’attaquer aux symptômes du problème. |
| 5.3. | Il existe d’énormes disparités dans la manière dont les personnes ou les groupes s’engagent contre la crise climatique ou sont touchés par elle, ce qui aggrave encore le problème du changement climatique. Ces disparités ont trait à l’empreinte carbone, les émissions de CO2 par habitant variant assez significativement d’un État membre et d’une région à l’autre. On observe aussi des disparités quant aux effets du changement climatique, à la capacité de s’adapter aux défis et de les gérer et, enfin, aux incidences des mesures de politique climatique et aux changements structurels importants, lesquels sont imminents. |
| 5.4. | Sur le territoire de l’Union, les incidences climatiques varient considérablement d’un État membre à l’autre ainsi qu’au sein d’un même État membre, en fonction de leur géographie, mais aussi de l’état et de la structure de leur économie. Par exemple, alors que 7 % de la population de l’Union vit dans des zones exposées aux crues, plus de 9 % de ses habitants résident dans des régions comptant plus de 120 jours sans pluie par an. |
| 5.5. | Œuvrer pour une transition juste nécessite également la mise en place de conditions sociales durables, conformément aux objectifs de développement durable (ODD) et au socle européen des droits sociaux. En outre, le CESE plaide en faveur d’une approche globale de la durabilité environnementale et attire l’attention sur le règlement relatif à la taxinomie, qui fixe six objectifs environnementaux: l’atténuation du changement climatique; l’adaptation au changement climatique; l’utilisation durable et la protection des ressources aquatiques et marines; la transition vers une économie circulaire; la prévention et le contrôle de la pollution; et la protection et la restauration de la biodiversité et des écosystèmes. |
| 5.6. | Avec un budget de plus de 330 milliards d’EUR validé pour la période de programmation actuelle, la politique de cohésion est l’outil d’investissement conjoint le mieux doté et le plus important en Europe, et a, par conséquent, un rôle crucial à jouer dans la lutte contre le changement climatique. Les disparités entre États membres, et en leur sein, auxquelles la politique de cohésion vise à remédier sont également très susceptibles d’être accentuées par le changement climatique et ses conséquences. Pour sa part, le plan pour la reprise et la résilience met lui aussi fortement l’accent sur le climat. Si l’on constate un engagement manifeste en matière d’investissements, il est nécessaire d’avoir une vision claire et structurée du fléchage des fonds de l’Union pour lutter contre le changement climatique et des modalités de leur gestion. |
| 5.7. | Le CESE insiste également sur la nécessité pour les collectivités locales et régionales de prendre un engagement politique clair en faveur de la réalisation des objectifs climatiques. Il est urgent d’intensifier le dialogue à plusieurs niveaux entre les autorités nationales, régionales et locales sur la planification et la mise en œuvre des mesures nationales en matière de changement climatique au niveau régional et local, sur l’accès direct aux financements pour les collectivités locales et sur le suivi de l’avancement des mesures adoptées. Les partenaires sociaux et la société civile organisée doivent être associés à ce processus afin de préserver une approche équilibrée, dans le respect des intérêts de tous les groupes. |
| 5.8. | Le CESE souligne le rôle central joué par les partenaires locaux et régionaux et les partenaires sociaux dans la lutte contre les conséquences du changement climatique. Malheureusement, le soutien que beaucoup de ces acteurs reçoivent pour financer leurs activités est encore loin d’être suffisant pour relever les défis auxquels ils sont confrontés. Pour améliorer cet appui, il conviendrait notamment de renforcer le Fonds pour une transition juste. |
| 5.9. | Le CESE insiste sur le fait que la transition vers la durabilité environnementale doit être inclusive et conforme aux ODD et au socle européen des droits sociaux. Dans ce contexte, les critères clés doivent inclure la sauvegarde et la création d’emplois «verts» de qualité, prévoir des actions de formation et des mesures sociales inclusives, tout en développant des secteurs économiques alternatifs et neutres pour le climat au bénéfice de la population des régions concernées. Il s’agit de contrebalancer les effets régressifs potentiels des mesures de politique climatique et des changements structurels. Par exemple, il conviendrait que les marchés publics et les mesures d’aide d’État en faveur des entreprises soient conditionnés à la création d’emplois de qualité et au respect des droits des travailleurs, des normes environnementales et des obligations fiscales. En outre, les personnes vulnérables doivent être protégées contre les effets du changement climatique, et il convient d’empêcher en tout état de cause la précarité énergétique. Enfin, le CESE attire l’attention sur le principe de la taxinomie de l’Union consistant à «ne pas causer de préjudice important», qui dispose qu’aucun objectif environnemental ne saurait être compromis par la mise en œuvre de telle ou telle politique. |
| 5.10. | L’éducation formelle et non formelle apportant des mécanismes importants pour lutter contre la crise climatique, il est essentiel d’investir dans une éducation accessible relative au changement climatique et à la citoyenneté active. L’éducation à la durabilité est un outil puissant pour donner aux jeunes les moyens de participer aux conversations sur la direction qu’une politique climatique concrète devrait prendre. Le rôle de l’éducation et de la formation dans la lutte contre le changement climatique est de plus en plus reconnu. |
Bruxelles, le 21 septembre 2022.
La présidente du Comité économique et social européen
Christa SCHWENG
(1) https://www.eesc.europa.eu/fr/our-work/opinions-information-reports/opinions/lutte-contre-la-precarite-energetique-et-resilience-de-lunion-enjeux-economiques-et-sociaux (voir page 88 du présent Journal officiel).
(2) Regional development MEPs suggest to set-up a Climate Change Adaptation Fund | News | European Parliament (article d’information du Parlement européen: «Développement régional: des députés européens suggèrent de mettre en place un Fonds d’adaptation au changement climatique»).
(3) Economic losses from climate-related extremes in Europe — European Environment Agency.
(4) Bâtir une Europe résiliente — la nouvelle stratégie de l’Union européenne pour l’adaptation au changement climatique, COM(2021) 82 final, section 2.2.3; Stratégie pour le financement de la transition vers une économie durable, COM(2021) 390 final, sections II et III, action no 2, point c), tableau de bord relatif aux lacunes de la protection assurantielle et document de réflexion de l’Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles (AEAPP).
(5) ESPAS_Report.pdf, p. 8.
(6) https://www.brusselstimes.com/belgium-all-news/199487/europes-summer-floods-amount-to-worlds-second-most-costly-natural-disaster-of-2021
(7) https://www.reuters.com/world/europe/greece-starts-count-cost-after-week-devastating-fires-2021-08-09/
(8) Europe’s summer floods amount to world’s second-most costly natural disaster of 2021 (brusselstimes.com)
(9) https://www.reuters.com/world/europe/greece-starts-count-cost-after-week-devastating-fires-2021-08-09/
(10) Fonds de solidarité de l’UE.
(11) https://ec.europa.eu/regional_policy/fr/funding/solidarity-fund/
(12) Plan REPowerEU, COM(2022) 230 final.
(13) U.S., EU strike LNG deal as Europe seeks to cut Russian gas | Reuters.
(14) COM(2022) 230 final.
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