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AccueilDroit européen52022IE1011
Initiative législative52022IE1011

Initiative législative — 52022IE1011

CELEX52022IE1011
TypeInitiative législative
Datejeudi 14 juillet 2022

Texte intégral

22.11.2022

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 443/22


Avis du Comité économique et social européen sur le thème «L’identité numérique, la souveraineté en matière de données et la voie vers une transition numérique équitable pour les citoyens vivant dans la société de l’information»

(avis d’initiative)

(2022/C 443/03)

Rapporteur:

Dumitru FORNEA

Base juridique

Article 52, paragraphe 2, du règlement intérieur

Avis d’initiative

Décision de l’assemblée plénière

20.1.2022

Compétence

Section «Transports, énergie, infrastructures et société de l’information»

Adoption en section

21.6.2022

Adoption en session plénière

14.7.2022

Session plénière no

571

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

179/1/3

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Les progrès technologiques et l’évolution des technologies numériques, des biotechnologies et des systèmes de communications électroniques ont créé d’importantes possibilités s’agissant de consolider des sociétés économiquement prospères, plus inclusives et plus justes. Dans le même temps, un certain nombre de menaces graves pour l’humanité se sont développées.

1.2.

Afin de préserver la sécurité de l’humanité et le tissu social nécessaire pour que chacun puisse vivre une vie épanouissante sur cette planète, nous devons veiller à ce que les nouveaux outils de gouvernance imposés par la révolution numérique et industrielle ne soient pas oppressifs et ne subordonnent pas la vie quotidienne des citoyens à une intégration obligatoire dans des systèmes technologiques numériques contrôlés de manière non démocratique.

1.3.

Les institutions publiques sont vulnérables face à des acteurs non étatiques qui disposent d’un accès direct aux connaissances, aux brevets, aux technologies et aux fonds d’investissement. Le Comité économique et social européen (CESE) estime que la souveraineté technologique européenne est un facteur qui devrait être pris en considération à l’avenir dans tous les processus d’élaboration des politiques et que la législation doit être complétée par des réglementations et des normes communes explicites et pleinement applicables dans tous les États membres.

1.4.

Les évolutions technologiques affectent de nombreux droits et libertés des citoyens. Le CESE demande que tous les secteurs utilisant des données à caractère personnel et des biodonnées soient réglementés de manière claire, dans le respect intégral des droits fondamentaux de l’homme, et il invite à mettre à jour le règlement général sur la protection des données (RGPD) en conséquence.

1.5.

Le CESE est convaincu que l’identité numérique, les moyens de paiement numériques et l’immersion dans les plateformes de réalité virtuelle ou augmentée devraient rester des instruments qui ne font que compléter l’existence physique que nous connaissions avant l’adoption de ces technologies et ne devraient pas remplacer complètement et abusivement d’autres modèles de vie qui ont été mis au point et perfectionnés par l’homme pendant ses milliers d’années d’existence.

1.6.

Le CESE plaide en faveur de dispositions claires en matière de lutte contre la discrimination dans toutes les futures propositions législatives relatives à l’identité numérique, et s’oppose totalement à la mise en place d’un système qui surveillerait de près les citoyens européens, les suivrait et/ou contrôlerait leurs activités et leur comportement. En outre, il estime que la société civile organisée doit être étroitement associée au processus de mise en œuvre.

1.7.

Le CESE est parvenu à la conclusion que toute initiative visant à intégrer les citoyens dans le système européen d’identité numérique devrait être fondée sur des études d’impact et des enquêtes sociologiques exhaustives. La décision finale ne devrait être prise qu’avec le consentement éclairé et librement exprimé du citoyen.

1.8.

Le CESE estime que pour progresser démocratiquement vers une société numérique équitable acceptée par les citoyens de l’UE, la Commission européenne doit réaliser des analyses d’impact portant sur les éléments suivants:

—

l’énorme besoin en énergie, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, nécessaire pour maintenir l’infrastructure technologique mondiale afin de garantir un accès ininterrompu et sûr à un système numérique visant à transférer les fonctionnalités critiques et stratégiques de la société humaine,

—

l’impact de la numérisation et de l’automatisation des interactions humaines sur la qualité de vie et les conditions de travail, en particulier sur le plan des relations humaines, avec l’augmentation de la prévalence de la solitude, les problèmes de santé mentale, le déclin de l’intelligence cognitive et émotionnelle et le risque accru d’aliénation sociale,

—

les mesures politiques, économiques et sociales nécessaires pour adapter la société aux changements quantitatifs dramatiques qui toucheront le marché du travail,

—

la cybersécurité, dans un contexte où les activités des pirates informatiques se sont accrues, gagnant en diversité et en complexité, et en ce qui concerne les conditions du développement accéléré de l’internet des objets, qui rendent les protocoles d’accès vulnérables et perméables.

1.9.

Le CESE conclut que la sécurité des données devrait être un point non négociable, et il regrette que la sécurité du futur portefeuille numérique européen ne soit pas la priorité absolue de la proposition législative de la Commission.

1.10.

Le CESE estime qu’il y a lieu de prévoir clairement une responsabilité pour les éventuels dysfonctionnements dans toutes les propositions législatives de l’UE sur l’intelligence artificielle. Il convient de trouver le juste équilibre entre la non-divulgation de secrets commerciaux et la garantie d’évolutions transparentes et traçables.

1.11.

Le CESE a été la première institution européenne à plaider en faveur du principe de «l’humain aux commandes», et il rappelle que plusieurs niveaux de contrôle sont nécessaires pour garantir son respect.

1.12.

Le CESE est totalement opposé aux bases de données privées de reconnaissance faciale, sauf à des fins de lutte contre la criminalité, et à tout type de système de notation sociale, car ils violent les valeurs et les droits fondamentaux de l’UE.

1.13.

Le CESE estime que les données européennes produites dans l’UE devraient être stockées sur le sol de l’Union et être protégées contre tout accès d’entités extérieures à son territoire. En outre, il estime que le consentement éclairé pour l’utilisation des données doit être mis en œuvre tant pour les données à caractère personnel que pour les données non personnelles, et il plaide une nouvelle fois en faveur d’une mise à jour du RGPD à cet égard.

1.14.

Le CESE se dit préoccupé par les disparités croissantes entre les États membres et par le manque de protection des groupes vulnérables, et appelle de nouveau à une Union qui s’engage résolument dans la transition numérique et dans laquelle personne n’est laissé pour compte. Les personnes âgées devraient faire l’objet d’une attention particulière.

1.15.

Le CESE plaide en faveur d’un système européen d’éducation numérique qui soit robuste et capable de préparer la main-d’œuvre aux défis technologiques et de l’aider à obtenir des emplois de qualité. Des programmes d’habileté numérique doivent être mis en œuvre dans tous les États membres, de même que des programmes d’apprentissage numérique tout au long de la vie, des tutoriels permettant de maîtriser le vocabulaire et une formation pratique.

1.16.

Le Comité estime qu’il est essentiel d’associer les travailleurs à la transition numérique afin qu’ils puissent comprendre à la fois les risques et les possibilités qui se présenteront à l’avenir, ce qui favorisera le transfert de connaissances et l’acquisition de nouvelles compétences.

2. Contexte

2.1.

Les citoyens européens s’intéressent à l’évolution de la mise en œuvre des solutions technologiques numériques visant à simplifier les procédures administratives nécessaires dans leurs rapports avec les autorités ou dans la vie sociale au quotidien. Le présent avis entend sensibiliser les décideurs nationaux et européens aux préoccupations de la société civile organisée en ce qui concerne les effets négatifs que l’accélération du déploiement des technologies numériques pourrait entraîner sur la société.

2.2.

La pandémie de COVID-19 a accéléré la transformation numérique des sociétés et contraint les citoyens à adopter les nouvelles technologies dans le cadre de leur travail, de leurs études et d’autres activités quotidiennes. Cela a permis aux entreprises et aux citoyens de se perfectionner sur le plan numérique et de progresser.

2.3.

Les avantages de la généralisation de l’identité numérique ont été largement expliqués dans divers documents publiés par les institutions européennes et les organisations internationales mondiales. À cet égard, le document le plus récent est la proposition de règlement en ce qui concerne l’établissement d’un cadre européen relatif à une identité numérique» (1), publié le 3 juin 2021.

2.4.

La Commission européenne entend fournir un cadre européen pour l’identité numérique fondé sur la révision du cadre actuel, de sorte qu’au moins 80 % des citoyens disposent d’une solution d’identification électronique pour accéder aux services publics essentiels d’ici à 2030 (2). Les pouvoirs publics doivent être dotés des ressources humaines et financières nécessaires pour intégrer les évolutions technologiques numériques et les contrôler.

2.5.

À l’appui de cette affirmation, il convient de noter que l’indice relatif à l’économie et à la société numériques (DESI) (3) publié par la Commission européenne en 2021 indique qu’en 2020, le pourcentage de personnes possédant au moins des compétences numériques de base s’établissait à 56 %. Toutefois, une grande partie de la population de l’Union ne dispose pas encore de compétences numériques de base, même si la plupart des emplois les requièrent. De nombreux citoyens affirment posséder des compétences numériques, mais, à y regarder de plus près, il ne s’agit guère que de la capacité d’exploiter les possibilités de base offertes par l’internet (navigation et réseaux sociaux) et les progiciels proposés par Microsoft Office ou Mac OS.

2.6.

Dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA), une étude récente publiée par la Banque européenne d’investissement (4) indique que l’Europe reste à la traîne par rapport aux autres puissances économiques mondiales. Selon cette étude, les États-Unis et la Chine représentent à eux deux plus de 80 % des 25 milliards d’EUR d’investissements annuels en actions dans l’IA et dans les technologies de chaînes de blocs. L’UE ne représente que 7 % de ces investissements et le déficit d’investissement total se situe entre 5 et 10 milliards d’EUR par an.

2.7.

La Commission a proposé de combler cet écart et de mettre à disposition 1 milliard d’EUR par an pour les investissements dans l’IA, montant qui devrait être complété par des investissements privés et des ressources propres des États membres. L’objectif est d’atteindre 20 milliards d’EUR d’investissements par an au cours de la prochaine décennie (5).

3. Observations générales

3.1.

Les progrès technologiques en général et l’évolution des technologies numériques, des biotechnologies et des systèmes de communications électroniques au cours des deux dernières décennies ont créé d’énormes possibilités au niveau mondial s’agissant de consolider des sociétés économiquement prospères, plus inclusives et plus justes.

3.2.

Dans le même temps, en l’absence d’un nouveau contrat social et d’un cadre réglementaire adapté à ces nouvelles technologies dites «de rupture», un certain nombre de menaces graves pour l’humanité se sont développées (comme par exemple les pertes d’emploi causées par les progrès de l’automatisation et le déploiement de celle-ci, les violations de la vie privée, les biais algorithmiques induits par des données erronées, ou la volatilité des marchés), compte tenu notamment des tentatives constantes des géants mondiaux de la technologie d’imposer leurs produits et services en contournant le corpus législatif en vigueur aux niveaux international et national et qui garantit les droits fondamentaux de l’homme.

3.3.

Les institutions gouvernementales internationales et nationales sont vulnérables face à des acteurs non étatiques qui disposent d’un accès direct aux connaissances, aux brevets, aux technologies et aux fonds d’investissement, le personnel de ces institutions ne parvenant souvent pas à cerner toutes les conséquences sociétales des nouvelles technologies sur les droits des citoyens et des consommateurs. Le CESE est convaincu que les considérations relatives à la souveraineté technologique européenne devraient être prises en compte à l’avenir dans tous les processus d’élaboration des politiques.

3.4.

Le CESE demande que la législation soit clarifiée et complétée par des réglementations et des normes communes explicites et pleinement applicables dans tous les États membres, portant notamment sur les responsabilités connexes, en tenant compte du fait que les technologies liées à l’identification numérique sont en grande partie gérées par des algorithmes informatiques et par l’intelligence artificielle, qui ne peuvent être tenus pour responsables des erreurs commises.

3.5.

De nombreuses situations documentées et étudiées en détail ont déjà été recensées, dans lesquelles des personnes sont incriminées et condamnées injustement pour les mauvaises décisions prises par des algorithmes informatiques et l’intelligence artificielle. Par exemple, des responsables des forces de sécurité et de police sont induits en erreur par les conclusions incorrectes d’algorithmes informatiques tels que l’intelligence artificielle, la reconnaissance faciale, l’apprentissage automatique, l’analyse des données et les prévisions, ou encore les relevés du temps de travail et les notations, avec pour conséquence que de nombreux droits et libertés des citoyens sont affectés.

3.6.

Pour cette raison, les règles juridiques qui seront élaborées pour couvrir le domaine de l’identité numérique et des technologies connexes doivent reposer principalement sur une transparence totale, une information correcte et complète des utilisateurs et un consentement libre et éclairé, et garantir une protection pleine et entière qui tienne compte notamment de toutes les vulnérabilités informatiques des réseaux de communications mobiles et de leurs appareils. En conséquence, le CESE demande que tous les secteurs utilisant des données à caractère personnel et des biodonnées, comme, parmi d’autres, l’identité numérique, les réseaux de communications mobiles 5G et l’intelligence artificielle, soient réglementés de manière distincte et claire, dans le respect intégral des droits fondamentaux de l’homme.

4. Observations particulières

Identité numérique

4.1.

En ce qui concerne la mise en œuvre de l’identification numérique en Europe, la gestion des données est essentielle pour garantir la protection des citoyens et préserver leur vie privée. Le plein respect du RGPD doit être garanti.

4.2.

Les citoyens européens sont au cœur de l’ensemble des programmes et des politiques mis en œuvre dans l’UE. Le CESE approuve et soutient la publication de la proposition de la Commission sur «Une identité numérique pour tous les Européens» (6), qui précise que le choix de recourir ou non à un moyen d’identification numérique doit appartenir à chacun. Néanmoins, il estime que l’impact de l’exclusion de certains citoyens qui n’opteront pas pour un moyen d’identification numérique a été minimisé, et il insiste pour que le droit à l’oubli et le droit à la déconnexion soient clairement mis en œuvre dans la législation de l’UE.

4.3.

Le CESE plaide en faveur de dispositions claires en matière de lutte contre la discrimination dans toutes les futures propositions législatives en la matière. Quelle que soit la raison pour laquelle un citoyen pourrait décider de ne pas utiliser un tel moyen d’identification, que ce soit pour des raisons liées à la protection des données, par souci d’anonymat ou pour toute autre raison, il ne doit pas être désavantagé par rapport aux utilisateurs de l’identité numérique, ni marginalisé. Les données individuelles devraient toujours demeurer la propriété de la personne concernée, et la mise en œuvre de l’identité numérique doit reposer sur la protection des droits de l’homme. Afin de garantir la protection et la sécurité des données, ainsi que le respect de la vie privée, le CESE propose que l’identité numérique des citoyens de l’UE soit gérée, dans chaque État membre, par un organisme de service public, sous l’autorité de l’État et sous le contrôle démocratique des parlements nationaux.

4.4.

L’introduction de l’identification numérique en Europe devrait avoir pour objectif de permettre une connectivité sûre et facile pour les consommateurs. Elle doit notamment permettre la fourniture de données et d’une offre de services publics améliorées, la mise en œuvre de programmes publics plus ciblés et une plus grande efficacité du marché du crédit. Si le CESE est favorable à un tel scénario, il note toutefois que la mise en œuvre de l’identification numérique comporte une série de risques sur le plan du respect de la vie privée et de la protection des données, et il s’oppose totalement à la mise en place d’un système qui surveillerait de près les citoyens européens, suivrait et/ou contrôlerait leurs activités et leur comportement.

4.5.

La cybersécurité est un aspect important de la mise en œuvre de l’identification numérique, compte tenu du risque élevé de piratage de données personnelles et financières importantes. Le CESE attend avec intérêt la version finale de la législation proposée et de l’accord entre les États membres sur les normes, les spécifications techniques et les aspects liés à l’interopérabilité, qui devrait être en place d’ici octobre 2022. Il estime que la société civile organisée, y compris les partenaires sociaux, les ONG et le monde universitaire, doit être étroitement associée au processus de mise en œuvre.

4.6.

La fraude demeure l’un des plus grands risques liés à la mise en œuvre de l’identification numérique. Les messages d’hameçonnage que nous recevons tous aujourd’hui se multiplieront et cibleront les groupes les plus vulnérables parmi les citoyens européens. Le CESE estime que les aspects problématiques en matière de sécurité liés à cette question n’ont pas été rigoureusement quantifiés, et il regrette que la proposition de la Commission établissant un cadre pour une identité numérique européenne ne considère pas la sécurité du futur portefeuille numérique comme étant la question la plus importante. Le phénomène du vol d’identité synthétique s’est développé dans d’autres parties du monde où des systèmes similaires sont mis en place. L’UE devrait se familiariser avec ces problèmes et y remédier avant la mise en œuvre. Par conséquent, le CESE estime que la sécurité des données devrait être un point non négociable.

IA — Intelligence artificielle

4.7.

Le marché unique numérique a besoin de l’IA pour évoluer et progresser. L’intelligence artificielle repose sur des algorithmes qui nécessitent d’énormes quantités de données et de métadonnées privées. La société doit tirer parti des évolutions technologiques et de la science appliquée fondée sur les algorithmes. Toutefois, lors de la mise en œuvre des technologies de l’IA, il convient de veiller à ce que les communautés historiquement marginalisées soient en mesure de bénéficier des programmes et à ce que les disparités sociales existantes ne soient pas exacerbées.

4.8.

Le CESE a été la première institution européenne à plaider en faveur du principe de «l’humain aux commandes» en matière de maîtrise des systèmes d’IA (7). Il réaffirme qu’il est primordial que les êtres humains aient le dernier mot et soient pleinement maîtres des processus décisionnels en ce qui concerne le développement des machines.

4.9.

La protection de la propriété intellectuelle peut être utilisée comme argument en faveur d’un développement non transparent de l’IA. Le CESE estime qu’il convient de trouver le juste équilibre entre la non-divulgation de secrets commerciaux et la garantie d’évolutions transparentes et traçables. En outre, il y a lieu de prévoir clairement une responsabilité pour les éventuels dysfonctionnements dans toutes les propositions législatives de l’UE sur l’intelligence artificielle, responsabilité qui devrait incomber aux développeurs, aux codeurs, aux concepteurs de l’IA et aux propriétaires légitimes.

4.10.

Le CESE estime que les technologies de l’intelligence artificielle doivent être mises en œuvre de manière socialement durable, en tenant compte des droits de l’homme, des valeurs européennes, de l’égalité de genre, de la diversité culturelle, des intérêts des groupes défavorisés et des droits de propriété intellectuelle.

4.11.

Des progrès supplémentaires sont nécessaires en ce qui concerne le RGPD en vue de s’assurer que les algorithmes sont pleinement conformes au droit européen et le respectent. À cet égard, le Comité demande l’élaboration de règles éthiques communes qui garantissent le libre accès aux codes sources des algorithmes.

4.12.

Si l’IA peut contribuer à la réalisation des objectifs climatiques et environnementaux, il convient cependant de prendre en considération l’énorme quantité d’énergie qui est utilisée pour faire fonctionner ces systèmes numériques, ainsi que d’autres défis liés à l’internalisation des coûts externes. Le CESE propose que le suivi de cet aspect soit renforcé, et il invite les entreprises numériques à faire des progrès en matière de réduction des émissions de carbone.

4.13.

Dans des secteurs clés tels que la défense ou la cybersécurité, le contrôle des êtres humains sur les robots doit être garanti, et le CESE plaide en faveur d’un cadre très précis au niveau de l’UE afin de s’assurer de ce contrôle, et de garantir qu’une intervention humaine soit toujours possible pour réparer les erreurs de tout système de prise de décision automatisé.

4.14.

Le CESE est totalement opposé aux bases de données privées de reconnaissance faciale, sauf à des fins de lutte contre la criminalité, et à tout type de système de notation sociale, car ils violent les valeurs et les droits fondamentaux de l’UE.

4.15.

En ce qui concerne les aspects sociaux, le CESE craint que les évolutions en matière d’IA n’aient une incidence considérable sur les marchés du travail, ce qui pourrait entraîner une crise du chômage. En outre, elles pourraient avoir une incidence sur le comportement humain et conduire à la paresse et à la superficialité.

Mégadonnées

4.16.

Le CESE se félicite du règlement sur les données (8) publié par la Commission européenne en février 2022 et y voit un cadre éthique pour le traitement transparent des données à caractère personnel au titre duquel les citoyens et les entreprises qui génèrent ces données exercent un contrôle absolu. Le règlement permet également l’utilisation des données par un plus grand nombre de parties prenantes et de citoyens, et comporte des avantages accrus pour les consommateurs, les entreprises et les pouvoirs publics, ce qui conduit à une économie des données équitable.

4.17.

De grandes quantités de données sont aujourd’hui à la disposition des pouvoirs publics et d’une poignée de grandes entreprises technologiques telles que Google, Facebook (Meta), TikTok ou Amazon. Malheureusement, seul un nombre limité de parties prenantes en bénéficient actuellement et le CESE craint que les données produites dans l’UE ne soient stockées et traitées et ne produisent de la valeur en dehors de l’Europe (9). Le CESE estime qu’il sera difficile pour l’Union de parvenir à la souveraineté numérique si elle ne dispose pas de ses propres géants de la technologie numérique, ne stocke pas les données européennes sur son propre sol et ne protège pas ces données contre tout accès d’entités extérieures à son territoire.

4.18.

La gestion des mégadonnées doit toujours respecter les droits de l’homme consacrés à l’article 21 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (10), en particulier lorsque des algorithmes sont utilisés dans le cadre du processus décisionnel. Les fournisseurs d’informatique en nuage établis dans l’UE ne détiennent qu’une petite part du marché international, lequel est largement dominé par les entreprises américaines. Cela désavantage l’Union et limite les possibilités d’investissement sur le marché du traitement des données. Cette situation entrave également la compétitivité des grandes entreprises et leur potentiel s’agissant de se développer et de conquérir des marchés, et empêche les PME de s’accroître. Le CESE salue la communication de la Commission intitulée «Une politique de concurrence adaptée aux nouveaux défis» (11) et l’importance accordée à la transformation numérique dans l’optique de la refonte du futur cadre de l’UE en matière de concurrence.

4.19.

Le CESE estime que le consentement éclairé pour l’utilisation des données doit être mis en œuvre tant pour les données à caractère personnel que pour les données non personnelles. Il plaide une nouvelle fois en faveur d’une mise à jour du RGPD à cet égard.

Transition numérique équitable et culture numérique dans l’UE

4.20.

Le CESE constate que le marché du travail évolue et que de plus en plus de secteurs de l’économie se plaignent du manque de main-d’œuvre formée et qualifiée. Il observe également une baisse des qualifications et un manque de savoir-faire et d’expertise spécifiques.

4.21.

Dans de précédents avis, le CESE a plaidé en faveur d’une Union qui s’engage résolument dans l’inclusion numérique et dans laquelle personne n’est laissé pour compte. Des années plus tard, les disparités entre les États membres se creusent et les groupes vulnérables ne sont toujours pas protégés, en particulier la population âgée, qui est la plus exposée.

4.22.

Le CESE se dit inquiet de la fracture numérique qui existe dans l’UE et demande que des programmes d’habileté numérique soient mis en œuvre de manière coordonnée dans tous les États membres et que l’apprentissage numérique tout au long de la vie devienne une réalité dans l’UE, notamment par le recours à des solutions à code source ouvert en tant qu’alternatives gratuites aux solutions commerciales. L’acquisition de compétences numériques commence par des tutoriels permettant de maîtriser le vocabulaire et se termine par une formation pratique.

4.23.

Il est essentiel d’associer les travailleurs à la transition numérique afin qu’ils puissent comprendre à la fois les risques et les possibilités qui se présenteront à l’avenir. L’évolution des environnements de travail nécessite non seulement de transférer les connaissances et d’acquérir de nouvelles compétences, mais aussi d’améliorer les conditions de travail des personnes qui exercent leur activité par l’intermédiaire de plateformes de travail numériques.

4.24.

Le CESE plaide en faveur d’un système européen d’éducation numérique qui soit robuste et capable de préparer la main-d’œuvre aux défis technologiques et de l’aider à obtenir des emplois de qualité. Il rappelle à cet égard l’existence de l’accord-cadre des partenaires sociaux européens sur la numérisation.

4.25.

Le CESE a déjà souligné la nécessité d’améliorer encore l’acquisition de compétences solides dans les domaines des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM) (12).

Bruxelles, le 14 juillet 2022.

La présidente du Comité économique et social européen

Christa SCHWENG


(1) Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant le règlement (UE) no 910/2014 en ce qui concerne l’établissement d’un cadre européen relatif à une identité numérique [COM(2021) 281 final].

(2) Une identité numérique pour tous les Européens.

(3) https://digital-strategy.ec.europa.eu/fr/policies/desi

(4) Étude de la BEI: Artificial intelligence, blockchain and the future of Europe: How disruptive technologies create opportunities for a green and digital economy (Intelligence artificielle, chaînes de blocs et avenir de l’Europe: comment les technologies de rupture créent des possibilités pour une économie verte et numérique).

(5) Commission européenne — Une approche européenne de l’intelligence artificielle.

(6) Une identité numérique pour tous les Européens [COM(2021) 281 final].

(7) JO C 288 du 31.8.2017, p. 1.

(8) Commission européenne — Règlement sur les données.

(9) Eurostat indique que seules 36 % des entreprises de l’UE ont utilisé des services d’informatique en nuage en 2020, principalement pour le courrier électronique et le stockage, et que seulement 19 % des entreprises de l’informatique en nuage ont vu leurs services sollicités.

(10) JO C 326 du 26.10.2012, p. 391.

(11) Communication de la Commission européenne — A competition policy fit for new challenges (Une politique de concurrence adaptée aux nouveaux défis) [COM(2021) 713 final] (en anglais seulement).

(12) JO C 14 du 15.1.2020, p. 46, JO C 10 du 11.1.2021, p. 40, JO C 228 du 5.7.2019, p. 16, JO C 75 du 10.3.2017, p. 6, JO C 374 du 16.9.2021, p. 11.


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