Initiative législative — 52022IP0013
| CELEX | 52022IP0013 |
| Type | Initiative législative |
| Date | jeudi 20 janvier 2022 |
Texte intégral
| 2.9.2022 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 336/14 |
P9_TA(2022)0013
Crise politique au Soudan
Résolution du Parlement européen du 20 janvier 2022 sur la crise politique au Soudan (2022/2504(RSP))
(2022/C 336/03)
Le Parlement européen,
| — | vu ses précédentes résolutions sur le Soudan, |
| — | vu la discussion sur le Soudan ayant eu lieu au Conseil de sécurité des Nations unies du 12 janvier 2022, |
| — | vu la déclaration publiée par l’Union européenne, le Royaume-Uni, la Norvège et les États-Unis le 4 janvier 2022, à la suite de la démission du Premier ministre soudanais, |
| — | vu la déclaration attribuable au Représentant spécial du Secrétaire général pour le Soudan du 8 janvier 2022 sur l’annonce de pourparlers sur la transition politique au Soudan, |
| — | vu la déclaration du président de la Commission de l’Union africaine du 21 novembre 2021 sur l’accord politique conclu au Soudan, |
| — | vu la déclaration du vice-président de la Commission et haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité du 18 janvier 2022 sur les derniers événements au Soudan, |
| — | vu la déclaration de la Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme du 18 novembre 2021 condamnant le meurtre de manifestants pacifiques au Soudan, |
| — | vu la résolution 2524 (2020) du Conseil de sécurité des Nations unies créant la Mission intégrée des Nations Unies pour l’assistance à la transition au Soudan (MINUATS), |
| — | vu le pacte international de 1966 relatif aux droits civils et politiques, auquel le Soudan est partie, |
| — | vu la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, |
| — | vu la charte africaine des droits de l’homme et des peuples, |
| — | vu le code de conduite des Nations unies pour les responsables de l’application des lois, |
| — | vu la déclaration constitutionnelle soudanaise d’août 2019, |
| — | vu l’accord de Cotonou (1), |
| — | vu l’accord de Djouba d’octobre 2020 pour la paix au Soudan, |
| — | vu le programme de développement durable à l’horizon 2030 mis en place par les Nations unies, |
| — | vu la stratégie commune UE-Afrique, |
| — | vu la résolution de l’Assemblée parlementaire paritaire du groupe des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) et de l’Union européenne du 11 mars 2021 sur la démocratie et le respect des constitutions dans l’Union et les pays ACP, |
| — | vu l’article 144, paragraphe 5, et l’article 132, paragraphe 4, de son règlement intérieur, |
| A. | considérant qu’avant le coup d’État du 25 octobre 2021, des dirigeants militaires et civils soudanais partageaient le pouvoir depuis août 2019, après que l’autocrate Omar el-Béchir fut chassé par des manifestations exigeant un gouvernement civil; considérant que l’accord de partage du pouvoir entre les militaires et les civils a conduit à la création du Conseil de souveraineté, qui exerce collectivement le rôle de chef d’État du pays; |
| B. | considérant que le Conseil de souveraineté se composait initialement de cinq civils nommés par les Forces pour la liberté et le changement (FLC), de cinq représentants militaires choisis par le Conseil militaire de transition (CMT) et d’un civil désigné d’un commun accord par les FLC et le CMT; considérant que, conformément à la déclaration constitutionnelle soudanaise de 2019, pour les 21 premiers mois sur les 39 que devait durer la période de transition, le président du Conseil de souveraineté devait être choisi par ses cinq représentants militaires et que, pour les 18 mois suivants, il devait être choisi par les cinq membres civils nommés par les FLC; considérant que la transition du président actuel, le général Abdel Fattah al-Burhan, vers un président civil était censée avoir lieu le 9 décembre 2021; considérant que, conformément au document constitutionnel régissant la période de transition, des élections législatives devraient avoir lieu au Soudan d’ici juillet 2023; |
| C. | considérant que l’accord de partage du pouvoir de 2019 a été violé le 25 octobre 2021, lorsque le général Abdel Fattah al-Burhan, président militaire, a perpétré un coup d’État, déclaré l’état d’urgence, dissous le Conseil de souveraineté, qui organisait le partage du pouvoir, renvoyé le gouvernement civil et placé Abdalla Hamdok, Premier ministre du pays, son équipe ministérielle et d’autres militants et personnalités politiques en détention provisoire, ce qui a suscité des condamnations internationales et de nombreuses manifestations au Soudan; considérant que ce coup d’État a mis fin à la transition vers un Conseil de souveraineté dirigé par des civils; |
| D. | considérant que le 21 novembre 2021, Abdalla Hamdok a signé un accord avec le général al-Burhan, ce qui lui a permis de ne plus être assigné à résidence et de rester Premier ministre; considérant qu’Abdalla Hamdok a accepté de reprendre son poste, afin de poursuivre les réformes démocratiques et de diriger un nouveau cabinet technocratique jusqu’à l’organisation d’élections; considérant que de nombreux défenseurs de la démocratie, groupes de la société civile et dirigeants civils ont rejeté cet accord; considérant qu’Abdalla Hamdok a démissionné du poste de Premier ministre le 2 janvier 2022, à la suite de manifestations dans tout le pays en faveur de la démocratie, en affirmant que les généraux de l’armée refusaient que le pouvoir soit de plus en plus exercé par des civils; |
| E. | considérant que le général al-Burhan a nommé des personnalités liées au régime d’Omar el-Béchir à des postes clés, notamment dans les médias publics et à la banque centrale; considérant qu’il a révoqué le procureur général et les dirigeants d’un comité chargé d’enquêter sur les profits illicites réalisés au cours de la trentaine d’années que le règne d’Omar el-Béchir a duré; considérant que le 24 décembre 2021, le général al-Burhan a habilité les services de renseignement, les Forces d’appui rapide et l’armée à procéder à des fouilles, à détenir et à interroger des personnes ainsi qu’à confisquer des biens; considérant qu’auparavant, ces compétences étaient réservées à la police et aux procureurs; considérant que les membres de ces corps se sont également vu accorder l’immunité contre les poursuites, laquelle ne peut être levée que par les dirigeants du Conseil de souveraineté eux-mêmes; |
| F. | considérant que depuis le coup d’État militaire du 25 octobre 2021, des citoyens continuent d’organiser des manifestations pacifiques de masse contre l’armée; considérant que celle-ci n’a cessé de répondre par la violence et l’usage extrême de la force, y compris par des tirs à balles réelles et par l’emploi de gaz lacrymogène et de grenades incapacitantes, tuant au moins 70 manifestants; considérant que des centaines d’autres manifestants ont été blessés et emprisonnés; |
| G. | considérant que l’on rapporte que les forces de sécurité auraient commis des violences sexuelles; considérant que les Nations unies enquêtent actuellement sur les accusations de 13 femmes et filles qui disent avoir été victimes de viol ou de viol collectif; considérant que d’autres femmes ont subi un harcèlement sexuel de la part des forces de sécurité lors des manifestations à Khartoum du 19 décembre 2021; considérant qu’il y a eu de larges coupures de l’accès à internet et de vastes perturbations des communications; considérant que l’on rapporte également que des journalistes ont été pris pour cible et ont subi des attaques et des arrestations arbitraires; |
| H. | considérant que les Soudanaises et les jeunes Soudanais ont joué un rôle clé dans la transition du pays vers la démocratie; considérant que les femmes ont été victimes à plusieurs reprises de violences, y compris sexuelles, en particulier dans les premiers jours du mouvement pour la démocratie; considérant que les auteurs de ces crimes odieux n’ont toujours pas été punis; |
| I. | considérant que des informations alarmantes font état de l’entrée de forces de sécurité dans les hôpitaux pour y arrêter des manifestants, empêcher les blessés de recevoir des soins et menacer et intimider le personnel médical; considérant que l’Organisation mondiale de la santé a signalé 15 attaques contre des professionnels de santé et des établissements de santé depuis novembre 2021; |
| J. | considérant que la réponse aux manifestations viole le droit à la liberté de réunion, d’association et d’expression, le droit à la liberté individuelle et l’interdiction de la torture et des mauvais traitements, entre autres droits fondamentaux garantis dans les traités régionaux et internationaux auxquels le Soudan est partie; |
| K. | considérant que la situation des droits de l’homme au Soudan continue de se détériorer et que les militants de la société civile soudanaise sont de plus en plus pris pour cible ces derniers mois; considérant que plusieurs militants ont été portés disparus et que leurs cadavres ont été retrouvés plus tard, portant des signes manifestes de torture; considérant que des civils, des défenseurs des droits de l’homme, des militants, des journalistes et des dirigeants politiques ont été arbitrairement arrêtés et détenus au secret; |
| L. | considérant que le 8 janvier 2022, la MINUATS a lancé des consultations pour rétablir la transition démocratique, avec l’intention d’inviter les militaires, les groupes rebelles, les partis politiques, les mouvements de protestation, la société civile et les groupes de femmes à participer à ce processus; considérant que cette initiative a été largement saluée, tant au Soudan que sur la scène internationale, mais que certains groupes au sein de la société restent fermement opposés à tout accord de partage du pouvoir avec des personnalités militaires; |
| M. | considérant que les citoyens soudanais continuent de faire face à une inflation galopante, de plus de 300 % par an selon le Programme alimentaire mondial des Nations unies (PAM), à une envolée des prix du carburant et des produits de base, ainsi qu’à une insuffisance des services de base; considérant que ces phénomènes empêchent de nombreuses personnes de subvenir à leurs besoins fondamentaux et de se doter de moyens de subsistance, et qu’ils accentuent le sentiment de frustration chez les manifestants; considérant qu’Abdalla Hamdok a joué un rôle clé dans la négociation de l’allégement de la dette et a convaincu les États-Unis de retirer le Soudan de sa liste des États finançant le terrorisme; considérant que de nombreux officiers militaires contrôleraient environ 250 entreprises dans des secteurs essentiels de l’économie soudanaise, tels que les exportations d’or, de caoutchouc et de viande; |
| N. | considérant qu’en 2021, le Fonds monétaire international (FMI) a accordé au Soudan un prêt de 2,5 milliards de dollars; considérant que le FMI et la Banque mondiale ont approuvé la demande d’allégement de la dette du Soudan dans le cadre de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés, en demandant l’adoption de profondes réformes économiques, telle que la suppression de certaines subventions; considérant que cette solution risque d’être mise à mal par le coup d’État; |
| O. | considérant qu’à la suite du coup d’État, l’Union africaine a suspendu le Soudan de toutes ses activités; considérant que plusieurs États et organisations multilatérales, dont le FMI, ont interrompu l’aide étrangère et mis un terme aux versements; considérant que l’Union européenne a annoncé qu’elle remettrait en question son soutien au Soudan si l’ordre constitutionnel n’était pas rétabli; considérant que de nombreux pays non membres de l’Union européenne sont actifs au Soudan, notamment en fournissant des armes, un soutien politique et des ressources financières liées aux matières premières et à l’or; considérant que ces pays jouent un rôle dans la stabilité de la région et défendent différents objectifs et stratégies à long terme; considérant que les tensions entre leurs différents intérêts font obstacle à la poursuite du développement du Soudan et de la région, et aggravent les tensions déjà élevées dans la Corne de l’Afrique, ce qui ne facilitera pas l’émergence d’une solution politique en Éthiopie; |
| P. | considérant que la situation en matière de sécurité au Soudan continue de se détériorer, notamment dans l’est du Darfour, où des centaines de civils ont été tués et des milliers ont été déplacés, sans compter les déplacements et meurtres de masse au Kordofan du Sud; considérant que, selon les Nations unies, 6,2 millions de civils auront besoin d’une aide humanitaire en 2022; considérant que le PAM estime que 2,7 millions de personnes sont en situation d’insécurité alimentaire grave; considérant que la situation humanitaire a été exacerbée par la crise de la COVID-19 et par l’afflux de réfugiés fuyant le conflit en Éthiopie; |
| Q. | considérant que le gouvernement soudanais avait décidé à l’unanimité, le 4 août 2021, de devenir un État partie au statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI), dans l’attente de l’approbation du Conseil souverain, et qu’il serait tenu, ce faisant, de remettre tous les suspects accusés par la CPI pour des crimes commis au Darfour de 2003 à 2004, y compris l’ancien président Omar el-Béchir; qu’il n’y a malheureusement pas eu de progrès dans la mise en place du tribunal pénal spécial du Darfour, comme le prévoit l’accord de Djouba; |
| R. | considérant que, le 3 juin 2021, le Conseil de sécurité des Nations unies a prorogé jusqu’en juin 2022 le mandat de l’UNITAMS, chargée d’assister les autorités soudanaises pendant la transition vers la démocratie; |
| S. | considérant que depuis septembre 2019, l’Union européenne, principalement par l’intermédiaire du fonds fiduciaire d’urgence de l’Union pour l’Afrique, a versé plus de 88 millions d’euros d’aide au développement pour soutenir les réformes politiques et économiques afin de contribuer à la paix et à la stabilité au Soudan; |
| T. | considérant que, le 12 novembre 2021, Michelle Bachelet, haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, a désigné Adama Dieng en qualité d’expert des droits de l’homme au Soudan; considérant que M. Dieng est chargé de préparer un rapport écrit que le Haut-Commissaire présentera devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies lors de sa 50e session, en juin 2022; |
| 1. | déplore l’assassinat de nombreux manifestants soudanais et les blessures infligées à des centaines de personnes, y compris le recours à des violences sexuelles, par des services de sécurité et d’autres groupes armés, depuis le coup d’État militaire du 25 octobre 2021; rappelle le droit du peuple soudanais de se réunir et d’exercer ses droits fondamentaux pour que la démocratie soit rétablie et que ses besoins fondamentaux soient satisfaits; invite toutes les parties prenantes soudanaises à respecter l’état de droit, comme le prévoit la déclaration constitutionnelle de 2019; |
| 2. | condamne le coup d’État militaire du 25 octobre 2021 et rappelle qu’il est urgent que les dirigeants militaires soudanais reprennent la transition démocratique du pays et répondent aux revendications du peuple soudanais en faveur de la liberté, de la paix et de la justice; exige que les dirigeants militaires soudanais définissent des calendriers et des processus clairs pour un retour à la transition convenue précédemment, notamment en établissant les branches exécutive, législative et judiciaire du gouvernement, en créant des mécanismes de responsabilisation et en jetant les bases des élections; |
| 3. | condamne tous les actes de violence commis contre des manifestants pacifiques, des militants, des journalistes et toutes les autres personnes exerçant pacifiquement leur droit à la liberté d’expression, d’association ou de réunion; demande la libération immédiate des personnes actuellement détenues sans inculpation ni procès, la possibilité pour les personnes accusées d’avoir pleinement accès à une représentation juridique et la levée immédiate de l’état d’urgence; invite les autorités soudanaises à mettre immédiatement un terme à toutes les détentions illégales et disparitions forcées; rappelle que les forces armées soudanaises n’ont pas le pouvoir légal de détenir des civils ou d’exercer des fonctions répressives, étant donné que les pouvoirs d’arrestation et de détention des civils sont exclusivement réservés à la police et aux procureurs depuis le 21 janvier 2021; condamne la fermeture persistante des services internet; |
| 4. | condamne fermement les attaques commises par les forces de sécurité contre des installations médicales qui lui ont été signalées; invite les autorités soudanaises à permettre à toutes les personnes blessées de recevoir des soins; rappelle que les attaques ciblées contre le personnel de santé, les patients et les installations constituent une violation caractérisée du droit humanitaire international; |
| 5. | demande l’ouverture d’enquêtes indépendantes sur les décès et les violences qui y sont associées et attend que les auteurs de ces actes en soit tenus responsables; soutient les appels en faveur d’une mission d’enquête internationale indépendante afin d’enquêter sur les informations faisant état de violences à l’encontre de manifestants depuis le coup d’État militaire d’octobre 2021; demande à l’Union européenne et à ses États membres de dialoguer avec les organismes régionaux et internationaux afin de faciliter la création de cette mission et de suivre de près les événements dans le pays, en veillant à ce que toutes les violations des droits de l’homme fassent l’objet d’enquêtes afin que les auteurs puissent être poursuivis; souligne la nécessité de poursuivre les enquêtes similaires sur des crimes commis pendant le régime d’Omar el-Béchir et la période de transition de 2019; |
| 6. | soutient fermement les efforts déployés par l’UNITAMS pour faciliter les discussions visant à résoudre la crise politique; invite tous les acteurs politiques soudanais à s’engager dans ce dialogue afin de rétablir la transition vers un régime civil, conformément à la déclaration constitutionnelle de 2019, et à satisfaire le désir des citoyens soudanais de renforcer la liberté, la démocratie, la paix, la justice et la prospérité; est fermement convaincu que la nomination du nouveau premier ministre civil et du nouveau gouvernement civil devraient avoir lieu à la lumière d’un tel dialogue interne soudanais afin de garantir leur crédibilité et leur acceptation par la société civile soudanaise, qui a clairement indiqué son rejet de toute forme de gouvernement autoritaire et son souhait d’une transition véritable et permanente vers la démocratie; invite tous les acteurs régionaux à agir de bonne foi, à soutenir un gouvernement civil et à s’abstenir de soutenir les forces de soutien rapide, dont les membres doivent être immédiatement être éloignés des missions de maintien de l’ordre et de l’application de la loi, dans l’intérêt de la sécurité publique au Soudan; |
| 7. | souligne que, conformément à la déclaration constitutionnelle de 2019, le processus de réforme doit être inclusif et mené par les Soudanais, en définissant des calendriers et des processus clairs pour la mise en place d’un système judiciaire législatif et indépendant, en créant des mécanismes de responsabilisation et en organisant des élections inclusives, équitables et transparentes dans les meilleurs délais; souligne que le dialogue doit être pleinement inclusif et représentatif des groupes précédemment marginalisés, dont les femmes, les jeunes et les minorités; invite l’Union et ses États membres à soutenir activement ce processus; |
| 8. | se déclare profondément préoccupé par la montée alarmante de la violence au Darfour et au Kordofan méridional, et la condamne; invite les observateurs internationaux à recentrer leur attention sur le Darfour et le Kordofan méridional afin de protéger la population locale de la violence, des conséquences néfastes et des déplacements massifs; |
| 9. | exige que les services de sécurité et les autres groupes armés cessent immédiatement tout recours à la violence contre les civils et les travailleurs humanitaires dans l’ensemble du pays, en particulier au Darfour; condamne le pillage du 29 décembre 2021, par des milices locales, de l’entrepôt alimentaire du PAM des Nations unies à El Fasher, au Darfour septentrional, qui contient des denrées alimentaires destinées à des centaines de milliers de personnes en situation d’insécurité alimentaire dans cette région, et souligne avec force que l’aide humanitaire ne devrait jamais être la cible d’un conflit; |
| 10. | demande une nouvelle fois que l’ancien président Omar el-Béchir soit tenu responsable des violations des droits de l’homme commises contre des civils soudanais sous son régime autoritaire, y compris le génocide, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité; se déclare en faveur de son extradition ainsi que de celle de l’ancien ministre de la défense Abdelrahim Mohamed Hussein et de l’ancien ministre des affaires humanitaires Ahmed Haroun devant la CPI pour leur complicité dans la guerre du Darfour; |
| 11. | demande une nouvelle fois au Soudan de ratifier le statut de Rome de la CPI, de coopérer pleinement avec la CPI et de mettre en œuvre les mandats d’arrêt en suspens; invite le Soudan à licencier les fonctionnaires et les agents des forces de sécurité impliqués dans de graves violations des droits de l’homme et des crimes de guerre; prie instamment tous les acteurs politiques de donner la priorité à la création du tribunal pénal spécial du Darfour, tel qu’établi dans la déclaration de Djouba de 2006 sur l’unité et l’intégration entre l’Armée populaire de libération du Soudan et les forces de défense du Soudan du Sud; |
| 12. | invite le Soudan à dénoncer les efforts déployés par l’armée soudanaise pour conserver la propriété et le contrôle des industries et entreprises stratégiques, inversant ainsi le processus de réforme; invite la Commission à mettre en place des mécanismes approfondis de diligence raisonnable en ce qui concerne les relations avec ces secteurs et à faire pleinement usage, le cas échéant, des dispositions du régime mondial de sanctions de l’Union en matière de droits de l’homme à l’encontre des personnes; |
| 13. | condamne la tentative de l’armée de saper les institutions soudanaises en limogeant les fonctionnaires nommés pendant la période de transition et en les remplaçant par d’autres, alignés sur l’ancien régime el-Béchir; souligne que les fonctionnaires éloignés par le régime doivent être réintégrés; |
| 14. | soutient la déclaration du VP/HR du 18 novembre 2021 selon laquelle si l’ordre constitutionnel n’est pas entièrement rétabli, il en résultera de graves conséquences pour le soutien financier de l’Union; souligne toutefois la nécessité de poursuivre l’assistance de l’Union en ce qui concerne la fourniture de services de base tels que la santé et l’éducation; se félicite, par conséquent, de la contribution de 10 millions d’euros apportée au PAM au Soudan en décembre 2021 en faveur de l’aide alimentaire vitale par l’intermédiaire de la direction générale de la protection civile et des opérations d’aide humanitaire de la Commission, en plus de la contribution de 13 millions d’euros reçue au début de l’année 2021; |
| 15. | se dit préoccupé par le fait que la coopération entre l’Union européenne et le Soudan en matière de migration est utilisée par le régime militaire comme une excuse pour renforcer sa capacité de contrôle et de répression, parce qu’elle lui permet par exemple de renforçant ses capacités de surveillance, y compris aux frontières, et de recevoir des équipements; invite, dès lors, l’Union européenne à veiller à la transparence la plus totale des projets auxquels participe le Soudan dans le domaine de la sécurité, transparence qui doit s’appliquer à toutes les activités prévues et à tous les bénéficiaires de financements européens ou des États membres; souligne la nécessité d’examiner en permanence l’approche de l’Union en matière de migration, de développement durable, d’aide humanitaire et de bonne gouvernance, tout en renforçant la société civile et en encourageant les réformes démocratiques en vue d’un développement politique inclusif au Soudan; |
| 16. | appelle à nouveau de ses vœux une interdiction à l’échelle de l’Union d’exporter et de vendre tout type d’équipement de sécurité qui peut être ou est utilisé à des fins de répression interne, y compris les technologies de surveillance en ligne, à des États, comme le Soudan, dont le bilan en matière de droits de l’homme est déplorable, ainsi que d’actualiser et d’entretenir de tels équipements pour ces États; demande instamment aux autres pays de la région d’en faire de même; |
| 17. | invite la communauté internationale à rejoindre l’Union européenne dans son soutien de la société civile et des acteurs démocratiques, et rappelle aux pays tiers, en particulier aux acteurs régionaux fortement présents et influents au Soudan, leur responsabilité internationale et la contribution importante qu’ils pourraient apporter à un Soudan libre, pacifique et démocratique, ce qui serait dans l’intérêt à long terme de toutes les parties prenantes susmentionnées; |
| 18. | invite la délégation de l’Union au Soudan et les représentations des États membres dans le pays à appliquer pleinement les orientations de l’Union concernant les défenseurs des droits de l’homme, notamment en demandant des visites dans les prisons, en observant les procès, en publiant des déclarations publiques et en saisissant les autorités à tous les niveaux, ainsi qu’à délivrer des visas d’urgence lorsque la situation le justifie; |
| 19. | demande que la situation au Soudan fasse l’objet d’un débat actif lors de la prochaine réunion du Conseil des affaires étrangères de l’Union, le 24 janvier 2022; |
| 20. | reconnaît et salue les efforts déployés par Annette Weber, représentante spéciale de l’Union européenne pour la Corne de l’Afrique, Volker Perthes, représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies pour le Soudan et chef de la MINUATS, dans ses bons offices, et Adama Dieng, expert des droits de l’homme des Nations unies pour le Soudan; réaffirme son soutien sans réserve à leur travail important; exprime sa gratitude pour le travail considérable accompli par le personnel de la délégation de l’Union européenne au Soudan, ainsi que par les bureaux des Nations unies et d’autres organisations internationales; |
| 21. | remercie le Soudan pour les efforts qu’il a déployés en vue de fournir un abri aux quelque 70 000 réfugiés éthiopiens qui résident actuellement au Soudan; |
| 22. | invite l’Union africaine et les autres organisations régionales, telles que l’Autorité intergouvernementale pour le développement et le Marché commun de l’Afrique orientale et australe, à coopérer activement avec le Soudan et à soutenir les efforts visant à assurer une transition démocratique pacifique et durable; |
| 23. | charge sa Présidente de transmettre la présente résolution au Conseil, à la Commission, aux gouvernements et aux parlements des États membres, aux autorités soudanaises, à l’Union africaine, au Secrétaire-général des Nations unies, à l’Autorité intergouvernementale pour le développement, au Marché commun de l'Afrique de l'Est et de l'Afrique australe, au gouvernement et au parlement de l’Égypte, au Conseil de coopération du Golfe, aux coprésidents de l'Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE et au Parlement panafricain. |
Documents similaires
Initiative législative — 52022IP0451
15/12/2022
Initiative législative — 52022IP0450
15/12/2022
Initiative législative — 52022IP0449
15/12/2022
Initiative législative — 52022IP0448
15/12/2022