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CELEX52022IP0100
TypeInitiative législative
Datejeudi 24 mars 2022

Texte intégral

20.9.2022

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 361/15


P9_TA(2022)0100

CFP 2021-2027: lutte contre les structures oligarchiques, protection des fonds de l’Union contre la fraude et les conflits d’intérêts

Résolution du Parlement européen du 24 mars 2022 sur le CFP 2021-2027: lutte contre les structures oligarchiques, protection des fonds de l’Union contre la fraude et les conflits d’intérêts (2020/2126(INI))

(2022/C 361/02)

Le Parlement européen,

—

vu le règlement (UE, Euratom) 2020/2093 du Conseil du 17 décembre 2020 fixant le cadre financier pluriannuel pour les années 2021 à 2027 (1) (le «règlement CFP»,

—

vu le règlement (UE) 2021/241 du Parlement européen et du Conseil du 12 février 2021 établissant la facilité pour la reprise et la résilience (le «règlement FRR») (2),

—

vu le règlement (UE, Euratom) 2018/1046 du Parlement européen et du Conseil du 18 juillet 2018 relatif aux règles financières applicables au budget général de l’Union (le «règlement financier») (3),

—

vu le règlement (UE, Euratom) 2020/2092 du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2020 relatif à un régime général de conditionnalité pour la protection du budget de l’Union (le «règlement sur la conditionnalité») (4),

—

vu la directive (UE) 2017/1371 du Parlement européen et du Conseil du 5 juillet 2017 relative à la lutte contre la fraude portant atteinte aux intérêts financiers de l’Union au moyen du droit pénal (la «directive PIF») (5),

—

vu le règlement (UE) 2017/1939 du Conseil du 12 octobre 2017 mettant en œuvre une coopération renforcée concernant la création du Parquet européen (le «règlement sur le Parquet européen») (6),

—

vu le rapport de la Commission du 20 septembre 2021 intitulé «32e rapport annuel sur la protection des intérêts financiers de l’Union européenne — Lutte contre la fraude — 2020» (COM(2021)0578),

—

vu la communication de la Commission «Rapport 2021 sur l’état de droit — La situation de l’état de droit dans l’Union européenne», du 20 juillet 2021 (COM(2021)0700),

—

vu la communication de la Commission du 7 avril 2021 intitulée «Orientations relatives à la prévention et à la gestion des conflits d’intérêts en vertu du règlement financier» («les orientations sur les conflits d’intérêts») (C(2021)2119),

—

vu le rapport spécial no 06/2019 de la Cour des comptes européenne du 16 mai 2019 intitulé «La lutte contre la fraude au détriment des dépenses de cohésion de l’UE: les autorités de gestion doivent renforcer la détection, la réaction et la coordination»,

—

vu le rapport annuel 2020 de l’Office européen de lutte antifraude (OLAF),

—

vu l’accord interinstitutionnel du 16 décembre 2020 entre le Parlement européen, le Conseil de l’Union européenne et la Commission européenne sur la discipline budgétaire, la coopération en matière budgétaire et la bonne gestion financière, ainsi que sur de nouvelles ressources propres, comportant une feuille de route en vue de la mise en place de nouvelles ressources propres (7),

—

vu sa résolution du 17 décembre 2020 sur le cadre financier pluriannuel 2021-2027, l’accord interinstitutionnel, l’instrument de l’Union européenne pour la relance et le règlement relatif à l’état de droit (8),

—

vu les conclusions de l’avocat général du 2 décembre 2021 dans l’affaire C-156/21, Hongrie/Parlement et Conseil et dans l’affaire C-157/21, Pologne/Parlement et Conseil (9),

—

vu ses résolutions du 13 décembre 2018 sur les conflits d’intérêts et la protection du budget de l’Union européenne en République tchèque (10), du 19 juin 2020 sur la réouverture de l’enquête à l’encontre du Premier ministre de la République tchèque pour utilisation abusive des fonds européens et conflits d’intérêts potentiels (11), et du 10 juin 2021 sur le conflit d’intérêts impliquant le Premier ministre de la République tchèque (12),

—

vu ses résolutions du 8 octobre 2020 sur l’état de droit et les droits fondamentaux en Bulgarie (13), du 29 avril 2021 sur l’assassinat de Daphne Caruana Galizia et l’état de droit à Malte (14), du 8 juillet 2021 sur les violations du droit de l’UE et des droits des citoyens LGBTIQ en Hongrie par suite de l’adoption de modifications de la législation au Parlement hongrois (15) et du 21 octobre 2021 sur la crise de l’état de droit en Pologne et la primauté du droit de l’Union (16),

—

vu sa résolution du 25 mars 2021 sur l’application du règlement (UE, Euratom) 2020/2092, le mécanisme de conditionnalité liée à l’état de droit (17),

—

vu sa résolution du 10 juin 2021 sur la situation de l’état de droit dans l’Union européenne et l’application du règlement (UE, Euratom) 2020/2092 relatif à la conditionnalité (18),

—

vu sa résolution du 21 octobre 2021 sur les Pandora Papers: implications pour les efforts de lutte contre le blanchiment de capitaux, la fraude et l’évasion fiscales (19),

—

vu ses précédentes décisions et résolutions sur la décharge octroyée à la Commission pour les exercices 2014, 2015, 2016, 2017, 2018 et 2019,

—

vu l’étude du 20 mai 2021 effectuée à la demande de sa commission du contrôle budgétaire intitulée «Les 50 plus grands bénéficiaires dans chaque État membre de l’Union de la PAC et du Fonds de cohésion»,

—

vu l’article 54 de son règlement intérieur,

—

vu l’avis de la commission de l’agriculture et du développement rural,

—

vu le rapport de la commission du contrôle budgétaire (A9-0039/2022),

A.

considérant que les autorités budgétaires ont adopté le train de mesures lié au CFP 2021-2027, qui représente, avec l’instrument de relance NextGenerationEU, un financement total sans précédent de 1 800 milliards d’euros pour soutenir la reprise après la pandémie de COVID-19 et les priorités à long terme de l’Union dans différents domaines d’action;

B.

considérant que la mise en œuvre de ces fonds doit rigoureusement respecter les principes de bonne gestion financière et est soumise de jure à un contrôle complet et illimité au niveau européen, y compris de la part du Parlement; que, toutefois, la capacité de fait des institutions européennes à contrôler les fonds de l’Union est malheureusement assez limitée sans la coopération effective et significative des autorités nationales;

C.

considérant que la protection des intérêts financiers de l’Union est un élément fondamental de l’agenda politique de l’Union pour consolider la transparence, la responsabilité démocratique et la capacité à répondre aux besoins des citoyens, pour renforcer la confiance du public et pour garantir que l’argent des contribuables est correctement dépensé; que la mise en œuvre du paquet budgétaire du CFP 2021-2027 doit être conforme aux principes généraux consacrés dans les traités, en particulier aux valeurs européennes énumérées à l’article 2 du traité sur l’Union européenne ainsi que dans le règlement sur la conditionnalité et au principe de bonne gestion financière inscrit à l’article 310 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne et dans le règlement financier; qu’il existe une corrélation entre le respect de ces valeurs et principes et l’exécution efficace du budget de l’Union;

D.

considérant que divers médias, dans l’ensemble de l’Europe, portent régulièrement à l’attention de leurs lecteurs des informations sur des scandales impliquant de la fraude, des conflits d’intérêts, de la corruption et d’autres activités illégales qui portent atteinte aux intérêts financiers de l’Union et impliquent des représentants politiques de haut niveau dans les États membres de l’Union, ainsi que des cas de fraude et de criminalité douanière, de nature transfrontière ou numérique, adoptant parfois les structures ou bénéficiant du soutien d’organisations criminelles; que ces scandales sapent la confiance des citoyens européens dans l’Union et ses institutions;

E.

considérant que les Pandora Papers publiés le 3 octobre 2021 par le Consortium international des journalistes d’investigation constituent la dernière grande fuite de données en date et que celle-ci a révélé que plus de 330 responsables politiques et fonctionnaires publics de près de 100 pays, dont 35 chefs d’État ou de gouvernement anciens ou actuels, étaient impliqués dans l’utilisation abusive du secret des affaires, mais aussi dans la fraude et l’évasion fiscales offshore; qu’il s’agit d’un scandale qui vient s’ajouter à d’autres cas similaires sans qu’aucune mesure efficace ne soit prise;

F.

considérant que, dans son rapport annuel 2020, l’OLAF a recensé, parmi les principales tendances en matière d’activités frauduleuses, les conflits d’intérêts et les faits de collusion entre bénéficiaires et contractants, en particulier dans les marchés publics; que les affaires traitées par l’OLAF concernent souvent des faits de fraude ou de corruption dans les marchés publics transfrontières, dans le cadre de procédures de marchés publics impliquant un financement de l’Union;

G.

considérant que le Parlement a adopté de nombreuses résolutions par lesquelles il demande à la Commission d’agir rapidement pour mettre un terme à l’utilisation abusive et alarmante des fonds de l’Union par des personnalités politiques fortunées, des élites et de grands conglomérats;

Structures oligarchiques

1.

relève que, dans la société actuelle, l’«oligarchie» désigne une classe ou un groupe restreint d’individus solidaires en mesure de prendre des décisions, de dicter à d’autres leur conduite dans des contextes politiques ou non, ou de diriger une communauté politique dans son propre intérêt, sans égard pour l’état de droit et les autres règles de la démocratie et en portant parfois atteinte à leurs principes fondamentaux; relève que dans une oligarchie, les élites politiques détournent les fonds publics provenant des budgets de l’Union ou nationaux afin de servir leurs intérêts privés et se reposent souvent sur des hommes d’affaires qui agissent en leur nom dans des structures dont les véritables bénéficiaires et les bénéficiaires effectifs sont généralement dissimulés; constate que la concentration extrême des élites politiques et financières peut entraîner la capture de l’État;

2.

ajoute que, dans le contexte politique actuel de l’Union, le terme d’«oligarchie» est utilisé pour souligner l’influence d’individus riches et puissants sur la politique et le gouvernement, et celle des acteurs des mondes économique, financier et industriel, qui sont en mesure d’exercer une influence qui est généralement utilisée au profit de quelques-uns et au détriment du plus grand nombre; souligne que des membres de gouvernements nationaux et d’autres titulaires de positions politiques font partie, dans certains États membres, de l’oligarchie, et qu’ils ont activement cherché à utiliser les fonds de l’Union pour servir leurs propres intérêts financiers;

3.

constate, avec une inquiétude particulière, que ces dernières années ont vu l’émergence d’un nombre sans précédent de groupes oligarchiques, qui vont jusqu’à recourir à des outils administratifs ou à des pratiques criminelles, ou à soutenir des groupes criminels; remarque, avec une préoccupation extrême, que des réseaux oligarchiques en relation avec le monde politique peuvent capturer les marchés des médias nationaux et interférer dans le fonctionnement des sphères publiques démocratiques;

4.

s’inquiète des liens fréquents des systèmes oligarchiques avec la corruption généralisée, avec un contrôle étroit des médias et avec un système judiciaire qui n’est pas indépendant des oligarques eux-mêmes; souligne que, pour se protéger, les groupes oligarchiques cherchent à prendre le contrôle des médias et de la justice, afin d’éviter l’exposition médiatique d’éventuelles activités criminelles et les poursuites;

5.

rappelle que, selon la position du Parlement, la corruption, en plus de nuire gravement aux intérêts financiers de l’Union, constitue également une menace pour la démocratie, pour les droits fondamentaux et pour l’état de droit; s’inquiète de l’effet délétère de la corruption sur la confiance des citoyens dans les institutions;

6.

estime que des politiques et organismes anti-corruption forts et efficaces, ainsi que des systèmes de contrôle et un système judiciaire indépendant, garantissant le fonctionnement effectif de l’état de droit, promouvant la concurrence, améliorant la transparence et veillant à la mise en œuvre fonctionnelle des règles qui régissent les marchés publics et le libre accès aux marchés sont fondamentaux pour empêcher les oligarques de prendre le contrôle de l’économie et des marchés financiers, ce qui aurait pour effet de renforcer davantage encore leur position; insiste pour que l’Union promeuve la transparence des dépenses des fonds de l’Union et nationaux, en procédant à une collecte de données plus efficace et en renforçant les règles qui y ont trait, en particulier en ce qui concerne les bénéficiaires finaux et les bénéficiaires effectifs, et pour qu’elle suive de près et assure la bonne mise en œuvre de ces règles; demande à la Commission, dans ce contexte, d’intensifier ses efforts et de renforcer sa coopération avec les États membres en ce sens;

Fraude et conflit d’intérêts dans le cadre juridique actuel

7.

rappelle que, dans la directive PIF, les co-législateurs de l’Union ont établi une définition de la fraude (et d’autres infractions pénales, telles que le détournement intentionnel, la corruption et le blanchiment de capitaux) portant atteinte aux intérêts financiers de l’Union, afin de renforcer la lutte contre la fraude au moyen du droit pénal (20);

8.

fait observer que l’article 61 du règlement financier introduit une nouvelle définition du conflit d’intérêts, qui empêche les personnes intervenant dans l’exécution budgétaire (y compris les autorités nationales à tout niveau) de prendre une mesure à l’occasion de laquelle leurs propres intérêts pourraient être en conflit avec ceux de l’Union, et que cette définition a été explicitement étendue à l’exécution des fonds de l’Union en gestion partagée et élargie pour inclure «tout autre intérêt personnel direct ou indirect», ce qui a pour effet de couvrir un éventail beaucoup plus large de cas;

9.

se félicite de la publication des lignes directrices de la Commission sur les conflits d’intérêts, qui visent à sensibiliser aux règles censées éviter les conflits d’intérêts et à en promouvoir l’interprétation et l’application uniformes parmi les États membres; déplore le fait que des affaires de conflits d’intérêts impliquant des personnes politiques haut placées continuent d’avoir lieu dans certains États membres; encourage la Commission à renforcer encore les dispositions relatives aux conflits d’intérêts prévues à l’article 61 du règlement financier dans le cadre de sa prochaine révision, en particulier en ce qui concerne la préparation du budget, afin de permettre une identification plus précise des catégories d’agents publics qui sont en mesure d’influencer les flux financiers du budget de l’Union et d’empêcher l’apparition de tels conflits;

10.

invite néanmoins la Commission à modifier l’article 167, paragraphe 1, point c), du règlement financier afin d’y inclure une définition plus explicite d’«intérêt à caractère professionnel contradictoire», de manière à assurer une interprétation uniforme dans tous les États membres et de permettre aux institutions de l’Union d’adopter des mesures adéquates à l’égard de soumissionnaires ayant un intérêt financier dans un contrat de service à caractère stratégique;

11.

relève qu’outre le règlement financier, les directives sur les marchés publics contiennent des définitions similaires du conflit d’intérêts et que des références à l’obligation d’éviter les conflits d’intérêts figurent également dans la législation sectorielle;

12.

souligne que, selon la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne, «la confusion d’intérêts constitue en soi et objectivement un dysfonctionnement grave, sans qu’il soit nécessaire de tenir compte, pour sa qualification, des intentions des intéressés et de leur bonne ou mauvaise foi» (21);

13.

fait remarquer que les conflits d’intérêts ne se limitent pas aux cas de corruption, de fraude et de comportement délictueux, puisqu’ils peuvent aussi concerner des activités de lobbying et des phénomènes d’allers-retours entre le secteur public et le secteur privé; souligne néanmoins que la détection et la divulgation des conflits d’intérêts sont cruciales pour identifier les risques éventuels d’abus, de partialité, de fraude et de corruption dans la gestion des fonds, ainsi que pour prévenir les atteintes à la réputation, les soupçons et la défiance parmi les citoyens européens, qui contribuent à un sentiment de manque de transparence;

14.

rappelle que les citoyens de chaque État membre doivent pouvoir être convaincus de l’intégrité de l’exécution budgétaire des fonds de l’Union dans tous les États membres et que, par conséquent, les mesures de lutte contre les conflits d’intérêts et la fraude ne doivent pas être soumises à des normes différentes;

15.

rappelle toutefois que même le meilleur cadre juridique ne peut compenser l’insuffisance du mécanisme de mise en œuvre; demande, par conséquent, l’amélioration des capacités et la mise en place de systèmes efficaces de gestion et de contrôle dans les organes de l’Union et dans les États membres, condition essentielle pour surveiller les cas de conflits d’intérêts, enquêter à leur sujet et garantir et préserver la légalité et la régularité des dépenses des fonds de l’Union;

16.

rappelle que le nombre de structures oligarchiques a atteint des niveaux sans précédent dans l’Union ces dernières années et que deux États membres font actuellement l’objet de procédures au titre de l’article 7 du traité sur l’Union européenne et du règlement sur la conditionnalité liée à l’état de droit pour cause de défaillances structurelles de l’état de droit et de corruption généralisée; estime nécessaire, dans ce contexte, d’avoir un large débat sur l’avenir de la gestion partagée car toutes les autorités nationales ne peuvent plus être considérées comme des partenaires fiables pour la bonne gestion financière des fonds de l’Union;

Principaux défis en matière de cohésion et d’agriculture

17.

souligne qu’en ce qui concerne la politique de cohésion, c’est-à-dire l’instrument de l’UE pour le renforcement de la cohésion économique, sociale et territoriale, qui représente une grande proportion du budget de l’UE, les types les plus fréquemment détectés d’irrégularités frauduleuses parmi les projets financés au moyen des Fonds structurels et d'investissement européens pendant la période de programmation 2014-2020 étaient la surtarification, des pièces justificatives incorrectes, manquantes, fausses ou falsifiées, le non-respect des dispositions contractuelles, les procédures de marchés publics ne recevant qu’une seule offre, l’inéligibilité et la violation des règles régissant les marchés publics, ainsi que les manquements à l’éthique et à l’intégrité, y compris les conflits d’intérêts et la corruption;

18.

constate qu’il existe des pratiques courantes bien établies qui sont le signe de l’utilisation potentiellement abusive des fonds de la politique agricole commune (PAC), comme la falsification de documents et la création de conditions artificielles, par exemple la scission des exploitations agricoles pour éviter le plafonnement des paiements agricoles de l’Union et l’introduction de demandes d’aide par l’intermédiaire de plusieurs entreprises liées, ou à la suite de la mise en œuvre incomplète des actions;

19.

remarque que dans plusieurs pays, les conflits d’intérêts et les allers-retours entre le secteur public et le secteur privé constituent de graves problèmes; souligne que plusieurs conflits d’intérêt d’une grande valeur financière ont été enregistrés en ce qui concerne les interventions sur le marché, ainsi que d’autres infractions liées à des incitations, qui font l’objet d’une enquête de l’OLAF;

20.

souligne qu’une étude sur la mise en œuvre des fonds de la PAC (22) a révélé que le décaissement des fonds agricoles de l’Union posait de sérieux problèmes dans au moins cinq États membres (23) et qu’il existait une inégalité marquée entre les fonds alloués aux grands et aux petits agriculteurs, avec des avantages systémiques pour les grandes exploitations, dont les bénéficiaires entretiennent des liens étroits avec les partis politiques au pouvoir dans leur pays ou en sont eux-mêmes membres; demande instamment à la Commission et aux États membres de renforcer immédiatement les mesures contre l’accaparement de terres, les appels d’offres irréguliers ou d’autres procédures d’attribution et utilisations abusives de l’argent de l’Union, en particulier lorsque des autorités et des gouvernements nationaux sont impliqués;

21.

prend note avec une grande inquiétude d’informations faisant état du détournement structurel de la ligne budgétaire du Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader), laquelle a été utilisée dans plusieurs États membres par des dirigeants politiques pour la construction de villas privées présentées comme des chambres d’hôtes; demande à la Commission de prendre des mesures décisives pour empêcher à l’avenir les détournements structurels de cette ligne budgétaire, y compris, le cas échéant, en modifiant les conditions de décaissement du Feader;

22.

note qu’en Hongrie, selon plusieurs révélations, enquêtes et articles d’investigation, Viktor Orbán a centralisé et redistribué des richesses à ses proches par le biais de subventions agricoles; souligne qu’au cours de la période 2015-2019, c’est la Hongrie, parmi tous les États membres, qui a fait l’objet du plus grand nombre d’enquêtes de l’OLAF clôturées sur une recommandation financière;

23.

regrette la répartition inégale des financements de l’UE, en particulier de ceux de la PAC, sachant qu’en 2020, 0,5 % des bénéficiaires ont reçu plus de 100 000 EUR et ont ainsi obtenu 16,6 % de l’enveloppe totale des paiements directs, tandis que 75 % des bénéficiaires recevaient moins de 5 000 EUR, soit moins de 15 % de l’ensemble de l’enveloppe des paiements directs (24);

24.

remarque qu’en dépit du fait que l’Union exige un certain niveau de transparence, la mise en œuvre des mesures de transparence est souvent entravée, ce qui signifie que l’accès public aux données en matière d’allocation des subventions est une question très problématique au sein de l’Union;

25.

souligne que ces dernières années, la gestion des fonds de l’Union en République tchèque est devenue un sujet d’inquiétude potentiel; rappelle qu’au cours de la période 2016-2018, en République tchèque, près de 75 % des fonds agricoles ont été versés à de grandes entreprises agricoles; s’inquiète de l’audit de la Commission, qui a confirmé qu’en tant que premier ministre, M. Andrej Babiš a exercé son influence pour allouer des subventions de l’Union à Agrofert, un conglomérat du secteur agrochimique qu’il a lui-même fondé; souligne que M. Babiš est le bénéficiaire effectif d’Agrofert et que le conflit d’intérêts est par conséquent évident;

26.

regrette profondément la situation actuelle, dans laquelle une personne peut recevoir des montants illimités des fonds en gestion partagée, ce qui a pour effet, dans certains États membres, d’inciter à la création de structures oligarchiques, au népotisme et à la corruption; rappelle son opinion selon laquelle le plafonnement du montant total qu’une personne peut recevoir des fonds de l’Union dans le cadre de la gestion partagée limiterait la puissance des structures oligarchiques;

27.

demande à la Commission d’inclure dans sa proposition de révision du règlement financier une modification de l’article 63, paragraphe 8, qui préciserait que la Commission garantit que les paiements provenant du budget de l’Union et revenant à un unique bénéficiaire ou bénéficiaire effectif n’excèdent pas, au cours d’un exercice donné, les limites déterminées par les règles sectorielles applicables et, en tout état de cause, n’excèdent pas un total annuel agrégé par personne physique; demande à la Commission d’inclure des propositions spécifiques concernant ce montant annuel total agrégé par personne physique; considère qu’en ce qui concerne la PAC, des versements de 500 000 EUR au titre du premier pilier et de 1 000 000 EUR au titre du deuxième pilier constitueraient des montants annuels totaux par personne physiques adéquats;

28.

remarque que selon l’annexe 1 des rapports annuels 2018 et 2019 sur la protection des intérêts financiers de l’Union européenne («rapports PIF»), la Roumanie a été en mesure, grâce à une enquête antifraude active, de constater et de signaler de loin le plus grand nombre d’irrégularités frauduleuses enregistrées parmi les États membres de l'Union au cours des années en question;

29.

rappelle que 2020 a été une année de conditions sans précédent en raison de la pandémie de COVID-19; observe qu’en ce qui concerne la protection des intérêts financiers, la pandémie a créé de nouveaux risques tant pour les recettes que pour les dépenses;

30.

souligne que ces risques n’étaient pas uniquement présents en 2020, mais qu'ils continueront d’exister pendant plusieurs années; invite les États membres et la Commission à renforcer leurs efforts et leur coopération dans ce domaine;

Autres sujets de préoccupation

31.

remarque avec une préoccupation particulière que, selon le tableau d’affichage du marché unique, la proportion de marchés attribués en présence d’un seul soumissionnaire s’est élevée à environ 50 % en République tchèque et en Pologne en 2018 et en 2019, 40 % en Hongrie et en Grèce en 2019 et 38 % au Portugal; s’inquiète également de la proportion de procédures d’adjudication négociées avec une entreprise sans appel d’offres, qui atteignait 40 % à Chypre en 2016, avec une légère amélioration à 25 % en 2018 et 2019, et 29 % en Bulgarie en 2019; s’inquiète de la proportion de marchés attribués suite à un appel d’offres dont le nom et les conditions n’étaient pas clairs, qui, en 2019, s’élevait à 65 % au Royaume-Uni, à 59 % en Lituanie, à 44 % en Roumanie et à 41 % au Portugal;

32.

souligne l’implication croissante de la criminalité organisée, y compris de type mafieux, dans des activités transfrontières et des secteurs touchant aux intérêts financiers de l’Union; regrette que de nombreux États membres n’aient pas de lois spécifiques pour combattre la criminalité organisée de type mafieux et demande à la Commission de remédier à ces différences entre les États membres et de considérer de nouvelles mesures d’harmonisation;

33.

souligne que ces chiffres démontrent que de graves défaillances des marchés publics continuent d’avoir cours dans plusieurs États membres; est préoccupé par le fait que des appels d’offres inadaptés peuvent favoriser des structures opaques et le népotisme dans l’attribution de marchés;

34.

rappelle sa préoccupation face aux audits des systèmes préventifs menés par la Commission, qui ont révélé de graves manquements de l’autorité hongroise en charge de la surveillance des marchés publics, avec pour résultat que la Hongrie doit payer une correction forfaitaire de 10 % sur tous les marchés impliquant des fonds de l’UE attribués pendant la période 2014-2020 (25), équivalente à environ 1,2 milliard d’euros, qui vient s’ajouter aux 1,5 milliard d’euros de corrections financières imposées au cours de la période 2007-2013; souligne que cela reflète de graves faiblesses systémiques du fonctionnement des marchés publics en Hongrie;

35.

rappelle sa préoccupation face aux enquêtes de l’OLAF et aux audits de la Commission qui ont mis en lumière de graves défaillances du cadastre slovaque suite à des informations faisant état d’accaparement des terres et de fraudes; souligne que les autorités slovaques ne vérifient qu’un soumissionnaire dispose légalement de la terre pour laquelle il introduit une demande qu’en cas de double demande; considère qu’une telle vérification devrait avoir lieu de manière numérique et automatisée dans tous les États membres et pour toutes les demandes de paiements, afin de détecter l’accaparement des terres par des structures criminelles et oligarchiques;

36.

souligne que Malte et Chypre se caractérisent par une concentration significative des financements entre les mains de quelques bénéficiaires; s’inquiète des défaillances significatives des systèmes de gestion et de contrôle de ces deux pays recensées par les audits de la Commission; souligne que des systèmes de gestion et de contrôle faibles ne protègent pas efficacement les fonds de l’Union contre les conflits d’intérêts et les détournements de la part de structures oligarchiques;

Solutions disponibles et prévention dans la situation actuelle

37.

apprécie le travail d’enquête intensif à long terme de l’OLAF, qui couvre de nombreuses affaires complexes et politiquement controversées; regrette que le taux de mise en examen à la suite des recommandations de l’OLAF aux États membres soit passé de 53 % lors de la période 2007-2014 à 37 % sur la période 2016-2020; relève également que la mesure dans laquelle les montants financiers dont le recouvrement est recommandé sont réellement recouvrés n’a pas été évaluée ces dernières années et que l’évaluation la plus récente, qui porte sur la période 2009 à 2016, indique un taux de recouvrement de 21 %; demande à l’OLAF et à la Commission de rechercher les causes profondes de ce taux peu élevé; demande une nouvelle fois à l’OLAF d’intensifier ses efforts et sa vigilance, en particulier dans certains États membres où ces cas sont répandus, et d’assurer un suivi régulier de ses recommandations et des mesures prises par les États membres, ainsi que d’ajouter ces informations à ses rapports annuels; demande aux autorités des États membres de faire de leur mieux pour améliorer le taux de mise en examen et de coopérer étroitement avec les institutions et les organes de l’Union afin que les fonds détournés par la criminalité organisée et les oligarques soient recouvrés;

38.

souligne le rôle essentiel et la valeur ajoutée du Parquet européen nouvellement créé pour la protection des intérêts financiers de l’Union; regrette profondément que cinq États membres ne participent toujours pas au Parquet européen; encourage ces États membres à rejoindre le Parquet européen; salue les efforts déployés par le Parquet européen pour devenir opérationnel dans des circonstances très difficiles; souligne que la transposition correcte de la directive PIF est nécessaire pour permettre au Parquet européen de mener des enquêtes et des poursuites efficaces; rappelle que le rapport de la Commission sur la transposition de la directive PIF conclut que même si tous les États membres ont transposé la directive, des mesures supplémentaires sont nécessaires pour remédier aux problèmes de conformité en suspens, qui concernent principalement les définitions des infractions pénales, la responsabilité des personnes morales et des personnes physiques et les sanctions infligées à celles-ci; souligne que la coopération entre le Parquet européen et les États membres est également essentielle pour que le Parquet européen puisse atteindre son efficacité maximale dans l’évaluation du bon fonctionnement des systèmes de gestion et de contrôle aux fins des dispositions en matière d’audit;

39.

constate avec satisfaction que certains cas concernés par le rapport susmentionné de la Commission ont récemment été considérés comme relevant de la compétence du Parquet européen;

40.

félicite l’OLAF, le Parquet européen et Europol pour le travail remarquable qu'ils accomplissent dans la lutte contre les infractions financières, telles que la corruption, la fraude, le blanchiment de capitaux et l’évasion fiscale, et souligne que ces institutions souffrent d’un manque chronique de personnel et de moyens financiers en raison du refus du Conseil, qui est l’une des branches de l’autorité budgétaire, de leur accorder des moyens humains et financiers suffisants au cours de la procédure budgétaire annuelle; se félicite de l’augmentation du budget du Parquet européen à raison de 3,8 millions d’EUR dans le cadre de la procédure budgétaire annuelle pour l’exercice 2022 et rappelle que chaque euro dépensé pour le suivi et les enquêtes retourne au budget de l’Union; invite dès lors instamment le Conseil à revoir sa position et à approuver une augmentation du financement des ressources humaines de ces agences et organismes, afin qu’ils puissent s’acquitter de leur importante mission de manière appropriée et efficace; invite la Commission à présenter en permanence aux autorités budgétaires des projets de budget à l’appui de ce financement; se félicite des efforts conjoints déployés par l’OLAF et EUROPOL en vue d’évaluer les menaces qui pèsent sur la FRR et d’en identifier les vulnérabilités; invite les États membres à collaborer étroitement entre eux et avec les organismes de l’EU afin de permettre la lutte contre les cas de fraude impliquant plusieurs pays;

41.

rappelle que la Commission a de nombreux instruments à sa disposition pour protéger les intérêts financiers de l’Union, y compris le règlement portant dispositions communes, le règlement financier et le règlement sur la conditionnalité liée à l’état de droit; souligne que la Commission devrait, le cas échéant, faire pleinement usage, immédiatement, de tous les outils disponibles en vertu de la législation financière de l’Union et des règles sectorielles et financières applicables pour protéger efficacement le budget de l’Union, y compris l’interruption des délais de paiement, la suspension des paiements, les corrections financières ou l’exclusion des dépenses du financement de l’Union, les procédures d’infraction au titre de l’article 258 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, les contrôles et audits, le contrôle de la conformité à l’article 61 du règlement financier ou, dans des cas dûment justifiés, l’application de l’article 7 du traité sur l’Union européenne pour faire face aux menaces pesant sur les valeurs fondamentales de l’Union dans les États membres, comme cela a été fait récemment dans le cas de la Pologne et de la Hongrie;

42.

déplore que les outils informatiques actuellement disponibles, qui contribuent largement à l’exploration efficace des données et à la détection de la fraude et de la corruption — ARACHNE et EDES — ne soient utilisés que par un petit pourcentage d’États membres, et encourage le recours aux technologies émergentes pour prévenir la fraude et les conflits d’intérêts; demande que le recours au système de détection rapide et d’exclusion (EDES) soit rendu obligatoire dans le cadre de la gestion partagée et que soit créée une liste noire transparente à l’échelle de l’Union; fait observer par ailleurs qu’EDES ne fait pas de distinction entre les filiales de sociétés plus importantes; demande, en outre, l’utilisation obligatoire de l’outil d’exploration et d’enrichissement de données ARACHNE par les États membres afin de parvenir à une plus grande transparence en ce qui concerne les bénéficiaires de la PAC et des Fonds structurels et d’investissement européens, ainsi que pour recenser de manière efficace et efficiente les opérateurs économiques posant problème et les particuliers ou les personnes physiques qui leur sont liés et mieux prévenir et détecter les opérations frauduleuses; constate que les premières adaptations d’ARACHNE doivent être mises en œuvre dès la fin du deuxième trimestre de 2022; souligne que l’interopérabilité et l’harmonisation d’ARACHNE, d’EDES et des bases de données des institutions et des États membres sont indispensables pour permettre un échange efficace d’informations visant à prévenir et à déceler les fraudes contre le budget de l’Union; est d’avis que les organes d’enquête européens devraient avoir un accès total à ARACHNE;

43.

encourage les États membres à soutenir l’interopérabilité entre les systèmes de propriété foncière, le système d’identification des parcelles agricoles, l’identification des animaux et la comparabilité du système intégré de gestion et de contrôle (SIGC) afin d’assurer la transparence sur les utilisateurs finaux et sur les sociétés mères cachées ayant des filiales dans différents États membres et, ainsi, de faciliter et d’améliorer le processus de vérification;

44.

rappelle que les données qui permettent d’identifier les entreprises et leurs bénéficiaires effectifs sont souvent difficiles d’accès et parfois pas du tout disponibles, étant donné qu’il existe 292 systèmes d’établissement de rapports pour divulguer des informations sur les bénéficiaires des financements de la PAC et de la politique de cohésion, et que les informations existantes sont donc actuellement fragmentées en centaines de systèmes d’établissement de rapports régionaux, nationaux et interrégionaux, ne fournissant que des informations de base sur les bénéficiaires directs; cela complique la collecte, le traitement et la divulgation des données relatives aux bénéficiaires effectifs et aux bénéficiaires finaux des fonds en gestion partagée et des fonds agricoles, et, en fin de compte, il est difficile d’obtenir une vue d’ensemble complète de ces données et des montants des fonds de l’Union qu’ils reçoivent, ainsi que de détecter les schémas de fraude et de corruption et d’enquêter correctement sur les utilisations abusives des fonds de l’Union;

45.

estime qu’il est essentiel de normaliser la collecte des données et souligne l’importance de consolider et d’harmoniser les systèmes d’établissement de rapports existants au sein d’une base de données commune au niveau de l’Union; réitère son appel urgent auprès de la Commission pour l’établissement d’un système d’information et de surveillance numérique normalisé et interopérable à l’échelle de l’Union, qui englobe ARACHNE, sans s’y limiter, ainsi que pour l’amélioration de la formation des agents de surveillance et des agents payeurs sur le terrain; souligne que ce système doit inclure des informations sur les bénéficiaires finaux et les bénéficiaires effectifs et doit permettre de regrouper tous les montants individuels liés au même bénéficiaire ou bénéficiaire effectif en un montant total de toutes les subventions versées par les fonds dans le cadre de la gestion partagée;

46.

fait observer que l’obligation d’identification du bénéficiaire effectif devrait s’appliquer au minimum lorsqu’une personne physique ou morale détient plus de 15 % de l’entreprise en question; souligne que les actions d’une société appartenant à des proches doivent être regroupées et comptabilisées comme ayant un seul détenteur;

47.

est d’avis qu’aucune des solutions susmentionnées n’exclut le recours au «mécanisme de conditionnalité liée à l’état de droit», tel que défini dans le règlement sur la conditionnalité, lorsque la Commission estime que les autres instruments ne sont pas suffisamment efficaces pour protéger le budget de l’Union; souligne en outre que, contrairement au règlement sur le Parquet européen, qui n’est pas en vigueur dans cinq États membres, le règlement sur la conditionnalité s’applique directement et de la même manière à tous les États membres;

48.

déplore que, depuis le 1er janvier 2021, la Commission n’ait pas été en mesure de prendre les mesures appropriées pour appliquer le règlement sur la conditionnalité, qui est entré en vigueur à cette date; rappelle qu'il estime que le règlement sur la conditionnalité doit être appliqué sans exception à partir du 1er janvier 2021; observe que la Commission a entamé un dialogue avec la Hongrie et la Pologne en envoyant des lettres à la mi-novembre 2021; déplore le fait que la Commission refuse au Parlement l’accès à ces lettres et le contraigne dès lors à s’en remettre aux médias pour s’informer des derniers développements; est néanmoins d’avis que les lettres informelles envoyées sont insuffisantes pour ce qui est de l’application du règlement et insiste dès lors pour que la Commission commence à appliquer le règlement immédiatement et sans discrimination;

49.

se félicite que la direction générale de la politique régionale et urbaine de la Commission ait récemment annoncé son intention de procéder l’année prochaine dans cinq États membres à des contrôles approfondis sur place, axés sur la fiabilité des mécanismes de contrôle, afin d’éviter les conflits d’intérêts (26);

50.

souligne le rôle important des journalistes d’investigation dans la lutte contre la fraude, la corruption et les activités illégales qui ont une incidence négative sur le budget de l’Union; rappelle, à cet égard, qu’il faut protéger le journalisme d’investigation contre les poursuites-bâillons ainsi que contre les actions visant à harceler personnellement les journalistes, à les intimider ou à menacer leur existence; souligne qu’il est important d’encourager les lanceurs d’alerte tout en garantissant les protections juridiques prévues par le droit européen;

51.

se dit vivement préoccupé dans ce contexte par le fait que les Pandora Papers indiquent que l’ancien premier ministre tchèque Andrej Babiš aurait eu recours à un financement offshore pour acquérir un bien en France alors qu’il participait aux décisions du Conseil européen relatives, notamment, au cadre financier pluriannuel et à la législation destinée à lutter contre le blanchiment de capitaux;

52.

demande à la Commission d’insister sur l’application stricte et rigoureuse des règles en vigueur, d’utiliser toutes les sources disponibles et des systèmes de gestion et de contrôle efficaces pour éliminer les risques de corruption, de fraude et de conflit d’intérêts, et de mieux contrôler la situation des organismes payeurs agricoles ainsi que leur indépendance formelle et informelle; est d’avis que des audits et des contrôles approfondis, tant au niveau national qu’européen, sont essentiels pour la protection des fonds de l’Union; déplore les progrès insuffisants de la nouvelle PAC dans la lutte contre les structures oligarchiques, par exemple les exigences d’information et de transparence limitées quant aux bénéficiaires finaux et effectifs et la conservation du caractère facultatif du plafonnement, ce qui entrave une répartition plus équitable des fonds agricoles; juge préoccupant que la nouvelle PAC ne renforce pas le rôle des systèmes de contrôle au niveau européen;

53.

souligne le fait que les services de coordination antifraude (AFCOS) jouent un rôle important dans leurs pays respectifs pour protéger le budget de l’Union contre la fraude; répète par conséquent que les États membres doivent s’assurer que les autorités de gestion et les AFCOS disposent de ressources suffisantes et d’aptitudes et de compétences adaptées pour développer des stratégies antifraudes et déployer des mesures et des pratiques antifraudes efficaces;

54.

relève qu’en vertu du règlement FRR, qui fait partie du train de mesures liées au CFP 2021-2027, les États membres doivent veiller à la prévention, à la détection et à la correction efficaces des conflits d’intérêts, de la corruption et de la fraude, à la prévention du double financement et de l’enregistrement fictif des actifs, ainsi qu’à la transparence lors du versement des fonds et au renforcement des règles concernant l’identification correcte du destinataire final des fonds; demande à la Commission de s’assurer que les autorités budgétaires soient informées de toute situation dans laquelle des fonds provenant d’instruments hors budget ne seraient pas versés en raison d’allégations de détournement, de corruption, de fraude ou de violation de l’état de droit ou lorsque les États membres ne disposent pas de systèmes suffisants et efficaces de lutte contre la fraude; invite le Conseil à n’adopter que les plans au titre de la FRR qui remplissent toutes les conditions juridiques, sociales et politiques du soutien; souligne que les États membres sont également tenus d’expliquer les dispositions pertinentes dans leurs plans au titre de la FRR et d’inclure une synthèse du processus de consultation mené au niveau national ainsi qu’une présentation du système de contrôle et d’audit mis en place pour garantir la protection des intérêts financiers de l’Union;

55.

rappelle que le tableau de bord de la FRR servira de base au dialogue sur la reprise et la résilience et qu’il doit être mis à jour deux fois par an par la Commission; invite la Commission, à cet effet, à garantir un suivi approfondi des progrès accomplis dans la mise en œuvre des jalons et des objectifs prévus, dans le respect strict du règlement FRR, et ce, au moyen des indicateurs communs et de la méthode d’établissement de rapports qui ont été définis; rappelle que la FRR est subordonnée à des conditions qui garantissent une utilisation transparente des crédits et qui devraient permettre d’éviter les cas de corruption ou de fraude, de double financement ou de conflit d’intérêts; estime que les contrôles devraient également être élargis aux coûts réellement exposés par les bénéficiaires finaux; souligne les efforts conjoints du Parlement et de la Commission, qui ont eu pour résultat d’obliger les États membres à fournir à présent des informations sur les bénéficiaires finaux;

56.

souligne que, pour protéger les intérêts financiers de l’Union et prévenir et détecter les cas de fraude, de corruption et de conflits d’intérêts en particulier, il importe de savoir comment les fonds de l’Union sont dépensés et qui en bénéficie réellement, car les plus grands bénéficiaires se cachent souvent derrière des structures de propriété complexes, parfois établies dans des paradis fiscaux, ce qui rend le processus d’identification encore plus opaque;

57.

répète, à la suite de l’accord interinstitutionnel du 16 décembre 2020 et comme il l'a déjà fait dans plusieurs résolutions, sa demande adressée aux États membres de mettre en œuvre un système d’établissement de rapports et de suivi unique, intégré et interopérable développé par la Commission et comprenant, sans s’y limiter, un outil unique d’exploration de données et de calcul du risque, pour accéder aux données relatives à ceux qui bénéficient en dernier ressort, directement ou indirectement, d’un financement de l’Union et pour stocker, regrouper et analyser ces données;

58.

estime que, pour garantir la plus grande transparence possible concernant l’utilisation des fonds de l’Union, il est essentiel qu’une telle base de données soit développée, dans toute la mesure du possible, conformément aux règles applicables en matière de protection des données et à la jurisprudence pertinente de la Cour de justice de l’Union européenne, et que les données pertinentes et non sensibles soient accessibles au public de manière concise, complète et conviviale, afin de renforcer le contrôle public et la confiance dans les dépenses publiques de l’Union;

59.

rappelle qu’une bonne gestion financière des fonds de l’Union est de la plus haute importance; regrette que les bases de données sur les bénéficiaires des fonds de l’Union ne contiennent aucune information sur les bénéficiaires finaux ni sur leurs bénéficiaires effectifs; regrette que les autorités de contrôle se trouvent dans l’impossibilité d’identifier les bénéficiaires finaux des financements; déplore vivement que des organisations non gouvernementales (ONG) aient été utilisées pour masquer le financement d’organisations terroristes et extrémistes; souligne qu’ils estime que les règles communes sur la transparence des bénéficiaires doivent également s’appliquer aux organisations faîtières qui reçoivent des fonds de l’Union et les transfèrent aux ONG de leur réseau, afin de garantir que la Commission et les autorités de contrôle puissent réaliser un audit des objectifs des projets et de leurs bénéficiaires finaux; regrette que la Commission n’ait pas proposé une définition harmonisée des ONG, sur la base de laquelle elle pourrait surveiller les bénéficiaires finaux; remarque que le règlement financier détermine des règles en ce qui concerne la sélection et l’attribution de fonds à ces entités et les mécanismes de contrôle; demande à la Commission de réviser également le règlement financier avec pour objectif l’établissement d’une définition du terme «ONG», l’introduction de catégories claires d’ONG et l’extension des contrôles aux coûts réellement engagés par les bénéficiaires finaux;

60.

regrette vivement que la protection du budget de l’Union, y compris le traitement complet des informations, la facilité d’accès, la faisabilité d’un audit approfondi, l’examen de fond et la possibilité de contrôler, de suivre et d’évaluer les actions financées, comme le prévoit le règlement FRR, n’ait pas été correctement intégrée dans le train de mesures liées au CFP; reconnaît que cette lacune affaiblit considérablement à la fois le niveau de transparence des actions de mise en œuvre et l’efficacité du contrôle et du suivi;

61.

conclut que, même si le nouveau CFP recourt à certains outils, tels que l’augmentation des montants budgétisés pour les instruments spéciaux et l’établissement d’un mécanisme budgétaire pour faire respecter l’état de droit, d’autres outils sont encore nécessaires pour renforcer les pratiques de lutte contre les structures oligarchiques, ce qui pourrait être abordé dans le cadre de la prochaine révision du règlement financier;

o

o o

62.

charge sa Présidente de transmettre la présente résolution au Conseil et à la Commission.

(1) JO L 433 I du 22.12.2020, p. 11.

(2) JO L 57 du 18.2.2021, p. 17.

(3) JO L 193 du 30.7.2018, p. 1.

(4) JO L 433 I du 22.12.2020, p. 1.

(5) JO L 198 du 28.7.2017, p. 29.

(6) JO L 283 du 31.10.2017, p. 1.

(7) JO L 433 I du 22.12.2020, p. 28.

(8) JO C 445 du 29.10.2021, p. 15.

(9) Arrêts du 16 février 2022, Hongrie/Parlement et Conseil, C-156/21, EU:C:2022:97, et Pologne/Parlement et Conseil, C-157/21, EU:C:2022:98.

(10) JO C 388 du 13.11.2020, p. 157.

(11) JO C 362 du 8.9.2021, p. 37.

(12) JO C 67 du 8.2.2022, p. 56.

(13) JO C 395 du 29.9.2021, p. 63.

(14) JO C 506 du 15.12.2021, p. 64.

(15) JO C 99 du 13.3.2022, p. 218.

(16) Textes adoptés de cette date, P9_TA(2021)0439.

(17) JO C 494 du 8.12.2021, p. 61.

(18) JO C 67 du 8.2.2022, p. 86.

(19) Textes adoptés de cette date, P9_TA(2021)0438.

(20) Mise en œuvre dans 26 États membres, à l’exception du Danemark.

(21) Arrêt du 16 juin 1999, Ismeri Europa Srl / Cour des comptes, T-277/97, EU:T:1999:124.

(22) Sabeb et al., Where does the EU money go? An analysis of the implementation of CAP funds in Bulgaria, the Czech Republic, Hungary, Slovakia and Romania («Où va l’argent de l’Union? Une analyse de la mise en œuvre des fonds de la PAC en Bulgarie, en République tchèque, en Hongrie, en Slovaquie et en Roumanie»), rapport commandé par le groupe Verts/ALE au Parlement européen, février 2021.

(23) Bulgarie, République tchèque, Hongrie, Slovaquie et Roumanie.

(24) Commission européenne, Paiements directs aux producteurs agricoles — graphiques et chiffres — Exercice 2020.

(25) Réponses du commissaire Hahn au questionnaire écrit de la commission CONT, présentées lors de l’audition du 11 novembre 2019, disponibles à l’adresse https://emeeting.europarl.europa.eu/emeeting/committee/en/agenda/201911/CONT?meeting=CONT-2019-1111_1&session=11-11-15-00, p. 63-64

(26) En Roumanie, en Pologne, en Bulgarie, à Chypre et à Malte.


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