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Initiative législative — 52022IP0218

CELEX52022IP0218
TypeInitiative législative
Datejeudi 19 mai 2022

Texte intégral

16.12.2022

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 479/68


P9_TA(2022)0218

La lutte contre l’impunité des auteurs de crimes de guerre en Ukraine

Résolution du Parlement européen du 19 mai 2022 sur la lutte contre l’impunité des crimes de guerre en Ukraine (2022/2655(RSP))

(2022/C 479/07)

Le Parlement européen,

—

vu ses résolutions et rapports précédents sur l’Ukraine et la Russie,

—

vu la charte des Nations unies,

—

vu les conventions de Genève de 1949 et leurs protocoles additionnels,

—

vu les conventions de la Haye de 1899 et 1907,

—

vu la convention des Nations unies pour la prévention et la répression du crime de génocide du 9 décembre 1948 et ses protocoles additionnels,

—

vu le statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI) du 17 juillet 1998 et les amendements de Kampala de 2010 sur le crime d’agression,

—

vu les principes du droit international reconnus dans la charte du tribunal de Nürnberg et dans le jugement du tribunal (les principes de Nuremberg) élaborés par la Commission du droit international des Nations unies, qui déterminent ce qui constitue un crime de guerre,

—

vu les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies 1820 (2008) sur la violence sexuelle en tant qu’arme de guerre et 1888 (2009) instituant le représentant spécial sur la violences sexuelle en période de conflit armé,

—

vu la définition du terme «viol» en période de guerre établie en 1998 par le Tribunal pénal international pour le Rwanda et le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie,

—

vu la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies du 2 mars 2022 sur l’agression commise contre l’Ukraine ainsi que celle du 24 mars 2022 sur les conséquences humanitaires de l’agression contre l’Ukraine,

—

vu la résolution des Nations unies adoptée par le Conseil des droits de l’homme le 4 mars 2022 sur la situation des droits de l’homme en Ukraine à la suite de l’agression russe, dans laquelle le Conseil a décidé de créer une commission d’enquête internationale indépendante,

—

vu la résolution de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe du 28 avril 2022 intitulée «L'agression de la Fédération de Russie contre l'Ukraine: faire en sorte que les auteurs de graves violations du droit international humanitaire et d’autres crimes internationaux rendent des comptes»,

—

vu la déclaration de Versailles du 11 mars 2022,

—

vu la visite de la Présidente Metsola en Ukraine le 1er avril 2022 et sa déclaration sur les crimes de guerre internationaux commis en Ukraine,

—

vu la déclaration du 4 avril 2022 du haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, au nom de l’Union, sur les atrocités russes commises à Boutcha et dans d’autres villes ukrainiennes,

—

vu la déclaration du procureur de la CPI, Karim A.A. Khan QC, du 2 mars 2022, intitulée «La situation en Ukraine: Réception des renvois de 39 États parties et ouverture d’une enquête»,

—

vu le rapport de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) du 13 avril 2022 sur les violations du droit international humanitaire et du droit international relatif aux droits de l’homme, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis en Ukraine depuis le 24 février 2022,

—

vu l'accord conclu en 2006 entre la Cour pénale internationale et l'Union européenne en matière de coopération et d'assistance,

—

vu la décision (PESC) 2022/638 du Conseil du 13 avril 2022 modifiant la décision 2014/486/PESC relative à la mission de conseil de l’Union européenne sur la réforme du secteur de la sécurité civile en Ukraine (EUAM Ukraine) (1), qui a modifié le mandat de l’EUAM Ukraine afin d’apporter un soutien aux autorités ukrainiennes et de faciliter les enquêtes et les poursuites concernant tout crime international commis dans le cadre de l’agression russe contre l’Ukraine,

—

vu la proposition de la Commission visant à modifier le règlement (UE) 2018/1727 du Parlement européen et du Conseil en ce qui concerne la collecte, la conservation et l’analyse de preuves relatives au génocide, aux crimes contre l’humanité et aux crimes de guerre au sein d’Eurojust (COM(2022)0187),

—

vu les rapports de Human Rights Watch sur l’Ukraine des 3 avril et 21 avril 2022 et le rapport d’Amnesty International du 6 mai 2022,

—

vu l’article 132, paragraphes 2 et 4, de son règlement intérieur,

A.

considérant que, depuis le 24 février 2022, date à laquelle la Russie a lancé une nouvelle phase de la guerre non provoquée, injustifiée et illégale en Ukraine, les forces militaires russes et leurs alliés mènent des attaques sans discrimination contre des civils, y compris des enlèvements, des exécutions extrajudiciaires et des actes de torture dans les zones d’Ukraine nouvellement envahies et déjà occupées;

B.

considérant que des milliers de personnes ont perdu la vie ou ont été blessées, que quelque 7,7 millions de citoyens ukrainiens ont été déplacés à l’intérieur du pays et que près de 6 millions de personnes ont fui vers les pays voisins; que, selon la commissaire aux droits de l’homme du Parlement ukrainien, 400 000 civils ukrainiens, dont 200 000 enfants, ont été déportés de force d’Ukraine vers la Fédération de Russie depuis le 24 février 2022; que les forces russes et leurs alliés ont à plusieurs reprises empêché la mise en place de couloirs humanitaires et ont ainsi bloqué ou entravé l’évacuation de la population civile des territoires assiégés;

C.

que les atrocités perpétrées par les troupes russes et leurs alliés ont franchi un nouveau cap avec la découverte, le dimanche 3 avril 2022, de corps de civils allongés dans les rues de Boutcha, ville inaccessible à l’armée ukrainienne depuis près d’un mois; que plusieurs villes ukrainiennes précédemment occupées, dont Boutcha, Irpine, Hostomel, Ivankiv, ainsi que d’autres aujourd’hui libérées par les forces armées ukrainiennes, ont fait état de fosses communes contenant des centaines de cadavres et de corps de civils jonchant les rues, y compris des femmes, des enfants et des personnes âgées, parfois avec les mains attachées dans le dos; que des atrocités similaires aux cas mentionnés ci-dessus se produisent très probablement de manière régulière dans de nombreuses villes et de nombreux villages ukrainiens envahis et toujours occupés par la Russie et ses alliés, et que l’ampleur réelle des crimes de guerre risque d’être beaucoup plus grande que ce qui a été constaté à ce jour;

D.

considérant que de nombreux rapports, accompagnés de photos et de vidéos, attestent d’exécutions sommaires de civils lors de l’occupation russe de villages et de villes, de la détention de civils sans procédure régulière et de mauvais traitements assimilables à de la torture, du viol de civils, y compris d’enfants, par les forces armées russes et leurs alliés, et du recours à des obus d’artillerie non guidés, des armes à sous-munitions et des mines terrestres antipersonnel lors des attaques russes dans des régions peuplées; que les soldats russes utilisent la violence sexuelle comme arme de guerre pour briser le moral des Ukrainiens et comme forme de torture pour obtenir des aveux par des viols, des expositions forcées et des menaces de violence sexuelle à l’encontre des enfants, des femmes et des hommes ou de leurs proches; que le viol en tant que crime de guerre est le crime le plus difficile à établir de manière à pouvoir être porté devant les tribunaux et faire l’objet d’un procès; que les victimes de crimes de guerre sexuels sont exposées à des risques multiples de discrimination et de stigmatisation, en plus des atteintes physiques; que le facteur temps est crucial pour recueillir des preuves et des témoignages et fournir une assistance médicale et psychologique aux victimes de violences sexuelles;

E.

considérant que les forces russes et leurs alliés ont arrêté, enlevé, pris pour cible et tué des journalistes, des maires et des défenseurs des droits de l’homme; que les journalistes et les professionnels des médias sont protégés en vertu du droit humanitaire international par l’article 79 du protocole additionnel I aux conventions de Genève; que, selon la plateforme du Conseil de l'Europe pour la protection du journalisme et la sécurité des journalistes, au moins dix travailleurs des médias ukrainiens et internationaux ont déjà été tués, et de nombreux autres ont été blessés.

F.

considérant que les forces armées russes et leurs alliés ont été impliqués dans le pillage de biens civils, notamment des denrées alimentaires, des vêtements, des appareils ménagers, du bois de chauffage et de grandes quantités de céréales, ainsi que dans la destruction d’infrastructures civiles, y compris celles destinées à des groupes sociaux vulnérables, des bâtiments résidentiels, des écoles, des crèches et des hôpitaux; que les forces armées et les alliés de la Fédération de Russie ont systématiquement emporté des œuvres d’art, des objets d’art et d’autres objets de grande valeur culturelle; que l’Ukraine a accusé la Russie d’avoir volé plusieurs centaines de milliers de tonnes de céréales et que les Nations unies ont confirmé qu’il existe de plus en plus de preuves que les troupes russes ont pillé des stocks de céréales et détruit des installations de stockage de céréales en Ukraine, ce qui a aggravé la crise alimentaire mondiale et risque de donner lieu à une famine en Ukraine; que près de 25 millions de tonnes de céréales restent piégées en Ukraine en raison de la destruction des infrastructures logistiques et du blocus maritime imposé par la Russie; que cette guerre aura également des conséquences environnementales et sanitaires dévastatrices à long terme;

G.

considérant que les quatre conventions de Genève et le protocole additionnel I, auxquels l’Ukraine et la Fédération de Russie sont parties, confirment que les violations graves du droit international humanitaire constituent des crimes de guerre; que quiconque ordonne ou commet de tels actes, ou les facilite et les encourage, est responsable de ces crimes;

H.

considérant qu’en novembre 2016, la Russie a retiré sa signature du statut de Rome; que l’Ukraine n’est pas un État partie au statut de Rome, mais qu’elle a exercé à deux reprises ses prérogatives pour accepter la compétence de la CPI à l’égard des crimes présumés commis sur son territoire en vertu du statut de Rome, conformément à l’article 12, paragraphe 3, dudit statut;

I.

considérant que, le 2 mars 2022, le procureur de la CPI a annoncé qu’il avait ouvert une enquête sur la situation en Ukraine sur la base des saisines reçues des États parties (2);

J.

considérant que, le 3 mars 2022, l’Ukraine, avec le soutien de 45 États participants, a invoqué le mécanisme de Moscou de l’OSCE pour traiter les violations des droits de l’homme et les conséquences humanitaires de l’invasion russe de l’Ukraine;

K.

considérant qu’au cours des trois premiers mois de la guerre, la procureure générale d’Ukraine a ouvert au moins 9 300 enquêtes et identifié des centaines de suspects originaires de Russie pour des crimes de guerre présumés, notamment des pillages, des meurtres, des actes de torture et des viols;

L.

considérant que les organes judiciaires gouvernementaux et internationaux ont engagé une série d’efforts en matière de responsabilité, notamment l’ouverture d’une enquête formelle par la CPI, ainsi que des enquêtes pénales menées par la France, l’Allemagne, la Lituanie et la Suède en vertu du principe de compétence universelle;

M.

considérant que le 4 mars 2022, le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a voté en faveur de la création de la commission d’enquête internationale indépendante chargée d’enquêter sur les violations des droits de l’homme et du droit humanitaire international dans le contexte de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022; que le Conseil de sécurité des Nations unies est paralysé face à la situation en Ukraine en raison de la capacité de la Russie d’opposer son veto à toute action substantielle;

N.

considérant que, le 25 mars 2022, la Pologne, la Lituanie et l’Ukraine ont annoncé la création d’une équipe conjointe d’investigation afin de recueillir des preuves et d’enquêter sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité, avec le soutien de l’Agence de l’Union européenne pour la coopération judiciaire en matière pénale (Eurojust) et l’assistance du bureau du procureur de la CPI, comme annoncé le 25 avril 2022; que la coordination entre les enquêtes de la CPI et celles des organes gouvernementaux et autres mécanismes est essentielle pour rendre justice rapidement;

O.

considérant que la CPI n’est pas compétente pour le crime d’agression en cours, étant donné que ni l’Ukraine ni la Fédération de Russie n’ont ratifié le statut de Rome et les amendements relatifs au crime d’agression; que cette lacune devrait être comblée par la création d’un tribunal international spécial, qui serait chargé d’enquêter sur les crimes d’agression présumés commis à l’encontre de l’Ukraine par les dirigeants politiques et les commandants militaires de la Russie et de ses alliés et d’engager des poursuites en la matière;

1.

condamne de nouveau avec la plus grande fermeté la guerre d’agression non provoquée, injustifiée et illégale menée par la Russie contre l’Ukraine et demande une nouvelle fois à la Russie de mettre immédiatement un terme à toutes ses activités militaires en Ukraine et de retirer sans condition l’intégralité de ses forces et équipements militaires de la totalité du territoire ukrainien internationalement reconnu, comme l’a ordonné la Cour internationale de justice le 16 mars 2022;

2.

exprime sa plus grande colère et sa plus vive indignation face aux atrocités signalées, y compris le bombardement aveugle de villes et de villages, les déportations forcées, l'utilisation de munitions interdites, les attaques contre les civils qui tentent de fuir les zones de conflit par des couloirs humanitaires convenus à l'avance, les exécutions de civils, les violences sexuelles, les déplacements forcés, le pillage et le ciblage délibérés de zones résidentielles et d'infrastructures civiles, telles que des hôpitaux, des installations médicales, des écoles, des abris et des ambulances, autant d'actes qui constituent des violations flagrantes du droit humanitaire international et peuvent être assimilés à des crimes de guerre commis par la Fédération de Russie et ses alliés en Ukraine et qui, jusqu'à présent, n'ont fait l'objet d'aucune poursuite et sont restés impunis;

3.

condamne fermement le recours systématique et horrifiant aux violences sexuelles et sexistes comme arme de guerre par les forces armées russes et leurs alliés et, rappelant la résolution 1820 (2008) des Nations unies contre la violence sexuelle utilisée comme arme de guerre, affirme que le viol et d’autres formes de violence sexuelle peuvent constituer des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité ou un acte constitutif de génocide et devraient à ce titre être poursuivis conformément aux dispositions du droit international et du statut de Rome de la CPI, en particulier ses articles 7 et 8; déplore les progrès limités accomplis dans la poursuite effective des crimes sexuels et sexistes au sein de la CPI; est d’avis que les cas des victimes de l’invasion illégale de l’Ukraine pourraient constituer un précédent à cet égard; invite l’Union et ses États membres à soutenir l’intégration de la dimension de genre dans toute enquête en cours et à venir;

4.

soutient pleinement l’enquête ouverte par le procureur de la CPI sur les allégations concernant les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et les crimes de génocide commis en Ukraine, le travail de la commission d’enquête du Haut-Commissariat aux droits de l’homme et les efforts déployés par certaines organisations de la société civile indépendantes pour recueillir et préserver les preuves des crimes de guerre; souligne qu’il importe de travailler et de progresser rapidement afin d’obtenir les preuves nécessaires aux enquêtes et aux poursuites contre toutes les personnes responsables d’avoir permis, commis et dissimulé des crimes de guerre et d’autres violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire; souligne qu’il existe un risque sérieux que les preuves liées aux crimes de guerre soient détruites et ne puissent être collectées et stockées en toute sécurité pour les besoins des enquêtes sur les crimes de guerre commis en Ukraine, en raison des hostilités en cours; estime qu’il est indispensable de prendre rapidement toutes les mesures nécessaires pour que ceux qui ont commis des violations des droits de l’homme et des crimes de guerre en Ukraine répondent de leurs actes;

5.

demande qu’une aide soit apportée au procureur de la CPI en matière d’enquête et de poursuite des auteurs présumés de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et, éventuellement, de génocide, sous la forme d’un soutien politique, de la mise à disposition de tout élément de preuve connu, y compris des renseignements, des informations et des données de source ouverte, des images satellitaires et des communications interceptées, et de l’affectation au budget général de la CPI de ressources humaines et financières propres à garantir son indépendance et son impartialité;

6.

salue et soutient pleinement les efforts déployés par les procureurs et les enquêteurs ukrainiens pour traduire en justice les responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, et invite les États membres de l’Union, la communauté internationale et les institutions compétentes à soutenir pleinement les autorités ukrainiennes dans ce processus;

7.

invite les États membres et la Commission à fournir à l’Ukraine toute l’assistance nécessaire pour renforcer ses capacités et ses ressources judiciaires afin qu’elle puisse enquêter efficacement sur les crimes de guerre et les juger; invite la Commission et les États membres à aider les autorités ukrainiennes à satisfaire aux critères de référence essentiels pour lutter, au niveau national, contre l’impunité des crimes internationaux graves, y compris les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité;

8.

invite les institutions de l’Union et les États membres à prendre toutes les mesures nécessaires dans le cadre des institutions et procédures internationales ainsi qu’auprès de la CPI ou d’autres juridictions et tribunaux internationaux compétents pour soutenir les poursuites engagées contre les régimes russe et biélorusse pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité, crimes de génocide et crimes d’agression; demande en outre que ces enquêtes ainsi que les poursuites qui en découlent s’étendent à tout le personnel des forces armées russes et à tous les représentants du gouvernement russe impliqués dans des crimes de guerre; se félicite par conséquent des enquêtes lancées par plusieurs États membres en vertu du principe de compétence universelle et à l’appui des travaux de la CPI; se félicite également des modifications apportées au mandat de l’EUAM Ukraine, qui permettront à celle-ci de soutenir les autorités ukrainiennes dans les enquêtes et les poursuites relatives aux crimes internationaux commis dans le cadre de l’invasion de l’Ukraine par la Russie;

9.

invite les autorités russes à mettre un terme immédiat au déplacement forcé de citoyens ukrainiens et à permettre aux citoyens ukrainiens déplacés de force vers le territoire de la Fédération de Russie de regagner l’Ukraine en toute sécurité;

10.

invite les États membres à recueillir des preuves et à soutenir l’enquête du procureur de la CPI afin d’établir si les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis en Ukraine par les forces russes et leurs alliés constituent un génocide;

11.

insiste sur la nécessité de renforcer la coordination des différents mécanismes mis en place pour lutter contre l’impunité des crimes de guerre commis en Ukraine, notamment par l’organisation d’une réunion internationale visant à coordonner la collecte de preuves et, partant, à améliorer l’efficacité des processus de responsabilisation; appelle les institutions de l’Union européenne à soutenir ces efforts de coordination;

12.

invite les institutions de l’Union, en particulier la Commission, à soutenir la création immédiate d’une base juridique appropriée, avec le soutien de forums multilatéraux établis tels que les Nations unies et le Conseil de l’Europe, afin de permettre la création d’un tribunal international spécial chargé de sanctionner le crime d’agression commis contre l’Ukraine par les dirigeants politiques et les commandants militaires de la Russie et de ses alliés; invite les institutions de l’Union, et en particulier la Commission, à fournir, dans les meilleurs délais, toutes les ressources humaines et budgétaires et tout le soutien administratif, logistique et d’enquête nécessaires à la mise en place de ce tribunal;

13.

invite les institutions de l’Union, et en particulier la Commission, à solliciter, pour la création de ce tribunal, le soutien politique de partenaires et d’organisations internationales partageant les mêmes valeurs, en particulier l’Assemblée générale des Nations unies;

14.

se félicite de la mise en place par la Lituanie, la Pologne et l’Ukraine de l’équipe commune d’enquête, coordonnée par Eurojust, à laquelle le bureau du procureur de la CPI participera pour la première fois et dont l’objet est de faciliter les enquêtes et les poursuites dans les États participants ainsi que celles qui pourraient être menées devant la CPI; encourage les États membres à rejoindre l’équipe commune d’enquête;

15.

se félicite de la proposition de la Commission du 25 avril 2022 d’étendre le mandat et les fonctions opérationnelles d’Eurojust en ce qui concerne l’analyse, la conservation et le partage des preuves dans le cadre d’enquêtes et de poursuites relatives aux principaux crimes internationaux, en particulier les génocides, les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre et les infractions pénales connexes (3); invite Eurojust à utiliser ces nouvelles compétences pour aider les autorités compétentes des États membres à analyser les éléments de preuve, et ainsi à contribuer à garantir la recevabilité ultérieure de ces preuves devant les juridictions nationales ou internationales ou dans le cadre de mécanismes équivalents; souligne que l’extension de ce mandat devrait s’accompagner d’une augmentation adéquate du financement d’Eurojust;

16.

insiste sur la nécessité pour l’Union et ses États membres de tirer pleinement parti de leurs capacités et des voies juridiques disponibles pour contraindre les auteurs de crimes de guerre à répondre de leurs actes; se félicite, à cet égard, de la volonté d’Europol de soutenir une équipe commune d’enquête et invite l’agence à coopérer étroitement avec Eurojust si la demande lui en est faite;

17.

rappelle que le principe de compétence universelle vise à empêcher l’impunité des criminels de guerre en permettant à tous les États de remplir leur obligation de poursuivre et de punir les auteurs; estime qu’il importe de doter les autorités répressives et judiciaires des États membres d’outils appropriés, de manière à leur permettre de collecter efficacement les preuves nécessaires à la condamnation des criminels de guerre; encourage les États membres à faire un usage efficace du principe de compétence universelle pour les enquêtes et les poursuites concernant les crimes de guerre en Ukraine, et à renforcer la coopération entre eux, la Commission jouant un rôle de coordination et de promotion à cet égard;

18.

demande une nouvelle fois à la Commission de présenter un plan d’action de l’Union sur l’impunité et demande qu’un chapitre spécifique soit consacré à l’Ukraine;

19.

invite la Commission à travailler en étroite collaboration avec la CPI et Eurojust, dans le cadre de son mandat révisé, pour réunir des données sur les viols, les abus et les autres formes de violence sexuelle commis pendant la guerre en Ukraine, y compris en recueillant des éléments de preuve statistiques ou caractéristiques auprès des experts compétents et dans des dossiers médicaux et pharmaceutiques, ainsi qu’en recherchant et en collectant des informations sur les récits de viol de guerre en Ukraine qui apparaissent en ligne dans la presse et les médias sociaux et qui peuvent conduire les enquêteurs aux victimes de viols et de violences sexuelles; demande que ces travaux soient complétés par des efforts similaires dans les camps de réfugiés et, dans la mesure du possible, sur le terrain en Ukraine; invite l’Union et les pays d’accueil et de transit à garantir l’accès aux services pour la santé et les droits en matière de sexualité et de procréation, en particulier la contraception d’urgence, la prophylaxie post-exposition et les soins d’avortement, y compris pour les victimes de viol;

20.

invite également la communauté internationale à enquêter sérieusement et à sanctionner les crimes environnementaux, notamment la pollution environnementale massive, y compris les dommages environnementaux transfrontaliers, étant donné que la Russie continue de prendre pour cibles les installations industrielles et de combustible, les sources d’approvisionnement en électricité, les systèmes d’approvisionnement en eau, les systèmes d’égouts et d’autres installations, occasionnant la contamination généralisée et la destruction des zones humides, des forêts, des parcs nationaux, des zones protégées, y compris la zone d’exclusion de 30 kilomètres autour de Tchernobyl, qui abritent des espèces en danger ou menacées, ce qui aura de graves répercussions à long terme;

21.

demande instamment que des enquêtes soient menées sur les allégations de pillage et de destruction d’installations de stockage de denrées alimentaires par les forces russes et leurs alliés, et qu’une évaluation valable soit réalisée pour déterminer leur impact mondial, en particulier sur les pays en développement importateurs de denrées alimentaires;

22.

souligne l’importance que revêtent les systèmes d’information à grande échelle de l’Union, qui permettent d’empêcher que les criminels de guerre ne s’échappent et ne pénètrent clandestinement sur le territoire de l’Union; est convaincu que la réforme en cours du cadre juridique de l’Union en matière d’échange d’informations entre les services répressifs accélérera la compilation des informations importantes sur les criminels de guerre dans les bases de données policières des différents États membres;

23.

regrette que la constitution d’Interpol ne prévoie pas la possibilité de suspendre une adhésion et invite Interpol à au moins suspendre l’accès du bureau central national russe aux bases de données d’Interpol;

24.

invite la Commission et les États membres à soutenir les activités de formation et de sensibilisation des défenseurs des droits de l’homme ainsi que des juges et des procureurs sur les preuves numériques et l’enregistrement numérique des violations des droits de l’homme afin de clarifier les critères de recevabilité dans les juridictions nationales et internationales;

25.

se félicite de l’adoption par la Verkhovna Rada du projet de loi no 7304, qui autorise la CPI à travailler en Ukraine et invite les autorités ukrainiennes à soutenir les efforts visant à poursuivre les crimes graves ayant une portée internationale en ratifiant d’urgence le statut de Rome de la CPI et en devenant officiellement membre de la CPI; invite les autorités ukrainiennes à aligner la législation et les procédures nationales de l’Ukraine sur le droit international pour renforcer les mécanismes juridiques nationaux en vue de lutter contre l’impunité des crimes, à harmoniser la législation nationale, notamment le code pénal, avec le droit pénal international et le droit international humanitaire, et à adopter un cadre clair et pratique de coopération avec la CPI et les autres organes qui mènent des enquêtes sur les crimes commis en Ukraine; rappelle que toutes les parties à un conflit sont tenues de respecter strictement le droit international humanitaire;

26.

invite la Commission, les États membres et la communauté internationale à fournir des ressources financières et une assistance technique supplémentaires pour la collecte et le stockage des nombreuses preuves de violations du droit international humanitaire, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité; invite l’Union, dans ce contexte, à soutenir ce processus en augmentant les ressources de l’instrument de voisinage, de développement et de coopération internationale — L’Europe dans le monde;

27.

se félicite des trains de sanctions adoptés contre la Russie et souligne que leur mise en œuvre intégrale et effective par l’Union dans son ensemble et par les alliés internationaux de l’Union doit désormais constituer une priorité; appelle de ses vœux l’adoption rapide du sixième train de sanctions; invite la Commission à mettre en place d’urgence un instrument juridique permettant de confisquer les avoirs et les fonds russes gelés pour les affecter à l’indemnisation et à la reconstruction de l’Ukraine;

28.

exprime la profonde reconnaissance et le respect que lui inspirent le travail et le dévouement de la société civile ukrainienne, y compris son travail de recueil de données sur les violations actuellement commises en Ukraine et son engagement en faveur de la lutte contre l’impunité en Ukraine; constate que le territoire ukrainien compte de nombreuses organisations non gouvernementales qui s’efforcent de collecter des données sur les crimes de guerre, y compris les viols de masse en temps de guerre, et que leurs efforts doivent être soutenus et renforcés; invite tous les acteurs internationaux et nationaux habilités à demander des comptes à collaborer étroitement avec la société civile pour soutenir les procédures judiciaires, notamment en améliorant l’accès à l’information et aux actions de sensibilisation pour les victimes et les communautés touchées et en garantissant la publicité et la transparence du processus ainsi que la participation de la société civile en réponse aux atrocités commises par la Fédération de Russie;

29.

invite instamment les États membres, y compris par leur participation à la cinquième Commission de l’Assemblée générale des Nations unies, ainsi que les Nations unies à veiller à ce que la commission d’enquête du Conseil des droits de l’homme dispose de ressources financières suffisantes pour mener à bien tous les aspects de son mandat d’une manière indépendante;

30.

déplore vivement la décision de mettre un terme à la mission spéciale d’observation de l’OSCE en Ukraine en raison de l’absence de consensus au sein du Conseil permanent de l’OSCE du 31 mars 2022 sur la prolongation du mandat de la mission, et prie instamment les États membres d’étudier toutes les possibilités de rétablir le mandat;

31.

charge sa Présidente de transmettre la présente résolution au vice-président de la Commission/haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, au Conseil, à la Commission, aux gouvernements et aux parlements des États membres, au Conseil de l’Europe, à l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, au président, au gouvernement et au parlement de l’Ukraine, au président, au gouvernement et au parlement de la Fédération de Russie ainsi qu’au procureur général de la CPI.

(1) JO L 117 du 19.4.2022, p. 38.

(2) Le 1er mars 2022, son bureau a reçu une saisine de la République de Lituanie, l’un de ses États parties. Le 2 mars 2022, le groupe coordonné d’États parties suivant a soumis une saisine conjointe: la République d’Albanie, le Commonwealth d’Australie, la République d’Autriche, le Royaume de Belgique, la République de Bulgarie, le Canada, la République de Colombie, la République du Costa Rica, la République de Croatie, la République de Chypre, la République tchèque, le Royaume de Danemark, la République d’Estonie, la République de Finlande, la République française, la Géorgie, la République fédérale d’Allemagne, la République hellénique, la Hongrie, l’Islande, l’Irlande, la République italienne, la République de Lettonie, la Principauté de Liechtenstein, le Grand-Duché de Luxembourg, la République de Malte, la Nouvelle-Zélande, le Royaume de Norvège, le Royaume des Pays-Bas, la République de Pologne, la République portugaise, la Roumanie, la République slovaque, la République de Slovénie, le Royaume d’Espagne, le Royaume de Suède, la Confédération suisse et le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord.

(3) Proposition de la Commission visant à modifier le règlement (UE) 2018/1727 du Parlement européen et du Conseil en ce qui concerne la collecte, la conservation et l’analyse de preuves relatives au génocide, aux crimes contre l’humanité et aux crimes de guerre au sein d’Eurojust (COM(2022)0187)


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Initiative législative — 52022IP0450

15/12/2022

Initiative législative52022IP0449

Initiative législative — 52022IP0449

15/12/2022

Initiative législative52022IP0448

Initiative législative — 52022IP0448

15/12/2022

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