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Initiative législative — 52022IP0222

CELEX52022IP0222
TypeInitiative législative
Datemardi 7 juin 2022

Texte intégral

27.12.2022

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 493/2


P9_TA(2022)0222

Rapport 2021 concernant la Turquie

Résolution du Parlement européen du 7 juin 2022 sur le rapport 2021 de la Commission concernant la Turquie (2021/2250(INI))

(2022/C 493/01)

Le Parlement européen,

—

vu la communication de la Commission du 19 octobre 2021 sur la politique d’élargissement de l’UE (COM(2021)0644) et le rapport 2021 sur la Turquie qui l’accompagne (SWD(2021)0290),

—

vu le règlement (UE) 2021/1529 du Parlement européen et du Conseil du 15 septembre 2021 instituant un instrument d’aide de préadhésion (IAP III) (1),

—

vu le cadre de négociation avec la Turquie du 3 octobre 2005 et le fait que l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne dépend du plein respect des critères de Copenhague, comme pour tous les pays candidats, et la nécessité d’harmoniser ses relations avec tous les pays membres de l’Union, y compris la République de Chypre,

—

vu la déclaration de la Communauté européenne et des États membres du 21 septembre 2005, à la suite de la déclaration faite par la Turquie lors de sa signature, le 29 juillet 2005, du protocole additionnel à l’accord d’Ankara, qui dispose notamment que la reconnaissance de tous les États membres est une composante nécessaire des négociations et prévoit la nécessité pour la Turquie d’harmoniser ses relations avec tous les États membres ainsi que de mettre pleinement en œuvre le protocole additionnel à l’accord d’Ankara à l’égard de tous les États membres en éliminant tous les obstacles à la libre circulation des marchandises sans restriction ni discrimination,

—

vu les déclarations UE-Turquie du 18 mars 2016 et du 29 novembre 2015,

—

vu l’accord entre l’Union européenne et la République de Turquie concernant la réadmission des personnes en séjour irrégulier (2) (accord de réadmission UE-Turquie),

—

vu les conclusions du Conseil du 26 juin 2018, du 18 juin 2019 et du 14 décembre 2021 sur l’élargissement et le processus de stabilisation et d’association, les conclusions du Conseil du 15 juillet et du 14 octobre 2019 sur les activités de forage illégales de la Turquie en Méditerranée orientale, les conclusions du Conseil européen du 12 décembre 2019, des 1er et 2 octobre 2020, des 15 et 16 octobre 2020 et du 24 juin 2021, toutes les conclusions du Conseil et du Conseil européen en la matière, la déclaration des ministres des affaires étrangères de l’Union du 15 mai 2020 et les principaux résultats de la vidéoconférence du 14 août 2020 sur la situation en Méditerranée orientale, le résultat de la réunion informelle des ministres des affaires étrangères, dite «Gymnich», des 27 et 28 août 2020 et la déclaration des membres du Conseil européen du 25 mars 2021 sur la Méditerranée orientale,

—

vu la décision (PESC) 2019/1894 du Conseil du 11 novembre 2019 concernant des mesures restrictives en raison des activités de forage non autorisées menées par la Turquie en Méditerranée orientale (3), renouvelée par la décision (PESC) 2020/1657 du Conseil du 6 novembre 2020 (4) et par la décision (PESC) 2021/1966 du Conseil du 11 novembre 2021 (5),

—

vu que la Turquie est membre du Conseil de l’Europe et de l’OTAN,

—

vu la communication de la Commission du 26 mai 2021 intitulée «Cinquième rapport annuel sur la facilité en faveur des réfugiés en Turquie» (COM(2021)0255),

—

vu la lettre de la commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe du 25 février 2021 concernant la restriction des activités des ONG et de la liberté d’association au nom de la lutte contre le terrorisme, et la lettre de la commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe du 17 juin 2021 concernant les droits humains des personnes LGBTI,

—

vu les résolutions pertinentes du Comité des ministres du Conseil de l’Europe, notamment les résolutions intérimaires du 2 décembre 2021 et du 2 février 2022 sur l’exécution de l’arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme dans l’affaire Kavala/Turquie, la résolution intérimaire du 2 décembre 2021 sur l’exécution de l’arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme dans l’affaire Selahattin Demirtaș/Turquie (no 2), la résolution intérimaire du 16 septembre 2021 sur l’exécution de l’arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme dans l’affaire Chypre/Turquie, ainsi que la résolution du 17 octobre 2007, la résolution intérimaire du 9 mars 2009 et les neuf décisions suivantes sur l’exécution de l’arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme dans l’affaire Ülke/Turquie,

—

vu l’article 46 de la convention européenne des droits de l’homme, qui dispose que les hautes parties contractantes s’engagent à se conformer aux arrêts définitifs de la Cour européenne des droits de l’homme dans les litiges auxquels elles sont parties, et, par conséquent, l’obligation de la Turquie de se conformer à tous les arrêts des cours européennes, y compris la Cour européenne des droits de l’homme,

—

vu les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations unies sur Chypre, y compris la résolution 186 (1964) du 4 mars 1964, qui réaffirme la souveraineté de la République de Chypre, la résolution 550 (1984) du 11 mai 1984 sur les actions sécessionnistes à Chypre et la résolution 789 (1992) du 25 novembre 1992 exhortant toutes les parties concernées par la question chypriote à s’engager en faveur des mesures de confiance énoncées dans la résolution, selon laquelle sont inadmissibles les tentatives d’installation, dans une partie quelconque de Varosia, de personnes autres que les habitants de ce secteur et qui demande que ledit secteur soit placé sous l’administration des Nations Unies,

—

vu la loi no 7262 de décembre 2020 sur la prévention du financement de la prolifération des armes de destruction massive, qui utilise les mesures de contre-terrorisme comme arme pour viser la société civile,

—

vu le rapport de la commission des questions juridiques et des droits de l’homme de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe du 6 janvier 2021 intitulé «Restrictions des activités des ONG dans les États membres du Conseil de l’Europe»,

—

vu la déclaration de l’UNESCO du 10 juillet 2020 sur Sainte-Sophie (Istanbul),

—

vu le classement mondial de la liberté de la presse en 2022 publié par Reporters sans frontières, qui classe la Turquie au 149e rang sur 180 pays, le rapport 2020-2021 d’Amnesty International et le rapport mondial de Human Rights Watch en 2022,

—

vu ses résolutions antérieures, en particulier la résolution du 19 mai 2021 sur les rapports 2019-2020 de la Commission concernant la Turquie (6), celle du 8 juillet 2021 sur la répression de l’opposition en Turquie, en particulier le parti démocratique des peuples (HDP) (7), celle du 21 janvier 2021 sur la situation des droits de l’homme en Turquie, notamment le cas de Selahattin Demirtaș et d’autres prisonniers d’opinion (8), celle du 26 novembre 2020 sur l’escalade des tensions à Varosia à la suite des mesures illégales prises par la Turquie et la nécessité de rouvrir les pourparlers de toute urgence (9), celle du 15 avril 2015 sur le centenaire du génocide arménien (10), celle du 7 octobre 2021 sur le rapport d’exécution relatif aux fonds fiduciaires de l’Union européenne et à la facilité en faveur des réfugiés en Turquie (11) et celle du 24 novembre 2021 relative à la position du Conseil sur le projet de budget rectificatif no 5/2021 de l’Union européenne pour l’exercice 2021 — Aide humanitaire aux réfugiés en Turquie (12),

—

vu l’article 54 de son règlement intérieur,

—

vu le rapport de la commission des affaires étrangères (A9-0149/2022),

A.

considérant que la Turquie, en tant que pays candidat à l’adhésion à l’Union européenne, est un partenaire majeur en matière d’économie et un partenaire stratégique et voisin important pour l’Union dans des domaines essentiels d’intérêt commun tels que le commerce, la migration, la santé publique, le climat, la transition écologique, la sécurité et la lutte contre le terrorisme;

B.

considérant que l’intégration économique de la Turquie à l’Union demeure considérable en 2020, puisqu’elle est le sixième partenaire commercial de l’Union, tandis que l’Union demeure incontestée dans son rôle de principal partenaire commercial de la Turquie et sa principale source d’investissements directs étrangers; que la Turquie traverse actuellement des difficultés économiques et financières qui exacerbent les retombées économiques de la pandémie;

C.

considérant que les travaux sur la dimension de sécurité de l’Union ont progressé récemment, en gagnant en structure et en substance, et que la Turquie représente un partenaire extrêmement précieux en tant qu’allié de l’OTAN et partenaire stratégique qui occupe une position clé en Europe et joue un rôle géostratégique déterminant dans l’architecture de sécurité de la mer Noire et, en particulier, dans la sécurité de l’Ukraine, qui est confrontée à une agression russe; que la Turquie a exprimé des réticences et a posé des conditions politiques à l’adhésion de la Finlande et de la Suède à l’OTAN; qu’il est important, devant la gravité de la situation actuelle, que l’ensemble des alliés au sein de l’OTAN agissent avec clairvoyance et ratifient rapidement les protocoles d’adhésion de la Finlande et de la Suède;

D.

considérant que la Turquie est le pays qui accueille la plus importante population réfugiée au monde, avec près de 4 millions de réfugiés enregistrés en provenance de Syrie, d’Iraq et d’Afghanistan, et que les financements de l’Union en faveur de ces populations ont contribué à aider la Turquie à répondre rapidement aux besoins des réfugiés et de leur communauté d’accueil en matière d’aide humanitaire et de développement;

E.

considérant qu’à la suite des mesures prises pour apaiser les tensions entre l’Union et la Turquie, ainsi qu’entre la Turquie et certains États membres de l’Union en Méditerranée orientale, le Conseil européen a proposé de favoriser une dynamique plus positive dans les relations entre l’Union européenne et la Turquie, à condition que des efforts constructifs continuent d’être déployés; que, en particulier, le Conseil européen s’est déclaré prêt à dialoguer avec la Turquie de manière progressive, proportionnée et réversible dans un certain nombre de domaines d’intérêt commun, sous réserve que la désescalade des tensions entre l’Union et la Turquie, en particulier au sujet de la situation en Méditerranée orientale, se poursuive et que la Turquie s’engage de manière constructive et respectueuse des conditionnalités fixées dans les précédentes conclusions du Conseil européen, notamment en matière de relations de bon voisinage et de respect des droits de l’homme et du droit international;

F.

considérant que le statut de pays candidat suppose une volonté de se rapprocher progressivement de l’acquis de l’Union et de s’y aligner à tous égards, y compris les valeurs, les intérêts, les normes et les politiques, de respecter et de remplir les critères de Copenhague, de s’aligner sur les politiques et les objectifs de l’Union et de nouer et entretenir sans distinctions des relations de bon voisinage avec l’Union et tous ses États membres; qu’une analyse des rapports de l’Union de ces dernières années révèle que la Turquie reste très éloignée des valeurs et du cadre normatif de l’Union, un écart qui tend même à se creuser dans des domaines fondamentaux tels que le respect du droit international, l’état de droit, les droits de l’homme, les libertés individuelles, les droits civils et la liberté d’expression ainsi que les relations de bon voisinage et la coopération régionale; que les liens entre la société civile et les forces pro-démocratiques turques et l’Union demeurent vivaces, car l’Union s’engage largement pour soutenir les organisations et les citoyens turcs qui promeuvent les normes et les valeurs européennes;

G.

considérant qu’au cours de l’année écoulée, les relations entre l’Union et la Turquie sont généralement restées stables, le renforcement de la coopération et du dialogue sur un certain nombre de questions ayant coexisté avec des tensions et des conflits réguliers; que la présente résolution rend compte de cette situation, d’une part en saluant les évolutions positives et en soulignant le potentiel de cette relation et, d’autre part, en recensant les problèmes qui subsistent, notamment dans le domaine de l’état de droit et des droits fondamentaux, en violation des critères de Copenhague, les violations du droit international ou les provocations continues contre la République de Chypre; que si cette résolution a pour but d’évaluer correctement les progrès ou l’absence de progrès de la Turquie en matière de droits de l’homme et d’état de droit, qui sont cœur du processus d’adhésion, il importe de décrire les mécanismes concrets qui président à l’érosion des libertés et qui, envisagés conjointement, entraînent un retour en arrière en ce qui concerne les normes européennes; qu’une telle approche suppose de ne pas se contenter de dresser une longue liste des citoyens et des groupes qui souffrent des conséquences de ces décisions, mais d’identifier réellement les opérateurs et les organes des autorités publiques responsables de cette situation inquiétante dans le domaine d’action qui leur est propre; que les critiques doivent être ciblées plutôt que génériques;

Évaluation générale et évolutions récentes

1.

exprime une nouvelle fois son inquiétude face à l’écart persistant qui sépare la Turquie et l’Union du point de vue des valeurs et des normes, et au manque persistant de volonté politique de mener à bien les réformes nécessaires pour répondre, en particulier, aux graves préoccupations concernant l’état de droit et les droits fondamentaux qui continuent à miner le processus d’adhésion, en dépit des déclarations répétées de la Turquie concernant l’objectif d’adhésion à l’Union; souligne que les engagements pris par la Turquie dans le cadre du processus d’adhésion ne cessent de régresser depuis deux ans; estime qu’en l’absence de progrès manifestes et significatifs dans ce domaine, le Parlement ne peut envisager une reprise des négociations d’adhésion avec la Turquie, qui sont au point mort depuis 2018; rappelle que le processus d’adhésion est, et demeurera, un processus fondé sur le mérite et qu’il dépend intégralement de l’objectif de progression atteint par chaque pays;

2.

constate qu’en dépit d’une légère amélioration, dans l’ensemble, des relations entre l’Union et la Turquie au cours de l’année écoulée et des derniers mois en particulier, le gouvernement turc ayant adopté une attitude plus coopérative, une coopération et un dialogue renforcés sur un certain nombre de questions ont coexisté avec des conflits réguliers et les difficultés dans les relations avec les États membres de l’Union voisins, en particulier la Grèce et la République de Chypre, ont persisté; espère que les difficultés actuelles pourront être surmontées et remplacées par une véritable dynamique durable plus positive; salue le récents dialogue de haut niveau tenu le 16 septembre 2021 entre l’Union et la Turquie sur le changement climatique et le fait que la Turquie a présenté son propre pacte vert, a mis en œuvre d’ambitieuses politiques climatiques sur son territoire et a ratifié l’accord de Paris le 6 octobre 2021; salue le dialogue de haut niveau sur la migration et la sécurité tenu le 12 octobre 2021, centré sur le renforcement de la coopération en matière de gestion de la migration, sur la lutte contre la traite des êtres humains et la criminalité organisée et sur la prévention des attentats terroristes; salue le dialogue de haut niveau sur la santé publique du 1er décembre 2021, qui a porté essentiellement sur une coopération renforcée en matière de menaces sanitaires transfrontières, y compris à court terme pour la lutte contre la pandémie de COVID-19; se félicite, dans ce contexte, de la reconnaissance mutuelle des certificats COVID-19 en août 2021;

3.

remarque qu’alors que les négociations d’adhésion demeurent au point mort, la Turquie a mis à jour son plan d’action national d’adhésion à l’Union pour la période 2021-2023; relève en outre les progrès réalisés par la Turquie en vue d’un alignement plus poussé sur l’acquis de l’Union dans des domaines tels que le droit de la concurrence, son système national de certification et l’espace européen de la recherche, ainsi que l’amélioration du bilan de la Turquie dans le cadre d’Horizon 2020;

4.

réaffirme sa ferme conviction que la Turquie est un pays d’importance stratégique sur le plan politique, économique et de politique étrangère, un partenaire essentiel pour la stabilité de la région dans son ensemble, et un allié vital, notamment au sein de l’OTAN, avec lequel l’Union souhaite poursuivre le rétablissement de relations fondées sur le dialogue, le respect et la confiance mutuelle; se félicite, à cet égard, des récentes déclarations exprimées au plus haut niveau par les autorités turques au sujet du nouvel engagement du gouvernement turc en faveur de l’adhésion à l’Union, mais invite instamment les autorités turques à traduire leurs paroles en actes et à démontrer cet engagement par des faits et des décisions spécifiques; considère que, si les conditions le permettent, il conviendrait de renforcer davantage le dialogue avec les autorités turques et les homologues turcs à tous les niveaux, pour aider à rétablir la confiance et prévenir les confrontations à l’avenir, conformément à la position du Conseil européen, qui préconise d’établir des contacts avec la Turquie de manière progressive, proportionnée et réversible; invite le Conseil, à cet égard, à rétablir le dialogue politique de haut niveau et les dialogues sectoriels de haut niveau sur l’économie, l’énergie et les transports, qui avaient été suspendus, ainsi que le Conseil d’association UE-Turquie, liés à des améliorations de la situation des libertés fondamentales et de l’état de droit;

5.

se déclare vivement préoccupé par la situation économique actuelle en Turquie, qui, en raison de la dévaluation monétaire, de l’inflation galopante et de l’augmentation constante du coût de la vie, plonge un nombre de plus en plus important de personnes dans la précarité et la pauvreté; note qu’alors que la situation actuelle couve depuis de nombreuses années, elle s’est muée en crise en décembre 2021 et a exacerbé les effets économiques liés à la pandémie; s’inquiète des interventions présidentielles et du manque de confiance qui s’ensuit à l’égard d’organismes censés être indépendants tels que la banque centrale et l’institut turc de statistique (TÜIK); fait observer, à cet égard, que l’indépendance du fonctionnement de ces deux institutions est un critère essentiel pour l’adhésion à l’Union; souligne, en outre, que les mauvaises performances de la Turquie en matière de respect de l’état de droit ont également une incidence grave sur l’image de marque du pays et que l’absence de sécurité juridique pourrait sérieusement compromettre sa capacité à attirer les investissements étrangers; estime qu’une relation plus forte et plus étroite avec l’Union contribuerait à atténuer certaines des difficultés et à améliorer le niveau de vie de la population turque;

6.

remarque qu’en octobre 2021, le Groupe d’action financière a ajouté la Turquie à la liste des juridictions jugées incapables de lutter contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération; espère que la Turquie sera en mesure de démontrer rapidement qu’elle a fait les progrès nécessaires pour améliorer la mise en œuvre des mesures pertinentes de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme;

7.

exprime la volonté de renforcer et d’approfondir la connaissance et la compréhension mutuelles entre la société turque et celles des États membres de l’Union, en favorisant le développement culturel et les échanges socioculturels et en luttant contre toutes les formes de préjugés sociaux, religieux, ethniques ou culturels; s’engage pleinement à continuer de soutenir la société civile indépendante turque, quels que soient les circonstances et le cadre de relations que l’avenir réserve;

L’état de droit et les droits fondamentaux

8.

déplore la détérioration continue de la situation des droits de l’homme en Turquie, notamment le recul des libertés fondamentales, de la démocratie et de l’état de droit; estime que la forme actuelle de gouvernance répressive, dont les principaux piliers sont l’abus du cadre juridique, en particulier au moyen d’accusations de terrorisme et de restrictions de la liberté d’expression, et le manque d’indépendance du pouvoir judiciaire, est une politique étatique délibérée, incessante et systématique conçue pour supprimer toute activité critique, directement ou par un effet dissuasif; est consterné par le fait que, pour poursuivre cette politique, les autorités de l’État turc sont prêtes à ignorer de manière flagrante et persistante leurs obligations juridiques internationales et nationales, comme celles qui découlent de l’adhésion de la Turquie au Conseil de l’Europe;

9.

souligne que la question cruciale des libertés et des droits fondamentaux, qui est au cœur du processus d’adhésion, ne peut être dissociée et isolée des relations globales avec l’Union; souligne que, pour le Parlement, cette question un obstacle majeur à la réalisation de progrès dans toute perspective positive qui pourrait être proposée à la Turquie, laquelle devrait également être subordonnée au plein respect du droit international et du principe fondamental des relations de bon voisinage et de la coopération régionale;

10.

invite la Turquie à mettre pleinement en œuvre tous les arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme conformément à l’article 46 de la convention européenne des droits de l’homme, une obligation inconditionnelle qui découle de l’adhésion de la Turquie au Conseil de l’Europe et qui est inscrite dans sa Constitution; condamne avec la plus grande fermeté l’arrêt rendu récemment par le 13e tribunal pénal d’Istanbul, qui a infligé à Osman Kavala une peine de réclusion à perpétuité après plus de quatre ans et demi de détention injuste, illégale et illégitime; estime que Osman Kavala a été condamné sur la base d’accusations injustifiées dans le but de museler et de dissuader les voix critiques en Turquie; demande une nouvelle fois aux autorités turques d’agir conformément à leurs obligations internationales et nationales et de se conformer à l’arrêt définitif de la Cour européenne des droits de l’homme dans cette affaire en libérant sans délai Osman Kavala; condamne et déplore les efforts et les tentatives continus visant à prolonger l’emprisonnement de Osman Kavala au moyen d’une série de tactiques judiciaires évasives complexes, y compris la fusion et la dissociation des dossiers et des irrégularités constantes; est consterné par le fait que la peine de réclusion à perpétuité prononcée par le tribunal se fonde sur l’article 312 du code pénal turc (tentative de renverser le gouvernement par la force et la violence), alors que la Cour européenne des droits de l’homme a expressément rejeté cette accusation dans ses arrêts; prend note des décisions successives du Comité des ministres du Conseil de l’Europe demandant instamment la libération de Osman Kavala, qui ont abouti au lancement historique d’une procédure d’infraction contre la Turquie au moyen de résolutions intérimaires en décembre 2021 et février 2022, en raison du refus du pays de se conformer à l’arrêt définitif de la Cour européenne des droits de l’homme; note que la procédure d’infraction met en évidence la gravité des violations par la Turquie de ses obligations en tant que membre du Conseil de l’Europe et pays candidat à l’adhésion à l’Union européenne;

11.

réaffirme qu’il condamne fermement et déplore le retrait de la Turquie de la convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique (convention d’Istanbul) par décret présidentiel, décision particulièrement alarmante compte tenu du nombre constamment élevé de féminicides et d’autres formes de violence dans le pays, ce qui constitue un revers majeur des efforts visant à promouvoir les droits des femmes dans le pays; demande une nouvelle fois au gouvernement turc de revenir sur cette décision incompréhensible, qui constitue une violation flagrante des valeurs européennes fondamentales et qui entrera dans le cadre de l’évaluation du processus d’adhésion de la Turquie; invite les autorités turques, à cet égard, à mener une politique de tolérance zéro et à prévenir et combattre la violence à l’égard de toutes les femmes et des filles, à soutenir les survivantes et à demander des comptes aux agresseurs en mettant pleinement en œuvre, dans l’intervalle, la loi turque no 6284 sur la protection de la famille et la prévention de la violence à l’égard des femmes et toutes les mesures définies dans la jurisprudence pertinente de la Cour européenne des droits de l’homme; est profondément préoccupé par l’acte d’accusation déposé par le bureau des crimes intellectuels et industriels du parquet d’Istanbul, qui demande la fermeture de la «We Will Stop Femicides Platform» (KCDP), l’un des groupes de défense des droits des femmes les plus importants et les plus éminents en Turquie, qui luttent contre les violences sexistes, sous prétexte de porter atteinte à la moralité publique;

12.

prend acte de l’importance du maintien de la liberté de réunion et de manifestation en Turquie, qui est inscrite dans sa constitution et qui constitue une obligation positive découlant de son statut de partie à la Convention européenne des droits de l’homme; déplore le recul important de la liberté de réunion et de manifestation, qui est soumise à une pression croissante face à l’utilisation répétée et à l’augmentation continue des interdictions de protestations et de manifestations par les gouverneurs provinciaux, à l’utilisation excessive de la force contre des manifestants pacifiques et des journalistes, dans un contexte d’impunité générale pour les agents des forces de l’ordre et aux amendes et procès de manifestants accusés d’activités liées au terrorisme; est particulièrement préoccupé par l’interdiction imposée par le gouverneur de la province de Van depuis plus de cinq ans; déplore que les journalistes soient pris pour cible par les forces de police turques lors de manifestations publiques, notamment en vertu de la directive d’avril 2021 du chef de la direction générale de la sécurité turque (EGM) ordonnant aux forces de police d’empêcher la presse d’enregistrer les protestations et les manifestations, directive qui a ensuite été suspendue par le Conseil d’État; demande de nouveau aux autorités d’abandonner les poursuites engagées contre les étudiants de l’université Boğaziçi, poursuivis pour avoir exercé leur droit de rassemblement pacifique, et souligne qu’il est important de garantir la liberté académique et l’autonomie des universités; s’inquiète à cet égard de la décision récente de limoger trois doyens élus de l’université de Boğaziçi, dont le recteur actuel a été nommé par décret présidentiel en août 2021; se félicite de la déclaration du Service européen pour l’action extérieure (SEAE) du 4 février 2021, qui rappelle que la pandémie de COVID-19 ne peut être utilisée pour réduire au silence les voix critiques, et qui condamne le discours de haine des hauts fonctionnaires à l’encontre des étudiants LGBTI, condamne fermement la récente répression violente de la police qui, lors de la 9e marche des fiertés à l’université de Boğaziçi, a exercé un recours abusif à la force contre des étudiants et a placé de nombreux participants en détention;

13.

se déclare une nouvelle fois gravement préoccupé par les mesures disproportionnées et arbitraires qui restreignent la liberté d’expression; prend acte de la nouvelle diminution du nombre de journalistes emprisonnés en Turquie et de l’augmentation du nombre d’acquittements dans les actions intentées contre des journalistes observés récemment; exige la libération et l’acquittement de tous les journalistes, écrivains, professionnels des médias et utilisateurs des réseaux sociaux qui sont détenus illégalement pour avoir simplement exercé leur profession et leurs droits civils; salue la décision récente du Conseil d’État de mettre un terme à l’application de certains articles des règlementations sur les cartes de presse et de la circulaire de police qui interdisait les enregistrements audiovisuels lors des manifestations publiques; s’inquiète vivement, dans le même temps, de la poursuite des arrestations arbitraires de journalistes, de professionnels des médias et d’utilisateurs des réseaux sociaux, du recours systématique à de vagues accusations de terrorisme pour les réduire au silence, de la censure et des restrictions de plus en plus nombreuses imposées aux plateformes de réseaux sociaux et de la pratique consistant à enquêter sur des personnes et à les poursuivre pour un prétendu manque de respect envers les valeurs islamiques, par exemple; est particulièrement consterné par l’utilisation abusive de l’article 299 du code pénal turc relatif à l’insulte au président, qui peut entraîner une peine d’un à quatre ans de prison; juge tout à fait disproportionné que depuis 2014, première année du mandat du président Erdoğan, plus de 160 000 enquêtes aient été ouvertes, plus de 35 500 dossiers déposés et plus de 12 800 condamnations prononcées pour insulte au président; demande aux autorités turques de modifier la loi sur l’insulte au président conformément aux arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme et de suivre les recommandations de la Commission de Venise afin de mettre la loi turque en la matière en conformité avec la Convention européenne des droits de l’homme; est particulièrement consterné par le cas de la journaliste Sedef Kabaş, qui a récemment été condamnée à deux ans et quatre mois d’emprisonnement par le 36e tribunal pénal d’Istanbul pour avoir prétendument «insulté le président» sur une émission en direct sur TELE1 TV le 14 janvier 2022; déplore le traitement qui lui a été réservé depuis son arrestation lors d’une perquisition le 22 janvier 2022 à minuit après avoir été visée publiquement par de hauts fonctionnaires du gouvernement et avoir passé 49 jours en détention provisoire, et dénonce le fait que l’acte d’accusation préparé par le bureau du parquet d’Istanbul requérait jusqu’à 12 ans et 10 mois de prison pour différentes infractions; considère que cette affaire constitue un exemple flagrant de l’utilisation abusive de l’article 299 avec pour but de dissuader tout journaliste ou citoyen susceptible d’exprimer des critiques à l’encontre du président ou du gouvernement; s’inquiète de la circulaire présidentielle sur la presse et les activités de diffusion, publiée le 28 janvier 2022, car elle pourrait entraîner des restrictions illégales des libertés et des droits fondamentaux; est préoccupé par le fait que, de tous les membres du Conseil de l’Europe, la Turquie est le pays qui a fait l’objet du plus grand nombre d’arrêts relatifs à des violations de la liberté d’expression devant la Cour européenne des droits de l’homme en 2021 et regrette que la Turquie figure toujours parmi les pays où la liberté de la presse est la plus menacée;

14.

indique que la persistance des poursuites, de la censure et du harcèlement des journalistes et des médias indépendants reste préoccupante en Turquie et il convient d’y remédier sans délai, car cela fragilise la fibre démocratique de la société turque; est en outre préoccupé par le fait que des journalistes et des opposants soient pris pour cible dans l’Union européenne; demande au président du conseil supérieur de l’audiovisuel (RTÜK) de s’abstenir d’infliger des amendes et de prononcer des interdictions de diffusion qui restreignent la liberté d’expression légitime des journalistes et des diffuseurs turcs; s’inquiète de la menace du RTÜK de bloquer les organes de presse internationaux Deutsche Welle, Euronews et Voice of America s’ils ne déposent pas de demandes de licences de diffusion, ce qui permettrait de surveiller les contenus diffusés; demande que le RTÜK mette un terme aux mesures punitives discriminatoires prises à l’encontre des diffuseurs indépendants; regrette la pression économique croissante exercée par le gouvernement, y compris l’absence de transparence qui entoure l’allocation des fonds publics (publicité, appels d’offres), qui permet d’exercer un contrôle quasi total des moyens de communication de masse; s’inquiète de la diffusion de la propagande d’État par des supports médiatiques publics et progouvernementaux; demande au président de la BİK de garantir que les interdictions de publicité ne servent pas de prétexte à supprimer les médias d’informations indépendants, comme cela s’est produit avec le quotidien Evrensel, une situation des plus critiques dans l’histoire de la presse turque; invite le directeur de la communication de la présidence turque, de s’assurer que les demandes de cartes de presse soient traitées rapidement et de mettre fin aux plaintes pénales et à la rhétorique belliqueuse à l’encontre des journalistes; demande à la Grande assemblée nationale de Turquie de s’aligner sur l’arrêt de la Cour constitutionnelle de Turquie de janvier 2022 de requérir la reformulation de l’article 9 de la législation relative à l’internet en vue de protéger la liberté d’expression et la liberté de la presse; s’inquiète tout particulièrement de l’affaire du journaliste turco-chypriote Ali Kişmir, qui a récemment été frappé d’interdiction d’entrée en Turquie et fait l’objet de poursuites pour avoir critiqué Ankara;

15.

prend acte de l’adoption par la Turquie des quatrième et cinquième paquets judiciaires en 2021, qui constituent des avancées positives, bien qu’elles soient modestes et ne remédient pas aux problèmes les plus graves; estime toutefois que les problèmes actuels ne découlent pas seulement d’une législation problématique, mais qu’ils sont souvent causés par l’absence et le manque de volonté politique en vue de mettre en œuvre des dispositions pertinentes existantes; reste préoccupé par l’érosion continue de l’état de droit et de l’indépendance et de l’impartialité de la justice en Turquie, alliée à l’effet dissuasif des licenciements massifs opérés par le gouvernement ces dernières années, ainsi que par les déclarations publiques du pouvoir exécutif sur des affaires judiciaires en cours d’instruction, qui compromettent l’indépendance, l’impartialité et la capacité globale du pouvoir judiciaire à offrir un recours effectif dans le cas de violations des droits de l’homme; constate avec regret, dans ce contexte, que les réformes judiciaires ne s’attaquent pas à ces lacunes fondamentales; souligne qu’il s’agit d’un domaine de première importance, car il représente la pierre angulaire d’un système démocratique efficace au service et pour le bien de la population; prend note de la nomination en janvier 2021 d’un juge à la Cour constitutionnelle turque, qui n’a exercé que vingt jours auprès de la Cour de cassation et a précédemment été procureur général d’Istanbul, poste où il s’est trouvé impliqué dans des affaires controversées concernant, entre autres, Osman Kavala, les manifestants du parc Gezi et les journalistes Can Dündar et Erdem Gül; souligne que le conseil de la magistrature (HSK) est un sujet de préoccupation majeure s’agissant de l’indépendance judiciaire; demande que les lacunes concernant la structure et le processus de sélection des membres de ce conseil soient comblées en vue de garantir son indépendance et de mettre fin à ses décisions arbitraires; condamne fermement les licenciements et les démissions forcées de nombreux juges et procureurs turcs; rappelle que les licenciements et les nominations au sein du pouvoir judiciaire devraient faire l’objet d’un examen particulièrement rigoureux, que le pouvoir exécutif doit s’abstenir de nuire à l’indépendance du pouvoir judiciaire ou de tenter de l’influencer et que les nominations au sein du pouvoir judiciaire doivent respecter les principes d’indépendance et d’impartialité; est consterné par les rapports faisant état d’un modèle de persécution des avocats représentant des individus accusés de terrorisme, en vertu duquel des avocats ont été poursuivis pour le même crime que celui attribué à leur client, ou un crime lié, dans un contexte où ces poursuites constituaient clairement un obstacle à l’exercice du droit à un procès équitable et à l’accès à la justice; invite vivement le gouvernement turc à garantir le travail indépendant des avocats et à libérer toute personne détenue illégalement pour simplement avoir exercé ses obligations légales; constate avec une profonde inquiétude que, malgré la levée officielle de l’état d’urgence en juillet 2018, ses répercussions sur la démocratie et les droits fondamentaux continuent de se faire fortement ressentir et touchent encore de nombreuses personnes parmi les plus de 152 000 fonctionnaires, dont des enseignants, des médecins, des universitaires (pour la paix), des avocats, des juges et des procureurs, qui ont été destitués arbitrairement et frappés par une interdiction définitive de travailler dans le secteur public, voire dans leur domaine en général; souligne que nombre de ces destitutions continuent d’avoir des effets dévastateurs sur les personnes destituées ainsi que sur leurs familles, notamment des stigmates sociaux et professionnels durables; a de sérieux doutes quant au fonctionnement de la commission d’enquête sur l’état d’urgence en tant que voie de recours interne en raison de son manque d’indépendance et d’impartialité; note que les annulations arbitraires de passeports, malgré certaines améliorations progressives, demeurent une violation majeure de la liberté de circulation;

16.

se déclare préoccupé par la multiplication des affaires portées devant la Cour constitutionnelle concernant des violations des droits constitutionnels et l’absence de mesures correctives lorsque de telles violations sont révélées; prend note des déclarations récentes du président de la Cour constitutionnelle, qui reconnaît que 73 % des plus de 66 000 demandes reçues en 2021 concernaient le droit à un procès équitable et qui parlait à ce sujet d’une situation «catastrophique»; met en doute la légalité des modifications apportées au règlement de procédure de la Cour permettant de reporter d’un an les arrêts;

17.

salue l’adoption, sur le principe, d’un nouveau plan d’action sur les droits de l’homme par les autorités turques en mars 2021; remarque cependant qu’un certain nombre de questions sous-jacentes ne sont pas traitées et que l’engagement du gouvernement sera mesuré à l’aune de l’étendue de la mise en œuvre du plan et des réformes entreprises pour assurer son application à tous les citoyens, sans discrimination; prie instamment les autorités turques d’intensifier leurs efforts pour remédier efficacement à la situation désastreuse des Kurdes, des Arméniens, des Assyriens et, en particulier, les conditions de logement et d’éducation de la communauté rom, qui doivent toujours faire face à des niveaux comparativement plus élevés de pauvreté, de chômage, de discrimination et d’exclusion;

18.

demande la pleine exécution des arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme et des résolutions provisoires du Comité des ministres du Conseil de l’Europe concernant l’objection de conscience; prend note, à cet égard, du plan d’action présenté par les autorités turques au Comité des ministres, et encourage lesdites autorités à poursuivre le déploiement de mesures afin de garantir, à l’aide d’une législation adaptée, un exercice équitable et accessible du droit à l’objection de conscience au service militaire; se préoccupe du nombre croissant de recours devant la Cour constitutionnelle relatifs à l’objection de conscience depuis 2017, année du premier recours, qui sont pendantes et n’ont fait l’objet d’aucune communication essentielle avec les requérants; demande instamment que les modifications juridiques nécessaires soient apportées pour mettre un terme au cycle des poursuites et des sanctions ainsi qu’à toutes les restrictions applicables aux objecteurs de conscience;

19.

invite les autorités turques à promouvoir des réformes positives et effectives dans le domaine de la liberté de pensée, de conscience et de religion en permettant aux communautés religieuses d’obtenir une personnalité juridique et des droits d’éducation, ainsi qu’en mettant en application les recommandations de la Commission de Venise sur le statut des communautés religieuses et l’ensemble des arrêts pertinents de la Cour européenne des droits de l’homme et des résolutions du Conseil de l’Europe, y compris concernant la population grecque orthodoxe des îles de Gökçeada (Imbros) et de Bozcaada (Tenedos); demande au gouvernement turc d’intensifier les efforts déployés actuellement, entre autres, en ce qui concerne la reconnaissance publique de l’identité alévie et le statut juridique des Cemevis et leur financement, conformément aux arrêts pertinents de la Cour européenne des droits de l’homme sur la religion obligatoire, l’éducation éthique et les lieux de culte alévis; demande aux autorités turques de pleinement respecter le caractère historique et culturel des monuments et symboles culturels et religieux, en particulier des sites classés au patrimoine mondial de l’UNESCO; prend acte avec inquiétude de l’évolution récente concernant l’ancien monastère de Sumela, qui figure sur la liste indicative du patrimoine mondial de l’Unesco; souligne la nécessité de supprimer les restrictions pesant sur la formation, la désignation et la succession des membres du clergé afin de permettre la réouverture du séminaire de Halki fermé depuis 1971 et de lever tous les obstacles à son bon fonctionnement; réitère sa demande à la Turquie de respecter le rôle du patriarcat œcuménique pour les chrétiens orthodoxes du monde entier, et de reconnaître la personnalité juridique du patriarche œcuménique et l’usage public de son titre ecclésiastique; déplore que, après son annulation en 2013, le nouveau règlement électoral pour les fondations non musulmanes soit toujours en instance de publication, ce qui a entraîné de graves problèmes de gestion de ces fondations, puisqu’aucune élection ne peut avoir lieu; constate avec inquiétude que les discours haineux et les crimes de haine visant des minorités religieuses, principalement les alévis, les chrétiens et les juifs, continuent d’être signalés et que les enquêtes sont restées sans résultat; prie instamment les autorités turques de poursuivre véritablement les auteurs de ces méfaits et à protéger correctement toutes les minorités religieuses;

20.

déplore la pression juridique et administrative soutenue exercée par le gouvernement turc sur la société civile, les défenseurs des droits de l’homme, les avocats, les journalistes, les universitaires, les syndicalistes, les minorités ethniques et religieuses et de nombreux citoyens turcs, ainsi que le rétrécissement constant de l’espace qui leur est dévolu pour agir librement en Turquie; dénonce la fermeture arbitraire d’organisations de la société civile, y compris de grandes ONG de défense des droits de l’homme et de supports médiatiques; invite la Turquie à considérer les voix critiques ou dissidentes, y compris les défenseurs des droits de l’homme, les avocats, les universitaires et les journalistes, comme des contributeurs précieux au dialogue social plutôt que comme des forces déstabilisatrices, afin de leur permettre de fonctionner dans le cadre de leurs missions et dans les limites de leurs compétences et de leur champ d’action, et d’exercer librement leur profession, car cela garantit une démocratie et une société plus saines dans l’ensemble; invite de nouveau le gouvernement turc à revoir la nouvelle loi de décembre 2020 sur la prévention du financement de la prolifération des armes de destruction massive, qui confère au ministère de l’intérieur et au président turcs de larges pouvoirs de restriction des activités des organisations non gouvernementales, des partenariats commerciaux, des groupes indépendants et des associations, et qui a apparemment comme objectif de limiter, de restreindre et de contrôler encore davantage la société civile; s’inquiète des observations de la Commissaire aux droits de l’homme et de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, selon lesquelles les organisations de défense des droits de l’homme ont été les premières à faire l’objet d’audits suite à la promulgation de la loi; enjoint l’Union et ses États membres à exercer davantage de pression sur le gouvernement turc et à mettre en avant leur soutien aux défenseurs des droits de l’homme et à la société civile indépendante de Turquie, notamment en recourant à des instruments financiers pertinents; invite la Commission, en recourant à l’instrument d’aide de préadhésion (IPA III) et aux programmes pertinents de l’instrument de voisinage, de coopération au développement et de coopération internationale — Europe dans le monde, à fournir des financements suffisants à la société civile, aux acteurs non étatiques et aux relations entre les gens en vue de rendre prioritaires les efforts prodémocratiques qui pourraient contribuer à générer la volonté politique nécessaire pour renforcer les relations entre l’Union et la Turquie; demande à la Commission d’envisager le financement de gouvernements locaux pour des projets d’intérêt mutuel; souligne que l’aide financière au titre de l’IAP III repose sur une conditionnalité liée au principe de la «priorité aux fondamentaux» et réitère, dans ce contexte, sa demande que le financement de l’IAP pour les réformes en Turquie soit octroyé en toute transparence et géré directement par l’Union ou une institution internationale reconnue;

21.

se déclare profondément préoccupé par la détérioration de la situation appuyée par l’État en matière de droits de l’homme des personnes LGBTI, notamment en ce qui concerne les agressions physiques et des crimes de haine, en particulier contre les personnes transgenres, l’interdiction prolongée des marches des fiertés dans tout le pays, les restrictions aux libertés de réunion, d’association et d’expression, et la censure dans les médias et en ligne, et prie instamment le gouvernement de la Turquie de protéger leurs droits égaux et légaux; rappelle la nécessité d’adopter des mesures visant à garantir que tous les citoyens peuvent jouir de ces libertés en toute sécurité; souligne la position homophobe croissante du gouvernement turc et les discours de haine contre les personnes LGTBTI par des hauts fonctionnaires qui ont pour but de stigmatiser et de criminaliser la communauté LGBTI et peuvent constituer le terreau de crimes de haine et un vecteur puissant de harcèlement, de discrimination et de violence potentielle accrus; rappelle que les obligations de la Turquie au titre de la convention européenne des droits de l’homme impliquent une responsabilité de lutte contre la discrimination et la violence à l’encontre des personnes LGBTI et pris les autorités turques d’honorer leurs engagements; plaide en faveur de l’ajout de l’orientation sexuelle, de l’identité de genre et des caractéristiques sexuelles en tant que motifs de protection dans l’article contre la discrimination du droit du travail; met en évidence le schéma d’utilisation de procédures judiciaires pour réduire au silence les défenseurs des droits de l’homme, les organisations non gouvernementales et les avocats et pour affaiblir le militantisme, en particulier de ceux qui défendent des droits LGBTI; exprime des inquiétudes quant aux enquêtes pénales lancées contre les barreaux d’Istanbul, d’Ankara et de Diyarbakir et à l’affaire des participants à la marche des fiertés 2019 organisée à l’université technique du Moyen-Orient à Ankara; se félicite de l’acquittement de ces derniers; suit avec une vive inquiétude le procès en cours contre le comité exécutif et le président du barreau d’Ankara, dans lequel le parquet général d’Ankara requiert jusqu’à deux ans d’emprisonnement pour avoir prétendument «insulté un fonctionnaire public» lorsque celui-ci critiquait le chef de la direction des affaires religieuses (Diyanet) pour les propos ouvertement homophobes qu’il a tenus le 14 avril 2020, à savoir que «l’Islam maudit l’homosexualité […], car elle engendre des maladies et gangrène des générations»; prie instamment les autorités turques de mettre en place les mesures juridiques nécessaires pour mettre fin à toute discrimination fondée sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre en vertu de l’article 21 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne; invite les autorités à aligner leur législation pénale en matière de crimes homophobes et transphobes motivés par la haine avec la recommandation de politique générale no 7 de la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance; prie instamment la Turquie d’abandonner toutes les charges contre les participants pacifiques aux événements LGBTI et de lever l’interdiction prolongée des événements des fiertés;

22.

est profondément préoccupé par les attaques dont font l’objet les partis d’opposition, en particulier le HDP et d’autres, y compris le parti républicain du peuple (CHP), notamment en exerçant des pressions, en ordonnant leur fermeture et en jetant en prison leurs membres, autant d’actes qui nuisent au bon fonctionnement du système démocratique; souligne que la démocratie présuppose un contexte dans lequel les partis politiques, la société civile et les médias peuvent fonctionner sans être victimes de menaces ou restrictions arbitraires;

23.

constate avec une profonde inquiétude que le HDP, ses maires élus et les organisations qui lui sont affiliées, notamment son organisation de jeunesse, sont spécifiquement et constamment pris pour cible et criminalisés par les autorités turques, ce qui a conduit à une situation où plus de 4 000 membres du HDP sont actuellement emprisonnés; continue de condamner fermement le maintien en détention, depuis novembre 2016, de Selahattin Demirtaș et Figen Yüksekdağ, les anciens coprésidents du HDP et demande leur libération immédiate; est consterné par l’attitude des autorités turques qui persistent à ignorer et à ne pas exécuter les arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme exigeant de la Turquie la libération immédiate de Selahattin Demirtaş; condamne la mise en accusation visant la fermeture du parti HDP et le bannissement de la vie politique de 451 personnes, y compris la plupart de des dirigeants actuels du HDP, introduite par le procureur général de la Cour de cassation de Turquie et acceptée à l’unanimité par la Cour constitutionnelle de Turquie en juin 2021, qui les empêche d’exercer toute activité politique pendant les cinq prochaines années; rappelle que la Cour constitutionnelle a déjà interdit six partis politiques prokurdes; note avec une vive préoccupation que l’affaire de la dissolution du HDP est le point d’orgue d’une répression du parti qui se poursuit depuis plusieurs années, et réitère que le bannissement du parti serait une erreur politique grave et constituerait un revers irréversible pour le pluralisme et les principes démocratiques; souligne en outre le rôle particulier que joue la 22e haute cour pénale d’Ankara dans le procès dit «de Kobané» impliquant 108 personnes, parmi lesquelles de nombreux responsables politiques du HDP; relève le rôle particulier joué par le procureur Ahmet Altun, et exige notamment des explications relatives à l’ingérence politique alléguée documentée dans le dossier; remet également en cause la manière dont le tribunal a réussi à examiner et à approuver un document de 3 530 pages en l’espace d’une semaine sans entendre les inculpés;

24.

se déclare préoccupé par l’affaire en cours contre la vice-présidente du CHP, Gökçe Gökçen, dans le cadre d’une enquête contre l’intégralité du conseil exécutif du parti pour la publication et la distribution d’un dépliant; est consterné du fait que dans les trois actions intentées contre elle le parquet général d’Ankara l’a accusée du crime d’agression physique du président, passible d’une peine minimale de cinq ans d’emprisonnement, en raison de la publication de ce dépliant; remarque qu’alors que cette action a été rejetée par la 18e haute cour pénale d’Ankara, les deux autres actions intentées pour calomnie, incitation à la haine et diffamation à l’encontre du président étant toujours en cours; reste gravement préoccupé du harcèlement politique et judiciaire continu de Canan Kaftancıoğlu, la présidente du CHP de la province d’Istanbul, par un nombre croissant de procès engagés contre elle; condamne la récente décision de la Cour de cassation confirmant trois des cinq peines prononcées contre Mme Kaftancıoğlu: une peine de prison de quatre ans et onze mois de prison et une interdiction de s’engager en politique; est préoccupé par le caractère arbitraire du processus d’enregistrement prolongé du Parti écologiste turc, qui a introduit une demande le jour de son établissement en septembre 2020 auprès du Ministère de l’intérieur turc en vue d’obtenir un certificat de formation, mais qui ne l’a, à ce jour, toujours pas obtenu;

25.

condamne le recours récurrent à la révocation du mandat parlementaire des députés de l’opposition, qui porte gravement atteinte à l’image du Parlement turc en tant qu’institution démocratique; rappelle, à cet égard, dans un arrêt rendu récemment, le 1er février 2022, la Cour européenne des droits de l’homme considère que la levée d’immunité parlementaire de 40 députés du HDP en 2016 viole leur droit à la liberté d’expression et à la liberté de réunion; suit avec inquiétude le cas de Diyarbakır Semra Güzel, député du HDP, qui est accusé d’être «membre d’une organisation terroriste» sur la base de photos prises il y a cinq ans, et dont l’immunité parlementaire a été levée le 1er mars 2022;

26.

réitère sa condamnation de la décision des autorités turques de démettre de leurs fonctions plus de 150 maires démocratiquement élus sur la base d’éléments de preuve discutables et leur emplacement arbitraire par des administrateurs non élus nommés par le gouvernement central; condamne le fait que depuis les dernières élections locales du 31 mars 2019, 48 des 65 maires démocratiquement élus du HDP dans le sud-est de la Turquie aient déjà été démis par le gouvernement et que nombre d’entre eux aient été remplacés par des administrateurs; est fermement convaincu que ces décisions illégales porte atteinte à la démocratie au niveau local et qu’elles constituent une attaque directe contre les principes les plus fondamentaux et privent des millions d’électeurs de représentants démocratiquement élus; demande dès lors à la Turquie de rétablir dans leur fonction les maires qui ont été destitués; critique fermement les mesures politiques, législatives et administratives prises par le gouvernement turc pour paralyser les municipalités dirigées par des maires de partis de l’opposition à Istanbul, Ankara et Izmir;

27.

prend acte des récentes réformes électorales adoptées sans consensus entre les partis et de l’abaissement du seuil électoral de 10 % à 7 %, qui reste trop élevé; constate avec inquiétude les modifications apportées à la procédure de sélection des commissions électorales provinciales chargées du dépouillement des votes et des procédures de recours, où siégeaient jusqu’à présent des juges de haut rang, mais qui seront désormais sélectionnés par tirage au sort; demande une nouvelle fois à la Turquie d’améliorer l’environnement électoral général dans tout le pays à tous les niveaux en garantissant des conditions de concurrence libres et équitables pour tous les candidats et partis et en s’alignant sur les recommandations de la Commission de Venise et de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe;

28.

est conscient que les préoccupations de la Turquie en matière de sécurité sont légitimes et que le pays a le droit de lutter contre le terrorisme; souligne néanmoins que cette lutte doit intervenir dans le plein respect de l’état de droit, des droits de l’homme et des libertés fondamentales; réitère sa condamnation ferme et sans équivoque des violents attentats terroristes perpétrés par le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui figure sur la liste européenne des organisations terroristes depuis 2002; relève l’importance que revêt pour la Turquie, l’Union européenne et ses États membres la coopération étroite dans la lutte contre le terrorisme, y compris l’EIIL/Daech; prie instamment les autorités turques de poursuivre leurs efforts pour développer une étroite coopération avec l’Union européenne dans la lutte contre le terrorisme, le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, et pour adapter sa législation sur le terrorisme et les pratiques correspondantes aux normes européennes; prend acte des négociations en cours concernant un accord international d’échange de données personnelles entre Europol et les autorités turques compétentes dans la lutte contre la délinquance et le terrorisme; exprime l’espoir que ces négociations respectent les normes européennes en matière de protection des données et les droits fondamentaux; invite une nouvelle fois la Turquie à aligner sa législation en matière de protection des données sur les normes de l’Union afin de permettre la coopération avec Europol et d’améliorer ainsi le cadre normatif en matière de lutte contre le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et la cybercriminalité;

29.

souligne que les dispositions antiterroristes en Turquie sont encore trop larges et sont utilisées de façon discrétionnaire pour la répresion des droits de l’homme et de toutes les voix critiques dans le pays, y compris les journalistes, les militants et les adversaires politiques et souligne que les autorités diminuent la gravité de cette menace constante en abusant de la législation antiterroriste; constate que des cas de disparitions forcées se produisent encore dans ce contexte; est profondément préoccupé par la décision du ministre de l’Intérieur d’ouvrir une enquête spéciale sur la municipalité métropolitaine d’Istanbul pour des liens présumés avec le terrorisme, impliquant plus de 550 de ses employés, et par le harcèlement judiciaire renouvelé contre Öztürk Türkdoğan, un avocat réputé spécialisé dans les droits de l’homme et coprésident de l’Association turque des droits de l’homme (IHD) qui a été jugé par la 19e Haute cour pénale d’Ankara sous l’accusation de «l’appartenance à une organisation illégale armée» à la suite de sa mise en accusation par le parquet d’Ankara, mais finalement acquitté;

30.

reste profondément préoccupé par la situation de la population kurde dans le pays et la situation dans le sud-est de la Turquie en ce qui concerne la protection des droits de l’homme, de la liberté d’expression et de la participation politique; est particulièrement préoccupé par les nombreux signalements d’agents de la force publique pratiquant la torture et les mauvais traitements sur les prisonniers tout en répondant aux menaces à la sécurité perçues et alléguées dans le sud-est de la Turquie; condamne les mesures de garde à vue prises à l’encontre d’éminents acteurs de la société civile et opposants politiques dans le sud-est de la Turquie et demande à la Turquie de garantir la protection et la sécurité des défenseurs des droits de l’homme et d’ouvrir rapidement une enquête indépendante dans ces affaires; condamne l’oppression des minorités ethniques et religieuses, notamment le fait que la Constitution turque, notamment l’interdiction de langues utilisées par des groupes tels que la communauté kurde, c’est-à-dire en tant que «langue maternelle» dans l’éducation et dans tous les domaines de la vie publique; rappelle qu’il s’agit d’une violation du droit international, qui protège les droits des personnes à affirmer leur appartenance à une minorité ethnique ou religieuse et à s’exprimer dans la langue traditionnelle de cette minorité; souligne l’urgence de reprendre un processus politique crédible, auquel participeraient toutes les parties concernées et les forces démocratiques, pour parvenir à un règlement pacifique de la question kurde;

31.

condamne les extraditions forcées, les enlèvements et les rapts de citoyens turcs résidant en dehors de la Turquie pour des motifs politiques, une violation du principe de l’état de droit et des droits de l’homme; demande instamment à l’Union de s’attaquer à cette pratique préoccupante dans ses propres États membres ainsi que dans les pays candidats et les pays associés; est préoccupé par les tentatives du gouvernement turc d’influencer des membres de la diaspora turque dans l’Union, par exemple, par l’intermédiaire de la Présidence des Turcs de l’étranger et des communautés liées et de l’Union islamique turque de l’institution pour la religion, susceptibles de s’immiscer dans les processus démocratiques européens; condamne, à cet égard, les récentes attaques inacceptables des médias pro-gouvernementaux turcs dirigées contre plusieurs responsables politiques suédois, dont la députée européenne Evin Incir, y compris la désinformation et les accusations sans fondement, notamment des accusations de liens avec le terrorisme; fait part de son inquiétude concernant la progression du mouvement raciste d’extrême droite Ülkü Ocakları, aussi connu sous le nom des «Loups gris», qui est étroitement lié à la coalition au pouvoir, le Parti d’action nationaliste (MHP), non seulement en Turquie, mais aussi dans des États membres de l’Union; invite l’Union et ses États membres à étudier la possibilité d’interdire leurs associations dans les pays de l’Union; invite les États membres à suivre de près l’évolution des activités à caractère raciste de cette organisation et à la combattre pour limiter son influence; demande à la division Communication stratégique du SEAE de constituer un dossier sur les soupçons de désinformation turque dirigée contre l’Union, en particulier en Afrique et dans les Balkans, ainsi que dans région du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord, et de transmettre ses conclusions au Parlement européen; exprime sa préoccupation face au fait que les Ouïgours vivant en Turquie sont toujours exposés au risque de détention et d’expulsion vers d’autres pays qui pourraient alors les livrer à la Chine, où il est probable qu’ils subissent de graves persécutions; invite les autorités turques à différer la ratification de son traité d’extradition avec la Chine;

32.

exprime une nouvelle fois sa préoccupation quant au refus de la Turquie de mettre en œuvre les recommandations du Comité pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants du Conseil de l’Europe; invite la Turquie à respecter une politique de tolérance zéro à l’égard de la torture et à enquêter en bonne et due forme sur les cas persistants et crédibles de torture, de mauvais traitements et de traitements inhumains ou dégradants en détention, afin de mettre un terme à l’impunité et de demander des comptes aux responsables; accueille favorablement la modification récente du règlement relatif aux prisons en vue de remplacer l’expression «fouille corporelle» par «fouille détaillée» et appelle le directeur général des prisons et des centres de détention à garantir la pleine mise en œuvre «en ce qui concerne le respect de la dignité humaine et de l’honneur», tel qu’il est énoncé dans le règlement modifié, étant donné qu’il existe encore des allégations crédibles sur la poursuite de cette pratique, y compris sur des mineurs visitant les prisons; exprime sa profonde inquiétude quant à la surpopulation carcérale en Turquie, qui exacerbe les risques de mourir de la pandémie de COVID-19 auxquels sont exposés les prisonniers; s’inquiète en outre vivement des restrictions arbitraires imposées sur les droits des prisonniers aux soins médicaux et aux visites; met en évidence, que d’après les données de l’association turque des droits de l’homme (ATDH), sur les 1 605 personnes actuellement malades dans les prisons, 604 sont gravement malades; déplore le maintien en détention de l’ancienne députée Aysel Tuğluk, malgré son état de santé précaire constaté dans des rapports médicaux rejetés ultérieurement par l’institut de médecine légale (ATK) géré par l’État; demande la libération immédiate d’Aysel Tuğluk; est consterné par les signalements d’arrestations de femmes enceintes et venant d’accoucher et demande instamment à la Turquie de libérer toutes les femmes concernées et de mettre un terme à la pratique consistant à les arrêter juste avant ou après l’accouchement; se déclare préoccupé par le harcèlement dont le député du HDP Ömer Faruk Gergerlioğlu est victime, qui a été récemment empêché de voyager à l’étranger et fait actuellement l’objet d’une enquête menée par le parquet de Kandıra — une procédure finalement classée sans suite — pour avoir «insulté l’état et ses organes», «influencé l’expert» et «fait l’apologie du crime et du criminel» après avoir demandé la libération d’Aysel Tuğluk;

33.

est scandalisé par le silence assourdissant du médiateur turc face à la gravité de la situation en matière de droits fondamentaux dans le pays, telle que décrite ci-dessus; demande au médiateur en chef de la Turquie de veiller à ce que son institution devienne un outil utile pour les citoyens turcs et joue un rôle actif dans le renforcement de la culture de la culture consistant à emprunter les voies de recours légales, comme le prévoit l'institution dans ses objectifs; regrette que ni le médiateur ni l’Institution turque des droits de l’homme et de l’égalité (HREI), les deux principales institutions de défense des droits de l’homme du pays, ne soient indépendantes sur les plans opérationnel, structurel ou financier; prie instamment les autorités turques de prendre les mesures appropriées afin que ces institutions respectent, le cas échéant, les principes de Paris et la recommandation de la Commission relative aux normes applicables aux organismes pour l’égalité de traitement (13); déplore que certains membres de l’Institution des droits de l’homme et de l’égalité aient montré une attitude négative envers les droits de l’homme fondamentaux, y compris l’égalité entre les femmes et les hommes, les droits de la femme, les droits des personnes LGBTIQ, et aient exprimé leur soutien en faveur du retrait de la Turquie de la convention d’Istanbul; invite la commission d’enquête sur les violations des droits de l’homme de la Grande Assemblée nationale de Turquie à exercer pleinement ses pouvoirs étendus pour enquêter et chercher les responsables concernant les violations des droits de l’homme survenues dans le pays, ainsi qu’à proposer des amendements législatifs en vue de veiller à ce que la législation nationale soit alignée avec les conventions internationales relatives aux droits de l’homme auxquelles la Turquie est partie;

34.

rappelle que la liberté syndicale et le dialogue social sont essentiels au développement et à la prospérité d’une société pluraliste; déplore, dans ce contexte, la persistance de lacunes législatives en matière de droits du travail et de droits syndicaux, et souligne que les droits d’organisation, de négociation collective et de grève constituent des droits fondamentaux des travailleurs; est en outre préoccupé par la persistance d’une forte discrimination antisyndicale de la part des employeurs, ainsi que par les licenciements, le harcèlement et les incarcérations dont continuent de faire l’objet les dirigeants et les membres de certains syndicats; est également préoccupé par les licenciements systématiques des travailleurs qui tentent de s’organiser; invite les autorités turques à s’aligner sur les normes fondamentales de l’Organisation internationale du travail envers lesquelles le pays s’est engagé, à lever les obstacles limitant l’exercice des droits syndicaux et à utiliser efficacement le dialogue social, y compris pour les mesures de relance socio-économique liées à la COVID-19;

Cadre plus général des relations UE-Turquie et politique étrangère de la Turquie

35.

exprime sa profonde gratitude aux autorités turques pour leur soutien clair à l'indépendance, à la souveraineté et à l'intégrité territoriale de l'Ukraine et pour leur condamnation de l'invasion russe injustifiée et de l'agression militaire contre l'Ukraine; souligne l’importance vitale d’une coopération solide entre l’Union et la Turquie en matière de politique étrangère et de sécurité pendant les difficultés actuelles et salue à cet égard l’alignement ferme de la Turquie avec l’OTAN et l’Union; souligne que la Turquie est un allié de l’OTAN et un associé stratégique auquel d’importants intérêts nous unissent; salue la décision de la Turquie d'invoquer la convention de Montreux de 1936, demandant à tous les États de la mer Noire et riverains de celle-ci de mettre fin aux passages par ses détroits; salue, en outre, l'aide financière et humanitaire que la Turquie continue d'apporter à l'Ukraine, ainsi que la volonté du gouvernement turc d'agir en tant que médiateur entre les parties au conflit; invite la Turquie à s’aligner sur les sanctions et les mesures restrictives prises par l’Union contre les autorités russes et biélorusses ainsi que les personnes coupables de l’agression illégale contre l’Ukraine et des nombreuses violations du droit international commises depuis le début de la guerre; souligne, à cet égard, qu’il espère que la Turquie, en cohérence avec sa position sur l'agression russe contre l'Ukraine, évitera de devenir un refuge pour les capitaux et les investissements russes, contournant ainsi clairement les sanctions de l'Union; encourage la Turquie à fermer son espace aérien aux aéronefs russes;

36.

salue les efforts déployés par la Turquie pour continuer à accueillir la plus grande population de réfugiés au monde; se félicite, à cet égard, du maintien du financement de l’Union en faveur des réfugiés et des communautés d’accueil en Turquie et se dit déterminé à maintenir ce soutien à l'avenir; invite la Commission à veiller à la plus grande transparence et à la plus grande justesse dans l'allocation des fonds dans le cadre du successeur de la facilité pour les réfugiés en Turquie, en veillant à ce que les fonds soient principalement versés directement aux réfugiés et aux communautés d'accueil et gérés par des organisations qui garantissent la responsabilité et la transparence; est favorable à une évaluation objective de la coopération entre l'Union et la Turquie sur les questions relatives aux réfugiés et aux migrations et souligne qu'il importe que les deux parties respectent leurs engagements respectifs au titre de la déclaration commune UE-Turquie de 2016 et de l’accord de réadmission conclu entre l’Union et la Turquie vis-à-vis de tous les États membres, y compris la reprise de la réadmission des rapatriés des îles grecques, qui a été interrompue en mars 2020, ou l’activation du programme d’admission humanitaire volontaire; insiste pour que le respect des libertés fondamentales soit au centre du processus de mise en œuvre de la déclaration UE-Turquie; salue vivement la contribution indispensable de la société civile et des autorités locales en Turquie à l’intégration des réfugiés; soutient l'amélioration et le renforcement de l'accès aux services de protection pour les groupes vulnérables spécifiques; invite le gouvernement turc à améliorer l'accès au marché du travail pour les réfugiés syriens et à mettre en place des mesures pour éviter le risque pour une génération d'enfants syriens nés en Turquie d'être apatrides; reconnaît la pression migratoire subie par la Turquie, mais s’oppose fermement à l’instrumentalisation des migrants par le gouvernement turc; s’inquiète de la persistance de rapports faisant état de refoulements sommaires d’Afghans et d’autres personnes appréhendées tentant de franchir la frontière, ainsi que de déportations arbitraires vers la Syrie; déplore le trafic d'êtres humains et les violations des droits de l'homme dont les réfugiés sont victimes en Turquie; insiste sur le fait que le retour des réfugiés ne doit se faire que sur une base volontaire et en toute sécurité et demande instamment à la Turquie de permettre aux organisations internationales et nationales d'accéder plus facilement aux centres de déportation afin de suivre et de prêter assistance aux personnes engagées dans une procédure de retour; note avec inquiétude les signes d'une multiplication des attaques racistes et xénophobes contre les étrangers, ainsi que l'utilisation d'un discours hostile aux réfugiés et la montée d'un sentiment anti-immigration dans la vie politique et la société turques; note qu'une augmentation continue des demandes d'asile a été enregistrée à Chypre en 2021 et rappelle l'obligation de la Turquie de prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher la création de nouvelles routes maritimes ou terrestres pour la migration illégale depuis la Turquie vers l'Union;

37.

réaffirme son soutien à l’union douanière et demande à la Turquie de respecter ses obligations, y compris de supprimer les obstacles non tarifaires à la libre circulation; estime que la consolidation des relations commerciales peut apporter des avantages concrets aux citoyens de l’Union et de la Turquie, et soutient dès lors la proposition de la Commission d’engager des négociations sur la modernisation d'une union douanière mutuellement avantageuse, accompagnée d'un mécanisme de règlement des différends efficace et efficient; prévient toutefois qu’une telle modernisation de l’union douanière devrait reposer sur des conditions strictes en matière de droits de l’homme et de libertés fondamentales, le respect du droit international et des bonnes relations de voisinage, et qu’elle ne peut être envisagée qu’à condition que la Turquie mette pleinement en œuvre le protocole additionnel visant à étendre l’accord d’Ankara à tous les États membres sans réserve et d’une manière non discriminatoire; souligne que les deux parties doivent être pleinement conscientes de cette conditionnalité démocratique dès le début de toute négociation, étant donné que le Parlement ne donnera pas son consentement à l’accord final sans résultats dans ce domaine;

38.

fait observer que la libéralisation du régime des visas constituerait une étape importante en vue de faciliter les contacts interpersonnels, et qu’elle revêt une importance particulière, notamment pour les étudiants, les universitaires, les représentants des entreprises et les personnes ayant des liens familiaux dans les États membres de l’Union; réaffirme son soutien en faveur du processus de libéralisation du régime des visas une fois que les conditions fixées auront été remplies et encourage le gouvernement turc à faire le nécessaire pour harmoniser sa politique en matière de visas avec celle de l'Union et à respecter pleinement le critère 72 énoncé dans la feuille de route de libéralisation du régime des visas de manière non discriminatoire envers l’ensemble des États membres; souligne qu’il n’y a eu que très peu de progrès réels dans les six objectifs devant encore être atteints par la Turquie; prend acte du fait que le nouveau plan d’action en faveur des droits de l’homme envisage d’accélérer la réalisation des objectifs restants; met en évidence que la révision de la législation turque de lutte contre le terrorisme et de la loi relative à la protection des données sont des conditions clés pour garantir les libertés et les droits fondamentaux;

39.

regrette le récent remaniement opéré par le commissaire Varhélyi au sein de la direction générale du voisinage et des négociations d’élargissement (DG NEAR) de la Commission, qui a entraîné l'intégration de l'unité chargée de la Turquie dans les unités responsables du «voisinage sud»; considère cette démarche, qui aurait été entreprise à des fins d'efficacité et de rationalisation de l'organisation interne, comme une grave erreur politique qui a été vivement critiquée non seulement par le gouvernement turc mais aussi par tous les acteurs turcs pro-européens;

40.

salue la décision du gouvernement turc de ratifier l’accord de Paris sur le climat, son engagement à devenir neutre en carbone d’ici 2053 et sa décision annonçant qu’il s’adaptera au pacte vert pour l’Europe; estime que la mise en œuvre du pacte vert pour l’Europe constitue une occasion importante pour que l’Union et la Turquie alignent leurs politiques en matière de commerce et de changement climatique et invite l’Union à coopérer étroitement avec la Turquie et à la soutenir dans ce contexte aux fins de la mise en œuvre de mesures ambitieuses en faveur de la protection du climat; prend acte du rôle favorable que les agences de l’Union européenne et les alliances industrielles de l’Union peuvent jouer dans la coopération entre l’Union et la Turquie en matière de transition écologique; invite la Turquie à poursuivre ses progrès vers l'alignement sur les directives et l'acquis de l'Union en matière d'environnement et d'action climatique; invite le gouvernement turc à donner suite à son annonce et à élaborer une stratégie et un plan d'action nationaux pour réduire de manière significative les émissions de CO2; salue le travail des défenseurs des droits environnementaux et met en garde contre l’impact environnemental désastreux des grands projets d’infrastructures publiques; prend acte du début des travaux de construction du canal d’Istanbul en 2021 et souligne les avertissements émis par les écologistes et la Chambre des ingénieurs en environnement, qui estiment que le canal mettra en péril l’approvisionnement en eau déjà précaire d’Istanbul et dévastera l’écosystème environnant, notamment l’équilibre naturel entre la mer Noire et la mer de Marmara; invite les autorités turques à prendre des mesures immédiates pour protéger la mer de Marmara et interdire tout projet d’infrastructure qui contribuerait davantage à la pollution de cette masse d’eau; accueille favorablement, à cet égard, la décision du gouvernement turc d’octroyer à la mer de Marmara un statut spécial de protection de l’environnement; réitère son appel au gouvernement turc pour qu'il mette un terme à ses plans concernant la centrale nucléaire d'Akkuyu et qu'il consulte les gouvernements des pays voisins sur tout nouveau développement du projet d'Akkuyu, qui sera situé dans une région sujette à de graves tremblements de terre, ce qui constitue une menace majeure non seulement pour la Turquie mais aussi pour l’ensemble de la région méditerranéenne;

41.

convient que la Turquie peut mener sa propre politique étrangère conformément à ses intérêts et à ses objectifs, mais s’attend à ce que cette politique soit défendue au moyen d’une diplomatie et d’un dialogue fondés sur le droit international et, au vu de son statut de pays candidat, soit de plus en plus alignée sur celle de l’Union; est d’avis que la coopération entre l’Union et la Turquie en matière de politique étrangère et de sécurité est d’une importance primordiale et que les futures structures de sécurité de l’Union, notamment dans le voisinage, requièrent une coopération stratégique et une communication accrue avec la Turquie afin d’être efficaces; est d’avis qu’une coopération accrue entre l’Union et la Turquie peut être atteinte dans plusieurs domaines de politique étrangère, notamment sur les questions de l’Ukraine et l’Afghanistan; rappelle en outre que l’Union européenne et l’OTAN demeurent les partenaires à long terme les plus fiables de la Turquie dans le cadre de la coopération internationale en matière de sécurité, et invite la Turquie à maintenir la cohérence politique dans les domaines des politiques étrangère et de sécurité compte tenu de son rôle en tant que membre de l’OTAN et pays candidat à l’adhésion à l’Union européenne; invite le gouvernement turc à traiter de bonne foi les demandes d’adhésion de la Finlande et de la Suède à l’OTAN, à jouer un rôle constructif en vue de résoudre les éventuelles questions en suspens conformément aux valeurs et aux exigences juridiques de l’Union, et à s’abstenir d’exercer une quelconque pression au cours de ce processus; regrette, dans ce contexte, que la Turquie soit, de tous les pays candidats, celui qui s'aligne le moins (14 %) sur la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) et la politique de sécurité et de défense commune (PSDC), et réitère son appel à la Turquie pour qu'elle inverse cette tendance de toute urgence, étant donné le grand potentiel d'une action commune face aux différents défis dans la région et dans le monde; constate avec inquiétude, à cet égard, que la politique étrangère de la Turquie est en contradiction avec les priorités de l’Union dans le cadre de la PESC ces dernières années, notamment en ce qui concerne le Caucase, la Syrie, la Libye et l’Iraq;

42.

se félicite du rapprochement récent entre la Turquie et l’Arménie concernant la décision de conclure des contrats bilatéraux, la nomination de représentants spéciaux et la reprise des vols entre les deux pays; considère cette tentative comme une évolution très favorable ayant un impact positif sur la prospérité et la sécurité dans la région; encourage les deux parties à poursuivre ces efforts en vue d'une normalisation complète de leurs relations et demande à l'Union de soutenir activement ce processus; encourage la Turquie à ouvrir la voie à une véritable réconciliation entre les peuples turc et arménien, y compris en réglant le différend relatif au génocide arménien, et à respecter pleinement ses obligations en matière de protection du patrimoine culturel arménien et de celui de tout autre peuple; espère que cela mènera à une dynamique de normalisation des relations dans le Caucase du Sud; se félicite également des efforts diplomatiques de la Turquie pour normaliser les relations avec plusieurs pays du Moyen-Orient, notamment l’Israël; encourage une fois de plus la Turquie à reconnaître le génocide arménien;

43.

constate que, malgré certains signes de désescalade en Méditerranée orientale depuis le dernier rapport sur la Turquie, un nouveau pic a été observé récemment; reste pleinement conscient que toute dynamique positive peut être facilement inversée à tout moment dès lors que les problèmes sous-jacents n’ont pas été résolus; déplore à cet égard les récentes déclarations de responsables turcs contestant la souveraineté grecque sur certaines de ses îles, qui sont contreproductives et sapent le climat de sécurité de la zone; prie encore instamment la Turquie et toutes les parties concernées de s’engager de bonne foi dans un règlement pacifique des litiges et de s’abstenir de toute action ou menace unilatérale; invite une nouvelle fois, en particulier, toutes les parties à faire preuve d’un véritable engagement collectif pour négocier de bonne foi la délimitation des zones économiques exclusives (ZEE) et du plateau continental conformément aux règles et principes internationaux; condamne, à cet égard, le harcèlement par des navires de guerre turcs de navires scientifiques effectuant des relevés dans la ZEE délimitée par la République de Chypre; condamne, en outre, les violations par la Turquie de l’espace aérien national grec, y compris le survol de zones et de territoires habitées, qui constituent une violation de la souveraineté et des droits souverains d’États membres de l’Union, au mépris du droit international; fait part de son entière solidarité avec la Grèce et la République de Chypre; réaffirme le droit de la République de Chypre à conclure des accords bilatéraux relatifs à sa ZEE et à explorer et exploiter ses ressources naturelles dans le plein respect du droit international; constate avec regret que le casus belli déclaré par la Grande Assemblée nationale turque contre la Grèce en 1995 n'a toujours pas été retiré; se félicite de la poursuite des discussions préliminaires entre la Grèce et la Turquie, qui visent à aborder la question de la délimitation du plateau continental et de la ZEE conformément au droit international; demande une nouvelle fois au gouvernement turc de signer et de ratifier la convention des Nations unies sur le droit de la mer, qui fait partie de l’acquis de l’Union; soutient l’invitation adressée à la Turquie par le gouvernement de la République de Chypre afin de négocier de bonne foi la délimitation maritime entre leurs zones côtières respectives, ou de faire appel à la Cour internationale de justice, et prie instamment la Turquie d’accepter l’invitation chypriote; salue la contribution de la Turquie à la sécurité de l’approvisionnement en gaz par la jonction du gazoduc transanatolien (TANAP) avec le gazoduc transadriatique (TAP), dont la construction est achevée; réitère son soutien à la proposition du Conseil européen en faveur d’une conférence multilatérale sur la Méditerranée orientale et souligne que le pacte vert et la transition énergétique pourraient offrir des occasions importantes de trouver des solutions énergétiques coopératives et inclusives dans la Méditerranée orientale; appelle à transformer la Méditerranée orientale en un véritable catalyseur dans la dimension extérieure du pacte vert;

44.

regrette que le problème chypriote reste non résolu et souligne qu'une solution conforme aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations unies et dans le cadre convenu aura un impact positif sur les relations de la Turquie avec l'Union; réaffirme avec force que la seule solution durable à la question chypriote est celle d’un règlement équitable, global et viable, y compris de ses aspects extérieurs, dans le cadre des Nations unies, sur la base d’une fédération bicommunautaire et bizonale dotée d’une personnalité juridique internationale unique, d'une souveraineté unique, d'une citoyenneté unique et d’une égalité politique, conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations unies et au droit international et dans le respect de l’acquis et des principes fondateurs de l’Union; déplore que le gouvernement turc ait abandonné la base convenue de la solution et le cadre des Nations unies pour défendre seul une solution fondée sur la coexistence de deux États à Chypre; invite la Turquie à abandonner cette proposition inacceptable de solution fondée sur la coexistence de deux États; demande en outre à la Turquie de retirer ses troupes de Chypre et de s’abstenir de toute action unilatérale susceptible d’entériner sur le terrain la division permanente de l’île et de s’abstenir de toute action qui compromettrait l’équilibre démographique; condamne la signature du «protocole économique et financier» entre la Turquie et les zones de Chypre non contrôlées par le gouvernement; condamne le fait que la Turquie continue de violer les résolutions 550(1984) et 789(1992) du Conseil de sécurité des Nations unies, qui invitent la Turquie à transférer la zone de Varosha à ses habitants légitimes sous l’administration temporaire des Nations unies, en soutenant l’ouverture de la ville de Varosha au public; estime que cette démarche sape la confiance mutuelle et, partant, la perspective d'une reprise des pourparlers directs pour une solution globale au problème chypriote; se déclare à cet égard vivement préoccupé par les nouvelles activités illégales récemment menées dans la zone fermée de Varosha en vue de l’ouverture d’une nouvelle partie de la plage ainsi que par la signature récente du «protocole économique et financier» susmentionné en vertu duquel la Turquie financera des projets de reconstruction de Varosha; invite le gouvernement turc à reprendre le dialogue sur la base du format des Nations unies, qui représente la seule voie viable vers la réconciliation; exhorte à relancer les négociations de réunification de Chypre sous l’égide du Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies dès que possible et là où elles avaient été laissées à Crans Montana en 2017; renouvelle sa demande à la Turquie afin qu’elle s’acquitte de son obligation de mise en œuvre intégrale et non discriminatoire du protocole additionnel à l’accord d’Ankara à l’égard de tous les États membres, y compris la République de Chypre; regrette que la Turquie n’ait toujours pas progressé sur la voie d’une normalisation de ses relations avec la République de Chypre; souligne que la coopération reste essentielle dans des domaines tels que la justice et les affaires intérieures ainsi que le droit aérien et les communications aériennes avec tous les États membres de l'Union, y compris la République de Chypre;

45.

invite la Turquie à donner à la communauté chypriote turque l’espace nécessaire pour agir conformément à son rôle de communauté légitime de l'île, un droit consacré par la constitution de la République de Chypre; exhorte la Commission à intensifier ses efforts pour nouer le dialogue avec la communauté chypriote turque en rappelant que sa place est dans l’Union européenne; appelle toutes les parties concernées à démontrer un plus grand courage dans le rapprochement des communautés; souligne la nécessité de mettre en œuvre l’acquis de l’Union sur l’ensemble de l’île à la suite d’une solution globale au problème chypriote et souligne, dans le même temps, qu’il incombe à la République de Chypre d’intensifier ses efforts pour faciliter rapprochement des Chypriotes turcs avec l’Union européenne; salue le travail important accompli par le Comité bicommunautaire des personnes disparues (CPD) et rappelle qu’il apprécie le fait qu’au terme de la phase la plus grave de la pandémie, la Turquie lui donne progressivement accès aux sites concernés, y compris aux zones militaires; invite la Turquie à redoubler d’efforts pour fournir des informations essentielles provenant de ses archives militaires ainsi que l’accès aux témoins dans les zones fermées; invite la Turquie à collaborer avec les organisations internationales concernées, et notamment le Conseil de l’Europe, afin de prévenir et de combattre le trafic illicite et la destruction délibérée de patrimoine culturel;

46.

condamne de nouveau fermement les interventions militaires turques en Syrie, qui violent le droit international et portent atteinte à la stabilité et à la sécurité de l’ensemble de la région; invite la Turquie à mettre un terme à son occupation illégale du nord de la Syrie et de la ville d’Afrin et rappelle que les préoccupations en matière de sécurité ne peuvent justifier des actions militaires unilatérales dans un pays étranger; dénonce le fait que la Turquie et les factions syriennes locales abusent des droits des civils et restreignent leurs libertés en toute impunité sur les territoires occupés par la Turquie; condamne les transferts illégaux par la Turquie de réfugiés syriens vers le nord de la Syrie en vue de remodeler la nature démographique de la zone kurde en Syrie; dénonce le fait que la Turquie continue à transférer de manière illégale des ressortissants syriens en Turquie pour y subir un procès pour actes de terrorisme qui pourrait aboutir à un emprisonnement à vie; condamne les attaques turques continues et la présence militaire turque constante sur le territoire irakien, en particulier les attaques dans la région de Sinjar, dont la communauté est majoritairement Yézidi, qui empêchent le retour des Yézidis et des Chrétiens qui ont fuit l'EIIL/Daech en 2014;

47.

invite la Turquie à s’engager pleinement en faveur du règlement pacifique du conflit en Libye sous l’égide des Nations unies; prend acte du fait que l’ingérence étrangère persistante en Libye continue de remettre sérieusement en question la mise en œuvre du processus de Berlin mené par l’Union; invite la Turquie à appliquer strictement l’embargo sur les armes imposé par le Conseil de sécurité des Nations unies, à coopérer pleinement à l’opération IRINI de la force navale de l’Union européenne en Méditerranée (EUNAVFOR MED) et à permettre une coopération efficace entre cette dernière et l’opération Sea Guardian de l’OTAN; condamne une nouvelle fois la signature des deux protocoles d’accord entre la Turquie et la Libye concernant une délimitation des zones maritimes et une coopération globale en matière de sécurité et de défense, lesquels protocoles sont étroitement liés et constituent une violation flagrante du droit international et des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations unies ainsi que des droits souverains des États membres de l’Union; invite la Turquie à adopter une approche plus constructive pour la stabilisation de la Somalie et à renforcer sa coordination politique et opérationnelle avec l’Union en la matière;

Perspectives pour les relations UE-Turquie

48.

insiste sur le fait que la démocratie, l’état de droit et les droits fondamentaux doivent rester au cœur des relations entre l’Union européenne et la Turquie, quel que soit le cadre, qui doit être fermement étayé par les principes du droit international, du multilatéralisme et des relations de bon voisinage; réaffirme que le processus d’adhésion et la méthode fondée sur des valeurs qui le sous-tend constitue le cadre principal des relations entre l’Union et la Turquie, l’outil le plus puissant pour exercer une pression normative et le meilleur cadre pour soutenir les aspirations démocratiques et pro-européennes de la société turque et promouvoir la convergence avec l’Union; remarque qu’aucun argument ne lui permet, à ce stade, de modifier sa position conditionnelle en ce qui concerne la suspension formelle des négociations d’adhésion avec la Turquie; note qu’en décidant de défier ouvertement les arrêts contraignants de la Cour européenne des droits de l’homme dans l’affaire Osman Kavala et autres, le gouvernement turc actuel a délibérément anéanti toute aspiration à rouvrir le processus d’adhésion à l’Union européenne dans les circonstances actuelles; encourage les deux parties à examiner l'état actuel de leurs relations dans le cadre d'un dialogue global de haut niveau et à explorer des voies complémentaires en marge du processus d'adhésion, par exemple au moyen d'un accord d'association modernisé, afin de se réengager dans un partenariat renouvelé, équilibré et réciproque, fortement conditionné par la démocratie, l'état de droit et les droits et libertés fondamentaux;

49.

constate que l’état actuel des relations entre l’Union européenne et la Turquie est susceptible de produire des résultats insatisfaisants; préconise un rééquilibrage des relations sur la base solide d’une coopération mutuellement bénéfique et l’instauration d’un climat de confiance qui fait actuellement défaut, tout en s'abstenant de toute action unilatérale ou déclaration incendiaire;

50.

estime que l’Union devrait poursuivre toutes les formes possibles de dialogue, la compréhension commune et la convergence des positions avec la Turquie; invite la Turquie à nouer un dialogue constructif et de bonne foi, y compris concernant les questions de politique étrangère sur lesquelles la Turquie et l’Union s’opposent, en vue de trouver une fois encore un terrain d’entente et une compréhension commune avec l’Union, en reprenant le dialogue et la coopération en matière de bonnes relations de voisinage et en relançant le processus des réformes en Turquie; constate que les priorités diverses des institutions de l’Union définies dans les cadres existants régissant les relations entre l’Union et la Turquie rendent très difficile de trouver un moyen efficace d’aller de l’avant; déplore l’absence de stratégie à long terme, de politique cohérente et de leadership constant à l’égard de la Turquie au sein de l’Union; invite les présidents de la Commission et du Conseil européen ainsi que la vice-présidente de la Commission/haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité à faire preuve d’un leadership plus fort, stratégique et fondé sur des valeurs, et à rendre compte de manière appropriée au Parlement; demande instamment aux institutions de l'Union et aux États membres de formuler une approche cohérente et rationalisée en la matière, la Turquie étant l'un de nos plus grands voisins et de nos plus importants partenaires, et de prévoir notamment une coopération étroite entre toutes les institutions de l'Union; invite le SEAE à intensifier le dialogue et la coopération transatlantiques avec le gouvernement Biden concernant ses relations avec la Turquie;

51.

estime que, pour améliorer l’état général des relations, les deux parties doivent adopter un langage respectueux, s’efforcer de lutter contre les préjugés et les idées fausses qui circulent et permettre à l’opinion publique de part et d’autre d’avoir une vision plus objective et plus complète de l’autre partie, afin d’enrayer la dégradation de la perception que chaque partie a de l’autre; invite, à cet égard, la Commission à mettre en place une politique de communication avec la société turque visant à sensibiliser à l’Union européenne; souligne qu’une rhétorique belliqueuse, révisionniste et agressive ne fait que renforcer les positions extrêmes des deux côtés et qu’une approche purement conflictuelle fait le jeu de ceux qui cherchent à diviser la Turquie et l’Union;

52.

demande que la Turquie soit davantage intégrée, en tant que pays voisin, dans les programmes politiques à long terme et tournés vers l’avenir de l’Union en matière de transitions écologique et numérique indispensables ainsi qu’en matière de santé, et invite la Commission à rester ouverte à d’autres domaines politiques qui pourraient être d’intérêt pour les deux parties, comme la question de savoir comment la Turquie pourrait être davantage intégrée dans les chaînes de valeur de l'Union européenne; est encouragé par la participation active continue de la Turquie aux programmes de l’Union, notamment dans les domaines de l’éducation, de l’innovation, de la jeunesse et des sports, qui permettent de nouer des partenariats plus étroits entre les peuples et contribuent à synchroniser les transitions verte et numérique entre l'Union et la Turquie; accueille favorablement à cet égard les accords qui accordent à la Turquie un statut d’association avec Horizon Europe, Erasmus+ et avec le corps européen de solidarité pour la période 2021-2027; prend acte de la création par la Commission d’une plateforme d’investissement pour la Turquie; demande que cette plateforme soit pleinement alignée sur les priorités politiques et les règles en matière de conditionnalité de l’Union dans le cadre du nouveau Fonds européen pour le développement durable Plus (FEDD+) afin de recenser, et de coordonner entre les institutions financières européennes et internationales, les possibilités d’investissement appropriées aux niveaux national et local en faveur des transitions écologique et numérique; souligne que la collaboration étroite du Parlement avec le comité stratégique du FEDD+, responsable du pilotage des investissements et de l'approbation de la création des fenêtres d'investissement du FEDD+, est d'une importance capitale pour garantir le contrôle démocratique de ce processus;

53.

salue le fait que la Grande Assemblée nationale de Turquie ait finalement accepté de tenir une réunion de la commission parlementaire mixte UE-Turquie, qui a eu lieu en mars 2022, la première réunion de ce type depuis décembre 2018; reste d’avis que le dialogue parlementaire demeure un élément essentiel des relations entre l’Union et la Turquie et espère que la commission parlementaire mixte UE-Turquie pourra à nouveau fonctionner correctement;

o

o o

54.

charge sa Présidente de transmettre la présente résolution au Président du Conseil européen, au Conseil, à la Commission ainsi qu’au Président, au gouvernement et au Parlement de la République de Turquie, et demande que la présente résolution soit traduite en turc.

(1) JO L 330 du 20.9.2021, p. 1.

(2) JO L 134 du 7.5.2014, p. 3.

(3) JO L 291 du 12.11.2019, p. 47.

(4) JO L 372 I du 9.11.2020, p. 16.

(5) JO L 400 du 12.11.2021, p. 157.

(6) JO C 15 du 12.1.2022, p. 81.

(7) JO C 99 du 1.3.2022, p. 209.

(8) JO C 456 du 10.11.2021, p. 247.

(9) JO C 425 du 20.10.2021, p. 143.

(10) JO C 328 du 6.9.2016, p. 2.

(11) JO C 132 du 24.3.2022, p. 88.

(12) Textes adoptés de cette date, P9_TA(2021)0466.

(13) Recommandation (UE) 2018/951 de la Commission du 22 juin 2018 relative aux normes applicables aux organismes pour l'égalité de traitement (JO L 167 du 4.7.2018, p. 28).


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