| CELEX | 52022IP0345 |
| Type | Initiative législative |
| Date | mercredi 5 octobre 2022 |
| 14.4.2023 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 132/115 |
P9_TA(2022)0345
Les relations stratégiques et le partenariat de l’Union avec la Corne de l’Afrique
Recommandation du Parlement européen du 5 octobre 2022 à l'intention du Conseil sur une recommandation du Parlement européen au Conseil, à la Commission et au vice-président de la Commission/haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité concernant les relations stratégiques et le partenariat de l’Union avec la Corne de l’Afrique (2021/2206(INI))
(2023/C 132/16)
Le Parlement européen,
| — | vu les conclusions du Conseil du 10 mai 2021 intitulées «La Corne de l’Afrique: une priorité géostratégique pour l’Union», et en particulier le paragraphe 28 concernant l’accès à la santé et aux droits en matière de sexualité et de procréation et le respect de ces derniers, |
| — | vu la déclaration conjointe finale du 18 février 2022 du sixième sommet Union européenne-Union africaine, intitulée «Une vision commune pour 2030», |
| — | vu les conclusions du Conseil du 25 juin 2018 sur la Corne de l’Afrique et la mer Rouge, |
| — | vu sa résolution du 16 septembre 2020 sur la coopération UE-Afrique en matière de sécurité dans la région du Sahel, l’Afrique de l’Ouest et la Corne de l’Afrique (1), |
| — | vu la boussole stratégique en matière de sécurité et de défense, telle qu’elle a été adoptée le 21 mars 2022, |
| — | vu sa résolution du 25 mars 2021 sur une nouvelle stratégie UE-Afrique — un partenariat pour un développement durable et inclusif (2), |
| — | vu sa résolution du 25 novembre 2021 sur la situation en Somalie (3), |
| — | vu sa résolution du 16 septembre 2021 sur la situation dans le camp de réfugiés de Kakuma au Kenya (4), |
| — | vu sa résolution du 20 janvier 2022 sur la crise politique au Soudan (5), |
| — | vu sa résolution du 26 novembre 2020 sur la situation en Éthiopie (6), |
| — | vu sa résolution du 7 octobre 2021 sur la situation humanitaire au Tigré (7), |
| — | vu sa résolution du 11 février 2021 sur la situation politique en Ouganda (8), |
| — | vu sa résolution du 24 octobre 2019 sur la situation des personnes LGBTI en Ouganda (9), |
| — | vu sa résolution du 8 octobre 2020 sur l’Érythrée, notamment le cas de Dawit Isaak (10), |
| — | vu sa résolution du 10 mars 2016 sur la situation en Érythrée (11), |
| — | vu sa résolution du 18 mai 2017 sur le Soudan du Sud (12), |
| — | vu sa résolution du 12 mai 2016 sur Djibouti (13), |
| — | vu les résolutions 1325, 1820, 1888, 1889, 1960, 2106, 2122, 2242, 2467 et 2493 du Conseil de sécurité de l’ONU sur les femmes, la paix et la sécurité, |
| — | vu les résolutions 2250, 2419 et 2535 du Conseil de sécurité de l’ONU sur la jeunesse, la paix et la sécurité, |
| — | vu les résolutions de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, adoptée en mai 2014 sur la protection contre la violence et d’autres violations des droits humains de personnes sur la base de leur identité ou orientation sexuelle réelle ou supposée et de mai 2017 sur la situation des défenseurs des droits de l’homme en Afrique, |
| — | vu les lignes directrices sur la liberté d’association et de réunion adoptées par la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples pendant sa 60e session ordinaire en mai 2017, |
| — | vu la communication conjointe du 25 mars 2020 de la Commission et du haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité sur le plan d’action de l’UE en faveur des droits de l’homme et de la démocratie 2020-2024 (JOIN(2020)0005), |
| — | vu le plan d’action de l’Union européenne en faveur des droits de l’homme et de la démocratie pour la période 2015-2019, et en particulier son action 22 b), qui insiste sur la responsabilité du Service européen pour l’action extérieure, de la Commission, du Conseil et des États membres d’élaborer et de mettre en œuvre une politique de l’Union en matière de justice transitionnelle, |
| — | vu la Convention sur l’interdiction de l’emploi, du stockage, de la production et du transfert des mines antipersonnel et sur leur destruction et la Convention sur les armes à sous-munitions, |
| — | vu l’accord signé lors du troisième Forum ministériel régional sur les migrations à Nairobi, au Kenya, le 1er avril 2022, |
| — | vu la résolution 2628 du Conseil de sécurité de l’ONU du 31 mars 2022, laquelle reconfigure la mission de l’Union africaine en Somalie (Amisom) en mission de transition de l’Union africaine en Somalie (ATMIS), |
| — | vu la Déclaration universelle des droits de l’homme, |
| — | vu le pacte international relatif aux droits civils et politiques, |
| — | vu la convention des Nations unies de 1989 relative aux droits de l’enfant, |
| — | vu la charte africaine des droits de l’homme et des peuples, |
| — | vu la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies du 25 septembre 2015 intitulée «Transformer notre monde: le programme de développement durable à l’horizon 2030» et adoptée à l’occasion du sommet sur le développement durable de l’ONU à New York, |
| — | vu la déclaration des Nations unies de 1981 sur l’élimination de toutes les formes de discrimination fondées sur la religion ou la conviction, |
| — | vu sa résolution du 12 février 2020 sur une stratégie européenne pour mettre fin aux mutilations génitales féminines dans le monde (14), |
| — | vu le Statut de Rome de la Cour pénale internationale, |
| — | vu le rapport de l’enquête conjointe de la Commission éthiopienne des droits de l’homme et du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme du 3 novembre 2021 sur les violations présumées du droit international des droits de l’homme, du droit humanitaire et du droit des réfugiés commises par toutes les parties au conflit dans la région du Tigré, en Éthiopie, et le rapport de la Commission éthiopienne des droits de l’homme du 11 mars 2022 sur les violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire dans les régions de l’Afar et de l’Amhara, en Éthiopie, perpétrées entre septembre et décembre 2021, |
| — | vu la résolution du Conseil des droits de l’homme de l’ONU du 17 décembre 2021 établissant une commission internationale d’experts en matière de droits de l’homme chargée de mener une enquête approfondie et impartiale sur les allégations de violations et d’abus commis depuis le 3 novembre 2020 par toutes les parties au conflit en Éthiopie, |
| — | vu l’accord revitalisé sur la résolution du conflit en République du Soudan du Sud du 12 septembre 2018, |
| — | vu le document de référence de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm de décembre 2020 intitulé «The EU Training Mission in Somalia: An Assessment» («La mission de formation de l’Union en Somalie: une évaluation»), |
| — | vu l’article 118 de son règlement intérieur, |
| — | vu le rapport de la commission des affaires étrangères (A9-0207/2022), |
| A. | considérant que les conclusions du Conseil du 10 mai 2021 mettent en place une nouvelle stratégie pour la Corne de l’Afrique et donnent un nouvel élan au partenariat de l’Union avec la région, qui est d’une importance stratégique capitale pour l’Union; |
| B. | considérant que la Corne de l’Afrique est une région d’importance stratégique pour l’Union sur le plan politique, économique et commercial, avec laquelle l’Europe entretient des liens politiques et économiques de longue date; que la Corne de l’Afrique possède un potentiel de croissance économique et politique, mais qu’elle est confrontée à un certain nombre d’obstacles majeurs, notamment la crise de la COVID-19, l’incidence négative du changement climatique, la pénurie d’eau et l’insécurité alimentaire croissantes, la désertification et la déforestation, la faible résistance aux catastrophes naturelles, la croissance démographique et l’urbanisation, associées à une création d’emplois limitée et à de profondes inégalités, le manque d’infrastructures appropriées, l’instabilité et les défis politiques, entre autres; que la démocratie, la bonne gouvernance, la responsabilité, l’état de droit, les droits de l’homme, l’égalité des sexes et les sociétés inclusives et participatives sont des conditions préalables à la paix et à la stabilité régionale; |
| C. | considérant que les pays de la Corne de l’Afrique (Somalie, Ethiopie, Soudan, Kenya, Ouganda, Erythrée, Soudan du sud, Djibouti) sont exposés à des risques et des menaces communes notamment liées aux effets immédiats et à long terme du changement climatique, au terrorisme jihadiste, aux tensions ethniques et à des problèmes de faible gouvernance; que tous les pays de la région sont caractérisés par des fragilités persistantes dues à des conflits en cours, à de graves violations des droits de l’homme perpétrées par toutes les parties au conflit, notamment l’enrôlement d’enfants-soldats, des attaques ciblées contre des civils et des infrastructures civiles, et la pratique des violences sexuelles à l’encontre des femmes et des filles; que des crimes de guerre et d’autres violations du droit humanitaire international et du droit relatif aux droits de l’homme restent la norme, tandis que la quête de justice pour les victimes s’est avérée largement hors de portée; qu’en décembre 2021, le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a créé la commission d’experts en matière de droits de l’homme des Nations unies sur l’Éthiopie afin d’enquêter sur d’éventuels crimes de guerre et autres violations; |
| D. | considérant que la stabilité globale de la Corne de l’Afrique s’est encore détériorée depuis le début du conflit dans la région éthiopienne du Tigré en novembre 2020 et qu’elle est mise en danger par les transitions politiques difficiles en cours dans un certain nombre de pays; que la situation humanitaire en Éthiopie reste dramatique en raison du conflit, de la sécheresse et des déplacements internes à grande échelle; considérant l’annonce d’une trêve humanitaire par le gouvernement fédéral le 24 mars 2022 permettant ainsi de faciliter l’accès de l’aide au Tigré bloqué dans le cadre du conflit; considérant que les hostilités dans la région nord de l’Éthiopie ont repris le 24 août 2022 que, bien qu’il reste très brutal, le conflit en Éthiopie est désormais entré dans une nouvelle phase, compte tenu de l’engagement public pris par les deux parties au conflit en faveur d’une solution négociée sous l’égide de l’Union africaine; que la construction et la deuxième phase de remplissage du Grand barrage de la renaissance construit par l’Éthiopie en amont du Nil continue d’alimenter les tensions entre l’Éthiopie et ses pays voisins; |
| E. | considérant que l’Union est un partenaire majeur, de longue date et fiable pour la paix, la sécurité, le développement durable et l’aide humanitaire dans la région, et qu’il convient de tenir dûment compte de ce partenariat pour la paix, la sécurité, la démocratie, le développement durable et l’aide humanitaire; que les organisations régionales existantes et d’autres initiatives, telles que l’Union africaine et le Groupe de forces interarmées multinationales, sont également des acteurs de premier plan dans la résolution des problèmes de sécurité dans la Corne de l’Afrique; |
| F. | considérant que la première conférence Chine-Corne de l’Afrique sur la paix, la gouvernance et le développement a eu lieu les 20 et 21 juin 2022; que l’envoyé spécial chinois pour la Corne de l’Afrique, Xue Bing, qui était présent à la réunion a offert le soutien inconditionnel de Pékin au règlement des conflits dans la région, tout en appelant les pays de cette région à s’affranchir de toute ingérence étrangère; |
| G. | considérant que la situation humanitaire au Soudan du Sud se détériore en raison des tensions et des conflits, des violences intercommunautaires locales et des inondations récurrentes; que les Nations unies ont estimé que la Somalie, l’Éthiopie et le Kenya ont besoin d’une aide humanitaire d’urgence d’un montant de 4,4 milliards d’USD pour 2022 afin d’atteindre 29,1 millions de personnes; qu’en avril 2022 seuls 5 % de ces besoins avaient été satisfaits par la communauté internationale; que la sécheresse a déjà causé la mort de quelque trois millions de têtes de bétail dans le sud de l’Éthiopie et dans les régions arides du Kenya, et qu’environ 30 % des troupeaux des ménages sont morts en Somalie; que l’invasion de criquets en Afrique de l’Est est la pire depuis 25 ans pour l’Éthiopie et la Somalie, et la pire depuis 70 ans pour le Kenya, et qu’elle constitue une menace majeure pour la sécurité alimentaire dans la région; qu’environ 568 000 enfants ont reçu un traitement contre une malnutrition aiguë sévère en Éthiopie, au Kenya et en Somalie entre janvier et juin 2022, et que quelque 6,5 millions d’enfants souffriraient de malnutrition aiguë dans ces trois pays; que le groupe de travail sur la sécurité alimentaire et la nutrition estime actuellement qu’entre 23 et 26 millions de personnes pourraient être confrontées à des niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë d’ici février 2023, principalement en raison de la sécheresse dans la région en cas de précipitations insuffisantes entre octobre et décembre; que les experts ont prédit que les mouvements transfrontaliers plus fréquents de criquets entre le Kenya, l’Éthiopie et la Somalie aggraveront encore une situation de sécurité alimentaire déjà précaire; que les conséquences désastreuses de la guerre en Ukraine, caractérisées par une augmentation sans précédent des prix des denrées alimentaires, du carburant et des matières premières, accentuent la crise alimentaire profonde que traversent les pays de la Corne de l’Afrique; |
| H. | considérant que la pandémie de COVID-19 a posé à la région des défis sanitaires, socio-économiques et politiques, en exacerbant la pauvreté, en renforçant les inégalités et en aggravant les discriminations structurelles et profondément ancrées, ce qui a une incidence dévastatrice sur les droits de l’homme et la liberté civile, en particulier pour les groupes minoritaires et les personnes vulnérables; que dans ce contexte certains gouvernements ont utilisé la législation relative à la COVID-19 pour réprimer les droits de l’homme; |
| I. | considérant que la Corne de l’Afrique reste une région d’origine, de transit et de destination d’importants flux migratoires vers d’autres pays de la région élargie ainsi que vers l’Union; que la pauvreté et l’insécurité se nourrissent mutuellement et sont deux des plus importants moteurs de déplacements massifs de population dans la Corne de l’Afrique, en particulier chez les jeunes; que plus de 7,7 millions de migrants travaillent en Afrique de l’Est et dans la Corne de l’Afrique et que l’Éthiopie, le Kenya et l’Ouganda accueillent le plus grand nombre de migrants internationaux en quête de meilleures perspectives économiques et de meilleures conditions de vie; |
| J. | considérant que les tensions politiques, les conflits, les catastrophes naturelles et les conséquences du changement climatique expliquent l’importance des populations réfugiées et déplacées dans la plupart des régions; que la situation humanitaire et sécuritaire dans les camps de réfugiés et de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays reste précaire; que le Kenya abrite le camp de réfugiés de Dadaab, l’un des plus grands du monde, qui accueille plus de 220 000 réfugiés somaliens enregistrés fuyant les guerres civiles et les aléas climatiques; que les tensions entre le Kenya et la Somalie s’intensifient au sujet de la gestion du camp, tandis que les réfugiés continuent de survivre dans des conditions difficiles et dépendent du soutien des Nations unies pour leur subsistance; |
| K. | considérant que la Corne de l’Afrique, la mer Rouge et le golfe d’Aden deviennent des zones de plus en plus préoccupantes, où les acteurs régionaux et internationaux ont des intérêts économiques et sécuritaires considérables et souvent divergents, dans ce qui se trouve être un carrefour mondial et un point d’étranglement pour le commerce des matières premières, puisque plus de 12 % du fret maritime mondial et 40 % du commerce de l’Asie avec l’Europe transitent par la mer Rouge; que la stabilité, la sécurité maritime et la liberté de navigation en mer Rouge et dans le golfe d’Aden sont cruciales pour garantir les flux énergétiques mondiaux et la sécurité énergétique européenne, étant donné qu’environ 6,2 millions de barils de pétrole brut et d’autres produits pétroliers transitent chaque année par le détroit de Bab el-Mandeb (environ 9 % des expéditions mondiales de pétrole en mer), dont 3,6 millions sont destinés à l’Europe; que l’invasion illégale de l’Ukraine par la Russie et le conflit en cours dans le pays ne feront qu’accroître la pertinence de cette route commerciale; que, tout en poursuivant la transition verte et durable prévue par le pacte vert pour l’Europe, la nécessité de réduire la dépendance vis-à-vis de la Russie et de diversifier les fournisseurs rendra, à court terme, la liberté de navigation et la sécurité maritime en mer Rouge et dans le golfe d’Aden encore plus cruciales en termes géostratégiques; considérant l’intérêt de la région de la mer Rouge en raison de son importance pour la stabilité de la Corne de l’Afrique ainsi que comme axe commercial et de connectivité et l’attention commune pour l’Union et la région que présentent la stabilité et la liberté de navigation; |
| L. | considérant que la 11e réunion ministérielle de l’initiative pour la Corne de l’Afrique a eu lieu pendant le sommet UE-UA et que, pour la première fois, des membres de «Équipe Europe» ont également participé à cette réunion; que l’initiative a mobilisé plus de 4,5 milliards de dollars auprès de ses trois partenaires de développement, à savoir l’Union européenne, la Banque africaine de développement et le Groupe de la Banque mondiale; que, depuis 2019, l’Union a soutenu 64 projets dans la Corne de l’Afrique via le fonds fiduciaire de l’UE, principalement axés sur le renforcement des perspectives économiques et d’emploi et l’amélioration de la gouvernance et de la prévention des conflits; |
| M. | considérant que la discrimination fondée sur le sexe et d’autres formes d’inégalité restent bien ancrées dans de nombreux pays de la région, notamment la violence fondée sur le sexe et les niveaux élevés de violence sexuelle due aux conflits, l’accès limité à la santé sexuelle et génésique, les mariages précoces et forcés, l’exclusion des filles enceintes des écoles et la pratique des mutilations génitales féminines qui demeurent une tradition de longue date dans les pays de la Corne de l’Afrique; |
| N. | considérant que les personnes LGBTIQ continuent d’être victimes de harcèlement, d’arrestations, de poursuites judiciaires, de violences sexistes et risquent parfois même d’être tuées en raison de leur orientation sexuelle, de leur identité ou expression de genre et de leurs caractéristiques sexuelles, réelles ou supposées; que, à l’exception de Djibouti, les actes sexuels consensuels entre personnes de même sexe sont criminalisés dans tous les pays de la Corne de l’Afrique; que cette criminalisation est utilisée pour légitimer un traitement discriminatoire à l’encontre des personnes LGBTIQ et que l’abrogation des dispositions discriminatoires est une première étape nécessaire pour les protéger de la violence; qu’aucun des pays de la Corne de l’Afrique n’a mis en place de dispositions juridiques visant à reconnaître juridiquement les personnes trans ou à protéger les personnes intersexuées contre les mutilations génitales intersexuées; |
| O. | considérant qu’à compter du 1er avril 2022, la mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) a été remplacée par la mission de transition de l’Union africaine en Somalie (ATMIS), l’objectif principal étant de confier le relais aux forces armées nationales somaliennes en 2024; que le mandat de la nouvelle mission comprend, entre autres, la réduction de la menace posée par le mouvement des Chabab; le soutien au renforcement des capacités des forces de sécurité et de police somaliennes intégrées; le transfert progressif des responsabilités en matière de sécurité à la Somalie; et le soutien aux efforts déployés par le Gouvernement fédéral somalien et les États membres de la fédération en faveur de la paix et de la réconciliation; que la résolution 2608 du Conseil de sécurité des Nations-Unies sur la piraterie qui servait de base à l’opération Atalante de la force navale de l’Union européenne n’a pas été renouvelée et qu’en conséquence, l’accès aux eaux territoriales somaliennes se trouve restreint; que la situation sécuritaire est fragile et préoccupante et que le groupe terroriste des Chabab reste actif; que des élections ont été organisées avec 12 mois de retard; que le pays fait face à des difficultés financières croissantes qui compromettent ses capacités de paiement; que depuis septembre 2020 l’aide budgétaire de l’Union est suspendue face à l’absence de finalisation du processus électoral, mais que le soutien direct aux populations vulnérable se poursuit; que, selon les organisations non gouvernementales humanitaires, depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les prix du blé et du pétrole ont augmenté de 300 % dans plusieurs régions de Somalie, qui importe 90 % de son blé d’Ukraine et de Russie; que, selon les Nations unies, plus de 38 % de la population somalienne souffrait d’une grave insécurité alimentaire en mars 2022; |
| P. | considérant que le non-renouvellement de la résolution 2608 du Conseil de sécurité des Nations unies limite l’accès de l’opération Atalante aux eaux territoriales somaliennes; |
| Q. | considérant que la Chine a nommé un envoyé spécial pour les affaires liées à la Corne de l’Afrique; que la Chine a renforcé sa présence militaire et diplomatique et sa coopération économique avec les pays de la région; |
| R. | considérant l’impasse politique que traverse le Soudan depuis le coup d’État du 25 octobre 2021 et les négociations très difficiles entre civils et militaires; que la situation sécuritaire au Darfour, qui connaît de nouvelles flambées de violence depuis novembre 2021, est très préoccupante; que le Soudan se trouve dans une situation économique exsangue, à laquelle s’ajoute la suspension des versements de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international dans l’attente d’une solution politique viable et de la mise en place d’un gouvernement civil, et de l’aide budgétaire de la Commission européenne, même si l’aide directe à la population a été maintenue; que la base militaire prévue par la Russie lui donnera un accès stratégique à la mer Rouge; |
| S. | considérant que, bien que le Soudan du Sud soit indépendant depuis plus de dix ans, l’accord de paix signé en 2018 n’a pas encore été mis en œuvre; considérant la volonté du Président Salva Kiir de tenir des élections générales en 2023, conformément au délai prévu par l’accord de paix: considérant la fragmentation politique et militaire du pays à la fois entre et au sein des différents groupes politiques, factions militaires et groupes ethniques: |
| T. | considérant que le paysage politique kényan est profondément polarisé; que des élections générales se sont déroulées le 9 août 2022; que l’économie nationale est en difficulté en raison des conséquences mondiales de la pandémie de COVID-19 et de la dette accumulée; que le Kenya a pu jouer un rôle constructif pour la paix et la sécurité dans la région; que le vice-président de la Commission/haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité s’est rendu deux fois au Kenya cette année: une fois le 10 septembre 2022, dans le cadre d’une visite régionale au Kenya, au Mozambique et en Somalie, et une fois le 29 janvier 2022 afin de lancer formellement le dialogue stratégique entre l’Union et le Kenya dans lequel l’économie, le commerce et l’investissement ont été identifiés comme les grandes priorités; |
| U. | considérant que le président ougandais Yoweri Museveni a été réélu pour un sixième mandat à l’issue du scrutin du 14 janvier 2021 considérant l’opération militaire lancée contre un groupe terroriste, les Allied Democratic Forces, dans l’est de la République Démocratique du Congo, en Ituri et dans le Nord-Kivu, le 30 novembre 2021 qui fait suite à une série d’attaques commises par le groupe armé d’origine ougandaise et affilié à Daech; |
| V. | considérant que le président Issayas Afwerki, du Front populaire pour la démocratie et la justice, est à la tête de l’Érythrée depuis l’indépendance en 1993; que le processus de démocratisation engagé en 1997 avec l’adoption de la Constitution érythréenne est au point mort; que le régime érythréen a supprimé la plupart des libertés et que la situation des droits de l’homme y est très préoccupante; que l’Érythrée fait partie des pays les moins avancés (PMA); que les deux principaux donateurs sont le Fonds mondial et la Commission européenne, l’Union finançant un projet de rénovation des routes en Érythrée, à hauteur de 20 millions d’euros, par l’intermédiaire du Fonds fiduciaire d’urgence, après avoir désengagé plus de 100 millions d’euros en 2021 en raison de la participation de l’Érythrée au conflit dans le nord de l’Éthiopie; |
| W. | considérant le positionnement éminemment stratégique de Djibouti sur le détroit de Bab el-Mandeb, un des corridors maritimes les plus fréquentés au monde qui contrôle l’accès à la mer Rouge, permettant ainsi un modèle de croissance centré sur le développement des infrastructures (ports et chemins de fer); que le 9 avril 2021 le président sortant, Ismaïl Omar Guelleh, a remporté les élections pour la cinquième fois consécutive; que Djibouti est situé au cœur de l’arc de crise qui s’étend du Sahel au Moyen-Orient et que si la République de Djibouti est un pays stable, son environnement régional direct est instable; l’engagement militaire important de Djibouti dans l’ATMIS pour lutter contre les terroristes somaliens des Chabab; |
1. recommande au Conseil, à la Commission et au vice-président de la Commission/haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité:
Conséquences de la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine dans la Corne de l’Afrique
| a) | de procéder à une évaluation complète des stratégies et engagements antérieurs de l’Union dans la Corne de l’Afrique afin de tirer les enseignements de cette expérience et de rééquilibrer en conséquence l’engagement de l’Union dans la région; de reconnaître que la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine a des conséquences immédiates et à long terme inquiétantes pour la Corne de l’Afrique et qu’en réponse l’Union doit adapter son engagement à l’égard de la région; de réagir au fait que les actions illégales de la Russie ont un effet néfaste sur la situation globale de la sécurité dans la région; de tenir compte du fait que la Russie s’est déjà créé des liens et une influence bien établis et à multiples facettes dans la région, notamment par le biais d’investissements (tant civils que militaires) et le déploiement de groupes paramilitaires tels que le groupe Wagner au Soudan, et de reconnaître que ces actions sont susceptibles de déstabiliser davantage les régions voisines; de lutter contre les tentatives russes d’orchestrer les campagnes de fausses informations et de désinformation dans la région en vue de lutter contre le sentiment d’hostilité envers l’Union en mettant en place une stratégie globale de communication publique de l’Union pour contrer et faire échouer les efforts russes, associée à des mesures et des engagements concrets qui tiennent compte des besoins de la population locale; de condamner la diffusion de discours justifiant la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine, telle que la déclaration du général soudanais Hemetti du 23 février 2022, affirmant à tort que l’agression de la Russie contre l’Ukraine visait à «protéger» la Russie; d’intensifier l’engagement diplomatique, politique, financier et humanitaire de l’UE à l’égard de l’UA, de ses composantes régionales et des différents pays, par des mesures concrètes qui démontrent l’engagement de l’UE vis-à-vis de la région, afin de promouvoir des approches locales et régionales visant à prévenir une plus grande instabilité régionale, à réduire la vulnérabilité de la région aux ingérences étrangères, ainsi qu’à s’attaquer aux conséquences négatives de la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine et à y faire face; d’approfondir immédiatement le dialogue diplomatique avec les gouvernements de la région afin d’aborder et de clarifier les conséquences dévastatrices à court, moyen et long terme des objectifs et des opérations russes dans la région; de reconnaître que la poursuite de la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine, notamment le blocus maritime russe, perturbe les chaînes d’approvisionnement et a de graves répercussions sur la sécurité alimentaire de la Corne de l’Afrique, tant à court qu’à moyen terme, étant donné qu’environ 90 % du blé est importé de la Fédération de Russie et d’Ukraine; de tenir compte du fait qu’au moins 20 millions de personnes étaient déjà menacées de famine en raison de la sécheresse sans précédent qui a frappé le Kenya, la Somalie et l’Éthiopie et de l’invasion de criquets; d’accroître considérablement le soutien et l’aide de l’Union à la Corne de l’Afrique afin d’éviter le risque de famine ou les difficultés d’accès à la nourriture; de reconnaître les déficits de financement qui existent dans la région pour les six prochains mois, à savoir 437 millions d’USD selon le Programme alimentaire mondial et 130 millions d’USD selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, et de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour contribuer à combler ces lacunes et aller au-delà de l’aide humanitaire supplémentaire de 21,5 millions d’euros déjà promise par l’Union; |
Principes directeurs
| b) | de reconnaître pleinement le potentiel et l’importance stratégique de la région, et d’élaborer une authentique vision stratégique pour la coopération et le dialogue par un travail continu afin de mettre en œuvre et d’adapter la stratégie concernant la Corne de l’Afrique à la lumière des évènements récents dans la région, en donnant un nouvel élan à une relation mutuellement bénéfique fondée sur des consultations rapides et efficaces et des valeurs, intérêts et perspectives en commun; de passer d’une mentalité obsolète de donateur-bénéficiaire à un partenariat sur un pied d’égalité entre l’Union et les pays de la Corne de l’Afrique afin de créer les conditions d’un développement durable et pacifique de la région; |
| c) | de coordonner les initiatives de l’Union et l’aide apportée à nos homologues africains en favorisant l’appropriation des programmes par l’Afrique, pour permettre ainsi de trouver des solutions africaines à des problèmes africains; d’adopter, à cet égard, une approche conditionnelle, y compris en matière de sécurité, reposant sur le principe du «donner plus pour recevoir plus» et du «donner moins pour recevoir moins»; d’observer que l’aide au développement est parfois inefficace et qu’elle est occasionnellement détournée par les gouvernements des pays bénéficiaires; de faciliter le renforcement d’une approche ascendante, dans le cadre de laquelle les communautés locales et les organisations de la société civile peuvent s’employer à renforcer leurs propres capacités et à mieux se préparer, se coordonner et s’organiser pour devenir plus résilientes; |
| d) | de coordonner des efforts déployés dans la région avec l’UA et ses composantes régionales, notamment la Communauté de l’Afrique de l’Est et l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), tout comme avec les Nations unies et d’autres organisations internationales et régionales, institutions financières et pays individuels attachés aux mêmes principes; de maintenir le soutien aux missions en cours dans la région, y compris les missions de l’UE dans le cadre de la politique de sécurité et de défense commune, qui contribuent à une réponse commune visant à la stabilité et au développement; d’encourager le Royaume-Uni à coordonner ses efforts dans la région avec ceux de l’Union; |
| e) | d’adopter une approche volontariste, inclusive et coopérative fondée sur des échanges constructifs avec des pays et des acteurs présents dans la Corne de l’Afrique, en partageant les bonnes pratiques de l’Union et son expérience dans l’intégration de questions liées à l’économie, la finance, le domaine social, la culture et la sécurité, afin de promouvoir une coopération efficace dans l’ensemble de la région et dans le secteur maritime, tout en facilitant le dialogue avec toutes les parties concernées, en particulier le représentant spécial de l’Union pour la Corne de l’Afrique; |
Paix et sécurité régionales
| f) | de reconnaître que l’insécurité et l’instabilité dans la Corne de l’Afrique représentent une menace grave pour les perspectives économiques et sociales de l’ensemble de l’Afrique, ainsi que pour les préoccupations de l’Union et de la région en matière de sécurité; de contribuer à la sécurité et à la stabilité régionales au moyen d’une approche intégrée, en favorisant le lien entre l’aide humanitaire, la coopération au développement et la paix grâce à la prévention civile des conflits, au règlement pacifique des différends, à la résolution des conflits, à la médiation, au renforcement des capacités et aux activités de réconciliation; de prendre en considération l’inclusion des jeunes, ainsi que la représentation pleine, égale et significative et la participation active des femmes aux questions de paix et de sécurité, notamment en soutenant et en mettant en œuvre les programmes des Nations unies concernant la jeunesse, la paix et la sécurité et celui concernant les femmes, la paix et la sécurité, en formulant des engagements concrets à court et à moyen terme et en identifiant la manière dont ces engagements seront mesurés et déclarés de manière objective; de soutenir les processus d’appropriation africaine au sein de l’Union africaine, de l’IGAD et de la Communauté de l’Afrique de l’Est, et de s’attaquer aux causes profondes des conflits, de l’extrémisme et de la radicalisation, telles que l’extrême pauvreté et les inégalités, les conséquences du changement climatique, à savoir la raréfaction de ressource comme les terres arables et l’eau, les différends frontaliers de longue date, par un soutien politique, financier, opérationnel et logistique; de renforcer le partenariat stratégique UE-UA en matière de prévention et de résolution des conflits et de maintien de la paix; de renforcer la coopération avec le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine et les communautés économiques régionales à cet égard; d’approuver le concept de sécurité humaine comme complément aux approches en matière de sécurité de l’État qui met les mesures et les institutions au service de sa population; de soutenir le déminage nécessaire et de s’attaquer à la contamination des mines terrestres, des armes à sous-munitions et des autres explosifs, qui empêchent le développement social et économique et touchent de manière disproportionnée les enfants, les femmes et les groupes marginalisés; |
| g) | de s’attaquer aux insécurités et aux tensions qui peuvent découler de la construction par l’Éthiopie du Grand barrage de la renaissance éthiopienne et du partage des eaux du Nil avec le Soudan et l’Égypte, en aval; d’inviter les trois pays à revenir à la table des négociations et à œuvrer avec eux à la recherche d’une solution négociée au niveau diplomatique dans les enceintes appropriées sous les auspices de l’UA et de l’IGAD, en tenant compte de l’intérêt de l’Éthiopie à produire de l’énergie hydraulique ainsi que des préoccupations des États riverains en ce qui concerne la sécurité de l’approvisionnement en eau, et en surmontant les risques liés aux positions unilatérales à l’égard de l’utilisation des ressources environnementales partagées; de tenir compte du défi majeur que l’effet du changement climatique représente pour la Corne de l’Afrique et d’exiger que la région coopère étroitement à la production d’énergie durable ainsi qu’au partage des ressources, et reconnaisse que le pacte vert pour l’Europe offre d’importantes perspectives de coopération; de fournir une assistance financière et technique aux partenaires africains et de partager avec eux les technologies innovantes, les meilleures pratiques et les enseignements tirés afin qu’ils bénéficient de la transition verte et tirent parti du lien entre l’eau, l’alimentation et l’énergie, et d’augmenter les investissements dans la transition de la région, y compris dans les infrastructures intégrées telles que les réseaux énergétiques transnationaux; |
| h) | de coordonner avec les partenaires et les organisations internationales la fourniture d’une aide et d’une assistance humanitaires suffisantes aux pays touchés par les conflits, la sécheresse extrême et d’autres catastrophes naturelles, ainsi que par l’agression russe en Ukraine, qui a contribué à la flambée des prix des denrées alimentaires et des carburants et a perturbé les chaînes d’approvisionnement mondiales; de reconnaître les liens entre la crise climatique, la paix et les conflits, et la nécessité d’une consolidation de la paix et d’efforts d’adaptation au changement climatique et d’atténuation de ce dernier pour y faire face, et de considérer la sécurité climatique comme un élément central de toute stratégie régionale globale; de prendre l’initiative de convoquer la communauté des donateurs à une conférence exceptionnelle d’appels de fonds pour la Corne de l’Afrique, afin d’éviter que la faim ne frappe à nouveau la région; |
| i) | de reconnaître les effets positifs de l’engagement dont l’Union et ses partenaires internationaux ont fait preuve dans le cadre de missions et d’opérations telles que l’opération Atalante, la mission de renforcement des capacités de l’UE en Somalie et le programme de l’UE pour la sécurité maritime régionale, tant en prévenant les actes de piraterie en amont qu’en réduisant les chances de succès de ces attaques, et de regretter que la résolution 2608 du Conseil de sécurité des Nations unies n’ait pu être prorogée, limitant ainsi malheureusement l’accès de l’opération aux eaux territoriales somaliennes; de saluer les résultats positifs déjà obtenus par la mission de renforcement des capacités de l’Union en Somalie dans le domaine du maintien de l’ordre civil et veiller à ce que la mission dispose de moyens et de personnel qui lui sont nécessaires pour être efficace; de demander aux États membres de faire preuve d’un engagement adéquat à l’égard de l’ATMIS et de la mission de formation de l’Union européenne en Somalie à la fois en ce qui concerne le personnel et les moyens, pour permettre aux forces armées somaliennes de prendre en charge la sécurité dans le pays tout en respectant pleinement le droit humanitaire international et le droit international en matière de droits de l’homme: de souligner que l’Union doit réaffirmer son positionnement de partenaire crédible pour la Somalie, en soutenant l’ATMIS dans le cadre d’une approche intégrée adoptée en coordination avec les missions de la politique de sécurité et de défense commune en Somalie, le facilité européenne pour la paix (FEP), les opérations d’aide humanitaire et l’instrument de voisinage, de coopération au développement et de coopération internationale; |
| j) | d’exprimer sa préoccupation face à la poursuite des activités des groupes terroristes islamistes radicaux opérant dans la Corne de l’Afrique et dans les pays voisins, en particulier le mouvement des Chabab, Al-Qaida et Daech, qui sont parfaitement capables de s’adapter et de s’implanter durablement au sein de la population; de demander à l’Union européenne et à ses États membres d’accorder une attention prioritaire à la propagation du djihadisme dans la région et fournir une aide adaptée et efficace aux pays touchés afin de lutter à la fois contre les effets immédiats de cette expansion et contre les causes profondes complexes qui conduisent à l’extrémisme, à la radicalisation, à la violence, au terrorisme et à la vulnérabilité au recrutement; de reconnaître que la pertinence et la capacité d’agir des organisations terroristes dans la région sont renforcées par la perméabilité des frontières nationales, et de soutenir les efforts nationaux et régionaux visant à renforcer la sécurité des frontières; de travailler en coopération avec les différents pays et les organisations régionales, et plus particulièrement la Communauté de l’Afrique de l’Est, l’IGAD et la Force d’intervention de l’Afrique de l’Est, afin d’adopter une approche régionale pour lutter contre le terrorisme et s’attaquer à ses causes profondes; |
| k) | de soutenir de manière adaptée et axée sur la demande les efforts entrepris par l’Union africaine, ses composantes régionales et les différents pays pour créer les conditions de la sécurité et de la stabilité; de maintenir l’aide fournie à travers la politique de renforcement des capacités de l’instrument de voisinage, de coopération au développement et de coopération internationale à l’appui de la sécurité et du développement et de la FEP, notamment à l’opération Atalante et à la mission de formation de l’UE en Somalie, et de veiller à ce qu’elle soit conforme à la position commune de l’UE sur les exportations d’armes et respecte pleinement les droits de l’homme et le droit humanitaire, l’obligation de procéder à une évaluation préalable des risques et à un contrôle permanent de la fourniture de technologies militaires à des acteurs de pays tiers, ainsi que des dispositions efficaces en matière de transparence, y compris de traçabilité et d’utilisation appropriée du matériel livré aux partenaires dans le cadre de la FEP, afin de contribuer à la mise en place d’un secteur de la sécurité responsable, solide et fiable; d’exploiter pleinement le potentiel de la facilité européenne pour la paix à cet égard et assurer la continuité avec l’ancienne facilité de soutien à la paix pour l’Afrique en ce qui concerne la qualité et la quantité de financement octroyé aux initiatives menées par les Africains; de veiller au respect de tous les engagements financiers de la facilité européenne pour la paix pris auprès de la Corne de l’Afrique avant l’invasion criminelle de l’Ukraine par la Russie; d’assurer le financement de la composante civile d’ATMIS; |
Démocratie, droits de l’homme et état de droit
| l) | de soutenir sans réserve les transitions démocratiques, l’état de droit et les processus de renforcement de l’État, ainsi qu’un espace politique ouvert adapté aux différents contextes locaux; de soutenir les stratégies visant à favoriser des processus de réconciliation inclusifs dans le but d’établir des institutions crédibles et représentatives qui prévoient la participation des différentes communautés; de s’engager, en particulier avec la Somalie, l’Éthiopie et le Soudan, à intensifier les efforts visant à inclure les communautés sous-représentées et les femmes dans la politique de haut niveau et les organes directeurs, et aider les pays partenaires à lutter contre la désaffection et la méfiance à l’égard des autorités nationales par des mesures de confiance; de se tenir prêt à déployer, si nécessaire, des missions d’observation électorale de l’UE pour soutenir les processus électoraux avant et pendant les élections; de reconnaître le potentiel de la diplomatie parlementaire en tant qu’outil pour favoriser le dialogue et d’instaurer un partenariat global entre l’Union européenne, l’Union africaine et les différents pays; |
| m) | de travailler en partenariat avec les homologues africains de l’Union européenne et de renforcer la coopération avec la société civile pour identifier et aborder les principaux enjeux et priorités dans la région, notamment la dignité et les droits de l’homme, les droits démocratiques et fondamentaux, les questions liées à l’état de droit et l’atténuation de la crise sanitaire du COVID-19; d’inviter les autorités nationales à se conformer aux lignes directrices sur la liberté d’association et de réunion adoptées par la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples et à respecter la liberté des médias, notamment en veillant à ce qu’ils puissent travailler de manière indépendante; de s’inquiéter de la persistance de la violence et de la discrimination fondées sur l’orientation sexuelle, l’identité et l’expression de genre et les caractéristiques sexuelles; de demander aux autorités nationales d’abroger les dispositions discriminatoires, notamment par la révision de leur code pénal; de renforcer leur soutien aux défenseurs des droits de l’homme dans la région; de faire preuve de souplesse dans l’utilisation de tous les outils à leur disposition et de mettre pleinement en œuvre les orientations de l’Union concernant les défenseurs des droits de l’homme, en veillant à ce que les mécanismes de protection internes soient respectés et en coordonnant l’octroi de visas à ceux qui cherchent à quitter le pays; d’appeler les autorités nationales de la région à fournir un environnement de travail propice à la société civile, ainsi que des mesures législatives spécifiques pour reconnaître et protéger les défenseurs des droits de l’homme et empêcher leur harcèlement et leur détention arbitraire; de reconnaître le lien entre la corruption et les violations généralisées des droits de l’homme et de renforcer ainsi le soutien de l’Union à la lutte contre la corruption dans la région; d’intensifier la fourniture d’une assistance vitale et de subsistance pour aider les personnes et les communautés touchées par la sécheresse, tout en s’efforçant de permettre aux communautés d’être autonomes et de renforcer leur résilience face aux chocs futurs; de demander aux gouvernements de la région de faire en sorte que les travailleurs humanitaires puissent accéder aux personnes ayant besoin d’aide; |
| n) | d’intégrer la justice transitionnelle dans leur approche de gestion des conflits dans la région; de donner la priorité, dans le cadre du soutien de l’Union aux efforts de justice transitionnelle, aux processus menés au niveau local et national ainsi qu’aux experts locaux et régionaux; d’intensifier l’engagement de l’Union avec les pays partenaires et les organisations internationales et régionales pour soutenir la lutte contre l’impunité et promouvoir la vérité, la justice, les réparations et les garanties de non-récidive; |
| o) | d’appeler les gouvernements à prendre des mesures pour protéger les droits des femmes et des filles à l’égalité, à la santé, y compris la santé et les droits sexuels et reproductifs, à l’éducation, et pour leur permettre de vivre sans violence ni discrimination fondées sur le sexe, en adoptant une approche sensible à la dimension de genre afin de combler le fossé croissant entre les sexes pendant les crises et les conflits; de saluer les progrès accomplis dans l’amélioration de l’accès aux soins de santé dans la région, notamment au Kenya et en Ouganda, en particulier l’accès aux traitements permettant de sauver des vies et l’accès à d’autres services de santé sexuelle et génésique, et de renforcer le soutien de l’Union à la santé et aux droits sexuels et génésiques, qui sont indispensables à la réalisation des objectifs de développement durable des Nations unies et à l’égalité de genre; de rationaliser les actions contre la mutilation génitale féminine dans toutes les actions extérieures de l’Union, comme le rappelle la résolution du Parlement européen du 12 février 2020, en accordant une attention particulière à la région de la Corne de l’Afrique, qui présente la plus forte prévalence de mutilation génitale féminine au monde, y compris dans ses formes les plus graves; d’appeler les autorités nationales de la Corne de l’Afrique à mettre en œuvre des lois en vue d’interdire la mutilation génitale féminine et à garantir le respect de ces lois; d’intensifier les initiatives visant à faire participer les femmes à la vie politique afin d’encourager l’amélioration de l’élaboration des politiques et de contribuer à mettre fin à la mutilation génitale féminine et aux mariages forcés; |
Développement économique durable et inclusif — société
| p) | de prendre acte de l’évolution démographique de la région et reconnaître le rôle joué par les jeunes et par les femmes dans le but de parvenir à un développement économique durable; de renforcer le soutien de l’Union dans le domaine de l’accès à l’éducation et à la formation professionnelle ainsi qu’à la reconversion et au perfectionnement professionnels de la main-d’œuvre, selon les besoins du marché du travail; d’insister sur le fait que donner des moyens d’action et de réelles perspectives aux jeunes générations et aux femmes pourrait avoir de nombreux avantages pour l’ensemble de la région; de soutenir le renforcement des capacités de fabrication locale de vaccins et aider à la consolidation des systèmes de santé locaux et au soutien des réformes structurelles dans le secteur de la santé; de demander instamment aux autorités nationales de garantir un accès universel aux soins de santé sur la base des principes de non-discrimination et d’égalité de traitement; de prendre acte du rôle que jouent le terrorisme et le djihadisme en tant qu’obstacles à la croissance économique dans l’ensemble de la Corne de l’Afrique; de prendre acte de la présence économique du mouvement des Chabab dans la Corne de l’Afrique par le biais de la contrebande de charbon de bois et de l’extorsion des agriculteurs, des entreprises et des organisations humanitaires; de fournir un soutien technique pour permettre à la diaspora en Europe d’intensifier ses relations commerciales avec la région, en autorisant notamment l’envoi de fonds par des voies légales, transparentes et fiables; |
| q) | de reconnaître que le changement climatique affecte gravement la Corne de l’Afrique, avec des conséquences considérables pour la stabilité de la région; d’accroître les actions communes de lutte contre le changement climatique, en particulier en ce qui concerne l’atténuation, l’adaptation, la résilience et la gestion des risques de catastrophe; de partager les avantages du pacte vert pour l’Europe, inscrit dans la loi européenne sur le climat, avec nos partenaires et les aider à adopter leurs propres programmes de transition climatique en partageant nos bonnes pratiques et en alignant les initiatives de l’Union dans ce domaine sur les initiatives africaines existantes; d’accorder une attention particulière aux conséquences du changement climatique sur la sécurité humaine et alimentaire et de souligner par conséquent la nécessité pour l’Union et ses partenaires de mener une politique de sécurité et de défense à l’épreuve du climat, conformément aux ambitions de la feuille de route de l’Union sur le changement climatique et la défense, inscrite dans la boussole stratégique; de collaborer avec les homologues africains pour adopter des méthodes nouvelles et innovantes en vue d’exploiter pleinement le potentiel de la région, notamment par l’échange de bonnes pratiques et l’adoption de nouvelles technologies pour une agriculture durable, ce qui renforcerait l’esprit d’entreprise local, dans le but de réduire la dépendance à l’égard des importations de produits alimentaires et agricoles et de stimuler une croissance économique inclusive et durable; de soutenir les appels des PMA à la mise en place d’un financement spécifique pour les pertes et les dommages liés aux effets néfastes du changement climatique et de soutenir la reconstruction des régions touchées et la relance de leur économie en adoptant des mesures spéciales supplémentaires pour financer des mesures de reconstruction et de relance; d’envisager d’encourager les États membres à se pencher davantage sur l’option que constitue la suspension, l’allègement ou l’effacement ciblé de la dette, au cas par cas, pour les PMA et les petits États insulaires en développement les plus vulnérables, dans le but spécifique de contribuer à la lutte contre le changement climatique et dans le contexte d’un cadre international plus large; |
| r) | de promouvoir la coordination et de travailler avec les directions générales concernées de la Commission afin de garantir que la révision de la politique commerciale de l’Union entraîne une croissance économique durable pour la région, notamment en rendant les chapitres sur le commerce et le développement durable des accords de libre-échange pleinement applicables; de noter que des efforts sont nécessaires pour prévenir les violations des droits de l’homme et les atteintes à l’environnement par les entreprises basées dans l’Union et opérant dans la Corne de l’Afrique et de veiller à ce que la future directive sur la diligence raisonnable des entreprises soit adaptée à son objectif et entraîne des progrès réels en ce qui concerne les droits de l’homme et l’environnement pour les communautés locales; de veiller tout particulièrement à évaluer et à prévenir toute violation liée à ses propres politiques, projets et financements dans la région, notamment par la création d’un mécanisme de traitement des plaintes pour les personnes ou groupes dont les droits auraient été violés par les activités de l’Union dans ces pays; de demander instamment aux institutions financières publiques, y compris la Banque européenne d’investissement, et à la Commission européenne et de s’assurer que les investissements de l’Union sont alignés sur l’accord de Paris et servent à piloter une transition climatique juste, conformément aux objectifs du pacte vert pour l’Europe; de garantir qu’aucun investissement dans la région ne finance les secteurs qui alimentent la crise climatique, principalement les industries des combustibles fossiles; |
| s) | d’accorder une attention particulière aux nombreux projets pris en charge au niveau local, notamment dans les zones les plus reculées, qui sont moins envahissants d’un point de vue environnemental, mais qui améliorent le plus efficacement la vie de la population, à savoir les systèmes d’énergie solaire hors réseau, les systèmes d’irrigation, les systèmes de purification de l’eau et d’assainissement et de veiller à ce que les investissements de l’Union dans l’énergie durable en Afrique bénéficient principalement à la population locale, l’objectif étant de mettre fin à la précarité énergétique; d’inviter l’Union européenne à aider les agriculteurs de la Corne de l’Afrique à réduire leur dépendance à l’égard des engrais minéraux et à trouver des solutions agronomiques de substitution dans le cadre de sa politique extérieure et de développement pour faire face aux incidences des engrais sur le climat et l’environnement; d’exhorter les États membres à œuvrer avec la Commission pour privilégier les partenariats avec les entreprises nationales des PMA qui promeuvent des modèles commerciaux durables et inclusifs; |
Migrations
| t) | de souligner que les pays de la Corne de l’Afrique figurent parmi les principaux pays d’origine, de transit et de destination de flux migratoires importants vers d’autres pays de la région ainsi que vers l’Union; d’adopter une approche de la coopération dans le domaine migratoire qui soit globale, sensible aux conflits et au contexte et centrée autour de l’homme, conformément au processus de Khartoum et aux pactes mondiaux sur les migrations sûres, ordonnées et régulières et sur les travaux du Forum ministériel régional sur les migrations pour l’Est et la Corne de l’Afrique, tenant compte des différents moteurs de la migration dans la région et des vulnérabilités persistantes des migrants, respectant les droits des migrants et des réfugiés, et reconnaissant les avantages de la migration circulaire et de la mobilité régionale dans la région au sens large; de travailler avec les partenaires de l’Union pour reprendre les activités du processus de Khartoum et reconfigurer ce processus d’une manière qui reflète les réalités actuelles et les nombreuses limitations de déplacement; de mettre en place un partenariat à long terme axé sur une migration sûre, ordonnée et régulière; de trouver une solution durable avec les pays partenaires de la Corne de l’Afrique pour atténuer les conséquences des migrations vers les frontières extérieures de l’Europe; de favoriser le renforcement de la coopération en matière de sécurité des frontières et de lutte contre les activités criminelles transfrontalières, notamment la traite des êtres humains et le commerce illicite des armes et du patrimoine culturel; de faire en sorte que tous les accords de réadmission et de coopération en matière de migration conclus avec la région respectent les normes internationales en matière de droits de l’homme et le droit des réfugiés, et en particulier la convention de 1951 relative au statut des réfugiés ainsi que son protocole de 1967; de veiller à ce que les ressources financières mobilisées par les fonds fiduciaires de l’Union se concentrent sur des projets susceptibles de s’attaquer aux causes profondes de la migration à long terme; |
| u) | de fournir une aide immédiate et un soutien à long terme aux pays accueillant et aidant les réfugiés afin d’assurer la protection de ces derniers; de faciliter la réinstallation de personnes déplacées et de personnes déplacées dans leur propre pays; de coordonner les efforts diplomatiques pour demander aux gouvernements des pays de la région impliqués dans les conflits en cours de mettre fin aux attaques sans discrimination perpétrées contre les civils et les infrastructures civiles et de protéger la population civile, notamment en prenant toutes les mesures nécessaires pour que les réfugiés et les personnes déplacées soient protégés et aient pleinement accès à l’aide humanitaire, y compris la nourriture, l’eau et les abris; d’aider les pays de la région à intégrer les efforts qui visent à soutenir les réformes appropriées pour assurer une meilleure gestion de la mobilité pastorale et réduire la vulnérabilité économique lors de crises telles que les sécheresses, en vue de mieux contrôler les facteurs qui contribuent aux tensions et aux conflits impliquant les communautés pastorales; |
Intégration régionale
| v) | d’adopter une approche «Équipe Europe» dans la région en travaillant avec l’UA, les organisations régionales et un large éventail de partenaires et d’acteurs, y compris du secteur privé, pour soutenir les initiatives prises en charge par l’Afrique; de continuer à suivre et à soutenir l’initiative pour la Corne de l’Afrique, dont l’Union est un partenaire stratégique, ainsi que son objectif de rassembler des capitaux pour renforcer la connectivité et débloquer des opportunités dans la région, créer des emplois, atténuer les risques émergents, renforcer la résilience et ouvrir la voie à de meilleures relations de voisinage; |
| w) | de reconnaître l’aspect essentiel des infrastructures sûres pour un développement cohérent, durable et équitable dans la région; d’exploiter pleinement le potentiel de nouvelles initiatives soutenues par l’Union visant à renforcer l’intégration et la connectivité régionales; de renforcer la concertation et la coordination avec nos homologues africains afin de définir des projets spécifiques à élaborer dans le cadre de la stratégie «Global Gateway», en s’appuyant sur les résultats positifs du sixième sommet UE-UA; d’illustrer correctement la stratégie «Global Gateway» en tant que plan à long terme plus vert, plus équitable et plus durable, notamment par rapport aux alternatives proposées par d’autres acteurs; de soutenir les pays de la région qui souhaitent adhérer à l’Organisation mondiale du commerce, de soutenir la mise en œuvre de la zone continentale africaine de libre-échange, et de continuer à soutenir et à renforcer l’UA, la Communauté de l’Afrique de l’Est et l’IGAD afin de promouvoir la coopération économique, d’accroître l’intégration régionale et de favoriser la stabilité et la diplomatie; de reconnaître que les perspectives de stabilisation et de développement durable de la Corne de l’Afrique sont profondément liées à celles des régions voisines; d’envisager le développement d’une stratégie européenne pour la mer Rouge et le golfe d’Aden; |
Influence d’acteurs tiers
| x) | de souligner leur préoccupation concernant l’influence et la concurrence croissantes et complexes de tiers qui ne partagent pas les valeurs et les objectifs de l’Union dans la région, y compris la Chine et la Russie, qui poursuivent des intérêts strictement bilatéraux; de reconnaître que la présence croissante de ces acteurs dans la région, en particulier dans les domaines de l’économie, de l’énergie, de la sécurité — y compris la sécurité maritime — et de l’armée, notamment au moyen de campagnes de propagande et de désinformation visant à renforcer le rôle qu’ils y jouent tout en sapant l’action de leurs concurrents, dont l’Union européenne, compromet la paix régionale, les efforts et l’assistance de l’Union, ainsi que le rôle de celle-ci en tant que partenaire privilégié; d’envisager de prendre toutes les mesures appropriées pour contrer ces ingérences; de promouvoir le soutien de l’Union à la région par une approche globale, en favorisant la coopération économique et la prévention des conflits, afin de faire contrepoids à l’approche d’acteurs tiers, qui cherchent à déstabiliser davantage un environnement fragmenté et à exacerber les problèmes géopolitiques; de faire le point sur les investissements continus et diversifiés de la Chine dans la région, tout en évaluant les conséquences de ces investissements, notamment la dépendance accrue des États africains, et en s’attaquant à la présence et à l’influence croissantes de la Chine; d’inviter les autorités turques à s’aligner sur les politiques de l’Union et à mieux coordonner leurs efforts avec les initiatives de l’Union, notamment la mission de formation de l’Union européenne en Somalie, afin d’être plus efficaces et d’obtenir de meilleurs résultats en matière de sécurité et de stabilité, favorisant ainsi une transition démocratique réelle et rapide; de renforcer la coordination avec les homologues africains pour définir les priorités auxquelles les investissements doivent être consacrés, et affecter des ressources suffisantes à leur réalisation; de prendre acte du renforcement des forces militaires de pays tiers dans la région, notamment des projets avancés de la Russie visant à construire une base navale sur la côte soudanaise face à la mer Rouge, et de l’inauguration par la Chine d’une base militaire à Djibouti en 2017; d’accorder une attention particulière à l’augmentation des activités des entreprises de sécurité privées, telles que le groupe Wagner financé par la Russie, qui opère au Soudan, entravant la transition démocratique et exploitant les faiblesses nationales aux dépens des populations locales, afin d’éviter les répercussions négatives similaires observées dans d’autres régions, et de collaborer étroitement avec l’UA et les différents pays de la Corne de l’Afrique pour créer et rendre opérationnel un appareil de sécurité national efficace, responsable et fiable dans chaque pays; d’appeler tous les États membres de l’Union à ratifier la Convention internationale contre le recrutement, l’utilisation, le financement et l’instruction de mercenaires; d’évaluer les conséquences de la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine sur l’influence de l’Union dans la région; |
| y) | de renforcer la communication stratégique au moyen de campagnes de sensibilisation du grand public efficaces et fondées sur les faits afin d’être également plus présent au niveau local et diffuser des informations au sujet des actions et des objectifs de l’Union et des initiatives soutenues par l’Union dans la région, afin d’accroître la visibilité de l’Union et de souligner l’objectif de générer une valeur ajoutée pour les communautés locales et de favoriser le développement durable, la paix et la sécurité, et la croissance inclusive, tout en luttant contre la désinformation et les récits mensongers de la part de tiers; de donner mandat à la représentante spéciale de l’Union européenne pour la Corne de l’Afrique pour qu’elle se concentre sur les activités régionales et qu’elle améliore la visibilité de l’Union, sa présence et son engagement auprès de tous les pays de la région afin de favoriser des relations plus étroites avec eux; de garantir une plus grande transparence et une meilleure visibilité du travail effectué par la représentante spéciale de l’UE, en veillant à ce que la représentante spéciale de l’UE accorde la priorité à la résolution des conflits, au soutien des droits de l’homme et de la démocratie dans ses contacts avec ses interlocuteurs de la région et à ce qu’elle s’engage de manière proactive auprès des acteurs de la société civile, des défenseurs des droits de l’homme et des voix dissidentes, qui peuvent être menacés ou pris pour cible par les autorités locales; |
Questions spécifiques à chaque pays
| z) | d’aborder les questions spécifiques suivantes concernant les pays de la Corne de l’Afrique: |
Djibouti
| i) | de reconnaître l’importance géostratégique de Djibouti; de prendre acte de la contribution positive de Djibouti à la paix, la sécurité et la coopération régionale dans la région de la Corne de l’Afrique, notamment à travers son accueil de la plateforme logistique de l’opération Atalante et de la présence militaire des États membres de l’Union; de souligner que les projets de construction à Djibouti sont en grande partie financés par la Chine, avec un investissement dans les infrastructures estimé à 9,8 milliards de dollars; s’inquiète de l’établissement d’une base navale chinoise à Djibouti à des fins de projection militaire à longue portée, du rachat par la Chine du port stratégique de Doraleh et de l’augmentation de la dette publique extérieure de Djibouti contractée au moyen de prêts octroyés par la Chine; de s’engager auprès du pays, qui se trouve au carrefour de l’une des routes migratoires les plus empruntées au monde, en soutenant ses efforts pour accueillir les réfugiés de la région et en mettant en œuvre ses engagements mondiaux et régionaux; de partager le savoir-faire et les meilleures pratiques de l’Union en matière de gestion de l’eau, car Djibouti est l’un des pays les plus arides du monde, frappé par une sécheresse extrême; de regretter qu’aucun média indépendant n’ait encore été autorisé à émettre depuis Djibouti; de demander d’assurer la protection des sources des médias indépendants de Djibouti, qui n’ont d’autre choix que d’émettre et de s’exprimer depuis l’étranger; |
Érythrée
| ii) | de condamner l’alignement complet de l’Érythrée sur le récit et la propagande russes et de faire part de sa préoccupation quant au fait que l’Érythrée pourrait devenir une plateforme pour l’influence russe dans la Corne de l’Afrique; d’appeler les autorités érythréennes à cesser leur implication militaire dans le conflit civil éthiopien, tout en facilitant un accord de paix entre les autorités fédérales éthiopiennes et le Front populaire de libération du Tigré, qui inclurait la fin des attaques de missiles du groupe sur le sol érythréen; de demander aux autorités érythréennes de prendre des mesures concrètes en vue d’une réconciliation interne et de libérer sans condition tous les prisonniers politiques, y compris l’écrivain et journaliste suédo-érythréen David Isaak, détenu depuis 2001; de surveiller constamment la situation interne et d’envisager une réduction progressive et proportionnelle des sanctions de l’Union si des améliorations tangibles et objectives sont observées; |
Éthiopie
| iii) | de soutenir tous les efforts diplomatiques visant à mettre fin au conflit en cours en Éthiopie, acteur important de la Corne de l’Afrique, au niveau national et, en particulier, par la voie de la médiation de l’UA, qui va annoncer un trio de médiateurs de haut niveau, présidé par le haut représentant pour la Corne de l’Afrique, Olusegun Obasanjo, afin de donner la priorité à un accord cessez-le-feu permanent, à un accès humanitaire sans entrave à toutes les zones et au retrait immédiat des forces érythréennes, ainsi que de faciliter la responsabilisation et la réconciliation interne; d’insister sur le fait que le dialogue national doit être aussi inclusif, large et transparent que possible, et inclure également des représentants de la société civile et des partis d’opposition, afin qu’il puisse véritablement servir de catalyseur à la réconciliation; de coordonner le soutien entre les institutions nationales et internationales concernées et le gouvernement éthiopien pour la reprise des services de santé, d’éducation et des autres installations et services publics, y compris les services de secours aux personnes déplacées et aux populations touchées par le conflit; de prendre acte du rapport d’Amnesty International et de Human Rights Watch sur les crimes contre l’humanité et le nettoyage ethnique au Tigré occidental; de saluer la mise en place d’une commission internationale d’experts en matière de droits de l’homme sur l’Éthiopie (ICHREE), par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, chargée de mener une enquête approfondie et impartiale sur les allégations de violations et d’abus commis depuis le 3 novembre 2020 par toutes les parties au conflit, en complément de la task force interministérielle éthiopienne (IMTF) sur la responsabilisation et les conclusions de l’équipe commune d’enquête, publiées dans le rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme et de la commission éthiopienne des droits de l’homme de novembre 2021; de soutenir la justice transitionnelle fin que les auteurs de violations des droits de l’homme soient tenus responsables des crimes graves qu’ils ont commis dans le cadre du conflit en Éthiopie, notamment en soutenant le rôle de toutes les institutions concernées, telles que la Commission éthiopienne des droits de l’homme, le Conseil des droits de l’homme des Nations unies et la Cour pénale internationale; de prendre note de certains développements positifs dans le pays, tels que la trêve humanitaire du 24 mars 2022 et la libération de certains prisonniers politiques, l’accès accru de l’aide humanitaire pendant la trêve et les déclarations publiques du gouvernement éthiopien et des dirigeants tigréens selon lesquelles ils s’engageraient à mener des pourparlers de paix sous l’égide de l’UA; d’évaluer attentivement l’évolution de la situation en Éthiopie en vue de prendre des mesures supplémentaires en cas d’aggravation de la situation; de continuer dans le même temps à plaider en faveur d’une résolution pacifique du conflit et du lancement de pourparlers de paix sans délai et d’étudier le rôle que pourrait jouer l’Union européenne dans le processus de médiation; d’être prêt à rétablir progressivement l’appui budgétaire et l’aide de l’Union si certaines conditions sont remplies, à savoir la cessation des hostilités, un accès humanitaire total et sans entrave à travers l’Éthiopie, y compris dans la région du Tigré, la responsabilisation pour les crimes perpétrés dans le cadre du conflit et le retrait des troupes érythréennes du pays; |
Kenya
| iv) | de souligner le potentiel du Kenya en tant qu’acteur majeur dans la Corne de l’Afrique sur le plan politique et économique pour renforcer la stabilité régionale et pour jouer un rôle constructif dans la paix et la sécurité; de soutenir l’engagement dans un partenariat stratégique renouvelé avec le Kenya; d’approfondir les relations entre l’Union et le Kenya en exploitant pleinement le potentiel du dialogue stratégique UE-Kenya; de se féliciter de la décision de déployer une mission d’observation électorale de l’Union européenne pour les élections présidentielles d’août 2022; de saluer le règlement pacifique du différend électoral ayant fait suite aux élections présidentielles et de prendre acte du rôle responsable que les tribunaux kényans ont joué dans celui-ci; d’inviter les autorités kényanes à évaluer avec sérieux le rapport final à venir de la mission d’observation électorale et à tirer les conclusions nécessaires afin de poursuivre la réforme et l’amélioration des processus électoraux du pays; de saluer les efforts du Kenya pour sa collaboration face aux défis environnementaux et en particulier l’approbation à Nairobi en mars 2022, lors de l’Assemblée des Nations unies pour l’environnement, d’une résolution visant à mettre un terme à la pollution plastique et à élaborer un accord international juridiquement contraignant d’ici 2024; |
Somalie
| v) | de rappeler que la situation sécuritaire menaçante en Somalie est très préoccupante et que, si elle n’est pas contenue de façon robuste, celle-ci peut constituer un facteur majeur de déstabilisation de l’ensemble de la Corne de l’Afrique voire au-delà; saluer la conclusion de l’élection présidentielle somalienne et le transfert pacifique du pouvoir; de demander au président nouvellement élu de former un cabinet ouvert à tous et au nouveau gouvernement de progresser sur la voie des priorités nationales essentielles, y compris pour faire face à la situation humanitaire désastreuse dans le pays; d’évaluer la reprise du soutien de l’Europe; de saluer les effets positifs de l’engagement de l’Union en Somalie; de souligner la plus-value évidente des missions de conseil auprès des structures de commandement et d’encourager ainsi l’engagement des acteurs européens dans les missions de formation de l’Union; de soutenir pleinement les efforts déployés par l’ATMIS pour promouvoir les droits de l’homme en Somalie ainsi que les actions de maintien de la paix menées contre le mouvement des Chabab, qui menace la sécurité de la démocratie et l’état de droit dans le pays; de collaborer avec l’Union africaine et les institutions somaliennes pour la révision du mandat de l’ATMIS, en le concentrant sur le renforcement des institutions, et en fournissant un soutien financier suffisant, également par l’intermédiaire de la facilité européenne de soutien à la paix; de coordonner les efforts avec l’UA et l’IGAD pour stimuler un processus de construction de la nation en Somalie qui place la société civile au centre de ses préoccupations; de veiller à ce que la révision de l’ATMIS aille de pair avec le renforcement progressif des forces armées somaliennes et de l’appareil de sécurité civile, qui doivent devenir les garants ultimes de la sécurité dans le pays; de consulter les autorités somaliennes afin d’identifier de nouvelles formes de coopération bilatérale avec l’Union, afin de renforcer la capacité de la Somalie à garantir la sécurité maritime et à éviter tout risque de réapparition de la piraterie dans ses eaux territoriales; de soutenir une évaluation approfondie des performances des troupes de l’ATMIS à la lumière de la prévention des crimes perpétrés par les armées régulières en Somalie; |
Soudan du Sud
| vi) | de prendre acte de la prolongation du mandat du gouvernement pour deux années supplémentaires, mais d’insister sur son obligation de progresser dans la mise en œuvre de l’accord de paix et de préparer des élections libres et régulières; au Soudan du Sud, de soutenir pleinement la mise en œuvre rapide de l’Accord de paix, notamment via les principales structures de surveillance, la Commission mixte de suivi et d’évaluation reconstituée et le Mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu et des dispositions transitoires de sécurité, en étroite coopération avec l’UA et l’IGAD; de coordonner et soutenir les autres acteurs internationaux et régionaux présents au Soudan du Sud, tels que l’UA, l’IGAD, les Nations unies et la Troïka (États-Unis, Royaume-Uni, Norvège), afin de continuer à faire pression sur le gouvernement provisoire d’union nationale revitalisé pour qu’il continue à mettre en œuvre l’accord revitalisé pour résoudre le conflit au Soudan du Sud, en particulier ses tâches prétransitionnelles, y compris la représentation des femmes, comme indiqué dans l’accord; |
Soudan
| vii) | de réitérer sa condamnation du coup d’État militaire d’octobre 2021 et des violences commises lors de la répression qui a suivi; de se coordonner avec d’autres acteurs de la région pour faire pression sur les militaires afin qu’ils établissent un calendrier précis pour le rétablissement du régime civil, conduisant à des élections générales équitables, ouvertes et transparentes dès que possible; de prendre acte de l’intention déclarée de l’armée de céder le pouvoir aux autorités civiles, et de demander que cette transition se fasse sans retard injustifié; d’inviter les autorités politiques civiles à renforcer la coordination et la coopération afin de présenter des plans clairs pour assurer une transition pacifique; de souligner qu’une solution rapide est nécessaire, étant donné que tout nouveau retard aggraverait la détérioration de l’économie et de la situation humanitaire dans l’ensemble du pays et exacerberait les problèmes déjà énormes auxquels la population soudanaise est confrontée; de soutenir la société civile et les militants sur place et demander la libération des militants pacifiques et des prisonniers politiques détenus; de réaffirmer leur soutien résolu aux efforts actuellement déployés par le mécanisme tripartite pour contribuer à concilier les divergences entre les positions des partis et les initiatives soudanais, appuyer le rétablissement de la transition vers la démocratie et faciliter la trajectoire du pays vers une transformation civile et démocratique; de souligner qu’un processus de justice transitionnelle nécessite d’être lancé afin de traduire en justice les auteurs de violations des droits de l’homme et de jeter les bases d’une réconciliation nationale;; de renforcer l’aide humanitaire de l’Union et le soutien direct à la population sur le terrain, en améliorant les conditions de vie des communautés locales, tout en réduisant l’exposition aux influences russes et chinoises; d’exprimer sa profonde inquiétude quant au projet d’établissement d’une base navale russe à Port-Soudan, qui aurait des répercussions négatives sur la paix et la sécurité de la mer Rouge; |
Ouganda
| viii) | de reconnaître le rôle important joué par l’Ouganda dans le processus de médiation qui a abouti à l’accord de paix au Soudan du Sud; de saluer la contribution des forces armées ougandaises à l’ATMIS et coordonner avec ce pays l’avenir de la mission; de soutenir le nouveau modèle paroissial et d’autres initiatives visant à lutter contre la pauvreté par une approche locale; de regretter les conditions dans lesquelles se sont déroulées les élections présidentielles de janvier 2021 et appeler les autorités nationales ougandaises à promouvoir un espace politique ouvert pouvant conduire à des élections équitables et transparentes, tout en s’abstenant de limiter l’accès aux médias et aux médias sociaux; de souligner que le droit des peuples autochtones et des communautés locales à donner leur consentement libre et éclairé est inscrit dans le droit international et de demander aux autorités nationales ougandaises de faire respecter en toutes circonstances tous les droits fondamentaux de l’homme; de se déclarer préoccupé, à cet égard, par les graves violations des droits de l’homme signalées dans le cadre du projet d’oléoduc de pétrole brut d’Afrique de l’Est, ainsi que par les risques associés de dommages irréversibles pour l’environnement et le climat; d’inviter l’Union à adopter d’urgence la directive sur le devoir de diligence en matière de durabilité des entreprises afin de demander des comptes aux entreprises européennes lorsque leurs activités sont liées à de telles violations; |
2. charge sa Présidente de transmettre la présente recommandation au Conseil, à la Commission, au vice-président de la Commission/haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, et pour information, à l’Union africaine, à l’Autorité intergouvernementale pour le développement et aux Nations unies.
(1) JO C 385 du 22.9.2021, p. 24.
(2) JO C 494 du 8.12.2021, p. 80.
(3) JO C 224 du 8.6.2022, p. 99.
(4) JO C 117 du 11.3.2022, p. 114.
(5) JO C 336 du 2.9.2022, p. 14.
(6) JO C 425 du 20.10.2021, p. 132.
(7) JO C 132 du 24.3.2022, p. 205.
(8) JO C 465 du 17.11.2021, p. 154.
(9) JO C 202 du 28.5.2021, p. 54.
(10) JO C 395 du 29.9.2021, p. 50.
(11) JO C 50 du 9.2.2018, p. 57.
(12) JO C 307 du 30.8.2018, p. 92.
Initiative législative — 52022IP0451
15/12/2022
Initiative législative — 52022IP0450
15/12/2022
Initiative législative — 52022IP0449
15/12/2022
Initiative législative — 52022IP0448
15/12/2022