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Initiative législative — 52022IR0105

CELEX52022IR0105
TypeInitiative législative
Datejeudi 30 juin 2022

Texte intégral

30.9.2022

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 375/41


Avis du Comité européen des régions sur le thème «Mise en œuvre des budgets verts aux niveaux local et régional»

(2022/C 375/07)

Rapporteur:

Vincent CHAUVET (FR/Renew Europe), maire d’Autun

Texte de référence:

Saisine de la présidence [article 41, point a), du règlement intérieur]

RECOMMANDATIONS POLITIQUES

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS

1.

signale que le pacte vert pour l’Europe de 2019 établit une feuille de route en faveur d’une Europe neutre pour le climat, efficace dans l’utilisation des ressources, circulaire et compétitive d’ici à 2050, souligne que les budgets nationaux jouent un rôle essentiel dans la réorientation des investissements publics, de la consommation et de la fiscalité vers des priorités vertes et s’engage explicitement à encourager les pratiques budgétaires vertes dans l’Union;

2.

insiste sur l’importance de la budgétisation verte pour parvenir à la neutralité climatique d’ici à 2050 et des engagements internationaux en matière de climat visant à évaluer l’incidence des financements sur l’environnement, qui ont pour but de transformer notre mode de vie (en particulier l’énergie, le logement, les transports et les systèmes alimentaires), et de respecter les aspects justes et inclusifs des transitions;

3.

invite la Commission européenne et les États membres à soutenir la forte participation des régions et des villes à l’évaluation de l’alignement des postes budgétaires sur les objectifs climatiques et environnementaux, ainsi qu’à l’élaboration de définitions, de classifications et de lignes directrices harmonisées sur la manière de les appliquer à des actions spécifiques;

4.

rappelle que les fonds pour la reprise et la résilience ne parviennent pas encore aux niveaux régional ou local de gouvernance, où a lieu la mise en œuvre. Il s’agit là d’un véritable défi, étant donné que, selon l’OCDE, 55 % des dépenses publiques et 64 % des investissements publics liés au climat et à l’environnement sont effectués par les gouvernements infranationaux;

Définition du cadre

5.

note qu’en mai 2021, la Commission européenne a défini approximativement la «budgétisation verte» comme un «processus budgétaire dans lequel les contributions environnementales des postes budgétaires sont recensées et évaluées au regard d’indicateurs de performance spécifiques dans le but de mieux aligner les politiques budgétaires sur les objectifs environnementaux»;

6.

fait valoir toutefois la nécessité de fournir une définition unique et claire de la budgétisation verte et du processus sous-jacent, afin de pouvoir évaluer l’incidence des budgets publics sur l’environnement et le climat, qu’il s’agisse des budgets dans leur ensemble ou de certaines parties de ceux-ci, en tenant compte du fait que la budgétisation verte est également une approche de la prise de décision;

7.

souligne que l’OCDE a élaboré un cadre stratégique de budgétisation verte qui offre aux gouvernements un environnement propice pour ce faire, en en définissant la forme, la finalité et la méthode. En outre, ou à titre de complément, la Commission européenne a élaboré en janvier 2022 un cadre de référence européen pour servir de guide à l’introduction de la budgétisation verte ou à la mise à niveau des pratiques existantes dans les États membres de l’UE;

8.

invite la Commission européenne et les États membres à assister les collectivités locales et régionales dans l’application des lignes directrices pour la budgétisation verte ainsi que d’un cadre méthodologique, y compris les propositions existantes pour les gouvernements infranationaux (1), dans le cadre duquel les contributions environnementales des postes budgétaires sont recensées et évaluées à l’aide d’indicateurs de performance environnementale spécifiques, dans le but de mieux aligner les politiques budgétaires locales et nationales sur les objectifs environnementaux;

9.

rappelle toutefois que les méthodes proposées doivent être suffisamment souples pour être adaptées au contexte national (responsabilités infranationales, nomenclature budgétaire, etc.), ainsi qu’au niveau de gouvernement infranational;

10.

invite dans le même temps la Commission européenne à reconsidérer la possibilité d’aller au-delà d’un cadre méthodologique sur la budgétisation verte, notamment en proposant un cadre juridique;

11.

souligne l’importance de définir, au niveau local et régional, des «objectifs budgétaires verts» conformes aux objectifs en matière de climat et de durabilité fixés dans les plans sectoriels (par exemple: plans énergétiques régionaux, plans d’action en faveur de l’énergie durable et du climat [PAEDC], plans de mobilité durable, etc.);

12.

invite les 100 villes européennes sélectionnées par la Commission européenne pour devenir des villes neutres pour le climat et intelligentes d’ici à 2030 à adopter la budgétisation verte en vue de surveiller la mise en œuvre des contrats pour le climat et des plans d’investissement qui les accompagnent, élaborés par les villes et leurs acteurs locaux;

13.

fait observer que le changement climatique a une incidence économique. Ces coûts environnementaux (une externalité négative) sont plus élevés qu’on ne le pensait auparavant, mais les entreprises et les organisations peuvent améliorer leur situation économique en réduisant cette externalité négative et, partant, l’incidence budgétaire. Les entreprises et les organisations peuvent réduire ou supprimer les taxes environnementales en se conformant à la législation sur le climat, de sorte que cette dernière devrait également être considérée comme une chance économique;

Surveillance

14.

estime que la budgétisation verte élaborée au niveau local et régional devrait se concentrer sur les mesures en matière de dépenses et de recettes, et en particulier sur le suivi des documents budgétaires portant sur l’affectation des dépenses. Toutefois, pour rendre l’évaluation plus accessible, seules les dépenses devraient pouvoir être évaluées (dans un premier temps). L’on pourrait évaluer les recettes et les dépenses fiscales dans un deuxième temps, comme le recommande le cadre de référence de l’Union en matière de budgétisation verte;

15.

observe cependant que la création d’un cadre propice allant au-delà des simples outils de budgétisation verte est la seule voie à suivre si l’on veut que cette budgétisation soit couronnée de succès et apporte des avantages à l’échelon local et régional; toutefois, la charge de l’élaboration de ce cadre ne devrait pas incomber uniquement aux collectivités locales et régionales, mais devrait se faire à un niveau supérieur de gouvernement;

16.

estime qu’il est nécessaire d’établir, pour la budgétisation verte locale et régionale, une liste des postes budgétaires qui ont des incidences environnementales nettes spécifiques, susceptibles d’être considérés globalement comme «verts», ainsi qu’une liste de postes ayant des incidences nettes pouvant être globalement considérés comme «bruns» ou «neutres». Cette liste devrait être intégrée dans les lignes directrices et les outils relatifs à la budgétisation verte à l’intention des collectivités locales et régionales qui sont disposées à mettre en œuvre cette budgétisation ou à mettre à niveau leurs pratiques actuelles. Le CdR salue, à cet égard, les efforts déployés par la Commission européenne et l’OCDE pour atteindre cet objectif;

17.

souligne qu’il importe que les collectivités locales et régionales mesurent l’impact des éléments «verts» (écologiques) et «bruns» (non écologiques) sur le plan du changement climatique, tout en s’attaquant aux émissions de CO2, à l’adaptation et à l’atténuation, à la perte de biodiversité, à la pollution de l’air et aux autres pollutions environnementales;

18.

estime que le principe consistant à «ne pas causer de préjudice important» est un moteur pour encourager les collectivités locales et régionales à adopter une méthode de budgétisation verte;

19.

est d’avis qu’une budgétisation verte peut être un outil de prise de décision efficace pour surveiller et évaluer les politiques en matière de climat et de durabilité au moyen d’une stratégie comptable à moyen et long termes en l’intégrant à un plan pluriannuel de travaux publics et de prévision budgétaire; considère qu’un suivi efficace est l’un des aspects essentiels d’une mise en œuvre réussie;

20.

demande la création d’une plateforme de coopération interrégionale, par-delà les frontières nationales mais aussi municipales, visant à échanger les meilleures pratiques et à mettre en place des initiatives de renforcement des capacités afin d’aider les collectivités locales et régionales à écologiser leur budget. La formation devrait guider les collectivités locales et régionales au moyen d’applications pratiques, évaluer les pratiques existantes et relever les défis spécifiques en matière d’écologisation des finances publiques;

21.

invite la Commission européenne et les États membres à élargir l’accès aux initiatives d’appui technique en faveur de la budgétisation verte, qui sont actuellement disponibles surtout au niveau national. À cet égard, le CdR est disposé à mettre en place, en coopération avec la Commission européenne, l’OCDE, l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE) et d’autres acteurs concernés, une formation obligatoire sur la budgétisation verte à l’intention de ses membres, laquelle constituerait la première étape d’une sensibilisation à cette approche budgétaire et de la transmission des connaissances pertinentes sur son application;

Favoriser les investissements

22.

rappelle que la budgétisation verte s’entend comme une évaluation du caractère écologique du budget. Toutefois, son objectif ultime devrait également être d’augmenter la proportion de parties «vertes» des budgets, étant donné que la budgétisation verte est l’un des outils de mise en œuvre du pacte vert, dont les collectivités locales et régionales sont responsables. En particulier, cela devrait permettre à l’UE de financer directement les collectivités locales et régionales pour la transition écologique. Le budget de l’Union européenne et ses différents Fonds doivent être sensibles à la diversité que présente l’exposition des pays et des régions aux effets du changement climatique; aussi convient-il que la contribution et le financement de l’Union tiennent compte de la disparité des territoires et de la situation socio-économique de chacun d’entre eux, ainsi que de leur capacité respective à réagir aux effets du changement climatique;

23.

souligne qu’en plus de l’évaluation budgétaire, les collectivités locales et régionales ont besoin d’un financement suffisant grâce à un meilleur accès aux programmes et au soutien à l’élaboration de projets susceptibles d’être financés (y compris des projets de moindre envergure), en regroupant des petits projets en vue de réaliser les économies d’échelle nécessaires;

24.

réaffirme qu’il sera essentiel de mobiliser des sources de financement privées; les collectivités locales et régionales auront besoin d’une capacité administrative renforcée pour surmonter leur faible capacité d’ingénierie en raison de leur taille et des ressources disponibles;

25.

souligne le potentiel considérable de la méthodologie utilisée dans les exercices budgétaires verts pour évaluer les projets et la possibilité que ces derniers soient financés grâce à l’émission d’obligations vertes afin d’accélérer les investissements à faible intensité de carbone et de renforcer le soutien aux investisseurs, et jouent un rôle essentiel dans la lutte contre le changement climatique et la mise en œuvre de l’accord de Paris. Des initiatives telles que le partenariat mondial pour les obligations vertes (GGBP) soutiennent les efforts déployés par des entités infranationales telles que les villes, les États fédérés et les régions, les organisations et les entreprises privées, ainsi que les institutions financières, pour accélérer l’émission d’obligations vertes;

26.

invite la Commission européenne et les États membres à exempter les investissements «verts» du calcul du déficit public régional et des «règles d’or» limitant la dette, de manière à augmenter ainsi les investissements verts afin d’atteindre les objectifs ambitieux de l’Union et de réduire les émissions de CO2;

27.

fait observer que la Commission européenne a amélioré le financement des activités économiques durables grâce à sa stratégie renouvelée en matière de finance durable et au cadre de la finance durable, en adoptant le règlement sur la taxinomie de la finance durable et le règlement sur la publication d’informations en matière de finance durable; reconnaît l’importance d’intégrer les budgets verts avec des indices de référence «bas carbone» et «bilan carbone positif» afin de mobiliser des capitaux privés dans les investissements publics et de permettre aux investisseurs de mieux appréhender l’empreinte carbone de leurs investissements;

28.

invite la Commission européenne et les États membres à élaborer un certificat de budgétisation verte conforme aux exigences de la taxinomie, dans la mesure appropriée, pour les projets refinancés;

29.

demande que des améliorations significatives soient apportées à la taxinomie en réduisant considérablement le nombre de salariés dans les entreprises auxquelles elle s’applique; accueille favorablement l’inclusion de l’énergie nucléaire dans la taxinomie en tant qu’investissement vert;

Participation et transparence

30.

recommande que les collectivités locales et régionales diffusent auprès des citoyens des rapports de suivi de la budgétisation verte afin de promouvoir l’efficacité, la responsabilité et la transparence des politiques en matière de climat et d’environnement;

31.

préconise l’organisation, à intervalles réguliers, d’audits externes des méthodes de budgétisation verte, et en particulier de l’hypothèse sous-jacente utilisée pour classer les dépenses et les recettes, afin de garantir l’obligation de rendre des comptes et, à terme, de renforcer la confiance du public dans le processus;

32.

appelle de ses vœux un renforcement de l’adhésion des citoyens au programme environnemental. Outre les informations fournies dans le cadre de l’exercice de budgétisation verte, le CdR encourage les villes et les régions à renforcer la budgétisation participative verte en tant que moyen de permettre aux citoyens, en particulier aux conseils locaux de la jeunesse, de faire sienne une partie du budget annuel pour les projets verts qui profitent à leur communauté;

Budgétisation sociale

33.

reconnaît que les budgets verts sont de puissants outils économiques pour transformer les sociétés et les économies et améliorer l’égalité; souligne, par ailleurs, que la budgétisation verte doit être conciliée avec les objectifs sociaux afin de veiller à ce que personne ne soit laissé pour compte;

34.

affirme que les villes et les régions ont un rôle essentiel à jouer pour réussir une transition inclusive vers des énergies à faible niveau d’émission, et souligne que la lutte contre le changement climatique doit devenir une mission prioritaire des communes. Certaines des préoccupations communes des villes portent sur l’incidence éventuelle du changement climatique sur l’aménagement du territoire, la ségrégation et le développement urbain, la santé humaine et la stratification économique. Les investissements dans des infrastructures urbaines à faibles émissions peuvent avoir des effets positifs sur les populations vulnérables et à faibles revenus; c’est pourquoi l’on ne saurait se décharger sur les seules collectivités locales et régionales des efforts nécessaires pour mener à bien la transition écologique. Tant les États membres que l’UE ont la responsabilité de soutenir ces efforts;

35.

estime que la redistribution est essentielle pour ne laisser personne de côté, étant donné que le coût des biens et services à forte intensité de gaz à effet de serre (chauffage et climatisation, location de logements, transport) augmentera fortement en raison des politiques d’atténuation. Dans les pays où ces biens et services sont consommés de manière disproportionnée par les ménages à faibles revenus, les politiques d’atténuation accroîtront les inégalités par l’intermédiaire des dépenses. Il s’impose, pour éviter les déséquilibres sociaux, d’appliquer davantage le principe du pollueur-payeur. La redistribution doit dès lors être conçue de manière à récompenser ceux qui ont un comportement respectueux du climat. La lutte contre le changement climatique relève de la responsabilité de la société dans son ensemble. Le budget de l’Union européenne et ses différents fonds doivent tenir compte des différences socioéconomiques entre les pays et les régions, ainsi que des effets que le changement climatique et les politiques destinées à le combattre exercent sur les inégalités territoriales et sociales, afin que la transition écologique soit le plus juste et le plus inclusive possible.

Bruxelles, le 30 juin 2022.

Le président du Comité européen des régions

Vasco ALVES CORDEIRO


(1) L’Institut de l’économie pour le climat et le Centre pour les régions et les villes de l’OCDE ont déjà élaboré ou sont en train d’élaborer des procédures d’évaluation climatique pour les budgets ou des lignes directrices spécifiques destinées aux collectivités locales et régionales.


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