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Communication — 52023XR0774

CELEX52023XR0774
TypeCommunication
Datejeudi 16 mars 2023

Texte intégral

30.5.2023

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 188/6


Résolution du Comité européen des régions sur l’initiative visant à renforcer le dialogue social

(2023/C 188/02)

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS (CdR),

—

vu la proposition de recommandation du Conseil relative au renforcement du dialogue social dans l’Union européenne (1),

—

vu la communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions intitulée «Renforcer le dialogue social dans l’Union européenne: exploiter tout son potentiel au service de transitions justes» (2),

1.

se félicite de l’initiative de la Commission européenne sur le renforcement du dialogue social, qui vise à placer celui-ci au cœur de la prise de décision aux niveaux européen et national, répond à la nécessité d’un dialogue social solide à tous les niveaux et fournit des orientations quant à la meilleure manière de renforcer le dialogue social et la négociation collective;

2.

rappelle qu’en vertu de l’article 152 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), l’Union facilite le dialogue entre les partenaires sociaux, dans le respect de leur autonomie, tandis que la Commission a pour tâche de promouvoir et de faciliter le dialogue social européen, conformément à l’article 154 du TFUE. L’initiative de la Commission constitue en outre une mesure d’application du principe no 8 du socle européen des droits sociaux, selon lequel les partenaires sociaux doivent être consultés sur la conception et la mise en œuvre des politiques économiques, sociales et de l’emploi. Le CdR souligne dès lors l’importance que revêtent de telles synergies, mettant en avant la demande de transparence accrue, de participation à plusieurs niveaux, de démocratisation et de participation significative des partenaires sociaux dans le cadre du processus du semestre européen qu’il a lui-même formulée;

3.

est d’avis que les réformes du marché du travail entreprises à l’échelon national doivent contribuer à la mise en œuvre du socle européen des droits sociaux. Le CdR attend de la Commission qu’elle analyse les réformes du travail exposées dans les plans nationaux pour la reprise et la résilience en ce qui concerne ces aspects particuliers;

4.

souligne que l’initiative de la Commission concorde avec les propositions de la conférence sur l’avenir de l’Europe, en particulier avec sa proposition no 13 sur le dialogue social et les négociations collectives comme moyen de rendre les marchés du travail inclusifs, et avec la proposition no 39.5, selon laquelle il faut garantir des mécanismes et processus appropriés de dialogue civil et social à toutes les étapes de la prise de décision au niveau de l’Union;

5.

estime qu’il est urgent de renforcer le dialogue social aux niveaux européen, national, local et sectoriel, en raison des nombreuses pressions qu’engendrent les effets des transitions sur le travail ainsi que la baisse de la proportion de travailleurs couverts par des conventions collectives, laquelle est passée de 66 % en 2000 à 56 % en 2019;

6.

insiste sur le fait que, bien souvent, les travailleurs des petites entreprises ou ceux qui occupent des emplois atypiques ne sont pas couverts par des conventions collectives ou y sont sous-représentés. Le CdR fait aussi remarquer que les travailleurs des plateformes sont fréquemment empêchés d’exercer leurs droits fondamentaux à la liberté d’association et à la négociation collective, notamment par manque d’outils de communication communs et de possibilités de se réunir en ligne ou en personne (3);

7.

relève que, pour que le dialogue social devienne la norme lorsque l’Union et les États membres élaborent des politiques influant sur le monde du travail, il faut le promouvoir aussi bien au niveau intersectoriel qu’à l’échelle sectorielle. Cette démarche doit notamment concerner la négociation collective, l’appui au renforcement des capacités, les conditions propices à une plus grande couverture des négociations collectives et la promotion active de la valeur ajoutée du dialogue social;

8.

souscrit à l’analyse de la Commission concernant la contribution pertinente du dialogue social pour garantir l’équité sociale, une gestion efficace des crises — en particulier pendant la pandémie de COVID-19 — et une gestion équitable du changement; durant la pandémie, à l’échelon local et régional, les partenaires sociaux ont joué un rôle crucial en continuant à fournir des services publics essentiels malgré la difficulté du contexte économique et financier;

9.

partage l’avis de la Commission selon lequel le dialogue social est loin d’être correctement mis en place partout en Europe; rappelle que le dialogue social sectoriel, y compris au niveau local et régional, est une condition préalable fondamentale pour atteindre un niveau élevé de couverture des négociations collectives;

10.

presse les États membres de mettre en œuvre la directive relative à des salaires minimaux adéquats (4), qui leur impose de faire en sorte que, lors de l’attribution et de l’exécution de marchés publics ou de contrats de concession, les opérateurs économiques et leurs sous-traitants respectent les obligations applicables concernant les salaires, le droit d’organisation et les négociations collectives sur la fixation des salaires;

11.

salue la proposition de la Commission de nommer un coordinateur du dialogue social dans chacune de ses directions générales et de s’engager à associer davantage les partenaires sociaux interprofessionnels en amont de son programme de travail. Cela permettrait de garantir une approche plus cohérente des consultations des partenaires sociaux et de s’assurer qu’ils sont dûment consultés, conformément à l’article 154 du TFUE;

12.

insiste pour que l’initiative de la Commission soit suivie d’une aide administrative, financière, juridique et politique soutenue destinée aux partenaires sociaux sectoriels européens et à leurs affiliés nationaux pour renforcer les capacités des partenaires sociaux à s’investir dans le dialogue social au niveau tant national qu’européen, dans le respect de leur autonomie, du principe de subsidiarité et des compétences des États membres;

13.

fait valoir que les collectivités locales et régionales jouent un rôle essentiel dans la promotion du dialogue social, étant donné que leurs administrations publiques emploient plus de 12,3 millions de travailleurs pour fournir un large éventail de services publics (5), et qu’elles restent au plus près des PME et de la main-d’œuvre locale dans les régions. Les collectivités locales et régionales, tout comme les organisations de travailleurs, ont une connaissance du terrain, qui constitue le meilleur préalable à l’instauration d’un dialogue social et à la conclusion d’accords durables et flexibles. Les États membres devraient donc veiller à ce que des structures adéquates de dialogue social soient en place pour favoriser la négociation collective et relever les défis correspondants liés à l’emploi dans les administrations locales et régionales;

14.

souligne l’importance que revêt le comité de dialogue social sectoriel européen pour les administrations locales et régionales (6) en tant qu’employeurs afin de veiller à ce que leurs besoins, leurs intérêts et leurs spécificités, tout comme ceux de leurs travailleurs, soient pris en compte dans la législation de l’Union sur l’organisation et les conditions de travail. Le CdR met aussi en avant les travaux considérables accomplis à ce jour par ce comité sur des questions pertinentes telles que la restructuration, la numérisation, la migration et la lutte contre la discrimination, la santé et la sécurité au travail, la lutte contre les violences commises par des tiers, ou encore l’égalité entre les hommes et les femmes, et il invite les partenaires du dialogue social à s’engager plus largement à mettre en œuvre les recommandations émises;

15.

relève la référence à la communication de la Commission intitulée «Mettre à profit les talents dans les régions européennes», qui a récemment été adoptée et énonce qu’il est essentiel de renforcer la participation des partenaires sociaux dans les régions confrontées à un piège de développement des talents, ou susceptibles de l’être, pour mettre au point des solutions territorialisées à même d’offrir de meilleures conditions de travail et des salaires adéquats, ainsi que pour remédier aux pénuries de compétences et de main-d’œuvre;

16.

invite les partenaires sociaux européens à interagir avec les plateformes de consultation du CdR, telles que le réseau de pôles régionaux (RegHubs) (7), qui consacrera en 2023 l’une de ses consultations à la directive sur le temps de travail (8), un sujet particulièrement important pour le dialogue social européen;

17.

note la nécessité d’analyser les effets qu’entraîne la privatisation de services publics traditionnellement fournis par les collectivités nationales, régionales ou locales (énergie, eau, transports, services postaux, etc.) sur le dialogue social et les procédures de négociation collective; réaffirme qu’il est nécessaire de préserver le dialogue social et les procédures de négociation collective, tout comme de mettre en place des mesures pour éviter la détérioration des conditions de travail à la suite d’un changement de propriétaire;

18.

souligne l’augmentation des cas de violences émanant de tiers, en particulier à l’égard des femmes (9), qui touchent également les travailleurs employés par les collectivités locales et régionales, compte tenu du grand nombre de femmes présentes dans les services généralement fournis par ces collectivités (tels que les soins de santé et les services sociaux); fait également observer la proximité qui existe entre les auteurs des violences par les tiers et leurs victimes;

19.

souligne l’importance du dialogue social pour améliorer la politique et le dialogue en matière de migration de la main-d’œuvre, et renvoie sur ce point à son avis intitulé «Migration légale — Attirer des compétences et des talents dans l’UE» (10) ainsi qu’aux lignes directrices communes intitulées «Migrations et renforcement des mesures anti-discriminatoires dans les administrations locales et régionales», adoptées par le comité de dialogue social sectoriel pour les administrations locales et régionales (11). Dans ce contexte, le CdR attire également l’attention sur la proposition no 41.1 de la conférence sur l’avenir de l’Europe, consistant à lancer une campagne de communication à travers l’Union pour mieux faire connaître l’existence du réseau européen de coopération des services de l’emploi (EURES), du portail de l’Union sur l’immigration et de l’outil européen de profilage des compétences des ressortissants de pays tiers auprès des entreprises de l’Union qui recrutent des ressortissants de pays tiers. Par ailleurs, la Commission devrait encourager les États membres à simplifier le processus d’accueil et d’intégration des migrants en situation régulière ainsi que leur accès au marché du travail de l’Union;

20.

demande que soit renforcée l’égalité de traitement des travailleurs ressortissants de pays tiers, notamment en ce qui concerne les conditions de travail, la liberté d’association et d’affiliation et les prestations de sécurité sociale, en tenant compte des formes intersectionnelles de discrimination fondée sur le sexe, l’âge, l’orientation et l’identité sexuelles, la religion, etc.;

21.

rappelle que l’Organisation internationale du travail (OIT) plaide pour que les autorités du travail abordent la migration de la main-d’œuvre en coopération avec les partenaires sociaux, dans le but d’élaborer des politiques crédibles et durables en matière de migration de main-d’œuvre et de lutte contre la discrimination, qui soient cohérentes et fondées sur les droits, tiennent compte des circonstances locales et régionales et puissent, à ce titre, contribuer aux processus d’inclusion régionale;

22.

accueille favorablement les mesures supplémentaires exposées dans le paquet «Compétences et talents», y compris la création d’un projet pilote de l’Union sur les talents qui cible spécifiquement les personnes fuyant l’invasion de l’Ukraine par la Russie et la proposition relative au réservoir européen de talents, ainsi que le plan visant à étendre ce dernier aux réfugiés résidant dans l’Union. Le CdR souligne que, lors de la conception de ces outils, il convient de redoubler d’efforts pour prendre également en considération les compétences non techniques pertinentes que peuvent apporter les demandeurs d’emploi et pour mettre en place des programmes de migration de main-d’œuvre équitables, accessibles et faciles à appliquer, car des procédures excessivement bureaucratiques sont susceptibles d’entraver l’accès des réfugiés au marché du travail, ce qui risque de les exposer de plus en plus au travail précaire ainsi qu’aux abus et à l’exploitation;

23.

met en avant le rôle joué par l’Autorité européenne du travail (AET) pour garantir que les règles de l’Union en matière de mobilité de la main-d’œuvre et de coordination de la sécurité sociale soient appliquées d’une manière juste, simple et efficace, notamment grâce à la fourniture d’informations, à des inspections concertées et conjointes, à une coopération administrative renforcée et à la promotion de la mobilité professionnelle, en particulier par l’intermédiaire du réseau EURES;

24.

note avec satisfaction que le programme de travail des partenaires sociaux de l’Union comprend des enjeux liés aux pénuries de compétences et les meilleurs moyens de mener à bien une transition juste. Le CdR insiste sur le rôle que les régions et les villes jouent dans ces domaines en qualité d’employeurs et demande par conséquent qu’elles soient représentées de manière adéquate lors des réunions pertinentes des partenaires sociaux interprofessionnels;

25.

accueille positivement la recommandation du Conseil visant à assurer une transition équitable vers la neutralité climatique, notamment l’exigence d’intégrer des objectifs de transition équitable dans l’élaboration des politiques à tous les niveaux, d’encourager les collectivités régionales et locales à jouer un rôle actif dans l’élaboration, la mise en œuvre et le suivi des politiques de transition équitable et d’associer activement les partenaires sociaux aux niveaux national, régional et local, tout en respectant leur autonomie;

26.

fait valoir le rôle essentiel joué par les collectivités locales et régionales en qualité d’employeurs pour garantir que les partenaires sociaux soient dûment associés à la mise en œuvre des politiques soutenues par le Fonds social européen plus et qu’ils bénéficient du renforcement des capacités adéquat, et encourage leur participation active à cet égard. Le CdR se félicite, dans ce contexte, de l’obligation de consacrer au moins 0,25 % des fonds au soutien du renforcement des capacités des partenaires sociaux pour les pays qui se sont vu adresser une recommandation par pays sur le dialogue social. La prise de mesures uniquement au niveau des États membres empêchera la création de synergies précieuses;

27.

charge son président de transmettre la présente résolution à la Commission européenne, au Parlement européen, aux présidences suédoise et espagnole du Conseil de l’Union européenne et au président du Conseil européen.

Bruxelles, le 16 mars 2023.

Le président du Comité européen des régions

Vasco ALVES CORDEIRO


(1) COM(2023) 38 final.

(2) COM(2023) 40 final.

(3) Avis du Comité européen des régions sur l’amélioration des conditions de travail dans le cadre du travail via une plateforme (JO C 375 du 30.9.2022, p. 45).

(4) Directive (UE) 2022/2041 du Parlement européen et du Conseil du 19 octobre 2022 relative à des salaires minimaux adéquats dans l’Union européenne (JO L 275 du 25.10.2022, p. 33).

(5) Eurofound, Representativeness of the European social partner organisations: Local and regional government sector and social services (Représentativité des organisations de partenaires sociaux européens: secteur des pouvoirs locaux et régionaux et services sociaux), 2020.

(6) Le comité de dialogue social sectoriel pour les administrations locales et régionales se compose des deux partenaires sociaux sectoriels qui se reconnaissent mutuellement dans le secteur des administrations locales et régionales: le Conseil des communes et régions d’Europe (CCRE) et la Fédération syndicale européenne des services publics (FSESP).

(7) https://portal.cor.europa.eu/reghub/Pages/default.aspx

(8) Directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003 concernant certains aspects de l’aménagement du temps de travail (JO L 299 du 18.11.2003, p. 9).

(9) https://www.etuc.org/fr/document/safe-home-safe-work-rapport-final

(10) Avis du Comité européen des régions — Migration légale — Attirer des compétences et des talents dans l’UE (JO C 79 du 2.3.2023, p. 59).

(11) Base de données de textes sur le dialogue social — Emploi, affaires sociales et inclusion — Commission européenne (europa.eu).


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