COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 25.9.2024
COM(2024) 422 final
RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS
sur la mise en œuvre des cadres stratégiques nationaux en faveur des Roms à la lumière du cadre stratégique de l’UE pour l’égalité, l’inclusion et la participation des Roms et de la recommandation du Conseil sur l’égalité, l’inclusion et la participation des Roms
Table des matières
INTRODUCTION
1. PROGRÈS ACCOMPLIS
1.1 POINTS DE CONTACT NATIONAUX POUR LES ROMS
1.2 LUTTE CONTRE L’ANTITSIGANISME
1.3 ÉDUCATION, EMPLOI, SANTÉ ET LOGEMENT
1.4 SUIVI, OBJECTIFS ET INDICATEURS
1.5 INTÉGRATION
1.6 PARTICIPATION
1.7 FINANCEMENT
2. PROMOTION DE L’ÉGALITÉ, DE L’INCLUSION ET DE LA PARTICIPATION DES ROMS DANS LES PAYS CONCERNÉS PAR L’ÉLARGISSEMENT
3. ACTION DE L’UNION
CONCLUSION
INTRODUCTION
La Commission a placé l’égalité au cœur de son programme d’action, s’efforçant ainsi de bâtir une Union de l’égalité dans laquelle tous les citoyens peuvent vivre sans discrimination. À cette fin, elle met en œuvre des stratégies spécifiquement axées sur l’égalité.
Dans le cadre de cette action, la Commission a renforcé son engagement en faveur des Roms vivant dans l’UE et au-delà en adoptant, en octobre 2020, un nouveau cadre stratégique de l’UE pour l’égalité, l’inclusion et la participation des Roms (ci-après le «cadre stratégique de l’UE pour les Roms»).
Ce cadre repose sur les valeurs fondamentales que sont l’égalité et la non-discrimination ainsi que le respect de la dignité humaine et des droits de l’homme, y compris les droits des personnes appartenant à des minorités, consacrés à l’article 2 du traité sur l’Union européenne. Il tient compte également des enseignements tirés de l’évaluation du précédent cadre de l’UE. L’amélioration de la situation des Roms est une question de droits fondamentaux, d’équité et de cohésion. Elle profite également à l’économie en aidant les personnes sous-représentées ou exclues du marché du travail à trouver un emploi, remédiant par là même aux pénuries de main-d’œuvre et de compétences.
L’Europe a encore un long chemin à parcourir avant de parvenir à une véritable égalité pour les Roms, qui constituent sa plus grande minorité ethnique. La marginalisation des Roms reste très répandue, et un grand nombre d’entre eux doivent toujours faire face à des discriminations importantes, à l’antitsiganisme et à l’exclusion socio-économique dans leur vie quotidienne. C’est pourquoi le cadre stratégique de l’UE pour les Roms comporte une nouveauté essentielle, à savoir une approche globale fondée sur trois piliers pour promouvoir: i) l’égalité; ii) l’inclusion sociale et économique; et iii) la participation des Roms à la vie politique, sociale, économique et culturelle. Ce cadre est assorti d’une recommandation du Conseil sur l’égalité, l’inclusion et la participation des Roms, adoptée à l’unanimité le 12 mars 2021, par laquelle les États membres se sont engagés à adopter et à mettre en œuvre des cadres stratégiques nationaux en faveur des Roms.
Le cadre de l’UE fixe des objectifs au niveau de l’UE et, pour la première fois, des objectifs ciblés de nature quantitative à atteindre d’ici à 2030. Les États membres ont été encouragés à transposer ces objectifs dans les cadres nationaux en faveur des Roms qu’ils devaient mettre en place avant 2021. Suivant une approche commune mais différenciée, la Commission a invité tous les États membres à inclure dans ces cadres une série de caractéristiques communes et d’engagements minimaux. Dans le même temps, les États membres comptant une importante population rom (c’est-à-dire largement supérieure à 1 %) ont été invités à prendre des engagements plus ambitieux. Afin de mesurer les progrès accomplis dans la réalisation des objectifs au niveau de l’UE, la Commission a mis à la disposition des États membres un portefeuille d’indicateurs parmi lesquels ils peuvent choisir, en fonction de leur contexte national.
Dans son rapport d’évaluation de janvier 2023 , la Commission a évalué les cadres nationaux en faveur des Roms au regard des engagements pris par les États membres dans la recommandation du Conseil, et a fourni des orientations concernant les domaines nécessitant des améliorations. Ces domaines sont les suivants:
·le fonctionnement des points de contact nationaux pour les Roms (PCNR);
·combattre et prévenir l’antitsiganisme;
·éliminer la ségrégation dans les domaines de l’éducation et du logement;
·fixer des objectifs ciblés et des indicateurs;
·intégrer la question de l’inclusion des Roms; et
·renforcer la participation des Roms.
La Commission a invité les États membres à se fonder sur ces orientations pour renouveler ou actualiser leurs cadres nationaux en faveur des Roms et/ou leurs plans d’action connexes, de façon à relever leur niveau d’ambition, notamment en allouant les ressources nécessaires par l’intermédiaire des budgets nationaux et/ou des fonds de l’UE.
Comme prévu dans le cadre stratégique de l’UE pour les Roms et dans la recommandation du Conseil, les États membres devaient, à partir de 2023, adresser tous les deux ans à la Commission un rapport sur les progrès accomplis. Ces rapports servent de base aux rapports bisannuels de la Commission au Parlement européen et au Conseil.
Le présent rapport de la Commission évalue la mise en œuvre des cadres nationaux en faveur des Roms ainsi que leur pertinence pour progresser dans la réalisation des objectifs pour 2030. Il est fondé sur les rapports présentés par les États membres et couvre la période comprise entre l’adoption des nouveaux cadres nationaux en faveur des Roms, en 2021/2022, et juin 2023. Le rapport se concentre sur les domaines dont la Commission a estimé, dans son bilan initial, qu’ils nécessitaient des améliorations et un suivi supplémentaires, mais aborde également brièvement d’autres domaines sectoriels ainsi que l’utilisation des fonds. Il rend compte de la situation jusqu’en juin 2023, et inclut toutes les améliorations (et modifications) apportées aux cadres nationaux en faveur des Roms. Les futurs rapports feront le point sur les progrès accomplis dans la mise en œuvre de l’ensemble du cadre stratégique de l’UE pour les Roms et de la recommandation du Conseil.
Outre les rapports présentés par les différents États membres, le présent rapport de la Commission comprend des contributions recueillies lors de la 16e plateforme européenne pour l’intégration des Roms organisée à Madrid le 30 novembre 2023, de la réunion du groupe de consultation des organisations de la société civile (OSC) roms organisée le 12 décembre 2023, et d’un appel à contributions.
1.PROGRÈS ACCOMPLIS
La présente section présente une évaluation des actions entreprises par les États membres depuis l’adoption de leurs cadres nationaux en faveur des Roms dans les domaines désignés par la Commission en 2023 comme nécessitant des améliorations. Elle aborde également brièvement d’autres domaines sectoriels ainsi que l’utilisation des fonds. Elle comprend des exemples d’évolutions prometteuses réalisées dans les États membres, ainsi que des recommandations en vue d’améliorations conformément au cadre stratégique de l’UE pour les Roms et à la recommandation du Conseil, en tenant compte de l’approche commune mais différenciée selon les États membres.
1.1 POINTS DE CONTACT NATIONAUX POUR LES ROMS
Des PCNR sont désignés dans tous les États membres pour coordonner les stratégies en faveur des Roms au niveau national. À titre d’engagement minimal, le cadre stratégique de l’UE pour les Roms a invité les États membres à doter leur PNCR d’un mandat clair et de ressources/effectifs suffisants pour exécuter leur mandat, notamment la sensibilisation au niveau local. En outre, les États membres, en particulier ceux comptant d’importantes populations roms, ont été invités à veiller à ce que leurs PCNR soient associés à la conception des politiques d’inclusion sociale et des services universels, y compris, le cas échéant, à la prise de décision concernant la programmation et le suivi des fonds de l’UE. Dans son évaluation de 2023, la Commission a souligné que, de manière générale, les États membres n’avaient pas suffisamment renforcé leurs PCNR dans les domaines du financement et des effectifs.
Au cours de la période considérée, 15 États membres (CY, CZ, DE, EL, ES, FI, IE, NL, FR, LV, PT, RO, SE, HR, SK) ont renforcé le rôle de leur PCNR, par exemple en augmentant ses effectifs ou le budget alloué. Autres mesures prises par les États membres: i) reconfiguration de leur structure institutionnelle; ii) création de la fonction de commissaire chargé des questions roms; iii) mise en place d’un comité de suivi de la mise en œuvre du cadre stratégique; iv) développement des liens avec les communautés roms et promotion du dialogue avec les OSC roms; et v) passation de contrats d’assistance technique pour la mise en œuvre et le suivi. Dans 12 États membres (BG, CZ, DE, EL, ES, FI, HR, HU, IT, PT, SI, SK) , les PCNR participent en tant que membres à part entière aux comités de suivi des programmes cofinancés par l’UE.
Les PCNR de 10 États membres (BE, CZ, EE, ES, HR, HU, IT, LT, PL, SI) ont indiqué que, pour être en mesure d’assurer efficacement leur rôle, ils avaient besoin d’un soutien ou de ressources supplémentaires au niveau national. D’une manière générale, la plupart des organisations ayant répondu à l’appel à contributions ont indiqué que les PCNR ne disposaient pas de ressources suffisantes et que leurs capacités d’action dans les processus décisionnels et la mise en œuvre des programmes financés par l’UE étaient limitées.
Exemples d’évolutions prometteuses
·La Tchéquie a nommé une femme rom au poste de commissaire du gouvernement aux affaires des minorités roms afin de promouvoir l’intégration des Roms et de renforcer la mise en œuvre des politiques et la coopération avec le Conseil du gouvernement chargé des affaires des minorités roms.
·En Croatie, le budget et les effectifs du PNCR ont été revus à la hausse. Le PNCR a renforcé la coopération avec les niveaux régional et local et propose une formation en matière de lutte contre la discrimination aux prestataires de services publics qui interviennent dans la mise en œuvre des fonds de l’UE.
·Le Bureau du plénipotentiaire du gouvernement de la République slovaque pour les communautés roms a été désigné comme organisme intermédiaire pour le programme Slovaquie afin de superviser la conception et la mise en œuvre de projets en faveur de l’intégration des Roms. Les ressources allouées au PNCR ont été augmentées, ce qui a permis de recruter 112 personnes.
·La Grèce a mis en place une commission gouvernementale pour l’inclusion sociale des Roms afin de permettre une planification stratégique, un suivi et une évaluation systématiques de la stratégie nationale en faveur des Roms pour la période 2021-2030, ainsi que la coordination efficace de tous les ministères et organes du gouvernement central concernés pour la mise en œuvre des mesures visant à promouvoir l’inclusion sociale des Roms.
| Recommandations en vue d’améliorations Conformément au cadre stratégique de l’UE pour les Roms, les États membres, et en particulier ceux qui comptent d’importantes populations roms, devraient: ·doter leur PCNR d’un mandat institutionnel approprié (ainsi que d’effectifs et de ressources financières suffisantes) et renforcer leurs capacités en ce qui concerne: i) la coordination intersectorielle; ii) l’intégration et le suivi; et iii) la coopération avec les autorités régionales et locales et les parties prenantes; ·renforcer encore le rôle des PCNR dans la prise de décision, la conception des appels à propositions et la mise en œuvre des programmes financés par l’UE. |
1.2 LUTTE CONTRE L’ANTITSIGANISME
L’antitsiganisme est la cause profonde de l’exclusion des Roms et se manifeste sous diverses formes telles que le racisme anti-Roms, la discrimination, les préjugés, les stéréotypes, la stigmatisation, et les discours et les crimes de haine. Le cadre stratégique de l’UE pour les Roms désigne la lutte contre la discrimination et l’antitsiganisme comme un objectif clé et une priorité transversale dans chaque domaine d’action. Conformément à la recommandation du Conseil, les États membres devraient consolider leurs efforts pour adopter et mettre en œuvre des mesures de lutte contre l’antitsiganisme. Selon l’Eurobaromètre de 2023 sur la discrimination dans l’UE, 65 % des citoyens de l’UE estiment que la discrimination à l’égard des Roms est largement répandue dans leur pays, contre 61 % en 2019.
En 2023, la Commission a constaté qu’un certain nombre d’États membres n’avaient pas encore établi de plans pour combattre et prévenir l’antitsiganisme, et les a vivement encouragés à le faire dans les meilleurs délais. Les États membres ont également été invités à revoir leurs objectifs et leurs mesures de lutte contre l’antitsiganisme, et à ajuster leur niveau d’ambition en fonction de l’ampleur du problème.
La plupart des États membres (AT, BE, BG, CY, CZ, DE, EL, ES, FI, FR, HR, HU, IE, IT, LV, NL, PT, RO, SE, SI, SK) ont indiqué avoir mis au point des mesures spécifiques pour lutter contre l’antitsiganisme. Au total, 13 États membres (AT, BG, CZ, DE, ES, FR, IE, IT, LU, PT, RO, SI, SK) incluent l’antitsiganisme et la discrimination à l’égard des Roms en tant que catégorie distincte dans leurs rapports ou enquêtes sur la lutte contre les discriminations. En outre, la majorité des États membres reconnaissent explicitement l’antitsiganisme dans leurs cadres juridiques et/ou leurs politiques (BE, BG, CZ, DE, ES, FR, HR, IE, LV, PT, RO, SE, SI, SK). Dans 21 États membres (AT, BE, BG, CZ, DE, EL, ES, FI, FR, HR, HU, IE, IT, LT, LV, PL, PT, RO, SE, SI, SK), les organismes pour l’égalité de traitement enregistrent des cas d’antitsiganisme et/ou de discrimination à l’égard des Roms.
Les États membres ont fourni des informations sur la mise en œuvre d’une série d’initiatives, telles que: i) la formation des services répressifs, des juges, des procureurs, des fonctionnaires, des prestataires de services et des établissements scolaires; et ii) l’organisation de plateformes de dialogue avec la société civile rom. Toutefois, la portée de ces mesures est limitée. Les OSC qui ont répondu à l’appel à contributions ont encouragé les États membres à intensifier leurs efforts pour combattre l’antitsiganisme, en insistant sur le fait que l’antitsiganisme constituait le principal obstacle à l’accès des Roms à de nombreux domaines de la vie. Elles ont également souligné la nécessité de prévenir les pratiques discriminatoires en matière répressive.
Des évolutions positives ont été observées dans ce domaine. Il convient toutefois de redoubler d’efforts pour reconnaître l’antitsiganisme et ses répercussions négatives sur la vie des Roms, ainsi que pour mettre en œuvre des mesures efficaces pour le prévenir et l’éliminer durablement.
Exemples d’évolutions prometteuses
·La France organise des formations sur l’antitsiganisme à l’intention des fonctionnaires (policiers, magistrats, enseignants) et surveille les discours de haine à l’égard des Roms postés en ligne.
·L’Allemagne a nommé son premier commissaire fédéral à la lutte contre l’antitsiganisme et pour la vie des Sintis et des Roms. Elle a intensifié ses efforts pour combattre l’antitsiganisme au niveau régional par des traités fédéraux et des accords-cadres entre les pouvoirs publics, d’une part, et les Sintis et la société civile rom, d’autre part.
·Dans une résolution du parlement, la Slovaquie a reconnu le racisme anti-Roms comme une forme spécifique de racisme, conformément à la définition opérationnelle donnée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA).
| Recommandations en vue d’améliorations Étant donné que l’antitsiganisme continue de se manifester dans de nombreux États membres, les États membres qui ne l’ont pas encore fait devraient: ·établir des objectifs ciblés et des indicateurs solides de façon à maximiser l’effet des politiques dans ce domaine; ·mettre pleinement en œuvre les mesures transversales de lutte contre l’antitsiganisme dans les politiques sectorielles; ·assurer de manière proactive des possibilités de formation pour les services répressifs axées sur la protection des droits fondamentaux, et utiliser les formations dispensées par le CEPOL. |
1.3 ÉDUCATION, EMPLOI, SANTÉ ET LOGEMENT
Conformément à la recommandation du Conseil et aux objectifs et cibles du cadre stratégique de l’UE pour les Roms, les États membres devraient: i) promouvoir l’égalité d’accès effective des Roms à une éducation, à un emploi, à un logement et à des soins de santé de qualité; et ii) lutter contre la discrimination dans ces domaines, conformément au cadre juridique applicable de l’UE.
Dans son évaluation de 2023, la Commission a constaté que le domaine de l’éducation était celui dans lequel les États membres prévoyaient les mesures de plus étendues; en revanche, les mesures dans les domaines de l’emploi, de la santé et du logement ne sont pas toujours suffisantes face à l’ampleur et à la complexité des difficultés auxquelles les Roms doivent faire face. La Commission a donc vivement encouragé les États membres comptant une importante population rom à relever leur niveau d’ambition.
Au cours de la période considérée, 14 États membres (AT, BG, DE, EL, ES, FR, HR, HU, IE, IT, PT, RO, SE, SK) ont soit renforcé les mesures existantes dans les domaines de l’éducation, de l’emploi et de la santé, soit adopté des mesures supplémentaires susceptibles de bénéficier aux Roms. Ils ont notamment opté pour une approche intégrée de l’intégration des Roms, combinant des activités de lutte contre la discrimination et l’antitsiganisme avec i) des mesures favorisant un meilleur accès aux services et aux droits; et ii) des investissements dans le développement professionnel des Roms par des politiques actives du marché du travail, y compris pour les femmes et les jeunes. Les États membres ont également fait état de progrès dans les domaines suivants: i) la prévention du problème du décrochage scolaire chez les Roms, et les mesures pour y remédier; ii) la facilitation de l’accès aux services de soins de santé; et iii) la lutte contre la discrimination intersectionnelle touchant les groupes vulnérables.
Bien que les États membres aient inclus diverses mesures visant à favoriser l’inclusion socio-économique des Roms dans des domaines sectoriels, les progrès sont lents et des efforts supplémentaires sont nécessaires. Souvent, les mesures se limitent à des projets au lieu de constituer des réformes systémiques.
Dans les réponses reçues dans le cadre de l’appel à contributions, certaines parties prenantes ont souligné la nécessité pour les États membres de s’attaquer aux obstacles qui empêchent toujours de nombreux Roms d’accéder aux soins de santé, tels que l’extrême pauvreté, la discrimination, le manque d’instruction et la ségrégation spatiale. Ces obstacles ont de graves répercussions sur l’état de santé et l’espérance de vie. Les parties prenantes ont également invité les États membres: i) à s’engager à élaborer des indicateurs de santé; ii) à inclure les médiateurs de santé roms dans leurs stratégies; iii) à surveiller le logement au moyen d’une analyse d’impact sur la santé; et iv) à intégrer la prise en considération de la justice environnementale dans leurs politiques et mesures.
Exemples d’évolutions prometteuses
·La Bulgarie a élaboré une stratégie en matière de logement incluant un programme spécifiquement destiné à apporter une aide directe aux personnes vulnérables, en leur proposant des logements et des rénovations abordables. D’autres initiatives avaient été mises en œuvre précédemment, parmi lesquelles l’ordonnance modifiée du ministère de la santé de 2007, qui visait à dispenser des soins et des examens obstétriques aux femmes non assurées et à réaliser des examens non couverts par l’assurance maladie obligatoire pour les enfants et les femmes enceintes.
·Le programme hongrois en faveur des enfants défavorisés intitulé «Sure-Start Children Centres» est axé sur le développement de la petite enfance et la prise en charge des enfants de moins de trois ans. Les centres sont mis en route avec le soutien de fonds de l’UE, et sont ensuite financés par le budget national. Une autre initiative financée par l’UE, intitulée «Growing Opportunities», propose des formations dans le domaine de l’aide sociale et des soins de santé, principalement aux femmes roms. À la fin de 2021, plus de 1 000 participants avaient obtenu des qualifications nationales et plus de 80 % d’entre eux avaient obtenu un emploi durable et de qualité dans le domaine de la protection sociale ou dans d’autres secteurs.
·L’Italie met en œuvre le projet Acceder‑e, inspiré de l’initiative espagnole Acceder, qui aide les personnes défavorisées à trouver un emploi. En outre, un projet national, financé par le FSE et le FSE+ et intitulé «Educational Inclusion of Roma and Sinti Minors» (intégration des mineurs roms et sintis dans l’éducation), organise des campagnes d’information et de sensibilisation dans les écoles, les centres de formation, les établissements universitaires et les médias afin de lutter contre le sentiment et les préjugés anti-Roms.
·La Roumanie utilise des fonds de la facilité pour la reprise et la résilience pour mettre en œuvre diverses actions en faveur des groupes défavorisés dans les zones rurales, telles que des unités médicales mobiles pour le dépistage du cancer du sein et du cancer du col de l’utérus, des centres communautaires intégrés dotés de services médicaux et un réseau de garderies pour les enfants risquant d’être séparés de leur famille.
·L’Espagne poursuit la mise en œuvre du programme Acceder, soutenu par le FSE, afin d’aider les jeunes Roms à accéder au marché du travail par le placement et la formation. L’initiative espagnole Calí, financée par le FSE, promeut l’égalité des chances et l’inclusion sociale et professionnelle des femmes roms, luttant ainsi contre la discrimination multiple. En outre, le programme Kumpania, soutenu par le FSE+, fournit des services socio-éducatifs adaptés aux jeunes et aux familles roms, favorisant ainsi la scolarisation et encourageant les jeunes Roms à poursuivre leur scolarité, notamment au-delà de la période de scolarité obligatoire.
·En Irlande, les projets pilotes «Supporting Travellers and Roma» (soutien aux Travellers et aux Roms) (STAR) contribuent à l’amélioration des résultats dans le domaine de l’éducation, à la création d’une communauté scolaire inclusive et à la promotion d’une culture du respect et de la protection de l’identité des Travellers et des Roms.
| Recommandations en vue d’améliorations La Commission invite les États membres, en particulier ceux qui comptent une importante population rom: ·à améliorer l’accès et la participation des enfants roms à une éducation de qualité inclusive et exempte de ségrégation; et à réduire le décrochage scolaire et la proportion d’élèves ayant une maîtrise insuffisante des compétences de base, conformément à la recommandation du Conseil concernant l’initiative «Passeport pour la réussite scolaire»; ·à relever leur niveau d’ambition en ce qui concerne l’intégration des Roms sur le marché du travail, à mettre pleinement en œuvre des initiatives visant à activer les groupes sous-représentés et les personnes en situation de vulnérabilité, y compris les Roms; ·à garantir l’accès au logement et aux services essentiels, tels que l’eau de distribution, l’eau potable sûre et propre, des systèmes sanitaires adéquats, les services de collecte et de gestion des déchets, les services environnementaux, l’électricité, le gaz, les transports, les services financiers et les communications numériques, y compris les infrastructures physiques; ·à mettre l’accent sur les connaissances des Roms en matière de santé et la vaccination, en particulier pour les enfants et les adolescents; à créer ou à étendre le rôle de médiateur de santé et à l’intégrer dans le système de santé; et à sensibiliser le personnel médical et social à la lutte contre la discrimination à l’égard des Roms et d’autres communautés issues d’une minorité raciale ou ethnique, et à accroître leurs connaissances à ce sujet. |
Ségrégation dans les domaines de l’éducation et du logement
La ségrégation est l’une des formes les plus extrêmes de racisme et d’exclusion et est interdite par le droit de l’Union. Avec le cadre stratégique de l’UE pour les Roms et la recommandation du Conseil, les États membres comptant d’importantes populations roms ont été invités à inclure dans leurs cadres nationaux un plan ou un ensemble de mesures visant à éliminer la ségrégation dans l’éducation et le logement.
Dans son évaluation de 2023, la Commission a constaté que les plans mis en place par les États membres en vue de la déségrégation dans les domaines de l’éducation et du logement n’étaient pas suffisants pour répondre à l’ampleur du problème. Elle a donc invité les États membres à redoubler d’efforts dans ces domaines, et notamment à s’attaquer au problème des erreurs de diagnostic, qui conduisent au placement inapproprié d’enfants roms dans l’enseignement spécialisé.
Pour résoudre ces problèmes, la Commission a vivement encouragé les États membres à tirer pleinement parti des fonds de l’UE à leur disposition. Les fonds de l’UE apportent un soutien important aux États membres pour lutter contre la ségrégation. La prévention de toute discrimination fondée, entre autres, sur la race ou l’origine ethnique, le respect des droits fondamentaux et le respect de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne constituent des principes horizontaux de la politique de cohésion pour l’élaboration et la mise en œuvre des programmes. Les États membres sont également tenus, comme condition préalable aux investissements, de mettre en place des cadres stratégiques pertinents, y compris des mesures visant à prévenir et à combattre la ségrégation.
Au cours de la période considérée, les États membres comptant une importante population rom ont indiqué qu’ils étaient conscients de la nécessité de s’attaquer à la ségrégation tant spatiale que dans l’éducation et des liens existant entre ces deux questions. Au total, 14 États membres ont indiqué faire face à un phénomène de ségrégation, 2 (EL, FI) faisant face à une ségrégation spatiale, et 12 (BE, BG, CZ, ES, HR, HU, IT, NL, PT, RO, SI, SK) à une ségrégation spatiale et une ségrégation dans l’éducation. Toutefois, les progrès sont limités et généralement lents. D’après les données fournies par l’enquête sur les Roms menée en 2021 par l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA), la situation demeure très préoccupante. Comme indiqué lors de la 16e plateforme européenne pour l’intégration des Roms, le manque de volonté politique et de capacités au niveau local est l’un des principaux obstacles à la lutte contre la ségrégation spatiale et en matière d’éducation.
La ségrégation dans le domaine de l’éducation reste un défi majeur pour plusieurs États membres, ce qui témoigne d’une aggravation de la situation, les progrès étant minimes voire nuls. Seuls trois États membres (CZ, ES, HU) ont indiqué avoir mis en place des programmes ou des plans régionaux ou locaux de déségrégation dans l’éducation. Cinq États membres (CZ, ES, HR, HU, SK) se sont engagés à procéder à une estimation de l’ampleur de ce problème. Il est extrêmement important d’améliorer les données sur la ségrégation dans l’éducation dans tous les États membres, en particulier dans ceux qui comptent d’importantes populations roms et dans ceux où la ségrégation des enfants roms dans l’éducation a été signalée.
Sur la base de la directive européenne sur l’égalité raciale, la Commission a ouvert trois procédures d’infraction (contre la Tchéquie en 2014, la Slovaquie en 2015, et la Hongrie en 2016) pour discrimination à l’égard des enfants roms dans l’éducation. En 2023, elle a saisi la Cour de justice de l’Union européenne d’un recours contre la Slovaquie au motif qu’elle n’a pas résolu efficacement ce problème. La Commission suit de près la situation des enfants roms dans les systèmes éducatifs des États membres concernés.
Pour lutter contre la ségrégation spatiale, 14 États membres (BE, BG, CZ, EL, ES, FI, HR, HU, IT, NL, PT, RO, SI, SK) ont mis en place des mesures spécifiques. Neuf d’entre eux (BG, CZ, EL, ES, HU, IT, PT, RO, SK) ont recours à des fonds de l’UE à cette fin. Plusieurs États membres comptant d’importantes populations roms (BG, CZ, RO, SK) i) mettent en œuvre des programmes de logement social et de relocalisation; ii) améliorent les infrastructures dans les localités où vivent des Roms; iii) éradiquent les bidonvilles; et iv) surveillent la présence de Roms dans des localités isolées.
Huit États membres (BG, CZ, EL, ES, HR, IT, RO, SK) ont indiqué avoir une estimation de l’ampleur de la ségrégation spatiale. Toutefois, étant donné qu’il n’existe généralement pas d’informations actualisées sur le nombre de Roms vivant dans des logements isolés, il est difficile de mesurer correctement les progrès accomplis. Les principaux défis auxquels les États membres doivent faire face dans ce domaine sont les suivants: i) une pénurie de logements abordables et de terrains de caravanage (BE, CZ, ES, FI, HR, NL, PT, RO); ii) l’accès aux services collectifs et aux autres infrastructures (BE, BG, EL, HU, SI, SK); iii) la pauvreté (CZ, FI, HU, RO, SK); iv) les logements illégaux/informels et les expulsions ou le risque d’expulsions (BE, BG, RO, SI, SK); et v) l’antitsiganisme (CZ, ES, SK).
Les récentes conclusions du Conseil, dans lesquelles celui-ci a recommandé aux États membres d’utiliser au mieux les outils financiers à leur disposition et d’assurer la complémentarité de ces outils avec les fonds de l’UE afin d’améliorer la situation des Roms en matière de logement et de mettre fin à la ségrégation dans ce domaine, témoignent de l’attention qui est portée à cette question. C’était également le thème de la 16e plateforme européenne pour l’intégration des Roms qui s’est tenue en novembre 2023. Les participants ont souligné qu’il était urgent d’améliorer les conditions économiques et les conditions de vie dans les campements ou les bidonvilles exclus et isolés dans lesquels vivent de nombreux Roms, en adoptant une approche intégrée avec pour objectif à long terme la désagrégation résidentielle. Cette urgence a également été exprimée par la plupart des organisations ayant répondu à l’appel à contributions. Le groupe de consultation des OSC a insisté sur la nécessité d’adopter dans ce domaine une approche globale qui puisse aller au-delà de la construction ou de la rénovation de logements, afin de promouvoir également la déségrégation et de favoriser la diversité et l’inclusion dans les quartiers qui accueillent ces populations.
Exemples d’évolutions prometteuses
·La Bulgarie a mis en place au niveau municipal des programmes globaux en faveur de la déségrégation des écoles, de la prévention de la ségrégation secondaire et de la lutte contre la discrimination, financés par le FSE+, qui ciblent plus de 17 800 enfants et élèves appartenant à des groupes vulnérables, dispensent des formations à plus de 3 500 membres du personnel et associent 345 écoles à des activités de déségrégation.
·L’Espagne accorde des subventions aux autorités locales pour améliorer les zones résidentielles dégradées, construire et rénover des logements, et éliminer le problème des bidonvilles.
·La Finlande a mis en œuvre un projet conjoint du ministère de l’éducation et de la culture et du ministère de l’environnement visant à prévenir la ségrégation scolaire.
·Le plan d’action 2023‑2025 de la Croatie comprend des mesures visant à réduire la proportion d’enfants roms fréquentant un enseignement primaire séparé. Un programme de déségrégation dans l’éducation aux niveaux régional et local pour la période 2023‑2025 a été adopté en octobre 2023.
·Entre juillet 2022 et novembre 2023, la Roumanie a bénéficié du soutien de l’instrument d’appui technique (TSI) pour planifier et développer des interventions intégrées visant à soutenir les personnes qui vivent dans des campements informels, y compris les Roms. Le projet a débouché sur des recommandations en vue d’améliorer la méthode utilisée actuellement pour désigner les campements informels qui ont besoin d’une intervention urgente, et le renforcement des capacités des autorités roumaines de planifier et de mener des interventions aux niveaux central et local.
Recommandations en vue d’améliorations
La Commission invite les États membres comptant une importante population rom:
·à établir le plus rapidement possible des estimations de la ségrégation dans l’éducation et le logement et à se servir de ces estimations pour élaborer des programmes intégrés de déségrégation; à redoubler d’efforts pour prévenir et éradiquer la ségrégation dans l’éducation et le logement;
·à encourager les autorités locales et régionales à établir et à mettre en œuvre des plans d’action, et à mettre en place des mécanismes appropriés de coordination et de coopération afin de prévenir et d’éradiquer la ségrégation spatiale et dans l’éducation;
·à recenser les ressources disponibles aux niveaux de l’UE, national, régional et local pour soutenir l’éradication de la ségrégation dans le logement dont les Roms sont victimes.
1.4 SUIVI, OBJECTIFS ET INDICATEURS
Le cadre stratégique de l’UE pour les Roms a introduit pour la première fois des objectifs clés ciblés de l’UE pour chacun de ses objectifs stratégiques. Les États membres ont été invités à définir des valeurs de référence nationales et des objectifs ciblés de nature quantitative et/ou qualitative en vue de la réalisation de ces objectifs ciblés de l’UE, et à utiliser le portefeuille d’indicateurs élaboré par la FRA. Les options disponibles pour la collecte de données sur l’égalité peuvent comprendre soit des données ventilées par appartenance ethnique, soit des données représentatives pertinentes d’ordre sociodémographique, ou une combinaison des deux.
Dans son évaluation de 2023, la Commission a encouragé tous les États membres à revoir et, le cas échéant, à modifier leurs cadres nationaux afin de définir des objectifs quantitatifs spécifiques qui aideront les pays de l’UE à atteindre collectivement les objectifs clés ciblés de l’UE d’ici 2030.
Au cours de la période considérée, environ la moitié des États membres ont défini des objectifs quantitatifs et/ou qualitatifs spécifiques pour un ou plusieurs des objectifs fixés dans leurs stratégies nationales. Le fait que 10 États membres (AT, BE, CY, EL, ES, FR, HR, IT, PT, RO) se soient engagés à demander une assistance technique à la FRA pour développer plus avant leurs objectifs ciblés et leurs indicateurs est une évolution positive.
La Commission reconnaît les efforts déployés par les États membres, en particulier ceux qui comptent d’importantes populations roms, pour fixer des objectifs ciblés dans la totalité ou la plupart des domaines couverts par les objectifs du cadre stratégique de l’UE pour les Roms. Toutefois, ces objectifs ciblés ne correspondent pas toujours aux objectifs clés ciblés de l’UE. Au total, 15 États membres (BE, BG, CY, CZ, EL, ES, FR, HR, HU, IT, LV, PL, PT, RO, SK), y compris ceux qui comptent une importante population rom, ont fixé des objectifs ciblés de nature quantitative pour au moins certains des objectifs de l’UE, principalement dans le domaine de l’éducation, de l’antitsiganisme et de la discrimination, ainsi que de l’emploi.
Cela ne sera peut-être pas encore suffisant pour déterminer de manière adéquate si l’UE pourra, d’ici à 2030, accomplir collectivement les progrès minimaux fixés par les objectifs ciblés de l’UE. Les parties prenantes ont, elles aussi, exprimé cette préoccupation dans l’appel à contributions. Les problèmes liés à l’élaboration des indicateurs, des valeurs de référence et des objectifs ciblés dont les États membres ont fait état incluent les suivants: i) le manque de données sur l’origine ethnique des personnes; ii) les difficultés liées à la définition des Roms et des Gens du voyage (AT, BG, CZ, FI, HU, IT, RO); iii) la réticence des communautés concernées à aborder ce sujet; et iv) la complexité de la structure administrative de mise en œuvre des mesures en faveur de l’intégration des Roms.
Exemples d’évolutions prometteuses
·La France a fixé des objectifs ciblés quantitatifs et qualitatifs ainsi que des indicateurs dans son système de suivi du cadre national en faveur des Roms. Elle a également adopté une approche territoriale plutôt qu’ethnique pour remédier à la situation des citoyens vulnérables de l’Union vivant dans des bidonvilles et des «Gens du voyage» (Voyageurs). La France surveille également les discours haineux et les commentaires discriminatoires à l’égard des communautés de Gens du voyage et de Roms postés en ligne.
·La Hongrie et la Slovaquie ont fixé des objectifs ciblés quantitatifs et des indicateurs conformes aux objectifs clés ciblés de l’UE pour la plupart des objectifs du cadre stratégique de l’UE pour les Roms.
·L’Italie a mis en place une unité de suivi et d’évaluation chargée de coordonner la collecte et l’analyse des données provenant des organes administratifs et des sources existantes, en se concentrant sur les domaines de la stratégie nationale en faveur des Roms.
| Recommandations en vue d’améliorations La réalisation, d’ici à 2030, des progrès minimaux fixés par les objectifs ciblés de l’UE nécessite un effort collectif important, soutenu et harmonisé. La Commission invite également les États membres: ·à revoir leurs objectifs ciblés afin de les aligner plus étroitement sur les objectifs ciblés de l’UE, en particulier dans les États membres qui comptent une importante population rom; ·à mieux utiliser à la fois le portefeuille d’indicateurs du cadre stratégique de l’UE pour les Roms et les exemples de données de substitution fondées sur des données socio-économiques (les deux pouvant être utilisés pour résoudre les problèmes liés à la collecte de données sur l’origine ethnique). |
1.5 INTÉGRATION
Dans le cadre stratégique de l’UE pour les Roms, la Commission a invité les États membres à inclure dans leurs cadres nationaux en faveur des Roms des mesures ciblées conjuguées à des mesures générales. Celles-ci devraient tenir compte des problèmes spécifiques et locaux et viser explicitement à éliminer les obstacles qui privent les Roms de l’égalité d’accès aux politiques générales. Dans sa recommandation, le Conseil invite les États membres à intégrer l’égalité, l’inclusion et la participation des Roms dans les initiatives stratégiques de l’Union et nationales.
L’évaluation de la Commission de 2023 a montré que les mesures décrites dans les cadres nationaux en faveur des Roms qui concernent les politiques générales d’inclusion sociale n’indiquaient pas de façon suffisamment détaillée en quoi ces mesures profiteront aux Roms. La Commission a donc invité les États membres à mettre en place des garanties afin: i) d’éviter des omissions ou une intégration superficielle des questions spécifiques aux Roms dans les politiques générales; et ii) de permettre aux PCNR de remplir un rôle intersectoriel d’intégration et de coordination dans ce processus.
Au total, 11 États membres (BG, CZ, EL, ES, FR, HR, HU, IE, RO, SI, SK), y compris tous ceux qui comptent une importante population rom, poursuivent activement leurs efforts pour rendre leurs mesures générales en matière d’égalité et d’inclusion plus accessibles aux Roms. Ces efforts consistent notamment à mettre en place des garanties et des critères explicites pour l’inclusion, tels que: i) le ciblage des groupes ethniques (BG, ES, HR, HU, IE, RO); ii) le ciblage des groupes sociaux (CZ, SK); iii) le ciblage territorial (CZ, ES, HR, HU); et iv) des structures institutionnelles spécialisées telles que des médiateurs roms (BG, EL, ES, RO) ou des pactes des solidarités locaux (FR).
L’un des principaux rôles des PCNR consiste à assurer la coordination intersectorielle dans l’intégration des questions spécifiques aux Roms dans tous les services et politiques en matière d’égalité et d’inclusion ainsi que dans tous les programmes connexes qui présentent un intérêt direct pour les Roms. Ce rôle est systématiquement assuré au niveau national dans 23 États membres, ainsi qu’aux niveaux régional et local dans 20 États membres, en coopération directe avec les autorités compétentes. On observe donc une tendance manifeste à intégrer les questions spécifiques aux Roms dans des politiques plus larges d’égalité et d’inclusion. Il ressort toutefois des avis exprimés par le groupe de consultation des OSC que, souvent, les politiques générales n’atteignent pas suffisamment les communautés roms locales. Il est nécessaire, entre autres améliorations, d’étendre l’adoption de garanties inclusives et d’assurer une mise en œuvre effective de ces garanties aux niveaux régional et local.
Exemples d’évolutions prometteuses
·Depuis 2016, le ministère polonais de la justice finance un programme mis en œuvre par les collectivités locales et régionales qui vise à fournir une aide juridique et des conseils civiques gratuits ainsi qu’une formation juridique aux groupes défavorisés.
·Aux Pays-Bas, l’Institut de la connaissance «Société inclusive» recueille l’expertise sur la manière d’améliorer les conditions de vie des Roms et des Sintis, et la partage avec les décideurs politiques et les travailleurs sociaux. Des subventions ont été accordées pour 111 nouveaux terrains de caravanage, et une proposition législative sur le logement public a été introduite, qui impose aux municipalités de cartographier les besoins en matière de logement de groupes spécifiques, y compris ceux vivant dans des caravanes.
·Le PNCR tchèque a soumis avec succès, dans le cadre de la procédure interministérielle, une proposition de projet de loi sur le logement afin de rendre le projet de loi plus inclusif et de garantir que les besoins des Roms seront pris en considération dans cette législation essentielle.
| Recommandations en vue d’améliorations La Commission encourage les États membres qui ne l’ont pas encore fait: ·à éliminer les obstacles spécifiques qui empêchent les Roms de bénéficier des politiques et mesures générales; ·à assurer une coordination efficace des efforts d’intégration aux niveaux national, régional et local et dans tous les secteurs, afin de produire des effets positifs sur la vie des communautés roms. |
1.6 PARTICIPATION
La promotion de la participation des Roms par l’autonomisation, la coopération et la confiance est l’un des principaux objectifs du cadre stratégique de l’UE pour les Roms, et également une caractéristique commune qu’il est proposé d’intégrer dans tous les cadres nationaux. La recommandation du Conseil reprend cet objectif. Dans son évaluation de 2023, la Commission a invité les États membres à renforcer les plateformes nationales sur les Roms ou leurs processus consultatifs et participatifs équivalents.
L’importance de la participation des Roms est prise en considération dans les actions de la plupart des États membres. Au total, 20 États membres ont indiqué que les ONG roms participent à la conception, à l’élaboration, à la mise en œuvre, au suivi et à l’évaluation des mesures de lutte contre l’antitsiganisme. Dans huit États membres les ONG roms participent à des mesures de lutte contre la ségrégation spatiale (BG, CZ, EL, ES, HU, RO, SI, SK) et la ségrégation dans l’éducation (BG, CZ, ES, HR, HU, PT, RO, SK). Un certain nombre d’États membres (BG, EL, ES, HR, HU, PL, PT, RO, SI, SK) ont également mis au point des mesures visant à renforcer la participation d’un large éventail de membres de la société civile rom aux processus de mise en œuvre, de suivi et d’établissement de rapports de leurs cadres nationaux en faveur des Roms. À l’heure actuelle, dans 10 États membres (BG, EL, ES, FI, HR, HU, IT, RO, SI, SK), parmi lesquels figurent presque tous ceux qui comptent une importante population rom, des ONG roms et/ou pro-roms participent en tant que membres à part entière aux comités de suivi de leurs programmes financés par l’UE.
La participation et la représentation des Roms sont également assurées par le truchement des conseillers élus, 10 États membres (BG, EL, ES, HR, HU, PL, PT, RO, SI, SK)comptant des Roms élus au niveau des conseils municipaux ou régionaux. La nomination de Roms à des postes politiques et de direction de premier plan au sein des structures gouvernementales est un autre moyen d’accroître la participation des Roms aux processus politiques et décisionnels. À titre d’exemple, citons le commissaire aux minorités roms du gouvernement tchèque et le plénipotentiaire du gouvernement slovaque pour les communautés roms.
Les avis reçus dans le cadre de l’appel à contributions ont mis en évidence certaines évolutions positives (BG, CZ, ES, IE). Les ONG roms semblent être davantage associées aux mécanismes consultatifs que par le passé. Toutefois, des efforts supplémentaires sont nécessaires pour: i) encourager la citoyenneté active des Roms; ii) soutenir le renforcement des capacités et le leadership au sein des ONG roms; iii) sensibiliser aux droits de l’homme; et iv) fournir des ressources pour accroître la participation des jeunes Roms aux processus décisionnels.
Exemples d’évolutions prometteuses
·La Finlande associe activement les comités consultatifs régionaux sur les affaires roms et les groupes de travail roms locaux à la mise en œuvre de son cadre national en faveur des Roms.
·La Slovénie continue de cofinancer ses programmes de radio et de télévision pour la communauté rom.
·La Lettonie a engagé un représentant des Roms comme assistant à temps plein au sein de sa plateforme nationale pour les Roms, soutenue par le programme «Citoyens, égalité, droits et valeurs» (CERV).
| Recommandations en vue d’améliorations Afin de promouvoir une représentation et une participation accrues des Roms, la Commission: ·invite les États membres: i) à maximiser la participation active des Roms à tous les aspects de la mise en œuvre de leurs cadres nationaux en faveur des Roms (y compris par l’intermédiaire des plateformes nationales sur les Roms, ainsi que dans les programmes pertinents financés par l’UE); et ii) à renforcer davantage les capacités de la société civile rom afin qu’elle puisse coopérer utilement avec les PCNR et les autorités à cet effet; ·encourage vivement tous les États membres touchés par la ségrégation spatiale et la ségrégation dans l’éducation à associer étroitement les ONG roms à la résolution de ces problèmes, notamment par l’élaboration et la mise en œuvre de programmes de déségrégation intégrés et complets financés par l’UE. |
1.7 FINANCEMENT
Le cadre stratégique de l’UE en faveur des Roms et la recommandation du Conseil invitent les États membres: i) à prendre des engagements plus ambitieux et concrets pour l’utilisation des fonds nationaux et de l’UE pour l’égalité des Roms; et ii) à utiliser pleinement les fonds disponibles au titre du cadre financier pluriannuel 2021‑2027 de l’UE et de NextGenerationEU.
Afin de garantir la complémentarité des différents fonds, les États membres comptant d’importantes populations roms (BG, CZ, EL, ES, HU, RO, SK) ont alloué ou affecté une combinaison de fonds à la mise en œuvre de leurs cadres nationaux en faveur des Roms.
Dans le même temps, comme elles l’ont indiqué dans les réponses à l’appel à contributions, les OSC se heurtent toujours à de nombreuses difficultés en ce qui concerne l’accès aux fonds de l’UE et leur mise en œuvre. Certaines parties prenantes ont souligné que les dotations financières n’étaient pas suffisantes au regard de l’ampleur des interventions nécessaires. Il convient d’adopter une approche intégrée et multidimensionnelle combinant des investissements dans l’emploi, l’éducation, les soins de santé et le logement.
En février 2023, la vice-présidente Jourová et la commissaire Dalli ont organisé des échanges avec des ONG roms et pro-roms de BG, CZ, HU, RO et SK afin de recenser les difficultés liées à l’utilisation effective des fonds de l’UE. Les participants ont mentionné la nécessité: i) de simplifier les exigences relatives à l’accès aux fonds de l’UE; et ii) de promouvoir le renforcement des capacités des OSC de terrain, des municipalités et des autres parties prenantes locales. À la suite de ces échanges, les services de la Commission ont dressé une liste de pratiques prometteuses.
Exemples d’évolutions prometteuses
·L’Allemagne finance, sur son budget national et fédéral, plusieurs projets et recherches sur la lutte contre l’antitsiganisme et la discrimination, ainsi que sur la promotion de la résilience et de la mémoire chez les Sintis et les Roms.
·En 2023, l’Agence suédoise pour la jeunesse et la société civile a alloué 1,2 million d’EUR de son budget national au soutien d’initiatives visant à combattre et à prévenir le racisme et l’intolérance, y compris l’antitsiganisme.
·En Espagne, le gouvernement de Galice a financé la Fundación Secretado Gitano en vue de la mise en œuvre du programme «Employment Boost» (stimulation de l’emploi) dans six villes en 2021 et 2022. Le programme a encouragé les parcours d’insertion professionnelle pour les bénéficiaires du revenu d’inclusion sociale et du revenu minimum, y compris les Roms.
| Recommandations en vue d’améliorations La Commission encourage les États membres: ·à utiliser efficacement les fonds de l’UE disponibles en adoptant une approche intégrée multidimensionnelle, notamment via des dotations du FSE+ dans les États membres afin de soutenir l’intégration socio-économique des Roms marginalisés, du FEDER et de la facilité pour la reprise et la résilience. Cette approche devrait combiner des investissements dans l’emploi, les soins de santé et une éducation et un logement de qualité exempts de ségrégation, et des efforts visant à renforcer les capacités administratives au niveau local, notamment les capacités des autorités locales et des organisations de la société civile de terrain. L’occasion offerte par l’examen à mi-parcours des fonds de la politique de cohésion devrait être mise à profit à cette fin, le cas échéant; ·à utiliser le soutien technique fourni actuellement par l’instrument d’appui technique, notamment dans le cadre de l’appel TSI 2025, pour renforcer davantage les capacités des autorités centrales et locales, s’attaquer aux défis et aux domaines prioritaires définis dans les cadres stratégiques de l’UE et des États membres, et combler les lacunes existantes dans la mise en œuvre; ·à déterminer, à mettre en œuvre et à partager les pratiques prometteuses, notamment celles mises en évidence par les services de la Commission, en vue de leur reproduction potentielle en fonction des contextes nationaux, régionaux et locaux, et à faciliter des moyens plus directs de fournir une assistance aux organisations de la société civile de terrain, aux municipalités et aux autres parties prenantes locales et de renforcer leurs capacités. |
2.PROMOTION DE L’ÉGALITÉ, DE L’INCLUSION ET DE LA PARTICIPATION DES ROMS DANS LES PAYS CONCERNÉS PAR L’ÉLARGISSEMENT
Tous les pays des Balkans occidentaux et la Turquie ont adopté de nouveaux cadres nationaux en faveur des Roms afin de s’aligner sur le cadre stratégique de l’UE pour les Roms et sur les engagements de Poznań pour les Balkans occidentaux, envoyant ainsi un signal clair de leur engagement dans le cadre du processus d’adhésion. Les stratégies récemment adoptées intègrent la lutte contre l’antitsiganisme et reconnaissent le rôle des PCNR.
Néanmoins, ces stratégies peuvent encore être améliorées. Pour aligner ces stratégies plus étroitement encore sur le cadre stratégique de l’UE pour les Roms, il conviendrait de renforcer les capacités des PCNR ainsi que leur financement. Il est urgent que ces pays, à l’exception de la Serbie, qui satisfait déjà à cette exigence, veillent à associer les PCNR aux comités nationaux chargés du suivi de l’utilisation des fonds de l’UE.
En dépit d’une mise en œuvre inégale des stratégies, il existe une volonté manifeste soit de renforcer les mécanismes de suivi existants soit d’en établir de nouveaux, en combinant des objectifs ciblés qualitatifs et quantitatifs. Toutefois, un certain nombre de ces objectifs ciblés étant relativement généraux, il sera difficile de mesurer correctement les progrès accomplis. Les pays des Balkans occidentaux ont exprimé leur souhait de bénéficier d’une assistance technique de la FRA pour développer plus avant leurs systèmes de suivi.
L’antitsiganisme est, pour la première fois, inclus dans les cadres nationaux en faveur des Roms, bien que ceux-ci ne prévoient qu’un nombre limité de mesures pour le combattre. Dans les Balkans occidentaux, la plupart des organismes pour l’égalité de traitement traitent des cas de discrimination à l’égard des Roms, mais l’antitsiganisme ne figure pas encore en tant que catégorie distincte dans les rapports et enquêtes de ces pays sur la lutte contre la discrimination. Des progrès considérables ont été accomplis en ce qui concerne la reconnaissance de la ségrégation dans les domaines de l’éducation et du logement dans les cadres nationaux en faveur des Roms par rapport aux cadres précédents. Néanmoins, dans la pratique, les mesures relatives à la déségrégation ont une portée limitée, aucun fonds de l’UE n’étant investi dans la lutte contre ce problème.
Pour ce qui est de l’intégration des Roms, seules certaines des politiques en matière d’éducation et d’emploi actuellement en place dans les Balkans occidentaux et en Turquie incluent spécifiquement les Roms, et ces politiques ne sont toujours pas suffisamment ambitieuses pour produire des effets concrets. En ce qui concerne l’encouragement de la participation des Roms à l’emploi formel et la société civile, la plupart des cadres nationaux en faveur des Roms ne prévoient pas de mesures suffisantes pour promouvoir: i) le renforcement des capacités; ii) l’autonomisation de la société civile rom; et iii) la participation des femmes et des jeunes roms aux processus décisionnels.
En ce qui concerne le financement, les stratégies élaborées par les pays des Balkans occidentaux soulignent l’importance du recours à l’instrument d’aide de préadhésion (IAP), au financement national ainsi qu’au financement provenant d’autres donateurs. Néanmoins, les montants alloués au niveau national dans ces pays demeurent trop faibles pour pouvoir répondre de manière adéquate à l’ampleur des défis et garantir la durabilité. Afin d’améliorer le financement destiné à soutenir la mise en œuvre des stratégies nationales en faveur des Roms, il convient d’explorer en profondeur le potentiel offert par l’IAP, l’instrument de voisinage, de coopération au développement et de coopération internationale (IVCDCI), le cadre d’investissement en faveur des Balkans occidentaux et le nouveau plan de croissance et de la facilité pour les réformes et la croissance en faveur des Balkans occidentaux.
L’Ukraine, la République de Moldavie et la Géorgie sont des pays candidats, qui ont officiellement entamé leurs négociations d’adhésion. Les deux premiers disposent d’un cadre national en faveur des Roms, tandis que la Géorgie traite les questions relatives aux Roms dans le cadre de stratégies générales relatives aux minorités nationales. Dans ce contexte, les services de la Commission ont présenté le cadre stratégique de l’UE en faveur des Roms comme faisant partie de l’acquis de l’UE de référence. Lors de l’examen bilatéral, les trois pays candidats expliqueront: i) l’état d’avancement de leurs travaux d’alignement sur l’acquis de l’UE; ii) les défis auxquels ils prévoient de devoir faire face dans le futur; et iii) les prochaines mesures qu’ils comptent prendre.
| Recommandations en vue d’améliorations La Commission invite les pays concernés par l’élargissement: ·à garantir aux PCNR un mandat institutionnel, des effectifs et des ressources financières adéquats, et à renforcer leur rôle dans la prise de décision et la mise en œuvre des programmes financés par l’UE; ·à revoir les objectifs ciblés nationaux afin de les aligner pleinement sur les objectifs ciblés fixés au niveau de l’UE, et à garantir un suivi régulier et public; ·à intégrer davantage les politiques en faveur des Roms dans les domaines qui les intéressent directement, à veiller à ce que les fonds de l’UE soient utilisés pour améliorer la mise en œuvre des politiques d’intégration des Roms, et à renforcer la lutte contre l’antitsiganisme et la prévention de celui-ci, par exemple par la formation des services répressifs. |
3.ACTION DE L’UNION
L’amélioration de l’égalité, de l’inclusion et de la participation des Roms est un effort collectif. C’est principalement aux États membres qu’incombe la tâche de réaliser des progrès dans les domaines couverts par le cadre stratégique de l’UE pour les Roms et la recommandation du Conseil. De son côté, la Commission soutient ce processus en mobilisant un large éventail d’outils et de ressources.
Application effective de la législation de l’UE
Au cours de la période considérée, la Commission a continué le suivi de l’exécution et l’application: i) de la directive sur l’égalité raciale; ii) de la directive sur les droits des victimes; et iii) de la décision‑cadre du Conseil sur la lutte contre le racisme et la xénophobie. Lorsque cela était nécessaire, elle a engagé des procédures d’infraction afin de susciter des changements dans la législation et les pratiques nationales.
L’adoption, en 2024, de deux nouvelles directives de l’UE renforçant les organismes nationaux pour l’égalité de traitement constitue une avancée majeure pour faciliter l’exécution des règles de non-discrimination (y compris en ce qui concerne la race ou l’origine ethnique) et pour mieux aider les victimes à accéder à la justice. Les directives imposent aux États membres: i) de garantir l’indépendance des organismes pour l’égalité de traitement; ii) de fournir à ces organismes les effectifs ainsi que les ressources financières et techniques nécessaires à l’accomplissement de leur mission; et iii) de les doter de pouvoirs pour prévenir la discrimination, promouvoir l’égalité et mieux aider gratuitement les victimes de discrimination, y compris dans les zones rurales et isolées. Dans leurs activités de sensibilisation aux droits protégés par la directive sur l’égalité raciale et à l’existence et aux services des organismes pour l’égalité de traitement, les États membres et les organismes pour l’égalité de traitement devront se concentrer sur les groupes dont l’accès à l’information pourrait être entravé. Par exemple, certains groupes peuvent ne pas avoir accès à l’information en raison de leur situation économique précaire, de leur niveau d’alphabétisation ou de l’absence d’accès aux outils en ligne, autant de problèmes qui peuvent concerner une partie de la population rom. Les États membres devront transposer les nouvelles règles d’ici juin 2026.
Intégration de l’égalité des Roms dans les initiatives stratégiques de l’UE et mobilisation de fonds de l’UE en faveur des Roms
Au cours de la période considérée, la Commission a continué d’intégrer l’égalité, l’inclusion et la participation des Roms dans les politiques, la législation et les programmes de financement pertinents de l’UE, notamment par l’intermédiaire de sa task-force interne pour l’égalité.
Par exemple, dans le domaine de l’emploi, le plan d’action mis en place par l’UE afin de remédier aux pénuries de main-d’œuvre et de compétences présente de nouvelles mesures que la Commission, les États membres et les partenaires sociaux peuvent prendre pour aider les groupes sous-représentés, y compris les Roms, à trouver un emploi ou à se former. L’approche de la Commission consistant à mettre à profit les talents dans les régions européennes montre qu’il est important d’encourager les groupes sous-représentés à accéder à l’emploi formel. L’initiative ALMA (Aim, Learn, Master, Achieve — orientation, apprentissage, maîtrise, réussite) est une initiative destinée à renforcer les capacités des jeunes défavorisés âgés de 18 à 29 ans, y compris les jeunes Roms, qui n’ont pas d’emploi et ne suivent ni études ni formation (NEET).
Dans le domaine de l’éducation, la proposition relative à un cadre de qualité renforcé pour les stages vise à améliorer les moyens pour les jeunes d’acquérir une expérience professionnelle et de renforcer leurs compétences et leur accès au marché du travail, en accordant une attention particulière aux personnes en situation de vulnérabilité, dont les Roms. En outre, la recommandation du Conseil sur l’amélioration de l’enseignement des compétences et aptitudes numériques dans le domaine de l’éducation et de la formation souligne la nécessité de combler les déficits de compétences numériques dans certains groupes de la population, tels que les Roms.
Dans le domaine de la santé, la Commission a invité instamment les États membres à garantir l’égalité d’accès sans obstacles à des soins de santé et à des services sociaux abordables et de qualité, en particulier pour les groupes les plus exposés ou les personnes vivant dans des localités marginalisées ou isolées, y compris les Roms . En outre, deux projets financés par le programme «L’UE pour la santé» (EU4Health) portent spécifiquement sur la santé des Roms.
Dans le domaine du logement, une boîte à outils donne une vue d’ensemble des possibilités de financement qui existent au niveau de l’UE pour investir dans le logement social et les services connexes, ainsi que des exemples de projets pour élaborer une approche intégrée de la déségrégation et de l’inclusion sociale des communautés roms.
Il est nécessaire d’utiliser au mieux les fonds de l’UE afin d’améliorer durablement la vie des communautés roms marginalisées. La Commission a renforcé sa coordination interne et a continué de faciliter le dialogue et la coopération entre les administrations gouvernementales en réunissant les PCNR, les autorités de gestion des fonds de l’UE et les organismes intermédiaires afin d’améliorer l’utilisation des fonds de l’UE pour soutenir l’égalité et l’inclusion des Roms, également par l’intermédiaire du réseau EURoma.
Dans le cadre du FSE+, 15 États membres ont programmé des ressources pour soutenir l’inclusion des Roms, avec une contribution totale de l’UE de 1,574 milliard d’EUR (contribution totale de 2,246 milliards) pour soutenir des mesures dans les domaines de l’emploi, de l’inclusion sociale, de l’éducation et des compétences, de l’accès aux services, y compris aux soins de santé et au logement, de la non-discrimination et du renforcement des capacités.
Pour la période 2021‑2027, environ 19,6 milliards d’EUR du FEDER ont été alloués à des domaines de croissance inclusive, notamment à des mesures qui devraient porter sur l’intégration des Roms dans les États membres concernés. Il s’agit notamment de mesures visant à soutenir le développement des infrastructures, les équipements et l’accès à des services de base de qualité et à des logements sans ségrégation, ainsi que d’investissements dans l’éducation inclusive, l’emploi, la santé, les services sociaux et les services de garde d’enfants.
Les États membres ont également reçu, au titre de l’instrument d’appui technique, un soutien visant à renforcer la capacité de leurs administrations publiques aux niveaux central, régional et local à remédier aux problèmes auxquels doivent faire face les populations roms marginalisées. L’instrument d’appui technique a notamment aidé la Roumanie à élaborer un cadre de suivi et d’évaluation pour mettre en œuvre sa stratégie nationale en faveur des Roms.
Plusieurs États membres prévoient des mesures en ce sens dans leurs plans nationaux pour la reprise et la résilience. Par exemple, la Bulgarie envisage la construction de 20 centres pour jeunes issus de groupes vulnérables, notamment les Roms, afin de leur permettre de se perfectionner dans les domaines numérique et financier et d’améliorer ainsi leur employabilité et leur inclusion sociale.
Le Semestre européen continue de suivre la situation des Roms et d’orienter les réformes et les investissements entrepris par les États membres pour remédier aux problèmes persistants. Dans le cadre du cycle du Semestre européen 2024, l’analyse par pays met en évidence les difficultés auxquelles se heurtent les communautés roms dans certains États membres (BG, CZ, EL, HU, RO et SK). Dans ce contexte, l’examen à mi-parcours 2025 du financement de la politique de cohésion offre aux États membres l’occasion d’évaluer et de mieux cibler leurs programmes afin de relever les défis liés à l’inclusion des Roms, notamment ceux mentionnés dans les recommandations par pays de 2024.
Action et soutien de l’UE en faveur de la participation des Roms
La Commission a poursuivi sa coopération avec les États membres exerçant la présidence tournante du Conseil de l’UE et avec le Parlement européen afin de veiller à ce que l’égalité, l’inclusion et la participation des Roms restent au premier rang des priorités politiques. La coopération avec les parties prenantes comprend l’initiative «Roma Civil Monitoring» (Observation de la société civile rom), le groupe de consultation des OSC, le réseau européen des organismes nationaux de promotion de l’égalité (Equinet) et le réseau EURoma. La Commission a également soutenu les réseaux européens d’organisations roms et leur a donné la possibilité de mettre en œuvre des programmes de soutien aux OSC roms locales. Par ailleurs, elle a coopéré avec le Parlement européen et la société civile rom en vue d’une célébration conjointe des journées importantes pour les Roms, telles que la Journée internationale des Roms (8 avril), la Semaine européenne des Roms et la Journée européenne de commémoration de l’Holocauste des Roms (2 août). La Commission a établi un partenariat solide avec le groupe de consultation des OSC pour l’organisation de la plateforme européenne annuelle des Roms pour l’intégration des Roms, afin de garantir des échanges constructifs avec toutes les parties prenantes concernées.
Par l’intermédiaire du programme CERV, la Commission a continué d’aider les PCNR à mettre en place ou à renforcer les plateformes nationales sur les Roms et à garantir la participation des Roms aux processus décisionnels, en particulier des femmes et des jeunes roms. L’appel à propositions de 2024 pour les PCNR a été modifié de façon à permettre les candidatures de PCNR en partenariat avec des OSC roms et pro-roms.
Action et soutien de l’UE en faveur de l’égalité et de la lutte contre l’antitsiganisme
La Commission a continué de promouvoir des discours positifs sur les Roms et des modèles inspirants de leur communauté, et à lutter contre l’antitsiganisme, les stéréotypes, les propos polémiques et les discours de haine à l’égard des Roms. Elle a mené cette action par l’intermédiaire du groupe de haut niveau sur la lutte contre les discours et les crimes de haine et du groupe de haut niveau sur la non-discrimination, l’égalité et la diversité.
La Commission a poursuivi ses travaux conjoints avec le Conseil de l’Europe, dans le cadre du programme EQUIROM en cours, qui vise à promouvoir, entre autres, un journalisme objectif et éthique à l’égard des Roms. Un nouveau programme conjoint intitulé «RomaMemory» a également été lancé en juin 2024 afin de sensibiliser à l’Holocauste des Roms et d’en promouvoir la mémoire.
Dans le cadre du suivi de la communication «Pas de place pour la haine: une Europe unie contre toute forme de haine», la Commission examinera les moyens de maximiser le potentiel de la collecte et de l’analyse par la FRA de données sur l’égalité, l’inclusion et la participation des Roms afin de contribuer aux efforts de l’UE dans la lutte contre la haine.
Par l’intermédiaire du programme CERV, la Commission continue de financer des projets de lutte contre le racisme, la xénophobie et toutes les formes de discrimination, y compris les manifestations d’antitsiganisme. En outre, le programme Erasmus+ finance des projets qui favorisent l’intégration des Roms dans les domaines de l’éducation, de la culture, du sport et de la santé. Dans le cadre des efforts déployés pour réaliser l’espace européen de l’éducation (EEE) d’ici à 2025, le groupe de travail de l’EEE sur l’égalité et les valeurs dans l’éducation et la formation a publié un document thématique sur la lutte contre les différentes formes de discrimination dans et par l’éducation et la formation, y compris sur la discrimination à l’égard des Roms.
Parmi les autres initiatives de l’UE visant à promouvoir l’égalité des Roms figurent les suivantes: i) HERO, sur le logement et l’emploi pour les familles roms vulnérables; ii) les programmes conjoints de l’UE et du Conseil de l’Europe INSCHOOL, sur l’éducation, et iii) ROMACT, qui vise à permettre aux parties prenantes et aux autorités locales d’utiliser correctement les fonds de l’UE afin d’améliorer les conditions de vie des personnes les plus marginalisées, y compris les Roms.
CONCLUSION
Les États membres et les pays concernés par l’élargissement ont commencé à mettre en place les structures et les processus nécessaires à la mise en œuvre effective de leurs cadres nationaux en faveur des Roms. Ils ont élaboré et commencé à mettre en œuvre de nouveaux programmes et actions conformément aux orientations formulées par la Commission dans son bilan de 2023. Plusieurs États membres ont renforcé le rôle de leur PCNR en lui allouant davantage de ressources et en renforçant la coordination intersectorielle. Quelques évolutions positives ont été observées dans la lutte contre l’antitsiganisme et la prévention de ce phénomène au niveau national. En outre, un certain nombre d’États membres inscrivent l’éducation inclusive et la participation des Roms parmi leurs priorités.
Toutefois, sur la base des informations fournies par les États membres dans cette première série de rapports, le niveau d’ambition actuel demeure insuffisant pour garantir la réalisation des progrès minimaux fixés par les objectifs ciblés de la stratégie Europe 2030. Au total, 12 États membres et les pays concernés par l’élargissement ne disposent toujours pas d’objectifs ciblés clairs associés à des indicateurs réalistes pour mesurer les progrès et l’incidence des mesures, y compris aux niveaux régional et local. En outre, certains PCNR ne disposent pas des capacités institutionnelles nécessaires afin de mobiliser d’autres services gouvernementaux, autorités locales et OSC pour la mise en œuvre des cadres nationaux en faveur des Roms, des programmes de la politique de cohésion de l’UE et des plans pour la reprise et la résilience.
Il est indispensable de prévenir et de combattre l’antitsiganisme et la discrimination à l’égard des Roms pour pouvoir réaliser des progrès durables dans tous les autres domaines. Les États membres et les pays concernés par l’élargissement devraient procéder rapidement et avec détermination à la mise en œuvre de leurs programmes et mesures à cet égard. Les États membres touchés par une ségrégation spatiale et scolaire généralisée et persistante, en particulier ceux qui comptent d’importantes populations roms, devraient s’attaquer plus vigoureusement à ces problèmes en fixant des objectifs ciblés clairs et en mettant au point des interventions intégrées à la hauteur du problème. Ils devraient utiliser au mieux les fonds de l’UE disponibles à cette fin.
Des efforts supplémentaires sont nécessaires pour concrétiser le changement positif prévu dans le cadre stratégique de l’UE pour les Roms. La prochaine enquête de la FRA sur les Roms, qui doit être publiée en 2025, permettra de mesurer les progrès accomplis et alimentera le rapport 2026 de la Commission sur les progrès réalisés dans la mise en œuvre des cadres de l’UE et des États membres en faveur des Roms.
La Commission invite les États membres à utiliser les conclusions de la présente évaluation et de ses orientations initiales de 2023 lors de la mise en œuvre de leurs cadres nationaux en faveur des Roms et de la préparation de leur prochain rapport, qui doit être présenté en 2025.
La Commission est fermement résolue à aider les États membres à bâtir ensemble une Union dans laquelle l’égalité, l’inclusion et la participation sont une réalité pour les Roms.
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