Acte préparatoire52025DC0002

RAPPORT DE LA COMMISSION AU CONSEIL ET AU PARLEMENT EUROPÉEN sur la mise en œuvre de la directive-cadre sur l’eau (2000/60/CE) et de la directive «Inondations» (2007/60/CE) Troisièmes plans de gestion de district hydrographique Deuxièmes plans de gestion des risques d’inondation

CELEX52025DC0002
TypeActe préparatoire
Datemardi 4 février 2025

Résumé IA

Ce rapport de la Commission évalue la mise en œuvre des troisièmes plans de gestion de district hydrographique (directive-cadre sur l'eau) et des deuxièmes plans de gestion des risques d'inondation (directive "Inondations"). Il dresse un état des lieux de la qualité des eaux et de la gestion des risques d'inondation dans l'UE, identifiant les progrès réalisés et les lacunes persistantes. Pour un professionnel du droit français, ce document sert de référence pour anticiper les évolutions réglementaires et les contentieux potentiels liés à la non-conformité des plans français aux objectifs européens.

Texte intégral

Bruxelles, le 4.2.2025

COM(2025) 2 final

RAPPORT DE LA COMMISSION AU CONSEIL ET AU PARLEMENT EUROPÉEN

sur la mise en œuvre de la directive-cadre sur l’eau (2000/60/CE) et de la directive «Inondations» (2007/60/CE)


Troisièmes plans de gestion de district hydrographique


Deuxièmes plans de gestion des risques d’inondation

{SWD(2025) 13 final} - {SWD(2025) 14 final} - {SWD(2025) 15 final} - {SWD(2025) 16 final} - {SWD(2025) 17 final} - {SWD(2025) 18 final} - {SWD(2025) 19 final} - {SWD(2025) 20 final} - {SWD(2025) 21 final} - {SWD(2025) 22 final} - {SWD(2025) 23 final} - {SWD(2025) 24 final} - {SWD(2025) 25 final} - {SWD(2025) 26 final} - {SWD(2025) 27 final} - {SWD(2025) 28 final} - {SWD(2025) 29 final} - {SWD(2025) 30 final} - {SWD(2025) 31 final} - {SWD(2025) 32 final} - {SWD(2025) 33 final} - {SWD(2025) 34 final} - {SWD(2025) 35 final}


1.INTRODUCTION

L’eau est un élément essentiel à la vie et donc pour notre société et notre économie. Pourtant, les ressources en eau de l’UE continuent d’être soumises à de fortes pressions en raison d’une mauvaise gestion structurelle, d’une utilisation non durable des sols, de changements hydromorphologiques, de la pollution, du changement climatique, de l’augmentation de la demande d’eau et de l’urbanisation. Comme indiqué dans l’évaluation européenne des risques climatiques 1 , le changement climatique exacerbe ces pressions et accroît les risques liés à l’eau prenant la forme de sécheresses prolongées et plus fréquentes, et de précipitations extrêmes qui menacent la sécurité alimentaire, la santé publique, les écosystèmes, les infrastructures et l’économie de l’Europe. Ces derniers mois, l’Europe a de nouveau été témoin des graves conséquences d’événements extrêmes liés à l’eau qui ont causé des pertes tragiques de vies humaines et de nombreux milliards d’euros de dommages. En 2024, des sécheresses prolongées ont frappé plusieurs pays méditerranéens, en particulier le centre et le sud de l’Italie, le nord-ouest de l’Espagne et la Grèce, suivies de graves inondations qui ont touché la majeure partie de l’Europe centrale et orientale, avant de toucher l’Italie et l’Espagne.

La gestion durable de l’eau, inscrite dans la principale directive-cadre de l’UE sur l’eau 2 (DCE) et dans la directive «Inondations» 3 , est au cœur de la réponse à la triple crise planétaire que constituent le changement climatique, la perte de biodiversité et la pollution. Elle joue un rôle central dans le renforcement de la résilience de l’UE.

L’adoption du présent rapport de mise en œuvre, qui relève d’une obligation légale pour la Commission 4 , intervient à un moment crucial, lorsqu’une plus grande prise de conscience de l’importance de l’eau, tant au niveau de l’UE qu’au niveau mondial, s’opère dans toutes les couches de la société. Une grande majorité de la population de l’UE qui a participé à la dernière enquête Eurobaromètre sur l’environnement 5 considère la pollution, la surconsommation et le changement climatique comme les principales menaces pour l’eau et se déclare favorable à une prise de mesures supplémentaires de la part de l’UE pour résoudre les problèmes concernant l’eau en Europe. Les répondants estiment également que pratiquement aucun des principaux secteurs économiques en fait suffisamment pour utiliser l’eau de façon efficace. Ces préoccupations sont partagées par les institutions et les parties prenantes de l’UE. Le Parlement européen a appelé à l’élaboration d’une stratégie de l’Union sur l’eau 6 . Le Comité économique et social européen et le Comité des régions plaident en faveur d’un «pacte bleu pour l’Europe» 7 . Dans le programme stratégique 2024-2029 8 , le Conseil européen s’est engagé à renforcer «la résilience dans le domaine de l’eau dans toute l’Union» au cours du prochain mandat. Le secteur privé et les organisations de la société civile réclament également de plus en plus de nouvelles mesures au niveau de l’UE dans le domaine de l’eau, comme en témoigne la lettre adressée au plus haut niveau de la Commission 9 . Au niveau mondial, la Conférence des Nations unies sur l’eau de mars 2023, au cours de laquelle l’UE a présenté sa vision d’un monde résilient dans le domaine de l’eau d’ici à 2050, a donné une forte impulsion au niveau international.

En réponse à ces demandes, dans ses orientations politiques 2024-2029 pour le prochain collège, la Commission a annoncé l’adoption d’une nouvelle stratégie européenne pour la résilience dans le domaine de l’eau, dont le but est de renforcer la sécurité de l’approvisionnement en eau en Europe et qui prévoit de préserver la qualité et la quantité d’eau dans l’UE et au-delà, de renforcer l’avantage innovant concurrentiel de notre industrie de l’eau et de s’attaquer aux causes profondes des défis liés à l’eau, notamment la pollution, la perte de biodiversité et les effets du changement climatique.

Le présent rapport vise à transmettre au Conseil, au nouveau Parlement ainsi qu’aux autres institutions et parties prenantes de l’UE les données les plus récentes sur l’état de l’eau, les pressions exercées sur les ressources en eau et les mesures prises par les États membres pour atteindre les objectifs environnementaux fixés dans ces deux directives. Il fournit une cartographie complète des défis liés à l’eau dans l’UE, qui servira de base à l’élaboration de la future stratégie pour la résilience dans le domaine de l’eau.

En outre, compte tenu du délai fixé à 2027 par la DCE pour atteindre le bon état de toutes les eaux de l’UE, le présent rapport est l’occasion ou jamais de faire le point de la situation sur le terrain et de présenter des recommandations aux États membres afin qu’ils intensifient leurs efforts. Il en va de même pour les objectifs de gestion des risques d’inondation au titre de la directive «Inondations», qui sont plus pertinents que jamais.

Étant donné qu’il s’agit du premier rapport de mise en œuvre depuis l’adoption du pacte vert pour l’Europe, les progrès des États membres ont été évalués à travers le prisme de la réalisation des objectifs de l’UE en matière de biodiversité, de «zéro pollution» et de climat et d’une économie de plus en plus propre et circulaire. Par conséquent, la structure du rapport correspond aux mesures prises par les États membres pour faire face à ces trois situations d’urgence étroitement liées.

Le rapport se fonde sur l’évaluation de la Commission des troisièmes plans de gestion de district hydrographique et des deuxièmes plans de gestion des risques d’inondation 10 élaborés et communiquées par les États membres pour la période 2022-2027. Ces plans se fondent sur les données de surveillance collectées entre 2016 et 2021. Cela signifie que, bien qu’il soit publié après le pacte vert, le rapport décrit en grande partie la situation antérieure au pacte vert. Il ne tient pas compte des avantages escomptés des initiatives innovantes que le pacte vert a mises en place.

Le présent rapport s’accompagne d’un ensemble de documents de travail des services de la Commission qui fournissent une vue d’ensemble de la mise en œuvre de la DCE, des directives connexes et de la directive «Inondations». Il comprend des évaluations d’États membres individuels et des recommandations par pays.

Ces recommandations serviront de base à un dialogue structuré avec les États membres afin d’améliorer sensiblement la mise en œuvre de cette législation en s’inspirant des nombreuses bonnes pratiques et réalisations obtenues dans l’ensemble de l’UE.

Les écosystèmes d’eau douce et marins sont étroitement liés. La pollution des rivières, la perturbation des flux de sédiments et les pénuries d’eau ont toutes une incidence très forte sur la santé des écosystèmes marins, en particulier les écosystèmes côtiers, et sur la viabilité des activités sociales et économiques qui en dépendent, telles que les transports, la pêche, l’aquaculture ou le tourisme. La directive-cadre «stratégie pour le milieu marin» (DCSMM) complète la DCE et mise sur les instruments d’action de l’UE dans le domaine de l’eau et dans d’autres domaines pour atteindre ses objectifs. Afin d’accélérer la mise en œuvre effective de la législation relative à l’eau douce et à l’eau marine, la Commission entend encourager une approche plus intégrée et plus cohérente, conformément à une approche «de la source à la mer 11 . C’est pourquoi le présent rapport a été élaboré en étroite coordination avec les évaluations du deuxième programme de mesures prises par les États membres au titre de la directive-cadre «stratégie pour le milieu marin» et est publié en même temps que ces évaluations. La Commission a particulièrement veillé à mettre en évidence les efforts de coordination dans la mise en œuvre des directives et les liens entre l’action au titre de la DCE et la réalisation des objectifs de la directive-cadre «stratégie pour le milieu marin».

2.PLANS DE GESTION DE DISTRICT HYDROGRAPHIQUE ET PLANS DE GESTION DES RISQUES D’INONDATION: ÉTAT D’AVANCEMENT EN MATIÈRE D’ADOPTION ET DE COMMUNICATION

Si les États membres étaient tenus d’adopter leurs plans avant mars 2022, nombre d’entre eux les ont malheureusement adoptés plus tard. Cela a conduit la Commission à engager des poursuites à l’encontre de tous les États membres qui ne respectaient pas les obligations légales. Même au moment de la finalisation de la présente évaluation, tous les États membres n’avaient pas encore adopté ni soumis à la Commission leurs plans de gestion de district hydrographique et leurs plans de gestion des risques d’inondation 12 . C’est pourquoi le présent rapport ne couvre pas ces pays ou régions.

Les 7 États membres qui ne sont pas inclus dans l’évaluation actuelle des plans de gestion de district hydrographique sont la Bulgarie, Chypre, la Grèce, Malte, le Portugal, la Slovénie et l’Irlande, et les 6 États membres non inclus dans l’évaluation actuelle des plans de gestion des risques d’inondation sont la Bulgarie, Chypre, la Grèce, Malte, le Portugal et la Slovaquie. Les données de leurs plans de gestion de district hydrographique et plans de gestion des risques d’inondation seront publiées une fois qu’elles auront été transmises par voie électronique sur la plateforme WISE (Système européen d’information sur l’eau) de l’Agence européenne pour l’environnement (AEE) 13 . En outre, les services de la Commission vont préparer des documents de travail par pays comprenant une évaluation des plans et des recommandations par pays. Les données seront également ajoutées au rapport de surveillance et de prospective «zéro pollution» de 2026 et serviront dans le cadre des travaux visant à mettre en œuvre les stratégies de l’UE en faveur de la biodiversité et de l’adaptation au changement climatique.

3.Méthodologie et considérations relatives à la comparabilité des données

Les plans de gestion de district hydrographique et les plans de gestion des risques d’inondation sont des documents très complets qui contiennent des centaines voire des milliers de pages d’informations dans les langues nationales. Leur évaluation, qui consiste à traiter de nombreuses informations dans plus de 20 langues différentes, est une tâche très difficile et complexe. La qualité des évaluations de la Commission dépend de la qualité des rapports présentés par les États membres. Des déclarations incomplètes ou lacunaires peuvent conduire à des évaluations erronées et/ou incomplètes.

L’absence de rapport électronique 14 ou la soumission partielle de rapports électroniques par certains États membres 15 dans la base de données WISE 16 a rendu l’évaluation de la Commission encore plus difficile. Cette situation tient en partie aux difficultés techniques rencontrées par les États membres lorsqu’ils utilisent la plateforme de l’AEE et en partie aux progrès insuffisants des États membres dans la numérisation des données sur l’eau. Par conséquent, la Commission a dû fonder son évaluation sur des données et des informations qui étaient en partie disponibles dans un format numérique facilement comparable et en partie extraites manuellement des plans de gestion de district hydrographique, des plans de gestion des risques d’inondation et d’autres sources pertinentes.

Outre ce qui précède, à la lecture du présent rapport, il convient de noter que différents facteurs (décrits plus bas) empêchent de comparer les résultats issus de l’évaluation des plans actuels de gestion de district hydrographique 2022-2027 avec ceux de la période précédente 2016-2021.

1)Certains États membres ont considérablement reclassé et redéfini une partie de leurs masses d’eau, ce qui a entraîné, dans certains cas, une modification substantielle de leur nombre.

2)Des améliorations importantes de la couverture géographique des systèmes de surveillance dans les États membres ont réduit le nombre de masses d’eau dont l’état était auparavant inconnu.

3)Le nombre de substances incluses dans les programmes de surveillance des États membres a également augmenté 17 et certaines normes de qualité sont devenues plus strictes depuis le rapport précédent.

Des approches nationales différentes en matière de désignation et de surveillance des polluants qui ne concernent pas l’ensemble de l’UE mais certains endroits seulement (les «polluants spécifiques des bassins hydrographiques») peuvent avoir une incidence considérable sur l’évaluation de l’état. Certains pays surveillent beaucoup plus de polluants que ceux de l’ensemble commun.

4.QUEL EST L’ÉTAT DES EAUX DE L’UE?

L’évaluation des troisièmes plans de gestion de district hydrographique contenue dans le présent rapport couvre 20 États membres, pour environ 90 % des masses d’eau de surface de l’UE (rivières, lacs, eaux de transition et eaux côtières) et un pourcentage similaire des masses d’eau souterraines de l’UE (soit environ 97 000 masses d’eau de surface et 15 000 masses d’eau souterraines).

De plus amples informations sur l’état des masses d’eau européennes sont fournies dans le rapport 2024 sur l’état des eaux européennes de l’AEE 18 publié le 15 octobre 2024. Il convient toutefois de noter que ce rapport couvre un ensemble différent et un peu réduit d’États membres (19 États membres de l’UE), étant donné qu’il ne repose que sur les données électroniques transmises par l’intermédiaire de la plateforme WISE.

Les États membres ont une meilleure connaissance de l’état des masses d’eau. Des améliorations significatives ont été constatées en ce qui concerne la couverture géographique des systèmes de surveillance dans la plupart des États membres et le nombre d’éléments biologiques et chimiques de qualité de l’eau couverts. En outre, le nombre de substances prioritaires 19 surveillées par les États membres a augmenté 20 et, dans certains cas, les normes de qualité sont devenues plus strictes depuis le dernier rapport. Néanmoins, des écarts persistent dans la surveillance de certaines substances dans quelques États membres 21 , tandis que les différences dans les méthodes de surveillance des substances prioritaires employées par les États membres peuvent avoir pour conséquence que les résultats ne sont pas toujours comparables. Autrement dit, les États membres en savent beaucoup plus sur les caractéristiques et l’état de leurs masses d’eau. Des problèmes dont ils n’avaient pas connaissance ou qui passaient sous les radars apparaissent désormais au grand jour et, parfois, ces découvertes cachent un mauvais état des eaux 22 . Et pourtant, plus de vingt ans après l’entrée en vigueur de la DCE, dans 3 États membres sur les 20 évalués, une grande majorité des masses d’eau de surface restent dans un état chimique inconnu: la Lituanie (94,6 % des eaux de surface dont l’état est inconnu), le Danemark (92,5 %) et l’Estonie (82,7 %).

Par ailleurs, l’évaluation montre clairement que, bien que la DCE décrive certains axes communs en matière de surveillance, il existe de grandes différences entre les pratiques, la fréquence de surveillance et les paramètres mesurés dans les États membres. Il s’agit là d’une difficulté majeure pour ce qui est de la comparabilité de l’évaluation de l’état.

Outre ces différences et malgré les progrès accomplis, des écarts importants persistent dans la surveillance de l’état écologique, tant en ce qui concerne la couverture spatiale que la fiabilité de l’évaluation. Un constat tout aussi révélateur est que les États membres, plutôt que de surveiller les paramètres de manière empirique, recourent très souvent à des avis d’experts ou extrapolent à un groupe de masses d’eau soumises à des pressions similaires.

Eaux de surface: quel est leur état écologique ou leur potentiel écologique?

La Commission conclut que, à en croire les données se rapportant principalement à la période 2016-2021 communiquées dans les troisièmes plans de gestion de district hydrographique pour la période 2022-2027, 39,5 % des masses d’eau de surface en Europe sont dans un bon état écologique ou ont un bon potentiel écologique 23 . Ce chiffre est à peu près identique (39,1 %) à celui communiqué par les mêmes pays dans les deuxièmes plans de gestion de district hydrographique pour la période 2016-2021, qui utilisaient principalement les données de 2009-2015 24 . Cela concorde avec les conclusions de la directive sur les nitrates, qui montrent que, à l’échelle de l’UE, 36 % des rivières, 32 % des lacs, 31 % des eaux côtières, 32 % des eaux de transition et 81 % des eaux marines ont été signalés comme eutrophes 25 .

Figure 1 — Changement dans l’évaluation de l’état écologique des masses d’eau de surface de l’UE entre les premiers, deuxièmes et troisièmes plans de gestion de district hydrographique (source: WISE freshwater et extraction de données PDF)

Si certains États membres ont fait quelques avancées limitées, d’autres n’ont signalé aucune amélioration ou ont fait état d’une baisse significative du pourcentage de masses d’eau de surface présentant un état écologique ou un potentiel écologique bon ou très bon. La Pologne (‑22,9 %), la Lituanie (15,5 %), la Slovaquie (‑14,9 %), la Tchéquie (‑13,3 %), la Croatie (‑9,1 %) et l’Estonie (7,6 %) ont signalé une baisse significative du nombre de masses d’eau présentant un bon état écologique ou un bon potentiel écologique. Cette baisse peut en grande partie s’expliquer par une meilleure connaissance et une meilleure compréhension de l’état des masses d’eau par rapport au cycle précédent.

Malgré l’amélioration globalement limitée du pourcentage de masses d’eau en bon état écologique ou en très bon état écologique, il est encourageant de noter que, par rapport aux deux cycles précédents de plans de gestion de district hydrographique (2009-2015 et 2016-2021), certains paramètres de qualité biologique et chimique se sont améliorés. On peut y voir les effets positifs de la mise en œuvre des mesures précédentes. En particulier, le récent rapport 2024 sur l’état des eaux européennes de l’AEE 26 montre que l’état du phytoplancton, de la flore benthique et des invertébrés s’est amélioré dans les lacs et que l’état des invertébrés benthiques dans les rivières et les eaux de transition s’est visiblement amélioré. Toutefois, bien qu’elles soient remarquables, ces évolutions partielles ne suffisent pas à améliorer l’état général des masses d’eau et à réduire les risques qui y sont associés pour la santé et l’environnement. En outre, elles passent inaperçues, puisque la DCE applique le principe «one out, all out», ce qui signifie qu’une masse d’eau ne peut parvenir à un bon état que si tous ses éléments de qualité biologique et chimique sont qualifiés au moins de «bons».

Ces évolutions partielles et inaperçues peuvent expliquer, au moins en partie, pourquoi l’évaluation de l’état écologique dans les troisièmes plans de gestion de district hydrographique (couvrant la période 2022-2027) montre une amélioration globalement limitée par rapport au rapport précédent évaluant les deuxièmes plans de gestion de district hydrographique (couvrant la période 2016-2021). Outre l’amélioration des connaissances et de la précision évoquée ci-dessus, une augmentation possible des pressions sous-jacentes, des mesures inadéquates et des progrès insuffisants dans la mise en œuvre des mesures prévues peuvent également expliquer l’absence d’avancées.

Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que la plupart des États membres aient indiqué qu’ils ne s’attendaient pas à atteindre un bon état écologique ou un bon potentiel écologique pour toutes leurs masses d’eau d’ici à 2027.

Les États membres ont beaucoup progressé dans l’établissement des conditions de référence 27 pour différents types d’eau. Ces conditions sont essentielles pour fixer des valeurs de référence et mesurer les incidences des activités humaines sur les éléments biologiques, physico-chimiques et hydromorphologiques. En outre, des progrès considérables ont été accomplis au niveau de l’UE grâce à l’exercice d’interétalonnage 28 qui harmonise les classifications nationales du bon état écologique. Toutefois, un manque d’harmonisation persiste au niveau de l’UE, ce qui empêche de comparer l’évaluation globale de l’état.

Eaux de surface: quel est leur état chimique?

Atteindre un bon état chimique est un indicateur de la transition vers une pollution zéro. Comme lors du cycle de rapport précédent, il existe une très grande différence entre les eaux de surface et les eaux souterraines, ces dernières étant souvent mieux protégées.

Les informations fournies dans les troisièmes plans de gestion de district hydrographique montrent que, en 2021, seuls 26,8 % des masses d’eau de surface étaient en bon état chimique, contre 33,5 % en 2015. Cela indique une détérioration significative.

Si la part des eaux de surface en bon état est restée stable ou s’est légèrement améliorée dans certains États membres par rapport à 2015, elle a diminué, parfois considérablement, dans d’autres. C’est le cas, par exemple, en Lituanie (-98,7 %), en Finlande (-49,5 %), en Pologne (-34,2 %), en Tchéquie (-29,9 %), aux Pays-Bas (-29,8 %), en Slovaquie (-26,3 %), en Croatie (-11,4 %) et en Lettonie (-10,6 %).

Cette détérioration peut s’expliquer en grande partie par l’amélioration de la surveillance et de la connaissance des substances «omniprésentes, persistantes, bioaccumulables et toxiques», par des changements majeurs dans la délimitation des masses d’eau et par des normes plus strictes pour certaines substances.

En ce qui concerne les eaux de surface, l’absence notable de résultats est due en grande partie aux substances «omniprésentes, persistantes, bioaccumulables et toxiques». Les composés les plus courants sont le mercure et les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP). Ceux-ci sont déjà présents en grandes quantités en raison de la pollution ancienne et de la pollution nouvelle qui continue d’entrer dans le milieu aquatique par l’intermédiaire des émissions atmosphériques résultant de la combustion de combustibles fossiles et d’autres combustibles. Les polybromodiphényléthers (PBDE), qui sont largement utilisés dans les peintures, les plastiques, le rembourrage de meubles en mousse, les textiles, les matériaux de construction et les procédés industriels, constituent un autre grand groupe de substances «omniprésentes, persistantes, bioaccumulables et toxiques». Leur effet sur la classification de l’état chimique est très dominant, car l’environnement a une capacité limitée à éliminer de lui-même ces polluants très fréquents et persistants. Sans ces composés omniprésents, persistants, bioaccumulables et toxiques, 81 % des masses d’eau de surface auraient atteint un bon état chimique, soit à peu près le même pourcentage que lors du cycle de rapport précédent.

Les autres substances qui entraînent un dépassement des normes de qualité environnementale et empêchent d’atteindre un bon état chimique varient d’un État membre à l’autre. Toutefois, les métaux (par exemple, le plomb, le cadmium, le nickel, qui sont généralement liés aux déchets des industries minières, aux eaux usées municipales et industrielles, au ruissellement urbain), les produits biocides et les pesticides (tributylétain, chlorpyrifos) et certains polluants organiques persistants (par exemple, l’hexachlorobenzène) continuent de figurer en tête de la liste des substances dont la présence empêche toute avancée, et ce même si l’utilisation de certaines de ces substances est interdite depuis de nombreuses années.

Il convient de noter que les composés omniprésents, persistants, bioaccumulables et toxiques restent également responsables du non-respect de l’objectif de bon état écologique en ce qui concerne la contamination au titre de la directive-cadre «stratégie pour le milieu marin» dans 80 % de la zone maritime 29 .

Figure 2 — Changement dans l’évaluation de l’état chimique des masses d’eau de surface de l’UE entre les premiers, deuxièmes et troisièmes plans de gestion de district hydrographique (toutes les substances, y compris les substances omniprésentes, persistantes, bioaccumulables et toxiques) (source: WISE freshwater et extraction de données PDF)



Figure 3 — Changement dans l’évaluation de l’état chimique des masses d’eau de surface de l’UE entre les deuxièmes et troisièmes plans de gestion de district hydrographique (sans les substances omniprésentes, persistantes, bioaccumulables et toxiques) (source: WISE freshwater et extraction de données PDF)

Masses d’eau souterraines: quel est leur état chimique?

En ce qui concerne les masses d’eau souterraines, en 2021, sur la base des informations fournies dans les troisièmes plans de gestion de district hydrographique, 86 % d’entre elles étaient en bon état chimique. Il s’agit d’une légère amélioration par rapport aux 82,2 % pour le même sous-ensemble de pays en 2015.

Les polluants les plus couramment signalés entraînant un mauvais état chimique sont les nitrates 30 . Ils proviennent principalement de l’agriculture intensive et de l’élevage qui font une utilisation abusive ou excessive d’engrais et de lisiers/effluents, qui contiennent tous de l’azote et du phosphore. C’est le cas pour 17 des 20 États membres. Seules l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie ne déclarent pas que les nitrates font obstacle à un bon état chimique dans leurs eaux souterraines. Les pesticides et leurs métabolites empêchent d’atteindre un bon état chimique dans neuf États membres (Autriche, Belgique, Tchéquie, Danemark, Estonie, France, Luxembourg, Pays-Bas et Espagne). Le phosphate et l’ammonium, qui proviennent aussi principalement de l’agriculture intensive et de l’élevage, entraînent également un mauvais état chimique, dont l’incidence est plus marquée dans des pays tels que la Slovaquie et la Tchéquie.

Parmi les autres substances mentionnées comme entraînant un mauvais état chimique dans un pourcentage réduit de masses d’eau souterraines (c’est-à-dire moins de 10 % selon certains États membres) figurent des polluants naturels, tels que le chlorure, le sulfate, le potassium, le fer et le carbone organique total. Les solvants industriels, les HAP, le méthyl-tertiaire-buthyl-éther (MTBE — principalement utilisé comme additif pour le carburant) et les agents de surface anioniques (courants dans les savons et les détergents) sont moins souvent cités comme étant la cause d’un mauvais état (mais cités par la Finlande, la France, l’Italie et la Lettonie).

Figure 4 — Changement dans l’évaluation de l’état chimique des masses d’eau souterraines de l’UE entre les premiers, deuxièmes et troisièmes plans de gestion de district hydrographique (source: WISE freshwater et extraction de données PDF)

État quantitatif des masses d’eau souterraines — les quantités d’eau sont-elles suffisantes?

Si l’on compare l’état quantitatif des eaux souterraines dans un même ensemble d’États membres, il est encourageant de constater une légère amélioration: 95 % des masses d’eau souterraines ont été déclarées en bon état en 2016-2021, contre 92,4 % en 2009-2015. Les données communiquées montrent que la reconstitution des masses d’eau souterraines, lesquelles constituent une grande partie des réserves de l’UE, semble garantie dans la plupart des cas. Bien que cela puisse indiquer que le changement climatique n’a pas (encore) touché les eaux souterraines de l’UE, il convient de souligner que tous les États membres ne tiennent pas dûment compte des besoins des écosystèmes dépendant des eaux souterraines, et que cet état de la situation en 2021 ne rend pas compte des incidences des années suivantes, qui ont été les plus sèches de ce siècle.

Figure 5 — Changement dans l’évaluation de l’état quantitatif des masses d’eau souterraines de l’UE entre les premiers, deuxièmes et troisièmes plans de gestion de district hydrographique (source: WISE freshwater et extraction de données PDF)

Néanmoins, il existe d’importantes différences géographiques entre les 20 États membres couverts par le présent rapport (voir figure 6).

Figure 6 — Vue d’ensemble de l’état quantitatif des masses d’eau souterraines par État membre en 2021