Acte préparatoire52025DC0003

RAPPORT DE LA COMMISSION AU CONSEIL ET AU PARLEMENT EUROPÉEN Évaluation par la Commission des programmes de mesures des États membres mis à jour au titre de l’article 17 de la directive-cadre «stratégie pour le milieu marin» (2008/56/CE)

CELEX52025DC0003
TypeActe préparatoire
Datemardi 4 février 2025

Résumé IA

Ce rapport de la Commission évalue les programmes de mesures actualisés soumis par les États membres en application de la directive-cadre "stratégie pour le milieu marin" (DCSMM). Il dresse un bilan de la mise en œuvre des mesures visant à atteindre ou maintenir le bon état écologique des eaux marines d'ici 2020, et identifie les lacunes persistantes, notamment en matière de pollution, de biodiversité et de pression des activités humaines. Pour le professionnel du droit français, ce document sert de référence pour apprécier la conformité des mesures nationales avec les objectifs européens et anticiper d'éventuelles procédures d'infraction.

Texte intégral

Bruxelles, le 4.2.2025

COM(2025) 3 final

RAPPORT DE LA COMMISSION AU CONSEIL ET AU PARLEMENT EUROPÉEN

Évaluation par la Commission des programmes de mesures des États membres mis à jour au titre de l’article 17 de la directive-cadre «stratégie pour le milieu marin» (2008/56/CE)




























{SWD(2025) 1 final}


TABLE DES MATIÈRES

1.INTRODUCTION

2.ÉTAT DES MERS EN EUROPE4

3.FAIRE FACE À LA TRIPLE CRISE PLANÉTAIRE10

3.1VERS UNE POLLUTION ZÉRO DANS LES MERS ET LES OCÉANS12

3.2RAMENER LA NATURE DU MILIEU MARIN DANS NOS VIES16

3.3FAIRE FACE À LA CRISE CLIMATIQUE22

4.ASSURER LA SOLIDITÉ SOCIO-ÉCONOMIQUE24

5.GOUVERNANCE ET COOPÉRATION RÉGIONALE25

6.CONCLUSIONS ET PERSPECTIVES29

7.RECOMMANDATIONS30

1.INTRODUCTION

Les mers et les océans sont essentiels à la qualité de vie des générations actuelles et futures et indispensables pour nos moyens de subsistance et nos économies. Ils jouent également un rôle important dans la séquestration du carbone en régulant le climat et en contribuant à réduire les effets du changement climatique. La santé des océans peut faire la différence lorsqu’il est question de notre résilience face à la triple crise planétaire que nous connaissons, à savoir le changement climatique, l’effondrement de la biodiversité et la pollution. Pourtant, l’exploitation que nous faisons actuellement des mers d’Europe n’est pas durable. Les écosystèmes marins sont soumis à une pression constante et se détériorent, de sorte qu’il devient difficile d’atteindre notre objectif primordial: des mers productives, saines et propres.

Au cours des 12 dernières années, les États membres de l’Union ont élaboré des stratégies pour le milieu marin afin de se conformer à la directive-cadre «stratégie pour le milieu marin» (DCSMM) 1 . Au titre de cette directive, ils sont tenus d’évaluer l’état de leur milieu marin, d’élaborer des programmes de surveillance, de fixer des objectifs environnementaux et de mettre en œuvre des mesures pour atteindre l’objectif principal de la directive, à savoir assurer un «bon état écologique» de tous les milieux marins de l’Union. Cet objectif devait être atteint en 2020. La directive propose des descripteurs spécifiques 2 qui définissent la notion de bon état écologique, comme la conservation de la biodiversité ou la lutte contre la pression anthropique telle que les sources sonores sous-marines, l’eutrophisation, les dommages causés aux fonds marins, les déchets marins et les contaminants.

Au titre d’une décision de la Commission 3 , en vigueur depuis juin 2017, les États membres sont tenus d’appliquer des critères communs et des normes méthodologiques pour définir le «bon état écologique», au sens quantitatif, de leurs eaux marines. Il est important de noter que la directive-cadre «stratégie pour le milieu marin» prévoit explicitement que les États membres coopèrent avec leurs voisins au sein de chaque région ou sous-région marine, de préférence par l’intermédiaire des structures institutionnelles régionales existantes en matière de coopération 4 , afin de garantir la cohérence et la coordination des mesures mises en œuvre 5 .

Le pacte vert pour l’Europe 6 fixe des priorités générales, notamment la protection de notre biodiversité et de nos écosystèmes, et contribue à l’effort collectif avec l’ambition de:

-réduire la pollution de l’air, de l’eau et des sols;

-passer à une économie circulaire;

-améliorer la gestion des déchets; et

-garantir la durabilité de notre économie bleue et des secteurs de la pêche.

La stratégie de l’UE en faveur de la biodiversité 7 , le plan d’action «zéro pollution» 8 et le plan d’action pour le milieu marin 9 sont les principaux instruments d’action adoptés pour atteindre ces objectifs.

La directive-cadre «stratégie pour le milieu marin» s’inscrit dans un programme plus large sur la résilience dans le domaine de l’eau. Dans ses orientations politiques 2024-2029 pour le prochain collège, la Commission a annoncé l’adoption d’une nouvelle stratégie européenne pour la résilience dans le domaine de l’eau, dont le but est de renforcer la sécurité de l’approvisionnement en eau en Europe et qui prévoit de préserver la qualité et la quantité d’eau dans l’UE et au-delà, de renforcer l’avantage innovant concurrentiel de notre industrie de l’eau et de s’attaquer aux causes profondes des défis liés à l’eau, notamment la pollution, la perte de biodiversité et les effets du changement climatique. Des mers et des océans propres, sains et productifs sont déterminants pour notre transition écologique et numérique ainsi que pour la prospérité à long terme de l’UE. La directive-cadre «stratégie pour le milieu marin» peut également contribuer directement à la réalisation des objectifs du prochain «pacte pour les océans» annoncé par la présidente von der Leyen dans ses orientations politiques pour le prochain mandat de la Commission, à savoir «renforce[r] l’économie bleue et [...] assurer la bonne gouvernance et la durabilité de nos océans, dans toutes leurs dimensions».

C’est la première fois dans le nouveau cadre stratégique que la Commission évalue les deuxièmes programmes de mesures au titre de la directive-cadre «stratégie pour le milieu marin». Cette évaluation est menée en parallèle étroit avec les évaluations des troisièmes plans de gestion de district hydrographique et des deuxièmes plans de gestion des risques d’inondation au titre de la directive-cadre sur l’eau (DCE) et de la directive relative à l’évaluation et à la gestion des risques d’inondation (directive «Inondations») 10 . Afin d’accélérer la mise en œuvre effective de la législation relative à l’eau douce et à l’eau marine, la Commission entend encourager une approche plus intégrée et plus cohérente, conformément à une approche «de la source à la mer» 11 .

L’évaluation vise donc en particulier à faire en sorte que la directive-cadre «stratégie pour le milieu marin» soit mise en œuvre de manière cohérente avec la directive-cadre sur l’eau. Il convient toutefois de noter que les exigences des deux directives diffèrent. Le rapport sur la directive-cadre sur l’eau/directive «Inondations» évalue de manière approfondie l’état des masses d’eau douce de l’UE sur la base des données communiquées par les États membres et des mesures qu’ils ont prises pour avancer. En revanche, le rapport établi au titre de la directive-cadre «stratégie pour le milieu marin», et notamment son article 16, n’évalue que les programmes de mesures des États membres. L’objet des deux rapports diffère donc légèrement, de sorte que les comparaisons sont effectuées sur les éléments communs.

Bien que les programmes de mesures aient été élaborés avant l’adoption de la législation sur la restauration de la nature 12 , la mise en œuvre de cette dernière aura certainement une incidence sur le troisième cycle de mise en œuvre de la directive-cadre «stratégie pour le milieu marin».

Objet et structure

Le présent rapport présente les principaux résultats de l’évaluation, par la Commission, des deuxièmes programmes de mesures, que tous les États membres devaient notifier au plus tard le 31 mars 2022 13 . Ces programmes apportent une mise à jour depuis le premier cycle de mise en œuvre et tiennent compte de la dernière évaluation de l’état des eaux marines et des recommandations formulées par la Commission sur les mesures en 2018 14 . Une analyse plus détaillée des programmes de mesures des États membres, du degré de cohérence régionale, des conclusions par pays et des recommandations par pays figure dans le document de travail des services de la Commission qui accompagne le rapport 15 .

L’analyse s’articule autour de la triple crise planétaire: la pollution, la perte de biodiversité et le changement climatique 16 . L’objectif est d’évaluer si les mesures proposées par les États membres sont suffisantes pour lutter contre les formes de pression auxquelles sont exposées leurs eaux marines et pour parvenir au bon état écologique. Le rapport contient également une série de recommandations essentielles utiles pour trouver d’autres axes d’amélioration. Certains des messages et recommandations clés présentés dans les conclusions complètent ceux présentés dans le rapport sur la directive-cadre sur l’eau/directive «Inondations».

Seuls cinq États membres avaient transmis leur rapport à la date limite, en mars 2022. Neuf autres l’ont transmis avec un an de retard ou moins et trois avec plus d’un an de retard, mais encore à temps pour être inclus dans cette évaluation 17 . Au total, la Commission a été en mesure d’évaluer les programmes de mesures de 17 États membres côtiers (sur 22): Belgique, Allemagne, Irlande, Espagne, Estonie, France, Italie, Chypre, Lettonie, Lituanie, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Roumanie, Slovénie, Finlande et Suède. Les retards et les rapports non présentés ont limité la capacité de la Commission à réaliser des évaluations complètes de la cohérence régionale.

Les programmes de mesures des cinq autres États membres (Bulgarie, Croatie, Danemark, Grèce et Malte) seront publiés sur la plateforme WISE-Marine de l’AEE 18 . La Commission va également préparer des évaluations et des recommandations par pays, qui seront communiquées directement aux États membres. L’évaluation des programmes des États membres servira également à rédiger le rapport de surveillance et de prospective «zéro pollution» de 2024 et contribuera au réexamen en cours de la directive-cadre «stratégie pour le milieu marin» 19 ainsi qu’à d’autres travaux visant à mettre en œuvre les stratégies de l’UE en faveur de la biodiversité et de l’adaptation au changement climatique.

2.ÉTAT DES MERS EN EUROPE

Environ 40 % de la population de l’UE vit dans des zones côtières. Les mers et les océans sont directement liés à la culture, à l’identité et au sentiment d’appartenance de ces communautés 20 .

Des décennies de surpêche, de rejets de nutriments, de contaminants et de déchets, de trafic maritime intense et de plusieurs autres formes de pression anthropique, associées aux effets croissants du changement climatique, ont gravement dégradé l’état des écosystèmes marins.

Ces pressions croissantes mettent en péril les bienfaits que les générations futures peuvent attendre des mers et océans d’Europe et dont elles auront besoin pour vivre, pour trouver des moyens de subsistance et pour faire tourner leurs économies.

En 2018, les États membres ont procédé à la première évaluation de l’état de leurs eaux marines au titre de la directive-cadre «stratégie pour le milieu marin» et ont analysé dans quelle mesure les pressions exercées par les activités humaines ont une incidence sur la vie et les écosystèmes marins et les progrès accomplis dans la réalisation du bon état écologique 21 . Ces informations, croisées avec d’autres sources d’information, ont permis à la Commission d’avoir une vue d’ensemble de l’état du milieu marin en 2020, date à laquelle le bon état écologique devait être atteint.

Malgré des améliorations dans certains domaines, la conclusion était claire: le bon état écologique n’avait pas été atteint dans toutes les eaux marines de l’UE 22 . Du point de vue positif, toutefois, les tendances toujours plus marquées dans certains types de pressions auxquelles sont exposées les mers d’Europe peuvent encore être inversées, en particulier par la mise en œuvre de mesures efficaces au titre de la directive-cadre «stratégie pour le milieu marin», dont certaines s’appuient sur d’autres cadres stratégiques et juridiques établis de longue date (par exemple, la directive «Oiseaux» et la directive «Habitats», la directive sur la planification de l’espace maritime, la directive-cadre sur l’eau et la politique commune de la pêche).

Un exemple frappant est la réduction des déchets de plage, estimée à 29 % entre 2015 et 2021 dans tous les bassins maritimes de l’UE 23 , avec une réduction encore plus importante de 45 % en mer Baltique. Bien que la plupart des bassins maritimes n’aient pas encore atteint le bon état écologique, une telle réduction en 5 ans est un bel exemple qui montre que l’action conjointe fonctionne. Plusieurs facteurs entrent en jeu, dont un soutien public massif en faveur de l’action, des engagements politiques de haut niveau pour inverser la tendance (par exemple, la stratégie sur les matières plastiques de 2018, le plan d’action «zéro pollution» de 2021 dans le cadre du pacte vert pour l’Europe) et une base juridique solide permettant aux autorités de prendre des mesures (parallèlement à la directive-cadre «stratégie pour le milieu marin», à la directive de 2019 sur les plastiques à usage unique et à la directive de 2019 sur les installations de réception portuaires). La valeur ajoutée de la directive-cadre «stratégie pour le milieu marin» dans ce processus est évidente:

-les campagnes publiques et politiques visant à lutter contre les déchets et le plastique ont utilisé les données de la directive-cadre «stratégie pour le milieu marin» pour donner plus de poids à leurs messages;

-les mêmes données ont été utilisées dans l’analyse d’impact et l’adoption de la directive sur les plastiques à usage unique, et ont contribué à sensibiliser le public;

-étant donné que la réduction de 29 % est intervenue avant même l’entrée en vigueur de la directive sur les plastiques à usage unique, une partie au moins peut être attribuée aux mesures prévues dans le cadre du premier cycle de mise en œuvre de la directive-cadre «stratégie pour le milieu marin»;

-la réduction de 29 % peut être évaluée et communiquée clairement en raison des efforts collectifs déployés par les États membres, les institutions et agences de l’UE 24 et la société civile pour collecter et produire des données comparables de haute qualité.

L’analyse des deuxièmes programmes de mesures concernant les déchets marins montre que les États membres prennent des mesures supplémentaires pour s’attaquer au problème des déchets de plage: la tendance positive à la baisse devrait ainsi se poursuivre (voir section 3.1).

Pour d’autres thèmes, tels que la pollution marine ou la perte de biodiversité, les progrès accomplis dans la réalisation du bon état écologique depuis 2018 seront évalués après que les États membres auront rendu leur rapport sur la troisième évaluation de l’état des eaux marines en octobre 2024. Dans l’intervalle, les évaluations régionales réalisées par les quatre conventions sur la mer régionale (CMR) — à savoir les conventions d’Helsinki 25 , OSPAR 26 , de Barcelone 27 et de Bucarest 28 — fournissent de nombreuses informations récentes sur l’état des mers de l’UE.

·Bassin de la mer Baltique

La troisième évaluation globale HELCOM 29 publiée en octobre 2023 donne un aperçu complet de l’état de l’écosystème de la mer Baltique entre 2016 et 2021. Elle montre peu ou pas d’amélioration au cours de cette période, ce qui met en évidence la nécessité de poursuivre, d’améliorer et de coordonner les mesures.

-Les pressions causées par la pollution restent importantes. L’eutrophisation reste un problème majeur touchant différents niveaux du réseau trophique et causant la dégradation des écosystèmes. On constate quelques améliorations dans certaines zones, en particulier dans les sous-bassins du sud-ouest, mais une autre détérioration préoccupante est observée dans les parties centrales de la mer Baltique. La pression exercée par les substances dangereuses reste importante dans la plupart des zones de la région, avec des concentrations élevées de certains contaminants 30 principalement présents dans les poissons et les moules. Certaines améliorations sont perceptibles, notamment des réductions des concentrations chimiques chez les animaux dans plusieurs zones. Concernant les déchets de plage, 11 sous-bassins sur 16 se situent au-dessus de la valeur seuil de 20 déchets pour 100 m de plage 31 et ne sont donc pas dans un bon état écologique. Le bruit des navires est l’une des principales sources sonores sous-marines, avec des variations considérables dans l’espace (les voies maritimes sont les plus touchées) et dans le temps (le bruit des navires est plus fréquent en hiver qu’en été).

-En ce qui concerne la biodiversité, plusieurs espèces marines (y compris des mammifères et des oiseaux) et habitats ne sont pas en bon état, et ce sur l’ensemble de la mer Baltique et à tous les niveaux du réseau trophique. Trois stocks de poissons exploités à des fins commerciales ont diminué depuis la dernière évaluation et un seul a augmenté. Pour autant, l’action en faveur de la conservation de la biodiversité s’est intensifiée et la région est sur la bonne voie pour atteindre l’objectif global de 30 % des zones protégées d’ici à 2030.

-Les effets du changement climatique sont déjà visibles et le réchauffement annoncé devrait bientôt entraîner de nouveaux effets néfastes, ce qui accentue la nécessité urgente de prendre des mesures pour renforcer la résilience des écosystèmes et atténuer les incidences négatives.

Malgré la conclusion générale selon laquelle l’état de la mer Baltique ne s’est pas amélioré, l’évaluation montre que les mesures coordonnées prises pour réduire la pression, lorsqu’elles sont bien conçues et mises en œuvre avec succès, produisent des résultats tangibles. Le rapport sur l’état d’avancement des engagements pris dans le cadre de la déclaration «Notre Baltique», publié pour la deuxième conférence «Notre Baltique» en septembre 2023 32 , confirme qu’il s’agit là d’étapes fondamentales.

·Bassin de la mer Méditerranée

En décembre 2023, la convention de Barcelone a donné lieu à une évaluation complète de l’état de la mer Méditerranée 33 réalisée grâce aux données recueillies depuis le dernier rapport sur la qualité en 2017. Bien que de nombreux thèmes n’aient pas pu être évalués en raison de la disponibilité inégale des données, les évaluations des indicateurs disponibles montrent un tableau contrasté.

-En ce qui concerne la pollution, notamment les contaminants et l’eutrophisation, bien qu’aucun message clair ne puisse s’appliquer à l’ensemble de la Méditerranée, des résultats détaillés sont disponibles pour certains domaines d’évaluation et indicateurs 34 . Seuls 16 % des plages méditerranéennes surveillées ont atteint un bon état écologique pour ce qui est des déchets. La sous-région de la mer Égée-mer Levantine est la plus touchée par les épisodes de pollution aiguë, en particulier les déversements d’hydrocarbures, ce qui s’explique par le fait qu’il s’agit de l’une des routes maritimes méditerranéennes les plus fréquentées. L’ensemble de la mer Méditerranée semble être dans un bon état écologique pour ce qui est des niveaux de sources sonores impulsives qui touchent certains cétacés, mais pas pour les sources sonores continues, en particulier en Méditerranée occidentale et en mer Égée-mer Levantine.

-En ce qui concerne la biodiversité, la surexploitation des stocks halieutiques a diminué de manière encourageante au cours de la dernière décennie, et de manière accélérée ces deux dernières années, pour atteindre son niveau le plus bas depuis 2003. Cette tendance est générale dans toutes les sous-régions 35 . Toutefois, la plupart des espèces commerciales sont encore surexploitées et la pression de la pêche est toujours deux fois supérieure au niveau considéré comme durable. La destruction des habitats reste l’une des menaces les plus répandues pour la structure et le fonctionnement des écosystèmes côtiers méditerranéens. Jusqu’à 1 000 mètres de profondeur, les dommages les plus importants causés aux habitats des fonds marins sont dus à la pêche de fond au moyen de chaluts et de dragues. De nombreuses populations d’oiseaux marins ont atteint le bon état écologique, à quelques exceptions près. La plupart des cétacés sont toujours fortement menacés selon l’évaluation de la liste rouge de l’UICN, bien que le statut d’espèces répandues telles que le grand dauphin commun et le dauphin bleu et blanc se soit amélioré depuis la moitié de l’année 2000.

-Le changement climatique est l’un des défis les plus critiques auxquels la région méditerranéenne est confrontée. Au cours des trois dernières décennies, les vagues de chaleur océaniques ont provoqué des épisodes de mortalité de masse chez diverses espèces marines et de lourdes pertes dans le secteur des produits de la mer. L’augmentation de la température de l’eau de mer accélère la propagation des espèces non indigènes. Les changements hydrographiques sont tels que les habitats marins méditerranéens sont de plus en plus menacés, certains risquant même l’extinction complète. Les zones centrale et orientale de la Méditerranée sont considérées comme plus vulnérables au changement climatique en raison de la pression accrue exercée par les espèces envahissantes, de l’augmentation de la température de l’eau et d’une moindre circulation océanique, ce qui entraîne une baisse des niveaux d’oxygène dissous 36 .

·Bassin de l’Atlantique du Nord-Est

Le rapport sur la qualité, publié en juin 2023 par l’OSPAR 37 et fondé sur des données couvrant la période 2009-2021, est l’évaluation la plus fiable de l’état de l’ensemble de l’Atlantique du Nord-Est. Des progrès significatifs ont été accomplis pour mieux comprendre et limiter les effets négatifs de l’activité humaine. Malgré certaines améliorations, les tendances indiquent que la biodiversité est en déclin et que les habitats se dégradent dans de nombreuses parties de la zone maritime OSPAR.

-Les problèmes liés à la pollution due à un large éventail de substances dangereuses, aux quantités excessives d’éléments nutritifs (entraînant une eutrophisation) et aux déchets marins n’ont pas encore été complètement traités. Les rejets de substances dangereuses par le secteur pétrolier et gazier et de substances radioactives par le secteur nucléaire sont en baisse. Les concentrations de la plupart des substances les plus dangereuses (par exemple, les HAP et les PCB provenant des ruissellements, des rejets industriels et d’anciens chantiers de construction, ainsi que certains insecticides) ont considérablement diminué depuis les années 80 et 90. Néanmoins, la plupart des sous-régions sont dans un état médiocre en ce qui concerne les substances dangereuses présentes chez les espèces marines, principalement le mercure et les PCB, tandis que la situation est un peu meilleure en ce qui concerne la pollution des sédiments. Les nutriments présents dans le milieu marin, en particulier ceux provenant de sources agricoles, d’eaux usées et de sources industrielles et atmosphériques, ont fortement diminué. Toutefois, la pollution persiste dans les rivières et dans certaines zones côtières. Les résultats pour les déchets marins sont également mitigés: le volume reste élevé, mais il a diminué. Le volume de déchets sur les plages diminue également, mais reste important sur les fonds marins, principalement des déchets provenant de la pêche et des matières plastiques. La pollution sonore est de plus en plus préoccupante.

-Malgré des progrès indéniables dans la réduction de la surpêche depuis 2003 38 , les incidences de la pêche et d’autres activités humaines sur la biodiversité restent très préoccupantes. Toutes les évaluations des principaux composants (oiseaux et mammifères marins, poissons, habitats benthiques et pélagiques) et des réseaux trophiques montrent un déclin de la biodiversité, malgré les progrès accomplis dans l’identification des pressions et les efforts déployés pour réduire ces pressions. En particulier, l’état des oiseaux marins s’est détérioré depuis la dernière évaluation, en 2017.

-Le changement climatique et l’acidification des océans entraînent des changements majeurs qui mettent en péril une grande partie de la biodiversité marine de l’Atlantique du Nord-Est. Dans l’ensemble, les écosystèmes marins, également soumis à d’autres formes de pressions humaines, deviennent moins résistants au changement climatique.

Les conclusions du rapport sur la qualité indiquent clairement deux constats:

1)des mesures supplémentaires sont nécessaires pour modifier la trajectoire actuelle;

2)les mesures prises jusqu’à présent doivent être mises en œuvre plus efficacement.

·Bassin de la mer Noire

Aucune évaluation régionale n’est disponible pour la mer Noire, mais certaines données existent, couvrant principalement la période 2016-2021 et issues du projet EMBLAS financé par l’UE 39 , auxquelles s’ajoutent des analyses effectuées par le Centre commun de recherche de la Commission.

-En ce qui concerne la pollution, les observations confirment que toutes les zones de la mer Noire contiennent des déchets marins, principalement des déchets plastiques et des microplastiques. Les données indiquent que les plages de la mer Noire sont celles qui contiennent le plus de déchets en Europe et présentent le taux le plus élevé de plastiques à usage unique (652 déchets pour 100 m). La mer reste contaminée par des métaux lourds, des HAP et certains pesticides et la concentration en PFOS dépasse la limite de sécurité. Une enquête scientifique de 2021 a en effet révélé que la pollution cumulée de la mer Noire par des contaminants chimiques était environ 3 à 8 fois plus élevée que dans la mer Méditerranée et 2 à 7 fois plus élevée que dans l’Atlantique du Nord-Est 40 . Certaines régions côtières sont dans un bon état écologique en ce qui concerne l’eutrophisation, mais ce n’était pas le cas de la plupart des zones d’eau profonde du centre et de l’est en 2019 en raison de la prolifération de phytoplancton et des concentrations élevées de polluants.

-En ce qui concerne la biodiversité, les niveaux de biomasse de plusieurs espèces de poissons et de crustacés ont clairement baissé entre 1995 et 2021, certaines de manière assez spectaculaire (par exemple, le merlan, l’aiguillat commun, l’anchois ou l’escargot de mer Rapana venosa). Les eaux côtières et les eaux des plateaux ont été évaluées comme étant en bon état écologique pour la biodiversité du phytoplancton, mais pas les eaux libres. En outre, les conditions environnementales se sont détériorées entre 2016 et 2019 dans la réserve marine du «champ de Phyllophora de Zernov», qui est la plus grande zone marine protégée de la mer Noire située dans les eaux ukrainiennes. Des études récentes ont également mis en évidence la migration possible d’espèces envahissantes vers la mer Noire 41 .

-En ce qui concerne le changement climatique, les scénarios montrent une augmentation de la température de l’eau et d’autres changements qui modifieront le transport et la dispersion des nutriments et des polluants en mer Noire 42 et augmenteront l’accumulation de polluants dans le bassin oriental 43 .

Les effets environnementaux de la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine ont laissé des marques profondes en mer Noire, et ce par-delà les frontières. Ces marques ont été causées par les mines et autres explosifs, les déversements d’hydrocarbures et les émissions de substances toxiques, de polluants et de matières plastiques découlant de la destruction des ports et des navires, ainsi que la pollution transportée par les rivières vers la mer. Bien que la surveillance soit très difficile sur le long terme en raison des combats incessants, il est clair que ces dommages ont des incidences négatives sur la biodiversité, les habitats et les espèces, y compris les mammifères marins et les stocks halieutiques.

La destruction du barrage de Kakhovka en juin 2023, en particulier, a entraîné des conséquences environnementales sans précédent sur le sud de l’Ukraine, s’étendant à toute la région de la mer Noire. Tous les polluants chimiques atteignaient des concentrations nettement plus élevées à tous les points de prélèvement après la destruction du barrage en 2023 par rapport à 2020. En outre, la multiplication par 2000 du phytoplancton d’algues bleues a entraîné la mort de 40 % des individus de l’une des populations de moules de la mer Noire 44 . Bien que la situation se rétablisse déjà, les incidences à long terme de cette pollution sur la santé humaine et la santé des écosystèmes devront faire l’objet d’un examen plus approfondi.

3.FAIRE FACE À LA TRIPLE CRISE PLANÉTAIRE

Étant donné que les eaux marines de l’Union européenne n’avaient pas atteint un bon état écologique en 2020, les États membres devaient mettre à jour leurs premiers programmes de mesures relevant de la directive-cadre «stratégie pour le milieu marin» afin de continuer à lutter contre les pressions et de parvenir à ce bon état écologique dès que possible.

Dans leur mise à jour, les 17 États membres évalués ont communiqué 2 046 mesures couvrant l’ensemble des régions marines, descripteurs et pressions 45 . Parmi celles-ci, un tiers seulement sont des nouvelles mesures spécialement ajoutées dans cette deuxième mise à jour, la grande majorité d’entre elles ne faisant que prolonger les mesures signalées précédemment, avec quelques modifications. Étant donné que le bon état écologique n’avait pas été atteint en 2020, on aurait pu s’attendre à trouver plus de nouvelles mesures.

Près de la moitié des mesures signalées visent à réaliser ou à maintenir le bon état écologique spécifiquement aux fins de la directive-cadre «stratégie pour le milieu marin». Il s’agit d’une belle progression depuis les premiers programmes de mesures, dont un quart seulement des mesures étaient «spécifiquement mises en place aux fins de la directive» 46 . Les autres mesures découlent d’exigences définies dans d’autres actes du droit de l’Union, des CMR, des accords internationaux ou la législation nationale.

Dans les deuxièmes programmes de mesures, près de 50 % des mesures visent à empêcher directement de nouvelles pressions, à réduire les pressions existantes ou à restaurer les espèces ou les habitats. Plus de 35 % des mesures sont conçues pour contribuer indirectement à la réalisation de ces objectifs (par exemple, au moyen de mécanismes de gouvernance, d’incitations financières ou de campagnes de sensibilisation). Les mesures liées à l’amélioration des connaissances représentent environ 15 % du total.

Les mesures signalées couvrent tous les types de pressions auxquelles est soumis le milieu marin de l’UE 47 . Les déchets et les contaminants sont les pressions les plus visées, chacune faisant l’objet de près de 30 % des mesures. Plus de 20 % des mesures visent à remédier aux perturbations et à l’extraction des espèces ainsi qu’à l’eutrophisation. Plus de 10 % ciblent les sources sonores, les perturbations des fonds marins et les espèces non indigènes et moins de 10 % des mesures ciblent d’autres formes d’énergie, les effets néfastes sur les espèces et les habitats et les modifications hydrographiques (figure 1).

Figure 1. Part de mesures prévues dans les deuxièmes programmes de mesures visant à remédier aux pressions exercées sur les écosystèmes marins

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