| Le commerce électronique a révolutionné la manière dont interagissent les consommateurs et les entreprises, y compris les petites et moyennes entreprises (PME), et a apporté de nombreux avantages à l’économie de l’Union dans son ensemble. Dans le même temps, la récente augmentation des biens achetés en ligne et importés directement dans l’Union par les consommateurs a amplifié les problèmes associés au commerce électronique. Parmi ceux-ci, citons le risque que les produits non conformes présentent pour la santé et à la sécurité des consommateurs, le risque de dommages environnementaux irréversibles et d’une empreinte carbone négative, ainsi que l’incidence négative sur la compétitivité des entreprises respectueuses de la loi. L’Union prône une vision du commerce électronique qui renforce la durabilité, la commodité, la sécurité et la fiabilité, et qui constitue un vecteur de transformation numérique conformément aux objectifs de la décennie numérique à l’horizon 2030. Le commerce électronique devrait favoriser les entreprises innovantes et responsables, tout en appliquant des pratiques commerciales loyales et en se conformant à la législation de l’Union. La présente communication expose l’approche globale adoptée par la Commission pour relever les défis posés par les importations dans le cadre du commerce électronique tout au long de leur cycle de vie. La Commission annonce ses priorités en matière d’application des règles et appelle à renforcer la coopération et la coordination entre toutes les autorités compétentes. Cette coopération devrait faire en sorte que les produits importés qui sont directement expédiés aux consommateurs dans le cadre du commerce électronique respectent les règles de l’Union et les pratiques commerciales loyales. Pour atteindre cet objectif, la Commission invite les États membres et leurs autorités compétentes à adopter une attitude volontariste dans le suivi et la mise en œuvre des actions essentielles décrites dans la présente communication. En outre, la Commission définit des mesures visant à rendre les autorités douanières et les autorités de surveillance du marché plus résilientes et plus efficaces, notamment en faisant avancer la mise en œuvre de la réforme de l’union douanière, étant donné qu’elle supprimerait la franchise de droits pour les envois de faible valeur et renforcerait les capacités de contrôle, ainsi qu’au moyen d’une éventuelle taxe non discriminatoire pour le traitement des biens importés livrés directement aux consommateurs. La Commission invite les acteurs du marché et les acteurs institutionnels à coopérer eu égard à cette initiative. |
1.Tendances et défis en matière d’importations dans le cadre du commerce électronique
Le commerce électronique est désormais totalement intégré aux habitudes d'achat en ligne des consommateurs. 70 % des Européens achètent régulièrement des produits en ligne 1 , tant dans les boutiques en ligne de vendeurs que sur les places de marché en ligne. 76 % des consommateurs pensent que d’ici à 2030, l’achat et la vente de produits et de services en ligne figureront parmi les technologies numériques les plus importantes d’Europe.
Ces dernières années, les places de marché en ligne, en particulier, ont connu une croissance importante, et des acteurs internationaux ainsi que de nombreuses entreprises européennes sont aujourd'hui devenus des champions régionaux. Les offres proposées sur les places de marché en ligne portent sur une large gamme de produits, souvent rendus attrayants par des prix modiques et un processus d’achat simple, associé à une livraison rapide et bon marché. Les places de marché en ligne ont ouvert le commerce international de biens de consommation: elles mettent en relation les consommateurs et un large éventail de vendeurs, allant des marques bien établies à de petits producteurs et à des start-up de l’Union et du monde entier. Souvent, elles fonctionnent selon un modèle économique hybride, en jouant non seulement un rôle d’intermédiaire entre les consommateurs et les entreprises, mais également en vendant directement aux consommateurs et en soutenant de vastes canaux de production et de distribution en dehors de l’Union.
Le commerce électronique est un espace d’innovation commerciale et numérique, avec des offres et des recommandations personnalisées, ainsi que des optimisations fondées sur l’intelligence artificielle (IA), des solutions de commercialisation et des applications pour les consommateurs.
Le volume des biens de commerce électronique directement importés par les consommateurs dans l’Union a connu une forte hausse ces dernières années et cette augmentation devrait se poursuivre à un rythme rapide, bénéficiant de l’exonération actuelle de droits pour les envois de faible valeur (jusqu’à 150 EUR). Selon les données de surveillance de l’Union, 4,6 milliards de ces articles de faible valeur ont été importés dans l’Union en 2024. Ce chiffre est presque deux fois plus élevé qu’en 2023 (2,4 milliards) et a plus que triplé depuis 2022 (1,4 milliard). Cela représente jusqu’à 12 millions de petits articles par jour.
En 2024, 91 % de l’ensemble des expéditions du commerce électronique d’une valeur maximale de 150 EUR entrant dans l’Union provenaient de Chine et leur volume a plus que doublé entre 2023 et 2024, passant de 1,9 milliard à 4,17 milliards d’articles. Cette forte hausse coïncide avec la croissance extrêmement rapide de certaines places de marché en ligne. Temu et SHEIN, en particulier, ont connu une croissance exponentielle sur le marché de l’Union, atteignant plus de 75 millions d’utilisateurs dans l’Union en l’espace de quelques mois en 2024. Alimentée par une publicité en ligne omniprésente, des prix bas et une livraison ultrarapide, la fourniture de biens de faible valeur par l’intermédiaire de ces places de marché en ligne a engendré à son tour une forte demande.
L’augmentation rapide des importations expédiées directement aux consommateurs pose des problèmes importants qui nécessitent une attention urgente, en particulier lorsque les produits importés peuvent être non conformes au droit de l’Union. Par exemple, environ la moitié des produits contrefaits saisis aux frontières de l’Union et portant atteinte aux droits de propriété intellectuelle des PME ont été achetés en ligne 2 .
L’augmentation du volume de produits dangereux, contrefaits ou non conformes entraîne de graves risques pour la sécurité et la santé des consommateurs, a une incidence négative sur l’environnement et alimente une concurrence déloyale pour les entreprises légitimes, ce qui a une incidence significative sur la compétitivité de l’Union dans différents secteurs. Le nombre même de produits importés directement par les consommateurs dans l’Union exerce également une pression insoutenable sur les autorités.
1.1.Sécurité et conformité des produits
Les produits dangereux, contrefaits ou non conformes ont une incidence sur la vie quotidienne des personnes. Les consommateurs eux-mêmes classent la présence de vendeurs en ligne non fiables parmi les problèmes liés à l’environnement en ligne qui ont le plus de répercussions sur eux 3 . Il existe des risques graves pour leur santé et leur sécurité, y compris la sécurité des enfants, compte tenu de leurs besoins et vulnérabilités spécifiques.
Selon les données Eurobaromètre, les Européens achètent principalement des vêtements, des chaussures, des accessoires, mais également des cosmétiques et des produits de beauté en ligne 4 . La non-conformité de ces produits aux règles de l’Union ou aux législations nationales applicables peut entraîner des conséquences graves pour la santé, découlant par exemple des substances nocives présentes dans les jouets ou les cosmétiques, de la quantité de substances chimiques contenues dans les vêtements ou dans les meubles, ou de médicaments falsifiés, de drogues (de synthèse) illicites et de nouvelles substances psychotropes, ainsi que de stéroïdes anabolisants et de stimulants sexuels.
Il existe également des menaces directes pour la sécurité: les criminels tirent parti des volumes élevés de biens de commerce électronique importés pour faire circuler des marchandises illicites, telles que des drogues (de synthèse) illicites et des précurseurs de drogues, des explosifs, des armes à feu ou des armes et pièces imprimées en 3D. Ils les vendent souvent sous la forme de petits colis vendus sur le grey web et le dark web, et parfois par l’intermédiaire de places de marché en ligne ouvertes. Il est important de s’attaquer au problème que constitue l’utilisation du commerce électronique comme un canal de distribution par les criminels pour agir efficacement contre les menaces pour la sécurité en mutation.
1.2.Durabilité
La forte hausse des importations de produits du commerce électronique directement expédiés aux consommateurs a également des effets néfastes très graves sur le climat et l’environnement. Les prix de détail extrêmement bas de certains produits vendus en ligne ne reflètent pas les coûts environnementaux au sens large liés à la production, à l’expédition directe et au cycle de vie complet du produit.
L’augmentation de la pollution et l’incidence accrue sur le climat qui résultent de l’utilisation de certains matériaux ou des énergies fossiles dans la production des biens font aussi partie des coûts environnementaux. En outre, les biens en question sont souvent de mauvaise qualité, ce qui signifie qu’ils ne sont pas économes en énergie, ne durent pas longtemps et ne peuvent pas être facilement réparés.
Ces produits sont souvent expédiés aux consommateurs sous la forme d’envois individuels. L’empreinte carbone de cette pratique, qui est considérable, est encore amplifiée par la courte durée de vie des produits, les pratiques commerciales telles que la mode éphémère, les éventuels retours de produits et les volumes élevés de produits renvoyés ou invendus détruits.