Acte préparatoire52025DC0046

COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS La voie vers le prochain cadre financier pluriannuel

CELEX52025DC0046
TypeActe préparatoire
Datemardi 11 février 2025

Résumé IA

Cette communication de la Commission trace les orientations politiques et budgétaires pour l'élaboration du prochain cadre financier pluriannuel (CFP) post-2027. Elle expose les priorités stratégiques envisagées, notamment en matière de compétitivité, de défense, de transition écologique et numérique, ainsi que les pistes de réforme du financement de l'UE. Pour un professionnel du droit français, ce document constitue une feuille de route politique annonçant les futures propositions législatives et les évolutions potentielles des règles régissant les dépenses et les ressources propres de l'Union.

Texte intégral

Strasbourg, le 11.2.2025

COM(2025) 46 final

COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS

La voie vers le prochain cadre financier pluriannuel










1.INTRODUCTION: LE BUDGET DE L’UE AU CŒUR DES PRIORITÉS POLITIQUES DE L’UE

Le budget de l’UE est au cœur de l’action politique de l’Union. Depuis des décennies, il contribue à améliorer la qualité de vie et les moyens de subsistance des citoyens, des agriculteurs, des chercheurs, des entreprises et des régions dans toute l’Europe et au-delà. Il a révélé sa juste valeur en contribuant à surmonter une pandémie et une crise énergétique, en permettant de sauver des millions d’emplois pendant les confinements et d’investir dans un avenir numérique propre. Si l’on regarde en arrière, face à l’une des crises les plus importantes de ces dernières années, la pandémie de COVID-19 et ses répercussions, l’UE a réagi avec NextGenerationEU et le cadre financier pluriannuel 2021-2027. Cela a ouvert la voie à une reprise économique rapide, tout en rendant l’Europe plus verte, plus numérique et plus à l’épreuve du temps. Alors que la guerre d’agression menée par la Russie aux frontières européennes appelait à une action rapide, afin de soutenir l’Ukraine et de faire face à la hausse des coûts de l’énergie, le budget de l’UE a encore démontré son efficacité.

L’ampleur des défis auxquels l’UE a été confrontée ces dernières années a nécessité une réponse proportionnée et commune de l’UE. Les priorités politiques émergentes ont été soutenues par des dépenses importantes, les dépenses consacrées à la recherche, à la migration, à la défense et à l’action extérieure atteignant les niveaux les plus élevés par rapport aux budgets pluriannuels précédents. Pour la première fois, un financement à grande échelle a été octroyé pour les réformes parallèlement aux investissements, ce qui a encore accru l’incidence de NextGenerationEU. De même, l’état de droit a été mis en avant, au moyen du régime général de conditionnalité protégeant les fonds de l’UE contre les violations des principes de l’état de droit dans les États membres.

Toutefois, l’augmentation des nouveaux besoins et des situations d’urgence et les appels accrus à l’action au niveau de l’UE ont étiré le budget de l’UE à ses limites, ce qui a nécessité une révision à mi-parcours en 2024. Un soutien solide et prévisible à l’Ukraine, le renforcement des programmes de gestion de la migration et des frontières, le soutien aux partenaires du voisinage de l’UE et aux pays visés par l’élargissement étaient des besoins géopolitiques; les technologies critiques ont nécessité un soutien accru. La volatilité des taux d’intérêt et la hausse des coûts de financement ont nécessité des solutions ad hoc et davantage de flexibilité. La toute première révision des plafonds de dépenses du cadre financier pluriannuel s’est accompagnée de redéploiements importants et de la création de nouveaux instruments spéciaux.

Les attentes croissantes en matière d’action de l’UE reflètent la nécessité de repenser le budget de cette dernière. L’objectif d’une Europe libre, démocratique, forte, sûre, prospère et compétitive défini dans les orientations politiques de la nouvelle Commission et dans le programme stratégique du Conseil européen pour la période 2024-2029 doit être atteint dans un contexte géopolitique très difficile. Cela nécessitera une réforme et un renforcement du budget de l’UE. En outre, le remboursement des emprunts NextGenerationEU, qui ont joué un rôle crucial dans la réponse budgétaire unifiée à la crise, débutera en 2028. Ce remboursement augmentera les besoins financiers du prochain cadre financier.

L’Europe doit résoudre cette équation complexe: il ne peut y avoir de budget de l’UE qui soit adapté à nos ambitions et qui garantisse notamment à la fois le remboursement de NextGenerationEU et des contributions financières nationales stables sans mettre en place de nouvelles ressources propres. Des choix doivent être faits.

La présente communication expose quelques-uns des principaux défis politiques et budgétaires pour le prochain cadre financier, en vue de lancer un vaste dialogue pour contribuer à l’élaboration de la proposition relative au prochain cadre financier pluriannuel.

2. DÉFIS POLITIQUES POUR LE PROCHAIN CADRE FINANCIER PLURIANNUEL

Le futur budget de l’UE devrait se concentrer sur les défis communs dans le cadre desquels les dépenses au niveau européen apportent la plus grande valeur ajoutée. Un large accord sur ce qu’il convient de financer – c’est-à-dire sur les besoins d’investissement pour les années à venir – est une condition préalable essentielle pour convenir de la manière de le financer, en mobilisant des investissements privés, par l’intermédiaire des budgets nationaux ou de notre budget commun de l’UE, ainsi que des outils à utiliser dans ce cadre.

La compétitivité européenne est entravée par les obstacles qui subsistent au sein du marché unique, la concurrence internationale déloyale, les prix élevés de l’énergie, la pénurie de compétences et de main-d’œuvre et les difficultés rencontrées par les entreprises pour accéder au capital dont elles ont besoin. L’économie européenne possède d’importants atouts: une économie ouverte, une forte concurrence sur le marché, un modèle de protection sociale solide caractérisé par de faibles niveaux d’inégalité et des normes élevées en matière de gouvernance, de santé, d’éducation et de protection de l’environnement, ainsi qu’une richesse culturelle unique. Certaines faiblesses deviennent cependant apparentes. Les dépenses publiques consacrées à la recherche et à l’innovation en Europe sont insuffisantes (un dixième seulement de ces dépenses ayant lieu au niveau européen et ces dépenses étant réparties entre de nombreux secteurs) et ne sont pas suffisamment axées sur l’innovation de rupture 1 . En 2023, les dépenses consacrées à la recherche et au développement dans l’UE se sont élevées à 381 milliards d’EUR, soit 2,22 % du PIB de l’UE, ce qui est inférieur à l’objectif de 3 % 2 . De même, les entreprises de l’UE ont dépensé environ 270 milliards d’EUR de moins dans la recherche et le développement que leurs homologues américains en 2021 3 . La structure industrielle est statique: aucune entreprise de l’UE ayant une capitalisation boursière supérieure à 100 milliards d’EUR n’a été créée au cours des cinquante dernières années, tandis que les six entreprises américaines d’une valeur supérieure à 1000 milliards d’EUR ont toutes été créées durant cette période. Le déficit persistant de financement privé pour les investissements en dernière phase de croissance 4 entrave la capacité de développement des entreprises de l’UE. L’Europe souffre également, dans l’ensemble de son économie, de déficits de compétences, aggravés par une diminution de la main-d’œuvre 5 . Dans l’ensemble, la compétitivité future de l’Europe dépendra de notre capacité à démarrer une nouvelle ère d’invention et d’ingéniosité, en plaçant la recherche et l’innovation, la science et la technologie, au cœur de notre économie.

L’UE est confrontée à des menaces grandissantes pour la sécurité dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes. La base industrielle et technologique de défense européenne souffre de décennies de sous-investissement: entre 1999 et 2021, les dépenses de défense combinées de l’UE ont augmenté de 22 %, contre 66 % aux États-Unis, 289 % en Russie et 579 % en Chine 6 . Les États membres qui sont membres de l’OTAN se sont engagés à consacrer au moins 2 % de leur PIB à la défense, mais tous n’ont pas atteint cet objectif, tandis que des réflexions sont en cours sur un objectif plus élevé. La collaboration est également limitée: les États membres sont encore loin d’atteindre le critère de référence qu’ils se sont fixé il y a plus de 15 ans, consistant à investir 35 % ensemble dans des projets collaboratifs européens 7 . La fragmentation le long des frontières nationales, avec une coopération limitée et les doubles emplois y afférents, nuit aux entreprises européennes compétitives dans le domaine de la défense et crée des dépendances stratégiques. Il est nécessaire de renforcer la préparation en matière de défense, notamment par des moyens spatiaux, et la mobilité militaire, à la fois pour décourager toute agression future et pour soutenir l’Ukraine sur la voie de la paix. Tout cela nécessite d’accroître et d’optimiser le financement de la défense dans l’ensemble de l’UE. Dans le cadre d’une véritable Union européenne de la défense, l’Europe devra dépenser davantage, dépenser mieux et dépenser ensemble. La Commission présentera en mars le livre blanc sur l’avenir de la défense européenne.

La guerre, l’insécurité, la pauvreté et le manque de perspectives contribuent aux déplacements au sein du voisinage méridional de l’UE et à la migration irrégulière vers l’Europe 8 . L’Europe a accompli de nombreux progrès dans la mise en place d’une approche unie en matière de migration, d’asile et de frontières, mais la migration restera un défi et l’obtention de résultats dans ce domaine demeure une priorité pour les Européens. Le trafic de migrants et la traite des êtres humains génèrent des profits criminels. L’instrumentalisation de la migration aux frontières de l’UE a illustré de nouvelles formes hybrides de menaces semant la discorde et la méfiance au sein des sociétés européennes. Le prochain budget à long terme devrait donc contribuer à relever les défis liés à la migration, y compris pour ce qui est de la protection efficace des frontières extérieures de l’UE et des partenariats globaux avec les pays d’origine et de transit. Il devrait aussi aider les États membres à garantir qu’ils disposent de l’expertise et des capacités opérationnelles et financières dont ils ont besoin pour mettre en œuvre le nouveau pacte sur la migration et l’asile.

Le succès du marché unique dépend également de sa capacité à profiter à tous les citoyens et à toutes les entreprises d’Europe. Alors que les disparités régionales et territoriales ont été considérablement réduites, notamment grâce aux politiques de cohésion de l’UE, 29 % des citoyens de l’UE vivent toujours dans des régions dont le PIB par habitant est inférieur à 75 % de la moyenne de l’UE et environ 135 millions de personnes vivent dans des localités qui, au cours des vingt dernières années, se sont peu à peu retrouvées à la traîne 9 . Les petites et moyennes entreprises emploient près des deux tiers de la main-d’œuvre de l’UE et représentent un peu plus de la moitié de sa valeur ajoutée, mais nombre d’entre elles sont confrontées à des obstacles pour accéder au marché unique, notamment des procédures bureaucratiques complexes, des charges administratives élevées et un manque de services d’information et d’assistance 10 . Il y a lieu de débloquer les investissements pour garantir le développement économique dans toute l’Europe, mais des réformes sont également nécessaires pour éliminer les obstacles au développement régional, tels que les obstacles à l’investissement, les obstacles réglementaires et les faiblesses du marché du travail et de l’environnement des entreprises. 11 Nous devons restaurer l’unité de notre société par l’éducation et l’investissement dans le capital humain. Ces défis doivent être relevés au moyen d’une politique de cohésion et de croissance renforcée et modernisée, en partenariat avec les autorités nationales, régionales et locales.

La sécurité alimentaire et la protection de la nature préservent la qualité de vie en Europe, mais ces secteurs sont confrontés à des difficultés spécifiques. Les agriculteurs, les pêcheurs et les zones rurales sont de plus en plus touchés par une concurrence mondiale déloyale, la hausse des prix de l’énergie, le manque de jeunes agriculteurs et pêcheurs et les difficultés d’accès au capital. Malgré le soutien substantiel de la politique agricole commune, le revenu agricole par actif reste volatile et nettement inférieur au salaire moyen dans l’économie de l’UE (60 % en 2023). Pour le secteur de la petite pêche côtière, le salaire moyen en 2021 représentait environ la moitié du salaire moyen dans l’économie. Avec seulement 6,5 % des agriculteurs âgés de moins de 35 ans en 2020, l’agriculture de l’UE vieillit 12 . Quelque 62 milliards d’EUR seraient nécessaires pour combler le déficit d’investissement dans le secteur agricole et réaliser ses transitions numérique, écologique et énergétique 13 . Par ailleurs, le changement climatique accroît l’exposition aux risques du système alimentaire. Sur la base des recommandations du dialogue stratégique sur l’avenir de l’agriculture et de la future vision pour l’agriculture et l’alimentation, une politique agricole commune adaptée à sa finalité doit apporter un soutien ciblé aux agriculteurs qui en ont le plus besoin, promouvoir des résultats positifs sur les plans environnemental et social au moyen de rétributions et d’incitations financières pour les services écosystémiques et soutenir les conditions propices à la prospérité des zones rurales. Elle doit devenir plus simple et ciblée et trouver le juste équilibre entre les incitations, les investissements et la réglementation, et veiller à ce que les agriculteurs disposent d’un revenu équitable et suffisant.

Les catastrophes liées au climat plus fréquentes et plus dramatiques ont de lourdes répercussions sociales et économiques. 14 Le coût moyen des catastrophes naturelles a doublé, passant de 8 milliards d’EUR par an dans les années 1980 à 16 milliards d’EUR au cours de la dernière décennie. En 2021 et 2022, les coûts ont dépassé les 50 milliards d’EUR par an et ont atteint 40 milliards d’EUR en 2023, l’année la plus chaude jamais enregistrée au niveau mondial. Selon l’évaluation européenne des risques climatiques (rapport EUCRA) de 2024, les pertes économiques cumulées pourraient atteindre 175 milliards d’EUR (soit environ 1,4 % du PIB de l’UE) dans un scénario de réchauffement de 3 °C. En outre, compte tenu de ces risques, la Cour des comptes européenne a recommandé d’assurer la pérennité du financement, par l’UE, de l’adaptation au changement climatique 15 . Cela nécessitera d’intensifier les travaux sur la résilience et la préparation dans les domaines du climat et de l’eau: tout en poursuivant nos objectifs du pacte vert dans le cadre de notre stratégie de croissance économique, la préparation aux risques climatiques croissants devra être un objectif global de l’action de l’UE, tant sur le plan interne que sur le plan externe.

Le paysage politique et économique mondial pose des défis d’une ampleur sans précédent. La guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine a marqué le retour de la guerre en Europe. Le soutien financier, politique et militaire de l’Europe à l’Ukraine doit être maintenu aussi longtemps qu’il le faudra et constitue un investissement dans la sécurité européenne. La situation au Moyen-Orient génère de l’instabilité dans toute la région et de nouveaux besoins humanitaires. La concurrence déloyale croissante et les positions économiques et géopolitiques plus agressives ont mis à mal le système multilatéral mondial, sous l’effet d’un glissement de la coopération vers la concurrence et de la montée des conflits. Moins de 20 % des objectifs de développement durable 16 sont en voie d’être atteints, le déficit d’investissement dans les pays en développement revêtant un caractère persistant. Les besoins humanitaires continuent d’augmenter: en 2024, 45 milliards d’EUR sont nécessaires à l’échelle mondiale pour l’aide humanitaire, soit plus du double par rapport à 2019. Des partenariats mutuellement bénéfiques nécessitent une politique étrangère européenne prévoyant un financement plus ciblé et plus efficace pour nos partenaires et un meilleur alignement sur les intérêts stratégiques de l’UE.

L’élargissement est un impératif politique et géostratégique. L’adhésion à l’UE sera toujours un processus fondé sur le mérite et chaque candidat sera évalué sur la base de ses propres progrès vers le respect de l’ensemble des critères. L’UE devra intensifier son soutien pour préparer les pays candidats, au moyen d’investissements et de réformes, à leur perspective d’adhésion. Le PIB par habitant des Balkans occidentaux, de l’Ukraine, de la Moldavie et de la Géorgie continue de se situer aux alentours ou au-dessous de 50 % de celui de l’UE, et la progression vers la convergence est lente. L’Ukraine aura besoin du soutien de l’UE et de ses alliés pour résister à l’agression brutale de la Russie et faire face à ses répercussions économiques 17 . Une Union plus vaste et plus forte offre des avantages importants sur les plans socio-économique et politique et en matière de sécurité.

L’ampleur des défis à venir nécessite donc un budget ambitieux, en termes tant de taille que de conception.

3.LE «CHOIX DE L’EUROPE» POUR UN BUDGET PLUS SIMPLE, PLUS CIBLÉ ET PLUS EFFICACE

Un budget de l’UE plus ciblé

La mise en œuvre en cours du cadre financier actuel fournit quelques enseignements sur la manière d’accroître la souplesse du budget de l’UE et de mieux l’aligner sur nos priorités et nos objectifs. La flexibilité est essentielle pour garantir la capacité du budget à répondre à l’évolution actuelle. Toutefois, cela n’est pas possible si les fonds de l’UE sont presque tous préprogrammés dès le début. Plus de 90 % des financements au titre du cadre financier pluriannuel 2021-2027 et de NextGenerationEU sont préaffectés à des fins, des programmes ou des enveloppes nationales spécifiques 18 . En conséquence, pour répondre aux besoins et aux crises en constante évolution depuis 2021, les fonds existants ont été réalloués et réaffectés, dans le cadre de procédures parfois longues, et de nouveaux fonds, programmes ou mesures ad hoc ont été créés, ce qui a encore aggravé le problème de la dispersion des financements de l’UE. Une plus grande attention et une plus grande simplification sont nécessaires dès le départ afin de maximiser l’impact des financements de l’UE, à un moment où le futur cadre financier est l’objet de réflexion.

La réaction de l’UE aux répercussions économiques de la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine constitue un exemple de la manière dont un cadre alignant nos objectifs stratégiques sur nos priorités en matière de dépenses renforce l’impact de l’action commune de l’UE. Lorsque la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine a entraîné une forte hausse des prix de l’énergie, la nécessité de réduire encore la dépendance à l’égard des combustibles fossiles et d’accélérer le déploiement des énergies renouvelables s’est accrue. Dans le cadre du Semestre européen, une recommandation spécifique a été adressée à tous les États membres, lesquels ont pu la mettre en œuvre au moyen de nouveaux chapitres REPowerEU dans les plans pour la reprise et la résilience, notamment grâce à des fonds supplémentaires de l’UE. Notre action commune a permis de réduire la consommation de gaz de 18 % entre août 2022 et mars 2024, de surmonter notre dépendance à l’égard des combustibles fossiles russes, de garantir l’accès à une énergie abordable et d’accroître la production d’énergie à partir de sources renouvelables 19 .

Des efforts supplémentaires sont nécessaires pour parvenir à un véritable budget fondé sur les politiques afin de garantir des synergies entre nos politiques et l’action financière de l’Union. Le budget de l’UE reste trop axé sur les structures des programmes de dépenses et pas suffisamment sur les politiques. En conséquence, le financement des priorités stratégiques actuelles de l’UE est souvent éparpillé entre des programmes qui parfois se chevauchent. Il est possible de renforcer le lien entre la coordination globale des politiques et le budget de l’UE, et ce au moyen d’un nouveau mécanisme de pilotage reliant les priorités de l’UE au budget de l’UE. En ce qui concerne la compétitivité, l’outil de coordination de la compétitivité, associé à un Semestre européen rationalisé axé sur les réformes et les investissements au niveau national, s’inscrira dans le cadre d’un mécanisme de pilotage cohérent et souple destiné à éclairer les décisions en matière d’investissements et de réformes au niveau de l’UE et au niveau national. Plus généralement, la manière dont les politiques de l’UE éclairent et soutiennent les priorités budgétaires pourrait être améliorée, afin de faire en sorte que le budget de l’UE soutienne les biens publics européens, et notamment les projets transfrontaliers.

Une plus grande cohérence dans le financement des politiques intérieures et extérieures est essentielle pour mieux promouvoir les intérêts stratégiques de l’Union. La complémentarité avec l’action extérieure des États membres nécessite une coordination afin d’optimiser l’efficacité et la visibilité des investissements et de la coopération européens à l’échelle mondiale. C’est pourquoi, lorsque la pandémie de COVID-19 est survenue, l’«Équipe Europe» a été mise en place pour garantir une réponse mondiale coordonnée et globale de la part de l’UE, de ses États membres et des institutions financières publiques européennes. Depuis lors, l’approche «Équipe Europe» est devenue l’épine dorsale du financement de l’UE pour la coopération internationale. L’initiative «Global Gateway» suit cette approche, unissant les forces pour recenser les intérêts communs et mener une nouvelle vague d’investissements dans les infrastructures dans le monde entier. Parallèlement, le financement de l’action extérieure couvre également un large éventail de domaines présentant des liens importants entre la politique intérieure et la politique extérieure, allant de la politique commerciale globale à la migration, en passant par les matériaux, l’énergie et le climat. L’examen et l’extension des bonnes pratiques et des outils les plus efficaces contribueront à la réalisation des intérêts stratégiques et économiques de l’UE en matière de sécurité et renforceront les partenariats mutuellement bénéfiques dans le voisinage de l’Europe et au-delà.

Un budget de l’UE plus simple

L’accès au financement de l’UE est entravé par la complexité actuelle. Si le nombre de programmes de dépenses a déjà, dans une certaine mesure, été réduit au début de la période actuelle, le budget et d’autres programmes extérieurs à ce dernier en comprennent encore plus de 50 20 . Cela illustre certes la large portée du financement de l’UE, mais accroît aussi le risque de chevauchements et réduit l’incidence et la transparence, des lacunes pouvant éventuellement subsister en raison de l’absence d’approches de financement globales et coordonnées pour des priorités transversales telles que la compétitivité. Dans l’UE, «des faiblesses tout au long du "cycle de vie de l’innovation" [...] empêchent l’émergence de nouveaux secteurs et de nouveaux concurrents, [et] commencent par des obstacles dans la réserve de projets, de l’innovation jusqu’à la commercialisation» 21 . Il s’agit notamment de lacunes dans le soutien provenant du budget de l’UE, étant donné que ce dernier ne fournit pas de financement continu, de la recherche jusqu’à l’innovation, par le développement et le déploiement. Cette fragmentation, associée à la complexité et aux rigidités, pèse sur l’efficacité du financement de l’UE.

Les bénéficiaires éprouvent des difficultés à s’y retrouver dans la multiplicité des règles et des critères, malgré les mesures de simplification introduites dans le cadre financier actuel 22 . La diversité des règles d’éligibilité, des procédures de demande et des taux de cofinancement ainsi que la multiplicité des points d’entrée pour les demandeurs potentiels mettent en péril la rapidité et la qualité de la mise en œuvre et la participation des parties prenantes. Cette diversité, si elle est incohérente, peut également compromettre la réalisation des objectifs de l’UE. Répondre à un appel à propositions pour accéder aux fonds de l’UE peut s’avérer complexe et particulièrement contraignant pour les petites et moyennes entreprises 23 . Il existe aujourd’hui plus de 30 outils fournissant une assistance technique et des possibilités de soutien et il est possible de les simplifier et d’éliminer les chevauchements. En outre, plus les règles sont complexes, plus est élevé le risque que des erreurs entachent les dépenses. L’intégration d’un véritable point d’entrée unique pour tous les financements et services de conseil de l’UE dans le prochain cadre financier pourrait faciliter l’accès des bénéficiaires.

La fragmentation du paysage financier se traduit également par un nombre trop élevé de documents de programmation, qui nécessite beaucoup de ressources pour toutes les administrations concernées et entraîne des retards. Le cadre financier actuel comprend plus de 10 fonds préalloués 24 qui nécessitent une planification distincte et des efforts de programmation. Cette situation crée une lourde charge administrative pour les autorités de gestion et les promoteurs de projets au début de chaque exercice et entraîne un décalage important entre l’élaboration du cadre financier et la mise en œuvre sur le terrain. Cela a également été le cas au cours de la période de programmation 2021-2027, au cours de laquelle l’adoption tardive de la législation sectorielle et la longueur du processus d’adoption des documents de programmation ont entraîné des retards dans la mise en œuvre. Par exemple, les programmes opérationnels des fonds de la politique de cohésion n’ont été adoptés qu’à la mi-2022 25 .

En raison de l’adoption tardive des programmes opérationnels et de la coexistence de plusieurs fonds tels que le Fonds pour une transition juste et la facilité pour la reprise et la résilience, cette dernière ayant un calendrier plus serré, et étant donné que les autorités nationales se sont d’abord concentrées sur l’achèvement de la mise en œuvre des fonds au titre du cadre pluriannuel 2014-2020 selon la règle «N+3», moins de 7 % de la dotation 2021-2027 avaient été versés 26 , dont environ deux tiers avaient la forme d’un préfinancement.

La programmation au titre du financement de l’action extérieure, en particulier pour l’IVCDCI - L’Europe dans le monde, a également duré jusqu’à trois ans.

La lenteur de la mise en œuvre de certains programmes sur le terrain entraîne une augmentation des engagements restant à liquider (graphique 1) 27 et un accroissement du risque de dégagements, et peut provoquer un manque d’efficacité, étant donné que les priorités stratégiques ont changé lorsqu’il existe un décalage important de plusieurs années entre la fixation des priorités, la programmation et la mise en œuvre effective des investissements.

Graphique 1. Engagements restant à liquider dans le budget de l’UE

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