COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 28.2.2025
COM(2025) 61 final
RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS
Évaluation intermédiaire du programme de recherche et de formation d’Euratom pour la période 2021-2025
{SWD(2025) 54 final} - {SWD(2025) 55 final}
1.Introduction
Le présent rapport expose les résultats de l’évaluation intermédiaire du programme de recherche et de formation d’Euratom pour la période 2021-2025 (ci-après le «programme»), accompagnés des observations de la Commission requises par le règlement du Conseil établissant le programme. Doté d’un budget de près de 1,4 milliard d’EUR, ce programme est la principale source de financement de l’UE en faveur de la recherche nucléaire. Il finance le développement de l’énergie de fusion et vise à assurer les normes les plus élevées en matière de sûreté, de sécurité et de radioprotection, ainsi qu’à préserver les compétences de l’Europe dans le domaine nucléaire.
L’évaluation intermédiaire, réalisée par la Commission avec le concours d’experts indépendants, porte sur la conception, la mise en œuvre et les premiers résultats du programme. Les résultats de cette évaluation, exposés dans le document de travail des services de la Commission ci-joint et résumés dans le présent rapport, ont été utilisés pour préparer et rédiger la proposition de la Commission relative à la prolongation du programme pour la période 2026‑2027.
L’évaluation examine les progrès accomplis dans la réalisation des objectifs du programme, l’utilisation efficace des ressources ainsi que le maintien de la pertinence, de la cohérence (au sein du programme et avec d’autres instruments) et de la valeur ajoutée européenne du programme. Elle couvre la période 2021-2024 et porte à la fois sur les actions indirectes mises en œuvre par la direction générale de la recherche et de l’innovation (DG RTD) et sur les actions directes menées par le Centre commun de recherche (JRC).
2.État des lieux
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| 812 millions d’EUR de contributions de l’UE sous forme de subventions et de prix | 54 projets collaboratifs lancés | 3,9 millions d’EUR en moyenne par subvention (hors partenariats) | 982 organisations participant à des projets et partenariats de recherche | 95 % des fonds alloués à des projets de recherche, des partenariats et des prix | 4 partenariats européens cofinancés lancés | 550 collaborateurs travaillant dans la recherche nucléaire ou le soutien à la recherche nucléaire |
| Source: Commission européenne |
Le programme a été lancé en mai 2021 avec un budget total de 1,38 milliard d’EUR. En décembre 2024, 79 % du budget était engagé et 40 % des paiements avaient été réalisés. Le programme est mis en œuvre en gestion directe au moyen d’actions indirectes et directes, qui représentent respectivement 61,5 % et 38,5 % du budget.
En ce qui concerne les actions indirectes, 58 subventions de projets ont été signées, avec une contribution d’Euratom s’élevant à 810 millions d’EUR, à l’issue de trois appels à propositions concurrentiels et de l’évaluation de propositions émanant de bénéficiaires désignés. La Commission a également accordé 2,6 millions d’EUR pour financer des bourses postdoctorales dans le cadre d’actions Marie Skłodowska Curie (MSCA) et des prix décernés pour récompenser l’excellence dans la recherche sur la fission et la fusion.
Pour ce qui est des actions directes, le budget du JRC (426 millions d’EUR pour la période 2021-2024) est réparti en trois grandes catégories: le personnel permanent et non permanent (plus de 63 % du budget), l’entretien des bâtiments (29 %) et les dépenses de fonctionnement liées aux travaux scientifiques (8 %).
3.Résultats de l’évaluation
Le programme a permis de soutenir la recherche pertinente dans les domaines de la sûreté, de la sécurité et des garanties nucléaires, ainsi que de la radioprotection, de la gestion des déchets et de l’énergie de fusion. Il est trop tôt pour tirer des conclusions sur l’impact du programme étant donné que, sur les 58 projets lancés, seul un a été achevé en 2024, et 10 autres le seront en 2025. Toutefois, les données disponibles concernant les projets lancés, leur portée et les premiers résultats obtenus, ainsi que les réalisations du JRC, montrent que les actions directes et indirectes du programme mises en œuvre au cours des quatre dernières années sont pertinentes pour la réalisation des objectifs. Le programme a donné lieu à des publications évaluées par des pairs (environ 2 000) et a permis à de nombreuses personnes (environ 11 000) de bénéficier d’une formation et d’un accès aux infrastructures de recherche.
Les partenariats Euratom cofinancés sont un élément essentiel du programme, représentant 76 % du budget pour les actions indirectes et impliquant la plupart des États membres (21 pour la gestion des déchets, 23 pour la radioprotection et 26 pour la fusion). Le programme a également bénéficié de fonds substantiels provenant de bénéficiaires (couvrant 45 % des coûts) par l’intermédiaire de partenariats. Les progrès réalisés grâce aux partenariats permettent d’attirer davantage de partenaires issus de pays tiers. Par exemple, dans le domaine des déchets radioactifs, le nombre de partenaires a doublé.
La recherche en matière de sûreté financée par Euratom ne se limite pas aux États membres qui utilisent l’énergie nucléaire; 21 États membres participent à différents projets dans ce domaine. Le programme associe également les pays bénéficiant de l’élargissement de la participation à Horizon Europe (14 pays sur 15), qui perçoivent 13 % du financement Euratom dans la recherche sur la fission (contre 10 % en 2014-2018). Les «pays de l’élargissement» représentent désormais 24 % des participants aux projets Euratom (contre 21 % en 2014-2018).
Enfin, les rapports montrent que les projets lancés en 2021 et 2022 ont atteint 53 % de leurs jalons. Les données disponibles au moment de la rédaction du présent rapport montrent que des progrès ont été accomplis dans la réalisation des objectifs du programme, comme exposé dans les sections ci-dessous.
Sûreté nucléaire
Entre 2021 et 2024, le programme Euratom a financé un portefeuille de 34 projets de recherche ainsi que des activités de recherche du JRC, répondant à un large éventail de défis en matière de sûreté pour les systèmes nucléaires actuels et futurs. Les actions directes consistent également à apporter un soutien spécifique aux politiques visant à renforcer les normes de sûreté nucléaire au sein de l’UE et à l’extérieur. La sûreté des systèmes nucléaires actuels reste une priorité. Onze projets dans ce domaine ont d’ailleurs bénéficié de subventions d’un montant de 50 millions d’EUR. Ils ont été complétés par les recherches du JRC sur l’analyse de la base de conception et sur les matériaux et composants. Celles-ci portent principalement sur les questions de sûreté liées à l’exploitation à long terme des centrales nucléaires existantes, telles que l’intégrité structurale, l’évaluation non destructive des matériaux, la validation de modèles et la simulation d’accidents graves. Ces recherches sont plus que jamais essentielles, étant donné que les centrales électriques de l’UE ont un âge moyen de 38 ans et qu’elles jouent un rôle important dans la décarbonation du secteur de l’électricité de l’UE et dans la sécurité de l’approvisionnement énergétique. L’évaluation conclut que le programme devait davantage soutenir la recherche sur la dégradation et le vieillissement des centrales nucléaires existantes.
Le programme a répondu à l’intérêt croissant pour les petits réacteurs modulaires (PRM) en finançant la recherche et en accordant une attention particulière à leurs dispositifs de sûreté et à leurs systèmes de sûreté passive. Cinq projets de recherche, ainsi que des travaux de recherche menés par le JRC, visent à étudier les avantages potentiels des PRM en ce qui concerne la simplification de la conception et les dispositifs de sûreté intrinsèque. Ils cherchent également à apporter des réponses aux nouveaux défis en matière de sûreté, de sécurité et de garanties. En soutenant les améliorations au niveau de la conception, la recherche financée par Euratom facilite les travaux de l’alliance industrielle européenne pour les petits réacteurs modulaires. En outre, elle devrait contribuer à mettre en place une approche cohérente pour les exigences en matière de sûreté entre les régulateurs, ce qui permettrait d’améliorer la sûreté dans l’ensemble de l’Union. Il ressort de l’évaluation que la préparation de l’argumentaire de sûreté des PRM nécessite des travaux supplémentaires sur un large éventail de données de recherche ainsi que la vérification et la validation des outils de simulation. Plus d’attention devrait également être accordée aux besoins des régulateurs dans ce domaine.
S’agissant du cycle du combustible nucléaire, Euratom soutient essentiellement le développement de combustible pour les réacteurs de conception russe présents dans les États membres de l’UE (et en Ukraine), de combustible résistant aux accidents et de combustible destiné aux réacteurs de recherche. Neuf projets, bénéficiant de subventions d’un montant de 45,6 millions d’EUR, se sont attaqués à trois grandes questions: i) la sécurité d’approvisionnement; ii) l’amélioration des performances; et iii) l’amélioration de la sûreté en situation accidentelle. Dans ce domaine, la recherche expérimentale du JRC contribue en particulier à l’analyse du comportement des combustibles. Les actions susmentionnées sont complétées par un nouveau partenariat européen cofinancé pour les matières nucléaires (CONNECT-NM), lancé en octobre 2024 et visant à renforcer la sûreté, l’efficacité et l’économie de l’énergie nucléaire en améliorant les performances des matières et en surveillant et prévoyant leur comportement en conditions d’exploitation.
Gestion des déchets radioactifs
L’issue positive du programme européen commun pour la gestion des déchets radioactifs (EURAD) et le lancement du partenariat européen cofinancé (EURAD-2), son successeur, montrent que la programmation et la mise en œuvre conjointes des activités de recherche sur la gestion des déchets radioactifs sont une pratique bien établie dans l’UE. Les États membres ont montré un grand intérêt pour EURAD-2, partenariat qui attire également de plus en plus l’attention de pays tiers. Ce partenariat est un outil important pour le transfert des connaissances et d’expérience des États membres qui en sont à un stade avancé d’expertise et de mise en œuvre à ceux qui commencent tout juste à mettre en place des méthodes de gestion et des installations de stockage, contribuant ainsi à satisfaire aux exigences établies par la directive 2011/70/Euratom (directive sur les déchets radioactifs). L’évaluation a souligné la nécessité d’adapter le partenariat à l’évolution de la situation en augmentant le nombre de centres de stockage en couche géologique profonde approuvés ou en cours de construction. Dans le cadre de sa participation à EURAD et à EURAD-2, le JRC participe à la caractérisation des déchets dans ses installations d’essai spécialisées, tout en fournissant des avis d’experts permettant de soutenir le suivi, par la Commission, de la mise en œuvre de la directive sur les déchets radioactifs dans les États membres. Parallèlement à des projets de soutien au déclassement, le programme a financé une série d’actions portant sur l’objectif spécifique de gestion sûre des déchets radioactifs.
Applications utilisant des rayonnements et radioprotection
La Commission a lancé neuf projets, dont quatre faisaient appel au JRC, auxquels elle a alloué 50 millions d’EUR de subvention. Ces projets couvrent tous les domaines liés à l’application des rayonnements et à la radioprotection définis dans le règlement du Conseil (applications des rayonnements ionisants autres que la production d’électricité, risques des faibles doses, préparation aux situations d’urgence, surveillance de l’environnement). PIANOFORTE, le partenariat européen cofinancé dans le domaine de la radioprotection, a réalisé des progrès notables et a associé des bénéficiaires issus de la plupart des États membres ainsi que de pays tiers. Il est donc très probable qu’il continue à jouer un rôle de premier plan dans la recherche en matière de radioprotection en Europe. Dans ses recommandations, le comité scientifique et technique d’Euratom (CST) propose des améliorations de cette action dans les années à venir. Les travaux de recherche du JRC, menés grâce aux infrastructures européennes spécialisées et à une expertise de longue date, apportent une contribution essentielle à la préparation aux situations d’urgence au moyen d’activités de surveillance de la radioactivité de l’environnement. Ils sont également utilisés pour des applications autres que la production d’électricité, notamment en médecine avec le développement de nouveaux radio-isotopes pour l’alphathérapie ciblée.
Un grand nombre de propositions soumises dans le cadre d’appels présentent des applications innovantes des rayonnements ionisants pleines de potentiel dans les domaines de la médecine, de l’économie circulaire, de l’exploration de l’espace lointain et de la surveillance de l’environnement. Leur potentiel pourrait être davantage exploité en synergie avec Horizon Europe, comme le recommande le CST.
Sécurité nucléaire, garanties et non-prolifération
Compte tenu des évolutions géopolitiques actuelles, une attention plus importante est accordée aux questions de non-prolifération et de sécurité dans l’UE. De 2021 à 2024, le JRC a dispensé des formations pour aider les services répressifs, la protection civile et les douanes à lutter contre le trafic de matières nucléaires et à renforcer les contrôles de sécurité nucléaire. Il contribue aussi directement au renforcement des capacités de lutte contre les menaces chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires (CBRN) et soutient des projets liés à la sécurité nucléaire en dehors de l’Union. Les actions directes de recherche portent sur le développement et l’amélioration de techniques et méthodes analytiques pour le contrôle de sécurité des matières nucléaires. Ces recherches font du JRC un acteur clé de la surveillance et de la prévention de la prolifération des matières nucléaires. Le JRC mène également un grand nombre de travaux de recherche sur les garanties nucléaires en appui à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) dans le cadre du programme de soutien de la Commission européenne, et fournit un soutien aux politiques en matière de garanties.
Expertise et compétence dans le domaine nucléaire
Les actions du programme fournissent une aide directe aux étudiants et aux chercheurs et apportent stabilité et prévisibilité aux utilisateurs des installations de recherche nucléaire. Les actions directes et indirectes d’Euratom donnent accès à une formation spécialisée et aux infrastructures de recherche — par l’intermédiaire du projet OFFERR et du programme de libre accès du JRC — et soutiennent la mobilité et les études des chercheurs au niveau master, doctorat et postdoctorat. En 2024, plus de 3 000 personnes ont pu suivre une formation et près de 1 000 doctorants et autres étudiants ont bénéficié d’une aide à la mobilité. Les premiers résultats sont prometteurs; les partenariats européens et le JRC devraient atteindre la plupart des objectifs. L’initiative européenne pour des compétences dans le domaine du nucléaire, prévue pour 2025, devrait fournir des orientations supplémentaires pour l’action Euratom et permettre une participation plus étroite de l’industrie. Bien que le nombre de bourses postdoctorales AMSC accordées soit faible, ces bourses sont signe qu’il existe des synergies possibles entre Euratom et Horizon Europe. Elles pourraient être étendues à d’autres instruments des AMSC, tels que les réseaux de doctorat, si des fonds sont disponibles. L’évaluation a souligné la nécessité de poursuivre le développement d’un écosystème d’infrastructures, associant les États membres et les installations du JRC, afin de donner aux projets collaboratifs et aux partenariats un moyen pratique et durable d’accéder aux infrastructures de recherche.
Énergie de fusion
Le partenariat européen cofinancé EUROfusion a accompli des progrès tangibles entre 2021 et 2024 dans le cadre de ses campagnes expérimentales et de ses recherches liées aux huit missions de la feuille de route pour la réalisation de l’énergie de fusion. Divers indicateurs montrent qu’EUROfusion contribue à atteindre les jalons fixés pour la recherche en 2021, à soutenir la mobilité et l’accès aux installations de recherche et à former une nouvelle génération de chercheurs et d’ingénieurs. Une évaluation indépendante a néanmoins mis en doute la capacité du programme de recherche à atteindre son principal objectif à long terme, à savoir la production d’électricité à partir de l’énergie de fusion, doutes que partage la Commission.
La stratégie pour la recherche sur la fusion dans l’UE est actuellement définie dans la feuille de route d’EUROfusion, qui a été publiée en 2012 et mise à jour en 2017. Cette feuille de route, fondée sur le développement séquentiel et l’exploitation des installations JET, ITER et DEMO, est jugée trop complexe et assortie d’un calendrier irréaliste. Le principal problème est que l’organisation ITER réexamine actuellement la base de référence du projet, ce qui pourrait retarder de 10 ans les premières expériences et laisser la chaîne d’approvisionnement industrielle inutilisée. Le deuxième problème est le manque d’attention accordée aux lacunes relatives aux technologiques clés génériques essentielles au développement de réacteurs à fusion, tels que les matériaux résistant aux rayonnements, les couvertures tritigènes et le cycle du combustible au tritium, les technologies de chauffage du plasma et les systèmes d’aimants avancés permettant d’améliorer le confinement du plasma. Ce problème est aggravé par le manque d’installations spécialisées d’essai et de qualification des composants dans un environnement de fusion adapté. Un autre problème est que les coûts de la première centrale électrique à fusion n’ont pas encore été calculés, mais qu’ils seront probablement très élevés. Bien qu’EUROfusion soit le fruit d’un effort de collaboration impressionnant de la part des laboratoires européens, les risques et les incertitudes liés à leurs missions respectives n’ont pas été pleinement évalués ou quantifiés. D’importants défis technologiques subsistent et il est pour le moment difficile de savoir combien de temps et de ressources seront nécessaires pour résoudre ces problèmes.
La situation évolue rapidement dans le domaine de la fusion et devient de plus en plus dynamique grâce à diverses initiatives privées en Europe et dans le monde. Il existe un risque important qu’EUROfusion, en tant que partenariat public-public cofinancé, ne tienne pas systématiquement compte de ces évolutions dynamiques. Le potentiel industriel et les connaissances en ingénierie de la fusion de l’Union, développés au fil des décennies grâce à des investissements publics importants, risquent de se perdre et d’être déplacés vers des pays tiers dont le paysage économique et réglementaire est plus favorable.
Il existe un consensus croissant, qui ressort lors de certains événements et dans une consultation publique organisée par la Commission en 2024, selon lequel l’approche actuelle d’Euratom en matière de développement de la fusion devrait arrêter de considérer l’ITER et d’autres initiatives de manière séquentielle. Il est jugé urgent d’élaborer une stratégie de l’UE qui prévoie des conditions adéquates et un cadre approprié pour lever les verrous technologiques qui bloquent le déploiement commercial de l’énergie de fusion.
Efficacité et simplification
L’évaluation intermédiaire montre une bonne efficacité globale dans la gestion et la mise en œuvre du programme par la Commission. Pour les actions indirectes, les dépenses administratives s’élèvent à 5,4 %, ce qui est inférieur au plafond de 6 % fixé dans le règlement du Conseil. En raison de la réduction des effectifs de 20 % résultant des coupes budgétaires du programme, le JRC a mis en œuvre des mesures d’efficacité dans les domaines de recherche existants. Celles-ci se reflètent dans une nouvelle stratégie pour les activités nucléaires et la gestion de ses infrastructures. Le programme donne de bons résultats en ce qui concerne ses indicateurs de performance. Le délai moyen d’octroi des subventions est de 230 jours, à l’instar d’Horizon Europe, ce qui constitue une amélioration par rapport au programme 2014-2020 (238 jours) et au programme 2007-2013 (313 jours).
Pour simplifier la mise en œuvre, le programme s’appuie sur les règles et les mesures d’Horizon Europe. L’introduction d’options simplifiées en matière de coûts dans le cadre d’Horizon Europe, en particulier les coûts unitaires optionnels pour le personnel, apporte une simplification supplémentaire et contribue à réduire les erreurs. Les coûts unitaires de personnel pourraient déjà être utilisés pour de nouvelles subventions au titre de l’appel 2023-2025. D’autres mesures, telles qu’une approche institutionnelle unique et plus simple pour la tarification des frais de personnel et la réorientation de la stratégie de contrôle d’Horizon Europe vers le recensement et le traitement des domaines à haut risque, pourraient réduire les irrégularités et faciliter le travail des bénéficiaires.
Pertinence et valeur ajoutée
Dans un contexte d’accélération du développement et d’utilisation croissante des technologies nucléaires dans le monde, le programme Euratom fournit les connaissances et les solutions nécessaires pour tirer parti de cette évolution et pour répondre aux préoccupations de la société concernant les risques radiologiques. Les évaluations thématiques ont confirmé la pertinence des actions Euratom actuelles dans leurs domaines. Toutefois, elles ont également souligné la nécessité de plaider en faveur d’améliorations de l’organisation et du fonctionnement des partenariats européens cofinancés afin que la recherche reste pertinente et qu’elle réponde aux défis les plus urgents. Selon les évaluations, l’expertise scientifique et technique du JRC auprès de la Commission et des États membres, ainsi que l’utilisation d’outils et d’installations spécialisés, contribuent à renforcer l’utilisation sûre et sécurisée des technologies nucléaires.
La flexibilité budgétaire intégrée et certains fonds ITER non dépensés ainsi que des crédits de pays tiers provenant du programme 2014-2020 ont permis au programme actuel de relever de nouveaux défis, tels que la sécurité énergétique (combustible de substitution pour les réacteurs VVER) et l’autonomie stratégique en matières et données nucléaires, et de soutenir les chercheurs en Ukraine. Si le règlement du Conseil offre une certaine souplesse en ce qui concerne les modalités et les instruments de mise en œuvre, le principal facteur limitant aujourd’hui est le faible budget, aggravé par l’absence de revenus de tiers, étant donné qu’aucun accord d’association n’a été conclu jusqu’à présent avec la Suisse ou le Royaume-Uni. L’association de l’Ukraine au programme Euratom a une forte valeur scientifique et politique, mais n’a pas d’incidence budgétaire significative. Les actions directes du JRC fournissent des outils qui peuvent être activés et réorientés rapidement, tels que l’outil de diagnostic et de prévision des dangers dans les situations d’urgence nucléaire (DAPHNE), qui a été utilisé en Ukraine pour évaluer les risques radiologiques pour les centrales nucléaires dans des conditions de guerre.
L’évaluation montre clairement la valeur ajoutée européenne du programme, à savoir le développement conjoint de connaissances sur différentes applications des rayonnements et la réduction des risques. Les consultations publiques ultérieures montrent que la principale valeur ajoutée pour les chercheurs réside dans un meilleur partage des connaissances et des bonnes pratiques par-delà les frontières, une collaboration et une mobilité transfrontières accrues et une diffusion plus large des résultats.
Cohérence et synergies
La Commission vise à accroître la cohérence entre le programme et les autres programmes de l’UE. En interne, la DG RTD et le JRC collaborent étroitement pour coordonner les actions indirectes et directes, par exemple en co-rédigeant les programmes de travail. La cohérence avec les stratégies de l’ITER et des États membres en matière de fusion est assurée par la coordination entre la DG RTD et la DG ENER, avec le soutien du groupe d’experts sur la fusion. Les partenariats du programme aident les États membres à mettre en œuvre les directives Euratom sur les normes de base relatives à la protection sanitaire et sur la gestion du combustible usé et des déchets radioactifs. Le JRC participe à 47 % des consortiums de projets financés par les subventions Euratom, en fournissant une expertise et un accès à des infrastructures de recherche spécialisées. Cela garantit des synergies avec les organismes de recherche et le monde universitaire dans le domaine nucléaire. Les synergies avec Horizon Europe comprennent des bourses postdoctorales AMSC pour les chercheurs dans le domaine nucléaire financées par Euratom. Selon l’évaluation, de nouvelles synergies, en particulier dans les applications des rayonnements ionisants autres que la production d’électricité, pourraient être beaucoup mieux exploitées si le budget était augmenté et si les actions conjointes avec Horizon Europe étaient plus faciles à mettre en œuvre.
4.Conclusions
Les actions financées par le programme sur quatre ans aident les États membres à collaborer au développement des technologies nucléaires, indépendamment de leur choix national de produire ou de consommer de l’énergie nucléaire. Cela permet aux États membres d’exploiter les possibilités offertes par les technologies dans l’intérêt de tous, tout en réduisant les risques associés aux rayonnements ionisants. Les récentes actions Euratom produisent des résultats et fournissent un cadre propice au développement, au partage et au maintien de l’expertise et des compétences en matière de sûreté et de sécurité nucléaires, de gestion sûre des déchets radioactifs et de radioprotection. Elles rapprochent également l’UE de la réalisation de l’énergie de fusion. Ces connaissances seront essentielles pour les États membres qui souhaitent utiliser l’énergie nucléaire dans le cadre de leur bouquet énergétique (que la technologie soit nationale ou importée) et pour ceux qui ont besoin de s’assurer que les centrales nucléaires des pays voisins respectent les normes de sûreté les plus élevées. Le public devrait également bénéficier de la recherche financée par Euratom sur d’autres applications des rayonnements ionisants, en particulier en médecine.
La décision prise par le Conseil en 2021 de réduire le budget du programme de 20 % a limité les possibilités de financer des propositions de recherche d’excellence. Elle a également entravé les efforts déployés par le JRC pour relever les défis émergents avec la flexibilité et la capacité nécessaires, à l’heure où les technologies nucléaires connaissent un regain d'intérêt.
L’évaluation en objet contient les conclusions importantes décrites ci-dessous pour la proposition de la Commission relative à la prolongation du programme Euratom pour la période 2026-2027. Il s’agit notamment des éléments suivants:
-Le programme a permis de relever de nouveaux défis, tels que la recherche sur les carburants de substitution pour les réacteurs de conception russe utilisés dans certains États membres, le renforcement de l’autonomie stratégique en matières et données nucléaires et le soutien aux chercheurs en Ukraine. Les résultats de l’appel à candidatures innovantes en matière de rayonnements ionisants témoignent d’un grand intérêt pour la médecine, l’économie circulaire, l’exploration spatiale et la surveillance de l’environnement, qui pourraient être développées davantage en synergie avec Horizon Europe. Ces nouvelles actions ont attiré de nouveaux candidats. Toutefois, le budget limité, associé à la nécessité de continuer à mettre l’accent sur les activités essentielles de la sûreté nucléaire, des déchets radioactifs et de la radioprotection, signifie que les possibilités de continuer à financer ces nouvelles actions au cours de la période 2026-2027 seront très limitées.
-La mise en œuvre du programme repose sur les règles et les mesures d’Horizon Europe. La consultation publique a montré que les bénéficiaires du programme sont largement satisfaits des instruments, des pratiques et du soutien actuellement reçus de la part de la Commission. La Commission poursuivra la simplification en 2026-2027 tout en assurant la continuité de l’application des règles.
-L’évaluation a conclu que le maintien du même champ d’application et du même budget pour la recherche sur la fission que pour la période 2021-2025 assurerait la continuité de la recherche en vue de l’exploitation sûre des centrales nucléaires existantes en Europe et de l’évaluation de la sûreté des nouvelles technologies de réacteur. Toutefois, le financement de projets de recherche dans ce domaine sera très sélectif, étant donné que la majeure partie du budget de fission sera absorbée par des partenariats cofinancés. La portée et le niveau de financement actuels ne seront pas non plus suffisants si l’Europe veut: i) rattraper son retard par rapport aux concurrents internationaux; ii) aborder des questions clés pour le développement des PRM, des carburants avancés et des cycles du combustible; et iii) accroître considérablement les compétences nucléaires dans l’UE.
-Le programme devrait continuer à octroyer un financement pour la période 2026-2027 aux partenariats européens cofinancés dans le domaine de la recherche sur la fission: PIANOFORTE (radioprotection), EURAD-2 (gestion des déchets radioactifs) et Connect-NM (matières nucléaires). Ces partenariats sont le résultat d’efforts à long terme déployés par la communauté scientifique, les parties prenantes et les États membres pour progresser sur la voie d’un programme de recherche commun et relever les principaux défis dans tous les domaines concernés. Bien que des progrès scientifiques aient déjà été accomplis, la Commission s’efforcera d’améliorer encore l’organisation et le fonctionnement des partenariats afin de veiller à ce que la recherche financée par le programme Euratom reste pertinente et à ce qu’elle permette de relever les défis les plus urgents. La Commission accordera une attention particulière aux partenariats afin de prendre systématiquement en considération les perspectives à long terme d’un large éventail de parties prenantes et d’États membres.
-Pour impressionnants qu’ils soient, les résultats de la recherche financée par Euratom ne sont pas suffisants pour mettre l’énergie de fusion sur le marché à temps pour soutenir les efforts de décarbonation de l’UE et stimuler la compétitivité. L’énergie issue de la fusion ne deviendra une réalité que si elle repose sur des hypothèses précises concernant la complexité technique et des investissements réalistes dans les chaînes d’approvisionnement industrielles. Le programme doit évoluer pour lever les goulets d’étranglement technologiques qui nécessitent une attention et des investissements supplémentaires, impliquent davantage de financements privés, font appel à l’expérience de l’industrie et renforcent la collaboration internationale avec des partenaires fiables là où il existe une valeur ajoutée manifeste pour l’UE. La Commission a déjà commencé à élaborer un partenariat européen coprogrammé dans ce domaine, qui réunira des acteurs publics et privés. Les actions 2026-2027 ouvriront la voie à ce partenariat et à des actions complémentaires en matière d’innovation. Un nouveau partenariat de ce type implique également de repenser le rôle et les activités d’EUROfusion, qui jouera un rôle majeur dans le développement des fondamentaux de la science de la fusion. De plus amples détails seront fournis dans la communication sur la stratégie de l’UE dans le domaine de la fusion, qui est en cours d’élaboration.
-Le JRC joue un rôle particulier dans le programme. Ses quatre sites nucléaires ont fourni une expertise et des installations à la moitié des projets de recherche Euratom lancés depuis 2021. Ils effectuent également leurs propres recherches très pertinentes, dispensent des formations et produisent des analyses. Cela profite aux États membres et apporte un soutien stratégique à la Commission sur l’ensemble des activités, de la sûreté nucléaire à la sécurité et aux garanties. L’évaluation a mis en évidence les efforts visant à améliorer l’efficacité globale du JRC, avec l’introduction d’une nouvelle méthode de travail fondée sur des portefeuilles. Cela a permis une meilleure intégration des activités scientifiques. L’évaluation a également mis en exergue l’application d’une nouvelle stratégie nucléaire visant à améliorer la gestion des infrastructures, à mieux coopérer avec les parties prenantes et à améliorer la communication. Pour la période 2026-2027, le JRC continuera à relever ses défis en matière de recherche sur la sécurité et la sûreté nucléaires, de préparation aux situations d’urgence et d’autonomie énergétique stratégique, et à contribuer au maintien de l’expertise nucléaire dans l’UE.