COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 10.4.2025
COM(2025) 162 final
RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN ET AU CONSEIL
sur l’état d’avancement des préparations pour la mise en œuvre complète des règlements sur l’interopérabilité conformément à l’article 78, paragraphe 5, du règlement (UE) 2019/817 et à l’article 74, paragraphe 5, du règlement (UE) 2019/818
RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN ET AU CONSEIL
sur l’état d’avancement des préparations pour la mise en œuvre complète des règlements sur l’interopérabilité conformément à l’article 78, paragraphe 5, du règlement (UE) 2019/817 et à l’article 74, paragraphe 5, du règlement (UE) 2019/818
1.Introduction
L’interopérabilité suppose l’utilisation des systèmes d’information à grande échelle de l’Union pour gérer les migrations, les frontières et la sécurité, dans l’objectif de générer des gains d’efficacité et des économies d’échelle sans qu’il soit nécessaire de collecter davantage de données. Parmi ces systèmes figurent le système d’entrée/de sortie (EES), le système européen d’information et d’autorisation concernant les voyages (ETIAS), le système européen d’information sur les casiers judiciaires pour les ressortissants de pays tiers (ECRIS-TCN), le système d’information Schengen (SIS), le système d’information sur les visas (VIS) et Eurodac. Ces systèmes, dont certains sont nouveaux alors que d’autres ont été modernisés, interagiront les uns avec les autres au moyen d’éléments d’interopérabilité récemment créés et d’un outil d’établissement de rapports statistiques.
Les règlements établissant le cadre d’interopérabilité sont entrés en vigueur le 11 juin 2019 et ont ouvert la voie à la création du portail de recherche européen (ESP), du service partagé d’établissement de correspondances biométriques (BMS partagé), du répertoire commun de données d’identité (CIR), du détecteur d’identités multiples (MID) et du répertoire central des rapports et statistiques (CRRS). Ces nouveaux éléments simplifieront les recherches effectuées par les autorités nationales dans le respect de leurs droits d’accès et les aideront à détecter les identités frauduleuses et à enquêter sur les organisations criminelles. L’architecture mise en place comprend également des mécanismes de contrôle de la qualité des données, afin de garantir que les données saisies sont exactes et à jour. Le traitement des données est encadré par des règles solides en matière de protection des données.
Les règlements prévoient que la Commission surveille et évalue la progression de la mise en œuvre, en coopération avec l’Agence de l’Union européenne pour la gestion opérationnelle des systèmes d’information à grande échelle au sein de l’espace de liberté, de sécurité et de justice (ci-après l’«eu-LISA»). Sur cette base, la Commission présente au Parlement européen et au Conseil des rapports annuels sur l’état d’avancement des préparations pour la mise en œuvre complète des règlements. Le présent rapport est le cinquième et couvre la période allant de décembre 2023 à décembre 2024. Étant donné qu’il existe des obligations de déclaration similaires pour chaque système faisant partie du cadre d’interopérabilité, le présent rapport portera essentiellement sur la mise en œuvre des règlements. L’état d’avancement des différents systèmes ne sera communiqué que lorsque cela s’avère nécessaire aux fins du rapport.
2.État d’avancement de la mise en place des éléments et outils d’interopérabilité par la Commission
Les règlements habilitent la Commission à adopter des actes délégués et des actes d’exécution pour préciser et mettre en œuvre certains détails techniques de l’interopérabilité. Ces détails techniques sont utilisés par l’eu-LISA à des fins de développement, étant donné que l’agence est responsable de la conception et de la mise au point des éléments et des outils qui composent l’architecture des systèmes.
Tous les actes nécessaires à l’interopérabilité ont désormais été adoptés (trois actes délégués et dix actes d’exécution). Au cours de la période de référence, les règlements suivants relatifs à l’interopérabilité ont été adoptés: i) le règlement (UE) 2024/982 (règlement Prüm II), ii) le règlement (UE) 2024/1358 relatif à Eurodac, iii) les règlements (UE) 2024/1352 et 2024/1356 relatifs au filtrage des ressortissants de pays tiers, et iv) les règlements (UE) 2025/12 et 2025/13 relatifs aux informations préalables sur les passagers. Sept actes doivent encore être modifiés pour adapter le droit dérivé aux évolutions récentes. La Commission a élaboré des modifications qui ont été examinées par les comités et groupes d’experts concernés, afin qu’une version stable des actes puisse faire l’objet d’un accord avant la fin de la période de référence. L’adoption de ces actes est prévue pour le premier semestre 2025.
En vertu de l’article 77 du règlement (UE) 2019/817 et de l’article 73 du règlement (UE) 2019/818, la Commission est également tenue de mettre à disposition un manuel pratique sur la mise en œuvre et la gestion des éléments d’interopérabilité. L’objectif de ce manuel est de fournir aux utilisateurs des systèmes d’information de l’Union (tels que les autorités chargées des frontières, des visas, de l’immigration et des services répressifs) des conseils faciles à mettre en œuvre sur la manière d’utiliser les fonctionnalités d’interopérabilité. La Commission élabore ce manuel en étroite coopération avec les États membres, l’eu-LISA, Europol, Frontex et l’Agence des droits fondamentaux. Des discussions ont eu lieu, qui ont abouti à une version stable du document avant la fin de la période de référence. La Commission examinera le document au cours du premier trimestre de 2025, son adoption étant prévue pour le deuxième trimestre de la même année.
La Commission a également mis en place une plateforme numérique sur laquelle les manuels relatifs aux systèmes sont disponibles sous forme numérique. Les utilisateurs des systèmes d’information de l’Union sont confrontés à un environnement de travail de plus en plus complexe en raison de l’introduction de nouvelles fonctionnalités, telles que la vérification manuelle des liens jaunes, qui nécessitent la consultation simultanée de plusieurs systèmes et éléments. La plateforme a donc été conçue pour être conviviale, en permettant à chaque utilisateur de consulter ce qui l’intéresse (par un filtrage qui écarte les informations non pertinentes) et de passer facilement d’un manuel à l’autre lorsqu’une procédure le nécessite. La plateforme a été mise à la disposition des États membres au cours de la période de référence.
3.État d’avancement de la mise en œuvre de l’interopérabilité par les États membres et les agences de l’Union
Les règlements établissent un cadre de gouvernance, composé du conseil de gestion du programme d’interopérabilité et du groupe consultatif sur l’interopérabilité, afin de garantir que les éléments et les outils d’interopérabilité sont correctement conçus et mis au point. Ces deux organes, dont la Commission est membre, sont placés sous la tutelle de l’eu-LISA. Ils examinent la mise en œuvre technique des règlements et surveillent la progression de celle-ci au moyen d’un questionnaire mensuel ou bimensuel envoyé aux États membres et aux agences compétentes de l’Union, qui porte sur les préparatifs techniques entrepris.
Le suivi régulier effectué par l’eu-LISA montre qu’à la fin de la période de référence, la plupart des États membres et des agences étaient en bonne voie pour être prêts dans les délais. Bien que plusieurs États membres indiquent avoir pris du retard, aucun n’est considéré comme risquant de manquer à ses obligations. Quelques États membres ne contribuent pas régulièrement à cet exercice de suivi régulier et la Commission a soulevé ce point avec eux au plus haut niveau. Il est essentiel d’informer la Commission et l’eu-LISA des progrès accomplis dans la mise en œuvre de l’interopérabilité au niveau national, afin de pouvoir prendre rapidement toute mesure d’atténuation nécessaire.
L’eu-LISA, l’agence chargée du développement technique des éléments et outils d’interopérabilité, a accompli des progrès constants au cours de la période de référence. La mise au point du BMS partagé est entrée dans la phase finale et sa mise en service est en cours de préparation. Comme pour tous les éléments et outils d’interopérabilité, il sera lancé parallèlement à un système d’information de l’Union qui utilise les services qu’il fournit.
Le développement technique du portail de recherche européen (ESP) est également en bonne voie. Plusieurs versions améliorées ont été mises au point et des essais sont en cours. L’ESP devrait entrer en service parallèlement au premier système d’information de l’Union qui utilise ses services, à savoir, très probablement, le système européen d’information sur les casiers judiciaires pour les ressortissants de pays tiers (ECRIS-TCN). Les perspectives sont similaires pour le répertoire commun de données d’identité (CIR), étant donné qu’il présente un niveau de développement technique comparable et qu’il est également en cours d’essai. À l’instar de l’ESP, le CIR sera lancé parallèlement au premier système d’information de l’Union qui utilise ses services.
Le détecteur d’identités multiples (MID), mis au point par l’eu-LISA et en cours d’essai, est également sur la bonne voie. L’unité centrale de Frontex jouera un rôle opérationnel important dans le traitement des liens jaunes pendant la période transitoire du MID. Frontex indique que les préparatifs sont en bonne voie et que la mise au point, par l’eu-LISA, de l’outil que Frontex utilisera pour accomplir cette mission progresse également de manière satisfaisante. À la suite de l’adoption récente du nouveau règlement Eurodac et de son inclusion dans le cadre d’interopérabilité, les données d’Eurodac relèveront de la période transitoire du MID. L’incidence de cette évolution sur les travaux de l’unité centrale est en cours d’évaluation.
La mise au point du répertoire central des rapports et statistiques (CRRS) progresse également de manière satisfaisante et, à la fin de la période de référence, des essais étaient en cours de préparation. Le CRRS sera lancé en même temps que l’ESP et le CIR.
4.Besoins en formation
La Commission a continué de soutenir la formation en matière d’interopérabilité au cours de la période de référence. Si la plupart des sessions de formation sont axées sur la sensibilisation aux obligations découlant des règlements, la demande pour une formation plus approfondie est de plus en plus forte. Cette demande pourrait s’expliquer par le fait que la connaissance du sujet varie considérablement d’un État membre à l’autre, et souvent d’une communauté à l’autre dans un même État membre. La Commission a participé à une formation sur l’interopérabilité dispensée par le CEPOL à Malte en novembre 2024. Elle a également soutenu l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne en l’aidant à mettre en place un cours d’apprentissage en ligne sur les systèmes d’information de l’Union pour la gestion des migrations et le maintien de l’ordre, ainsi qu’un cours d’apprentissage en ligne sur l’interopérabilité et les droits fondamentaux.
Pour la prochaine période de référence, la Commission s’attend à voir grandir l’intérêt pour des sujets précis liés à l’interopérabilité, tels que le MID et les procédures connexes, parallèlement à une demande constante d’informations générales sur les règlements. La Commission continuera à coopérer avec les parties prenantes afin de répondre à ces demandes.
5.Fonds de l’Union européenne
En ce qui concerne le financement lié à l’interopérabilité en faveur de l’eu-LISA, le dernier rapport d’avancement indique qu’en mai 2024, 121,1 millions d’EUR avaient été engagés et 71,4 millions d’EUR versés pour les activités de développement et de mise en œuvre.
Les États membres ont été encouragés à utiliser la totalité des financements disponibles au titre de leurs programmes nationaux relevant du Fonds pour la sécurité intérieure – Frontières extérieures et visas pour la période 2014-2020, jusqu’à l’expiration du délai d’éligibilité des dépenses le 30 juin 2024. Ils ont également été encouragés à utiliser les ressources disponibles au titre des programmes nationaux financés par l’instrument de soutien financier à la gestion des frontières et à la politique des visas (IGFV) pour poursuivre le développement et la mise en œuvre de l’interopérabilité des systèmes d’information de l’Union.
6.Conclusion
Il est essentiel de garantir l’interopérabilité pour améliorer l’architecture informatique des systèmes d’information de l’Union, nouveaux et modernisés. L’objectif n’est pas seulement de donner aux autorités chargées des frontières, des visas, de l’asile, de l’immigration et des services répressifs un accès plus rapide, plus efficace et plus systématique aux données, mais aussi de faire en sorte que les millions de ressortissants de pays tiers qui se rendent chaque année dans l’Union européenne franchissent les frontières de manière plus aisée et plus sûre.
Des progrès considérables ont été accomplis au cours de la période de référence actuelle en ce qui concerne le développement technique et les essais des éléments et outils d’interopérabilité, ainsi que l’élaboration des mesures de soutien telles que le manuel d’interopérabilité et la plateforme numérique qui permet d’y accéder facilement. Les premiers éléments d’interopérabilité et l’outil d'établissement de rapports statistiques devraient être lancés au cours de la prochaine période de référence, en fonction de la date de lancement des systèmes d’information de l’Union correspondants. Comme expliqué précédemment, les éléments et outils d’interopérabilité sont mis en service en même temps que le premier système qui utilise leurs services.
La Commission continuera de suivre de près les progrès accomplis et d’évaluer les risques associés à la mise en œuvre des règlements. Le Conseil et le Parlement européen seront tenus informés des progrès réalisés au moyen de rapports réguliers et par l’intermédiaire des comités et groupes d’experts de la Commission.